‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 52 sur 77 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

les chefs : quatre cents citoyens se bannirent euxmêmes et cherchèrent un asile dans la ville d'Athènes , toujours favorable à la démocratie. puopi.^ Au nombre de ces exilés on remarquait Pélo-

au nombre .- , ,., j -i •

de* «ues. pidas , déjà connu par des exploits guerriers , et dont le noble caractère promettait un libérateur et un héros à sa patrie. Epaminondas , digne de partager sa gloire , et qui devait même la surpasser , était lié avec lui d'une amitié qu'aucune rivalité ne put affaiblir ; elle se soutint également dans le malheur et dans la prospérité : mais, quoique Epaminondas fût du même parti que son ami , il ne l'accompagna point dans sa fuite , et resta tranquille à Thèbes ; son amour pour la littérature et pour la philosophie, le faisant croire exempt d'ambition , le mit à l'abri de la haine d'un gouvernement soupçonneux et jaloux.

Il était évident que Phébidas , en s'emparant de Cadmée en pleine paix , avait fait une infraction au droit des gens , qui devait alarmer toutes les villes libres : le sénat de Sparte prouva plus dans cette occasion sa mauvaise foi que sa justice ; il condamna Phébidas à l'amende ; mais il conserva la citadelle de Cadmée , et fit mettre à mort Isménie, général thébain , et l'un des chefs du parti populaire.

Cet acte de violence rendit la haine de Thèbes

irréconciliable : les proscriptions civiles ne sont que des malheurs; celles qu'exerce l'influence étrangère sont des affronts.

Rien n'aveugle comme l'ambition : Agésilas luimême défendit Phébidas , disant que, si son entreprise n'était pas juste , elle était au moins trèsutile. Son orgueil pour sa patrie lui faisait oublier cette maxime , bien plus vraie , sortie de sa bouche : (( La justice est la première de toutes les » vertus, puisque si tous les hommes étaient justes, » on n'aurait pas besoin de lois. »

Au reste Sparte ne tarda pas à éprouver la vérité d'une autre maxime qu'on perd trop souvent de vue ; c'est que tout ce qui |est injuste devient à la longue plus nuisible qu'utile. Tout parut dans les premiers momens justifier les fautes de Lacédémone , et favoriser son ambitieuse politique.

Les Olinthiens, qui s'étaient révoltés, et qui avaient tué le général Téleutius , furent vaincus par Agésilas, et obligés de se rendre. Le gouvernement thébain, protégé par les Spartiates, se trouvait forcé de suivre leurs lois. Athènes et Corinthe redoutaient leurs armes. La domination de Sparte sur la Grèce paraissait établie : la décadence suit de près une grandeur excessive ; et la fière Lacédémone , qui devait bientôt l'éprouver, était alors loin de prévoir que deux simples citoyens

de Thèbes fussent destinés par le sort à renverser

sa puissance.

Caractère Ces deux hommes étaient Pélopidas et Epami-

£. et âÊ nondas : leur vertu fit leur grandeur ; l'amour de

Sa"0 leur patrie et le désir de la sauver furent leur seule

ambition.

Tous deux, également célèbres par leurs succès militaires, brillaient par des qualités différentes : Pélopidas , riche, généreux, uniquement occupé des affaires publiques, excellait dans tous les exercices du corps , ses seuls amusenuns.

Epaminondas, pauvre, désintéressé, refusant les secours mêmes de l'amitié, exempt d'ambition , n'aimait que les lettres et la philosophie , et ne put être arraché à ses études favorites que par les extrêmes dangers cie sa patrie. Excellent citoyen , juste dans ses actions et franc dans son langage , tout mensonge, même en riant, lui paraissait un crime. Resté à Thèbes dans le temps de la tyrannie aristocratique et de la domination étrangère, il attendait impatiemment l'occasion de briser cette double chaîne.

L'orgueil de Lacédémone lui en donna les

Conspira- O

u"\âl Pft- moyens. On doit ménager les ennemis vaincus : l'op-

vorisèe par , , , • j • j

Épaminon- prime qu on pousse au desespoir devient redoutable. Le sénat de Sparte, qui voulait tout faire ployer sous sa volonté, ordonna aux Athéniens de

DANS LA GRÈCE. o5l

chasser les bajmis de Thèbes, réfugiés chez eux. Cette persécution les détermina à tenter l'entreprise la plus audacieuse. Pélopidas les arma, et conçut le projet de rentrer à leur tête dans sa patrie , et d'y renverser le gouvernement aristocratique.

11 confia le plan de cette conspiration aux amis qu'il avait laissés à Thèbes. Epaminondas les excitait à le favoriser. Pélopidas, avec douze de ses compagnons , entra de nuit dans la ville: déguisés en paysans , ils se cachèrent dans la maison de Charron, dont la fidélité leur était connue. Quarante-huit autres bannis vinrent les y joindre. Le greffier des principaux magistrats de la ville , Philidas, un des conjurés , invita tous les chefs du gouvernement à un grand festin pour les éloigner de leurs fonctions, et pour les livrer, tous réunis, à la vengeance de leurs ennemis.

Comme ils étaient à table , dans la chaleur du festin un courrier d'Athènes arriva : il apportait des lettres qui révélaient le plan de la conspiration dans tous ses détails. Archias , chef de l'oligarchie , ivre de plaisir et de vin , prit les dépêches sans les lire , les jeta sur son lit , et dit en riant : « A demain les affaires sérieuses. )) Il se livra de nouveau à la joie qui animait les convives.

Cependant les conjurés se mirent en marche , Snccès ne

1 ' cette cons-

et se divisèrent en deux troupes : l'une, comman- p^tioa.

dée par Pélopidas , força la maison du gouverneur Le'ontide , qui périt après avoir vendu chèrement sa vie ; l'autre, introduite chezPhilidas , entra dans la salle du festin, et massacra tous les magistrats.

Les conjurés, s'étant ensuite tous réunis, forcèrent les prisons, enfoncèrent les boutiques des fournisseurs, et se répandirent dans toute la ville en criant : « Liberté ! liberté ! » Epaminondas les seconda par son éloquence et par son épée.

Le reste des bannis, qui était déjà retourné à Athènes, croyant la conspiration découverte et manquée , accourut promptement en apprenant ce succès inespéré. Une armée athénienne les suivit ; les villes de Béotie envoyèrent des secours. Le peuple , enthousiasmé par le courage et les harangues de Pélopidas, le proclama son libérateur.

Les Lacédémoniens se renfermèrent dans la citadelle, et ils y furent assiégés par Pélopidas et Epaminondas , déjà à la tête de douze mille hommes : la garnison, dépourvue de vivres, ne put attendre le secours de Sparte, et capitula. Le sénat de Lacédémone, toujours inflexible, fit punir de mort les généraux qui avaient signé cette capitulation.

Cependant le roi de Sparte, Cléombrote , entré en Béotie, la ravageait; son invasion effrayait Athènes : à peine relevée de ses ruines, cette ré-

DANS LA. GRÈCE. 35g

publique sentait le besoin du repos, et se déridait à rompre son alliance avec Thèbes; mais Pélopidas, aussi habile que brave, trouva le moyen de compromettre les Athéniens, et de les forcer à déclarer la guerre à Sparte.

Connaissant le caractère présomptueux de Sphodrias , général Spartiate, qui commandait des troupes dans l'Allique , il lui fit conseiller sous main de s'emparer du Pirée. Ce général, malhabile, tenta cette entreprise , et échoua. Athènes se plaignit vivement de cette hostilité, et demanda le châtiment de Sphodrias. Agésilas, cédant aux prières de son fils, lié d'amitié avec ce général, le fit absoudre. Uu tel déni de justice irrita au dernier point les Athéniens qui renouèrent leur alliance avec Thèbes.

Chabrias , commandant l'armée d'Athènes , vicaire a*

Chabrias.

arrêta par d'habiles manœuvres la marche d'Agésilas. S'étant ensuite embarqué , il combattit les Spartiates sur mer, près de Naxos, les défit complètement , leur prit trente-deux vaisseaux , et rentra triomphant dans le Pirée.

Une autre flotte athénienne, commandée par Timothée, fils de Conon, ravagea les côtes de Lacome , s'empara de Corcyre , et battit une flotte lac édémonienne. Le général Spartiate Mnésippe périt dans celte bataille.

56o NOUVEAUX TROUBLES

Sparte avait obtenu des secours du roi Denys ; alors tyran de Syracuse : ce prince lui envoya dix galères ; mais elles furent prises en route par Ipliicrate, qui remplaçait Timothée dans le commandement de la flotte athénienne.

Le roi Àgésilas , malgré toute son habileté, ne put jamais forcer Pélopidas à livrer bataille : l'adroit Thébain , manœuvrant avec agilité, évitait toute affaire décisive , et réduisait la guerre à des affaires de poste , qui lui donnaient le temps et le moyen d'exercer et d'aguerrir ses troupes.

Agésilas fut blessé dans un de ces petits combats , où Àntalcide lui reprochait en riant d'apprendre la guerre aux. Thébains.

Lebataii- Ils prouvèrent bientôt qu'ils savaient profiter

Ion sacré. . .

de ses leçons. Le premier combat important eut lieu près de Tégire. Pélopidas avait formé un corps de jeunes gens , unis par les liens d'une amitié inviolable, et d'une confraternité d'armes qui ne leur permettaient dans aucune circonstance d'abandonner leurs compagnons : ce corps, devenu si fameux sous le nom de bataillon sacré , s'illustra pour la première fois au combat de Tégire.

Pélopidas , à la tète de ces braves guerriers ,

Pélopidas. enfonça une phalange lacédémonienne , la mit en

fuite, et décida ainsi la victoire. Cet avantage

DANS L.l GRÈCE. 56l

accrut d'autant plus la gloire de Pélopidas que jamais, avant ce jour, les Lacédémoniens n'avaient été battus par un ennemi inférieur en nombre.

La guerre qui troublait la Grèce ne convenait point pour le moment à la politique d'Artaxerce , parce qu'elle occupait nécessairement une partie de l'argent et des forces qu'il voulait alors employer uniquement contre l'Egypte; il se servit donc de son influence pour ramener la paix dans une contrée où ses intrigues avaient semé la discorde.

Comme chaque parti voulait se ménager son appui, on renouvela, comme il le désirait, le traité d'Antalcide ; et les villes grecques , reprenant leur indépendance, chassèrent toutes les garnisons placées par les Lacédémoniens.

Ce mouvement excita quelques troubles , qu'lphicrate sut apaiser. Il passa ensuite au service d'Artaxerce avec vingt mille Grecs , et les envoya en Egypte : cette expédition n'eut point le succès que le roi de Perse en avait espéré.

Lacédémone se trouvant abaissée à son tour comme Athènes l'avait été , la Grèce jouit de quelque repos et de quelque liberté ; mais cette tranquillité fut bientôt troublée par l'ambition de Thèbes.

Cette république , à peine délivrée , voulut dominer à son tour. Les exemples les plus récens de la vengeance qui suit l'oppression , et de l'humiliation qui punit l'orgueil , n'empêchèrent pas les Thébains de vouloir enlever aux républiques voisines la liberté qu'ils venaient de reconquérir euxmêmes si miraculeusement.

Us déclarèrent la guerre aux habitans de Platée et de Thespies , et détruisirent ces deux villes. Athènes voulut en vain employer sa médiation en leur faveur ; on lui répondit avec tant de fierté qu'elle rompit son alliance avec Thèbes. Armement Sparte reprit les armes ; mais avant de com-

a Sparlc. l *

mencer les hostilités on ouvrit des conférences pour terminer ces différends par un accord.

Dans une de ces assemblées Agésilas déclara aux Thébains que la guerre était inévitable s'ils ne voulaient pas exécuter ponctuellement le traité, et rendre la liberté aux villes de la Béotie. Epaminondas , que le vœu de ses concitoyens avait enlevé aux lettres et placé à la tête du gouvernement, répondit vivement que Sparte devait commencer par affranchir les villes de laLaconie et de la Messénie avant de plaider pour les autres contrées de la Grèce.

Agésilas , irrité , effaça du traité le nom de Thèbes, rompit la conférence , et déclara la guerre.

Sparte fit marcher promptement en Be'otie onze Bataille mille Lacédémoniens et treize mille allie's sous les ordres du roi Cléombrote. Ce prince envoya des hérauts aux Thébains pour les sommer de rebâtir Platée et Thespies; et sur leur refus il marcha vers Leuctres , où se trouvait alors leur armée.

Les forces de Thèbes ne se montaient qu'à six mille hommes ; mais ils avaient à leur tête Epaminondas et Pélopidas.

Epaminondas commandait l'armée. Emplovant dans cette circonstance une nouvelle tactique , il porta presque toutes ses forces à son aile gauche , et ne laissa au centre et à l'aile droite qu'une ligne très-mince qu'il étendit pour déborder Cléombrote.

Lorsque celui-ci aperçut ces dispositions il voulut changer son ordre de bataille; mais Pélopidas , à la tête du bataillon sacré , l'attaqua pendant son mouvement, et mit les Spartiates en désordre.

Epaminondas alors s'ébranla avec l'aile qu'il , victoire

■*• * d'Epami-

avait fortifiée , et décida la victoire. nondas

Cléombrote se défendit en vain avec une valeur digne de Sparte ; il fut tué , ainsi que son fils Cléonynie , ses principaux officiers et l'élite de ses soldats.

Il y eut une mêlée terrible autour de lui," on se

battait de part et d'autre avec acharnement pour s'emparer de son corps et pour le défendre. Épaminondas , voyant que ce stérile point d'honneur prolongeait seul le combat, laissa les Spartiates enlever leur roi : il porta ensuite toutes ses troupes sur l'autre aile et la tailla en pièces.

La cavalerie thébaine, enfonçant tout ce qui se présentait devant elle, rompit tous les rangs, et changea la retraite en déroute complète. On vit dans cette journée combien cette cavalerie était supérieure à celle de Sparte. Les riches Spartiates en entrant en campagne donnaient leurs chevaux à des soldats neufs qui ne savaient pas les conduire. La cavalerie thébaine était long-temps exercée.

Avant la bataille on vint dire à Epaminondas que les augures ne paraissaient pas favorables : il répondit en citant ce vers d'Homère :

Défendre sa patrie est le meilleur présage.

Les Lacédémoniens perdirent dans cette journée quatre mille hommes , et Thèbes quatre cents.

Epaminondas , toujours simple dans ses mœurs, et pur dans ses sentimens , ne s'enivra pas d'un si grand triomphe, et dit seulement qu'il était heureux de la joie que sa victoire donnerait à son père et à sa mère.

Sparte montra dans cette circonstance son austère fierté : on célébrait les jeux lorsque la nouvelle arriva; les éphores ne permirent pas qu'ils fussent interrompus. On félicita les parens des morts ; les survivans furent reçus avec mépris : leurs mères et leurs femmes osaient à peine les regarder ; on devait même, suivant la coutume, les bannir des repas publics , les obliger à raser à moitié leur barbe, et les forcer à se couvrir de vêtemens gross'ers : mais, comme le nombre des fuyards était trop considérable, le roi Agésilas décida que l'indulgence devenait nécessaire , et dit : a Laissons dormir aujourd'hui la loi ; demain » nous la réveillerons. »

Thèbes, victorieuse, trouva partout des alliés : les Éléens , les Phocéens, les Locriens, les Eubéens embrassèrent son parti. La cause qui l'emporte paraît toujours la meilleure ; le succès ne fait que trop souvent l'opinion.

L'aristocratie qui gouvernait dans Argos, craignant de perdre son pouvoir protégé par Lacédémone, voulut comprimer les partisans de la démocratie ; mais ils soulevèrent le peuple qui massacra les riches et les grands.

L'armée d'Epaminondas et de Félopidas, grossie jc spalàe par ses nouveaux alliés , se trouva bientôt forte de soixante mille hommes. Elle traversa l'Euro las

Défense

malgré la résistance des ennemis qui lui tuèrent beaucoup de monde. L'ancien proverbe qui disait que jamais femme de Sparte n'avait vu la fumée d'un camp ennemi fut cette fois démenti.

Epaminondas entra dans ses faubourgs. Agésilas, au milieu d'un si grand danger, ne. perdit ni le sang-froid, ni l'espérance : il mit en liberté, et arma six mille Ilotes , garnit tous les postes d'hommes intrépides, se retrancha sur une hauteur avec le gros de l'armée , et , malgré les murmures des citoyens et les provocations de l'ennemi, évita prudemment tout combat général, dont le mauvais succès aurait pu entraîner la ruine totale de la république.

conspira Dans ce moment périlleux , où Lacédémone paMgéTua» avait besoin de tant de courage et d'union pour se sauver , il se forma une conspiration dont l'objet était de changer le gouvernement. Deux cents conjurés s'étaient déjà saisis d'un poste important : le sénat voulait les faire attaquer et tuer ; Agésilas regarda ce moyen violent comme d'autant plus dangereux qu'on ignorait le nombre des complices. Il alla seul trouver les rebelles , et leur dit : « Camarades , ce n'est pas là où je vous avais en- » voyés ; » et il leur indiqua les lieux où ils devaient se rendre. Etonnés de son audace, et

croyant que leur complot n'était point découvert , ils obéirent.

Un Lacédémonien , nommé Ischolas , imita Mort

courageuse

pendant ce siège le dévouement héroïque de Léo- aischola»' nidas : chargé de défendre un étroit passage qui couvrait la ville , et voyant qu'il était tourné , il renvoya au camp les plus jeunes soldats, et, ne gardant près de lui que quelques vieux guerriers , il défendit son poste jusqu'à la mort.

Epaminondas aurait pu prendre Sparte ; mai* ce grand homme , que la fortune n'aveuglait pas , sentit que la ruine de Lacédémone exciterait la jalousie des Grecs, et les armerait tous contre Thèbes; il se contenta d'humilier l'orgueil de Sparte, et de la forcer, par un traité de paix, à rendre la Messénie à ses anciens maîtres.

Les Messéniens , apprenant cette nouvelle inespérée, accoururent en foule de Sicile, et se partagèrent ces terres regrettées qu'avaient possédées leurs pères, et qu'ils n'avaient jamais cru revoir.

L'amour de la liberté rendait dans la Grèce les Em prison. lois si sacrées , que la gloire la plus brillante ne jugementae trouvait point d égide contre elle. Epaminondas et a'Épami- Pélopidas pouvaient s'attendre à être reçus dans Thèbes en triomphe : on les mit en prison , et on les appela en jugement pour avoir gardé le coin-

mandement de l'armée au-delà du terme présent par les lois.

tan ac- Pélopidas employait en vain son éloquence pour

(jiiiiumtiit.

se justifier; Epaminondas triompha par sa noble audace : ce Citoyens , dit-il , je ne cherche point » à me défendre ; je mourrai content si vous déela- » rez dans votre arrêt que j'ai vaincu les ennemis » àLeuctres, assiégé Sparte, affranchi Messène, » rendu Thèbes 1 arbitre de la Grèce ; et que » toutes ces actions glorieuses je les ai faites sans » l'aveu des Thébains. )) Cette fermeté réussit; il fut absous.

Tout gouvernement malheureux est attaqué : une nouvelle conspiration éclata dans Sparte ; Agésilas perdit patience ; et , d'accord avec les éphores, il marcha contre les conspirateurs , s'en saisit , et les fit tous périr sans les juger.

La fière Lacédémor.e , abaissée, implora le secours des villes qu'elle avait précédemment opprimées. Athènes et Corinthc , jalouses de Thèbes, consentirent à faire une ligue avec Sparte, à condition qu'une parfaite égalité existerait entre elles.

Le poids de cette ligue ne put maintenir la tranquillité : les Arcadiens s'emparèrent de Pallène; les Thébains se déclarèrent pour eux , et quoique Chabrias , à la tête de vingt-deux mille hommes , défendît avec vigueur l'entrée du Péloponèse,

DANS LA GRÈCE. 36q

Epaminondas , après un vif combat , força ce passage , s'empara de Sicyone, et mit le siège devant Corinthe.

Mais Chabrias, fortifié par de nouveaux secours, le contraignit de se retirer. Thèbes, trop accoutumée aux succès , ôta le commandement à Epaminondas : ses affaires en souffrirent , et elle fut bientôt obligée de le lui rendre.

La haine qui animait les Grecs les uns contre les autres les aveuglait toujours au point d'appeler l'intervention du roi de Perse dans leurs querelles, et de solliciter honteusement l'appui de l'ennemi naturel, qui ne désirait que leurs discordes et leur ruine.

Rien n'est plus opposé au bon sens que la passion. Lacédémone avait envoyé demander des troupes à Arlaxerce : elle n'avait obtenu que deux mille mercenaires; mais elle traitait encore , et espérait de plus grands secours.

Pélopidas se rendit en Asie pour traverser cette le négociation. La gloire le précédait ; la fortune suivit : aussi habile en politique qu'en guerre , il obtint ce qu'il voulut : Artaxerce fît alliance avec Thèbes, garantit l'indépendance de Messène, et promit de maintenir l'équilibre entre Athènes, .Sparte , Thèbes et Corinthe.

Pendant ce temps Denys, tyran de Syracuse,

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