GUERRE CONTRE PHILIPPE , ROI DE MACÉDOINE
(An du monde 3G46. — Avant Jésus-Christ 358. )
Etat de Thèbes, de Sparte et d'Athènes après les dernières guerres. — Civilisation de la Macédoine. — Education de Philippe. — Sa fuite de Thèbes et sa régence en Macédoine. — Formation de la phalange macédonienne. — Règne de Philippe. — Epoque de Démostliènc. — Commencement des hostilités.— Exploits de Philippe. — Prise de Cuide. — Naissance d'Alexandre-le -Grand. — La guerre sacrée. — Origine du nom de mausolée. — Vengeance et adresse de l'archer Aster.
— Traité de paix entre Philippe et les Phocéens. — Entreprises de Philippe contre la Grèce. — Harangue de Démosthène. — Armement des Athéniens. — Prise de la ville d'Olinthe par trahisqp. — Ambassade d'Athènes à Philippe — Mauvaise foi de Philippe. — Sa présidence au conseil des amphyetions. — Commandement de Phocion. — Premiers exploits d'Alexandre-lc-Grand. — Harangue de Démosthène. — Armement des Athéniens. — Ambassade de Démosthène à Thèbes.
— Bataille de Chélonée. — Victoire de Philippe. — Honneurs rendus à Démosthène. — Exil de 1 < ratéur Esehine. — Commandement de Philippe en Grèce. — Insulte d'Alexandre envers son père. — Sa fuite en Epire. — Mort de Philippe. — Sa Nécrologie.
État de
Après la mort d'Epaminondas Thèbes jouit ThLrs- de
1 ' Sparte et
peu de temps de l'influence que ses succès lui f r!!1™", avaient donnée sur les affaires de la Grèce, et elle gu«re»!*
retomba promptement dans l'obscurité , dont le génie de deux grands bomnies l'avaient fait sortir. Sparte , fatiguée d'une guerre qui lui coûtait ses plus braves soldats et une partie de sa renommée, songeait plus à réparer ses perles qu'à les venger. Athènes, heureuse d'avoir recouvré son indépendance et de voir Sparte abaissée, n'était plus aussi jalouse de Thèbes depuis que celle-ci avait perdu les deux guerriers qui faisaient sa gloire : elle ne pouvait rien craindre des armes du roi de Perse. Les monarques de l'Orient, renonçant à toute idée d'invasion dans la Grèce, connaissaient le vrai moyen de vaincre les Grecs sans les combattre : parvenus à les diviser, à* les corrompre, à les amollir, ils s'étaient plus servis contre eux de l'or que du fer, et l'intrigue leur avait été plus utile que la force.
Argos , Corinlhe, Mycènes, l'Elide, l'Arcadic conservaient l'indépendance que leur assurait la paix d'Antalcide. Les arts, les talens, la philosophie profitaient de cette époque pacifique , et donnaient une autre direction aux esprits. Le bruit des armes avait presque partout cessé de se faire entendre; il était remplacé par celui des applaudissemens des théâtres , des disputes des rhéteurs et des courses de chars d'Olympie.
Les héros n'existaient plus ; la gloire semblait
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presque oubliée: la volupté remplaçait l'ambition; les poètes, les peintres, les musiciens, les courtisanes changeaient rapidement les mœurs, inspiraient l'amour du luxe et du repos, et absorbaient la plus grande partie de la richesse particulière et publique. Les Athéniens surtout s'étaient tellement livrés à cet amour immodéré des arts et du plaisir, qui dut sa naissance à Périclès, qu'on les vit, après la guerre de Thèbes, consacrer aux jeux publics et aux théâtres l'argent qu'une loi expresse réservait pour l'armement annuel des vaisseaux et pour la défense de la patrie.
Mais tandis que la Grèce, amollie, perdait ainsi civilisi peu à peu ses plus illustres guerriers, sa discipline et ^édoine* son énergie, un peuple, jusque là barbare, s'éclairait , s'agrandissait , et se préparait à dominer 1 Europe et l'Asie.
Tant que la Grèce avait été peuplée d'hommes d'état et de héros , la Macédoine , sauvage et méprisée, s'était vue tour à tour tributaire d'Athènes, de Sparte et de Thèbes. On avait refusé, à l'un de ses rois, Alexandre, l'entrée des jeux olympiques, et il ne put y être admis qu'après avoir prouvé qu'il était Grec , originaire d'Argos , et descendant d'Hercule.
Amyntas, fils d'Alexandre, eut de sa femme Eurydice trois enfans , nommés Alexandre, Per-
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diccas , Philippe, et un fils naturel appelé Ptolomée. Après la mort d'Amyntas, Alexandre monta sur le trône, combattit les llly riens, fit la paix avec eux, et leur donna pour otage Philippe , son second fils, qu'ils lui renvoyèrent lorsque les conditions du traité furent remplies.
Le règne d'Alexandre ne dura qu'un an; il mourut. Perdiccas devait lui succéder; mais un des princes du sang , Pausanias , se mit à la tête d une faction , et s'empara de plusieurs places. Iphicrate se trouvait alors sur la frontière avec une armée athénienne. La reine mère , Eurydice , le pria de venir dans son palais : elle plaça entre ses bras son fils aîné Perdiccas, et mit sur ses genoux Philippe, le plus jeune de ses enfans. a Souvenez- » vous, seigneur, lui dit-elle, qu'Amyntas, ami » des Athéniens, s'est fait honneur autrefois de » vous adopter, et de vous traiter comme son fils : » aujourd'hui le ciel vous envoie pour nous » sauver. Un rebelle veut détruire la famille de )) votre ami ; accordez à mes enfans le secours de » vos armes cl la protection d'Athènes. »
Iphicrate était généreux : touché des larmes d Eurydice , il fit avancer ses troupes , chassa l'usurpateur, et rétablit Perdiccas sur le trône.
Ce jeune roi eut bientôt une nouvelle guerre à soutenir : Ptolomée, son frère naturel, l'attaqua ;
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malgré l'illégitimité de sa naissance, un grand parti se déclara pour lui. Leurs forces étant à peu près égales , et leurs succès balancés , ils prirent pour arbitre Pélopidas qui prononça en faveur de Perdiccas.
Le général des Béotiens emmena en otage à É-iucai:™ ïhèbes le jeune Philippe. A sa prière Epaminondas le logea dans sa maison, et le fit élever par un célèbre pvtbagoricien. Ce futlàque ce jeune prince, réservé à de si hautes destinées , doué d'un grand courage et d'un esprit aussi pénétrant qu'audacieux, étudia les lois des nations civilisées pour réformer la sienne , l'art des grands capitaines pour les égaler , et les mœurs des peuples libres pour les soumettre.
Dix ans après Perdiccas périt dans un combat livré aux lllyriens : il ne laissait pour lui succéder qu'un enfant en bas âge, nommé Amyntas. Dès sa faite de que Philippe apprit cette nouvelle il se sauva de sa régence Thèbes , arriva en Macédoine, et s'empara de la ^°'1^régence.
Pausanias renouvelait ses prétentions au trône : les Thraccs l'appuyaient. Un autre prince, appelé Argée, disputait aussi la couronne : les Athéniens le soutenaient. Les lllyriens infestaient la Macédoine: le trésor était vide, le peuple divisé, l'armée sans chef et sans ordre, la cour pleine d'intrigues.
Ce chaos annonçait la ruine de l'état : Philippe se montra au-dessus de toutes ces difficultés.
A peine eut- il pris les renés du gouvernement, tout changea de face : son éloquence ranima le peuple; son audace subjugua les courtisans ; sa fermeté rétablit la discipline ; quelques actes de ri gueur réprimèrent les séditions; son habileté trouva des ressources ignorées. Respecté des officiers qu'il éclairait, adoré des soldats qu'il appelait ses camarades , et qu'il précédait dans les dangers , il donna bientôt à son armée l'apparence et la force de cette armée thébaine, dans les rangs de laquelle il avait été nourri.
Formait Le bataillon sacré de Thèbes fut le lyodèle sur
Ae la phalange macé- lequel il forma cette fameuse phalange macédo-
dorm'nnc. -1 l O
nienne qui subjugua la Grèce, conquit l'Asie et fit chanceler le colosse romain.
Elle avait mille hommes de front sur seize de profondeur; ses soldats portaient des piques nommées sarisses, longues de vingt et un pieds. Ce corps d'élite , parfaitement exercé , impénétrable à toute attaque, protégeait les retraites, décidait les victoires, et renversait tout ce qui se trouvait sur son passage. Le seul inconvénient de cette masse était de ne pouvoir manœuvrer que dans des plaines vastes et urnes , et d'être inutile dans les pa/i coupés.
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Philippe, avec une incroyable activité, chassa les lllvriens, força les Thraces à lui livrer Pausanias , et défit le corps athénien qui protégeait Argée.
Aussi adroit que vaillant, il renvoya généreusement à Athènes les prisonniers qu'il avait faits, et négocia avec la république en témoignant le plus vif désir d'obtenir son amitié.
Les Macédoniens , fiers des succès de Philippe, .,*?&* de
7 •■■ x Philippe.
déposèrent le jeune Amyntas, son neveu, et lui donnèrent la couronne.
Aussi actif en administration qu'à la guerre , Philippe établit le plus grand ordre dans l'Etat : il grossit ses troupes, augmenta ses revenus, embellit sa capitale par des monumens , fit régner la paix parla justice, introduisit dans le royaume les sciences , les lettres, les arts , attira par sa générosité dans sa cour des philosophes célèbres , d'illustres étrangers, envoya partout des ambassadeurs, tsa reçut de toutes les contrées, et se mit bientôt en état d'étendre au loin la puissance d'un pays qu'il avait sauvé d'une ruine presque inévitable , et qui, par le pouvoir de son génie, sortait delà plus profonde nuit pour jeter tout à coup l'éclat le plus vif et le plus inattendu.
Dans le même temps , pour rehausser sa gloire, de, uèaios le sort lui préparait un rival digne de lui : ce rival n était point un roi puissant, un guerrier fameux;
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c'était le célèbre orateur Démosthène. 11 prouva, par tous les obstacles qu'il parvint à opposer au génie de Philippe , que la parole vaut souvent une année , et que l'éloquence a ses foudres comme la guerre.
11 avait deux ans de moins que le roi de Macédoine : son père possédait des forges dont le revenu assura l'indépendance de son fils. Le jeune Démosthène avait étudié aux écoles de Platon et d'Isocrate : le succès éclatant d'un discours de Callimaque excita son enthousiasme , et fil naître sa passion pour un art où il devait surpasser ses rivaux et ses maîtres. Mais la nature favorisa plus son esprit que son organe : il bégayait, et ne pouvait prononcer certaines lettres qu'avec la plus grande difficulté : que ne peut une volonté ferme ! elle renverse toutes les barrières qui cherchent à l'arrêter.
Démosthène fut accueilli par des huées la première fois qu'il parut à la tribune. Indigné de cet affront, mais non découragé, il jura de vaincre la nature, et il y parvint : s'exercant à parler à haute voix avec des cailloux dans la bouche , sur le bord de la mer, au bruit des vagues irritées, il s'accoutumait ainsi à braver les murmures et l'agitation des flots du peuple.
L irritabilité de ses nerfs lui donnait dans les
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épaules un mouvement convulsif , désagréable et contraire à la dignité qui doit accompagner l'oraleu : pour triompher de cette habitude il parlait dans une tribune étroite , au-dessus de laquelle était suspendue une pique dont la pointe arrêtait le mouvement involontaire qu'il voulait réprimer.
Loin d'imiter l'imprudence et la négligence de ses rivaux qui se fiaient à leur talent pour improviser, et croyant qu'on ne peut soigner avec trop de respect ce qu'on doit dire devant une assemblée imposante , et sur les affaires qui intéressent l'État, il s'enfermait souvent dans une retraite souterraine pour y préparer, composer et corriger ses harangues; il se rasait même à moitié la tête , afin d être dans l'impossibilité de sortir.
Aussi l'orateur Démade prétendait que les discours de Démosthène sentaient V huile ( pour faire allusion à la lampe qui éclairait son travail. ) L'éloquence de cet homme célèbre , qui lui donna un si grand empire sur ses concitoyens, était grave , impétueuse , sévère, véhémente : ce fut toujours par des reproches, et non par des flatteries qu'il domina le peuple. Il lui rappelait sa gloire passée, sa corruption présente, donnait des éloges piquans aux lalens, à l'activité de l'ennemi, et savait réveiller à propos les Athéniens de leur mollesse par des apostrophes foudroyantes.
Tantôt il invoquait les dieux pour secourir sa malheureuse patrie contre les dangers d'une destruction prochaine; tantôt, pour enflammer les courages , il évoquait les mânes des héros de Salamine , de Marathon et de Platée. Mais ce qui donna surtout la plus grande force à ses paroles, ce fut un amour brûlant pour sa patrie, que rien ne pouvait endormir , effrayer , ni corrompre. Commet Au moment où Démoslhène voyait avec inquiéhostiiités.c tude les progrès rapides de la puissance de Philippe, Athènes fut alarmée par la nouvelle des préparatifs immenses que faisait le roi de Perse pour quelque entreprise dont on ignorait l'objet. Les Athéniens croyaient qu'il projetait une invasion en Grèce , et voulaient la prévenir en 1 attaquant. Démosthène, qui voyait un danger plus certain du côté de la Macédoine, persuada à ses concitoyens de se contenter d'armer une (lotie , et d'éviter avec soin toute démarche imprudente qui pourrait irriter la Perse.
Sparte commençait alors à se relever de ses défaites , et à menacer les Thébains privés de leurs illustres généraux. Démoslhène persuada aux Athéniens que, malgré leur alliance avec Lacédémone, ils ne devaient pas souffrir qu'elle s'emparât de Mégalopolis. Athènes suivit ses conseils , cl envoya trois mille hommes au secours de celle
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ville, afin de tenir la balance égale entre les Spartiates et les Thébains.
La puissance de Philippe augmentait alors comme Exploits <fe son audace. Après avoir défait en bataille rangée les Illyriens , il prit Amphipolis , colonie athénienne : comme il ne voulait pas encore inspirer trop d'ombrage aux Athéniens, il déclara cette ville indépendante ; mais il eut soin d'y laisser des hommes adroits et dévoués , qui engagèrent peu de temps après les habilans à se donner à lui.
Encouragé par ce succès , il poussa plus hardiment ses entreprises, réduisit sous son joug les Péoniens, et s'empara même de Polidée , d'où il renvoya une garnison athénienne.
Démoslhène, qui le suivait d'un œil inquiet, s'efforçait alors vainement de rendre ses compatriotes sensibles à cette injure ; l'habile Philippe trouvait moyen d'endormir leur défiance en flattant eur amour -propre il leur faisait de magnifiques promesses, et recherchait leur alliance en même temps qu'il attaquait leurs alliés.
Ses artifices réussirent si parfaitement auprès des diflérens peuples de la Grèce que, loin de s'opposer à ses progrès, ils le rendaient l'arbitre de leurs querelles. Une de ses plus importantes pri*> opérations fut la prise de Gnide : la conquête de ce pays lui donna des mines d'or, dont il tirait
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annuellement trois millions, somme qui dépassait les revenus d'Athènes.
Cette nouvelle source de richesses augmenta ses troupes , lui valut partout des espions et des amis , et lui ouvrit l'entrée de beaucoup de villes : aussi disait-il qu'il ne regardait aucune forteresse connue imprenable dès qu'il y pouvait faire monter un mulet chargé d'argent.
Au lieu de traverser ses desseins Athènes et Thèbes s'occupaient de leurs propres différends, et alimentaient par leurs secours la discorde excitée alors dans l'île d'Eubée par deux factions opposées. Cette guerre de peu d'importance fut terminée par l'arrivée d'une flotte athénienne : elle débarqua des troupes dans cette île, et en chassa les Thébains.
Naissance Ce fut l'an 5648 , trois cent cinquante-six ans drc-ie- avant Jésus-Christ, que la reine Olympias , femme de Philippe , devint mère d'Alexandre-le- Grand.
11 naquit le même jour où l'insensé Erostrate mit le feu au temple d'Èphèse pour immortaliser son nom. On méprisa la folie d'Erostrate qui ne brûla qu'un temple ; on admire celle d'Alexandre qui incendia le monde.
Au moment où Philippe reçut la nouvelle de la naissance de son fils ses dépêches lui apprirent
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qu'il avait gagné le prix aux jeux olympiques, et que Parménion, l'un de ses généraux, venait de remporter une grande victoire sur les lllyriens. 11 écrivit en ces termes au fameux philosophe de Stagyre, Aristote : a Je vous apprends que j'ai un )) fils : je remercie les dieux moins de me l'avoir » donné que de l'avoir lait naître de votre vivant. » J'espère que par vos soins j'aurai un successeur » digne de moi.
£11 564g la Grèce vit éclater une guerre re- La guerre ligieuse , d'abord partielle , et depuis nationale : M on l'appela la guerre sacrée y elle dura dix ans.
Les Phocéens avaient labouré un champ appartenant au temple d'Apollon ; on les accusa de sacrilège : les amphictyons les condamnèrent à une forte amende. Philomèle , chef des Phocéens , s'opposa à l'exécution de l'arrêt : s'appuyant sur la foi d'un vers d'Homère, il soutint que le temple de Delphes dépendait de la Phocide, et devait être sous la surveillance de son gouvernement.
Courant aux armes avec ses concitoyens , il battit d'abord les habitans de Locres, entra ensuite dans le temple, déchira le décret des amphictyons , et par ses menaces obtint de la prêtresse d'Apollon un oracle favorable.
Les amphictyons ordonnèrent aux Grecs de faire la guerre aux Phocéens. Ceux-ci furent sou-
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tenus secrètement par Athènes et Sparte. Les Thébains, lesLocriens, les Thessaliens prirent le parti des amphictyons. Philomèle, qui n'avait point de trésors pour payer ses troupes , pilla le temple de Delphes , dont il soutenait que la protection et la surveillance devaient lui être confiées.
La guerre devint cruelle, parce qu'elle était religieuse. Dans d'autres querelles on combat ses ennemis sans les haïr; mais dans celles où. l'on croit le ciel offensé les passions s'enflamment; chacun pense venger les dieux , et déteste son adversaire comme coupable et sacrilège.
Les Thébains massacraient leurs prisonniers ; ils défirent dans un combat les Phocéens, et Pbilomèle, entouré par l'ennemi, se tua pour échapper au supplice.
Onomarque, son frère, lui succéda, ranima ses troupes , et combattit avec succès.
Ci : ine A- Peu Pr^s dans ce temps , en 365o , Artémise, m"u"oUe. e reine de Carie, se rendit célèbre par sa tendresse conjugale. Mausole, son époux, avait touché son cœur par son amour : il était aimé dans sa famille, mais détesté par ses sujets qu'il traitait avec dureté. Il avait conquis Rhodes et Cos qui perdirent sous son règne leur repos et leur liberté : la mort termina promplement le cours de ses exploits. Arté-
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mise fut inconsolable : la magnificence du tombeau qu'elle lui fit bâtir fit donner par la postérité à ces monumens funèbres le nom de mausolées. Elle n'y renferma point cependant ses débris ; elle voulut ensevelir dans son sein ce qui lui restait d'un objet si cher, et mêla journellement dans sa boisson des cendres sacrées pour elle. Ses larmes, qui ne tarirent point, l'immortalisèrent. Elle déeerna un prix à l'orateur qui fërait l'éloge le plus éloquent de Mausole. Tiiéopompe disputa cette couronne avec Isocrate , et fut déclaré vainqueur. Artémise remplit ses devoirs de reine comme ceux d'épouse. Les Rhodiens , la croyant abattue par son affliction, se révoltèrent et voulurent la détrôner '. ils furent appuyés par Démosthène qui se déclara contre cette héroïne. Elle soutint leur attaque avec fermeté, et les défit complètement ; niais, ne pouvant vaincre de même le chagrin ■qui la consumait, elle mourut deux ans après Mausole.
La guerre sacrée continuait toujours avec fureur : Pbilippe en profitait sans y prendre part; et, tandis que les Grecs s'affaiblissaient par leurs1 combats , il étendait ses conquêtes dans l'illvrie et dans la Thrace.
Lorsqu'il assiégeait Méthone un archer d'Am- „)'?«" phipolis, nommé Aster, vint lui offrir ses services, l£*°ba**