TOME
5l4 QUATRIÈME ACE
l'ayant chargé de partir avec six galères pour toucher le tribut que devait une colonie , il lui dit : « Vous me donnez trop de monde si vous m'en- » voyez à des amis , et trop peu si je vais trouver )) des ennemis. » Son austérité déplut souvent à la légèreté athénienne ; et comme on lui reprochait le froncement de ses sourcils , qui annonçait -une humeur sévère , il répondit : a Athéniens , » le froncement de mes sourcils ne vous a jamais » fait de mal , tandis que le sourire de vos flatteurs » vous a souvent fait pleurer. »
Loin d'imiter les orateurs verbeux , il regardait la concision comme le plus grand mérite d'un discours. On lui demandait un jour à quoi il rêvait , il dit : a J'examine les moyens de retrancher quel- )) que chose de ce que j'ai à dire au peuple. » Un harangueur, puissant à la tribune et faible aux combats , l'insultait parce qu'il s'opposait à la guerre, a Tu vois bien, reprit Phocion, que je » n'agis point par intérêt; car s'il y a guerre je » le commanderai; et, s'il y a paix, tu me com- » manderas. ))
Indigné des transports que faisaient éclater les Athéniens en apprenant la mort de Philippe, il leur reprocha cette bassesse : « Songez, ajouta-l-il, )) que l'armée qui vous a vaincus à Chéronée n'est » diminuée que d'une tête. »
DE LA GRÈCE. Si 5
Philippe, triomphant de toute la Grèce, échoua devant ce grand homme. Phocion défendit contre lui l'Eubée; il lui enleva Mégare et le défit en bataille rangée. Alexandre avait forcé le monde à lui obéir; il ne put contraindre Phocion à recevoir cent talens qu'il lui envoya comme à l'homme qu'il estimait le plus. Phocion répondit en refusant : a Si le roi estime ma probité , il doit me » permettre de la garder. » Le conquérant s'irrita , et dit qu'il ne pouvait considérer comme amis ceux qui refusaient toute grâce de lui. Alors Phocion lui en demanda une ; c'était la liberté de deux Corinthiens et d'un citoyen d'Imbros : il l'obtint , et le roi chargea Cratère de lui donner en souveraineté une ville d'Asie. Phocion, aussi peu ambitieux que cupide, le refusa de nouveau. Cette grandeur d'âme fit une telle impression sur Alexandre que, dans le temps même où, enivré d'orgueil et se croyant plus qu'un homme , il supprimait dans ses lettres adressées aux plus grands personnages le mot charin qui veut dire joie et salut , il conserva toujours cette formule d'égard en écrivant à Phocion.
La fierté de cet homme d'Etatn'aveuglait jamais sa prudence; et comme les Athéniens voulaient refuser d'envoyer leur contingent en Asie à l'armée d'Alexandre, il dit : « Songez qu'il faut être
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)) ou les plus forts, ou les amis du plus fort. » Le peuple athénien , dont l'ingratitude acquit autant de célébrité cpie ses illustres victimes curent de gloire , ne se contenta pas dans sa fureur d'avoir immolé Phocion ; il lit porter son corps hors de l' A t tique, et défendit à tout citoyen de lui rendre les honneurs funèbres. Les habitans de Mégare lui dressèrent un bûcher : une dame de cette ville, qui assistait à la cérémonie, éleva sur le lieu même un cénotaphe (ou tombeau vide) ; elle recueillit les ossemens du héros, et les enterra sous son foyer en lui adressant ces paroles : tt Foyer sacré, je te confie les précieux restes d'un » homme vertueux ; conserve-les fidèlement ; tu » les rendras au tombeau de ses ancêtres quand )) les Athéniens seront devenus justes et sages. » Tc"°usnrï* S°n vœu fut exaucé ; le repentir succéda au rhô'don! e crime : on rapporta dans Athènes ces débris d'un grand homme, si religieusement conservés par les soins d'une étrangère. Le peuple éleva une statue en bronze à Phocion , et punit de mort ses accusateurs.
nemTnYdê ^es Athéniens, privés par la retraite d'AlepîîrièrY.us xandre , fils de Polysperchon , du secours qu'ils espéraient , reçurent la loi de Cassandre. 11 laissa des troupes dans la citadelle , et leur donna pour tyran Démétrius de Phalère. Cet homme, très-estimé à
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Athènes par son éloquence, sa sagesse et son courage , s'était hautement déclaré pour l'indépendance de la république, et contre la domination d'Alexandre dès le temps même d'Harpalus. Il devint doublement célèbre comme philosophe et comme homme d'État : sa justice et sa fermeté maintinrent la tranquillité dans la ville ; il augmenta les revenus, diminua les dépenses, fit respecter les lois, soulagea les pauvres, et se montra si juste que , pendant son administration qui dura plus de dix ans, la république ne s'aperçut pas qu'elle avait un maître.
Polysperchon vint assiéger Athènes , et ne put s'en emparer. La guerre , qui continuait toujours avec acharnement entre les successeurs d'Alexandre , amena des événemens funestes pour la famille de ce monarque * : le vertueux Eumène , après une grande vicissitude de succès et de revers, fut vaincu et pris par Antigone qui le fit périr : il protégeait seul les jeunes rois. La reine Olympias, crime de la
... , rcineOljra-
dont 1 ambition sans bornes n était effrayée par pi»*. aucun crime , crut qu'elle parviendrait au pouvoir absolu en se délivrant de tous ceux qui lui portaient ombrage. Eurydice , femme du roi A ridée., balançait sa puissance ; Olympias les fit assassiner
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ions deux. Nicanor, frère de Cassandre , et plusieurs grands personnages du royaume, périrent aussi par ses ordres. Si les rois n'entendent pas la voix de la vertu , ils devraient au moins écouter celle de l'expérience qui prouve par mille exemples que la cruauté, loin de diminuer le nombre des ennemis , les multiplie , et que toute injustice mine la base du pouvoir.
Les fureurs d'Olympias soulevèrent le peuple contre elle *. Cassandre accourait sous prétexte de venger le roi , mais dans l'intention réelle de s'emparer de la Macédoine. Tout se déclara pour lui : la tyrannie ne trouve point de défenseurs dès qu'elle est malheureuse.
Sa mort La reine , assiégée dans Pydna , fut obligée de se rendre à discrétion : les parens de ses victimes convoquèrent l'assemblée des Macédoniens , et demandèrent son châtiment. Olympias se défendit avec fierté. Un arrêt la condamna à mort : les soldats chargés de l'exécution refusèrent de porter ia main sur la mère du héros qui les avait si souvent conduits à la victoire : mais les fils des infortunés morls victimes de sa barbarie , n'écoulant jiie leur désespoir, se précipitèrent sur elle, et tranchèrent ses jours.
\n du mQnde tf>go.
DE LA GRÈGE. 5lO,
Cassandre , aussi ambitieux , aussi féroce qu'O- Re™n- Ivmpias, mais plus dissimulé, déguisa quelque Thébes P»r
Cassandre.
temps ses intentions criminelles sous le masque de la vertu. Les ruines de Thèbes , autour desquelles erraient ses anciens habitans , étaient à la fois pour les Grecs un monument de douleur et d'humiliation. Cassandre entreprit de la rebâtir : toutes les villes de la Grèce , et surtout Athènes , contribuèrent à sa réédification ; en peu d'années cette illustre cité reprit son ancienne splendeur.
Cassandre , après s'être ainsi concilié l'affection des Grecs, s'empara d'Argos et de la Messénie. Il redoubla d'activité pour rendre sa puissance égale à celle d'Antigone, dont la domination s'étendait chaque jour en Asie ; de Ptolémée , dont l'Egypte et la Palestine reconnaissaient les lois , et de Séleucus qui venait de s'emparer de Babylone, de la Perse et de la Médie.
Mais, tandis que tous se disputaient les débris de ce vaste empire , les Macédoniens , fatigués de leurs divisions , élevèrent la voix en faveur du jeune roi Alexandre, fils d'Alexandre-le-Grand et de Pioxane : ce prince était âgé de quatorze ans. Partout les vieux soldats de son père faisaient entendre leurs murmures sur sa captivité, et le demandaient pour maître. Cassandre alors , cessant
de voiler son ambition , fit empoisonner ce jeune monarque avec sa mère.
Polysperchon parut d'abord disposé à le venger: il fil venir dans son camp un autre fils d'Alexandre, nommé Hercule, que ce monarque avait eu de Barsine, veuve de Memnon; il s'avança pour combattre Cassandre : mais bientôt, rapproebés par la crainte de perdre leur pouvoir, ils se réconcilièrent , et le malbeureux Hercule périt victime de leur perfidie.
Polysperchon ne jouit pas long-temps du fruit de ses crimes ; il mourut ainsi que son fils , et laissa Cassandre maître de la Macédoine.
Ptolémée voulait donner un titre plus légitime à ses prétentions à l'empire , et se disposait à épouser Cléopatre , sœur d'Alexandre-le-Grand , et veuve du roi d'Epire. Antigone en fut informé ; et, au moment où celte princesse allait partir de Sardes pour se rendre en Egvpte , il la fit assassiner. Ainsi la passion de dominer , portant à tous les crimes ces indignes successeurs d'un héros, causa la destruction de sa famille, moissonnée tout entière par les ingrats qui lui devaient leur fortune et leur gloire : mais presque toujours l'ambition n'a pour toute jouissance que des rêves courts et cruels ; en peu d'années ces brigands disparurent de la terre. Séleucus et Ptolémée, princes justes
et clémens, furent les seuls qui établirent des em- Trouble,
à Athènes
pires durables : la violence , semblable au torrent, caU5t;s .i"r ravage et passe ; la modération seule fertilise, pro- l'ol,orcctcduit et conserve.
Tandis que la Macédoine et l'Asie étaient agitées par ces violens orages , Athènes jouissait d un profond repos sous le sage gouvernement de Démétrius de Phalère ; mais ce bonheur ne fut pas d'assez longue durée : dans ce temps Démétrius , fils d'Antigone , et qu'on nomma depuis Poliorcète (preneur de villes), commençait à se faire connaître par un brillant mélange de nobles qualités et de funestes défauts; sa beauté, sa bravoure, sa magnificence , l'étendue et la vivacité de son esprit , sa générosité après la victoire , sa fermeté dans les revers qui lui faisaient trouver toujours de nouvelles ressources , son habileté dans l'art des sièges , l'heureuse invention de ses machines de guerre , et son infatigable activité excitaient une juste admiration : mais tout ce mérite était terni par un amour excessif pour les voluptés , par une ambition sans bornes et par une inconstance que rien ne pouvait fixer.
Son père Antigone , peu content de posséder la moitié de l'Asie , voulait dominer dans la Grèce *.
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Démélriuson fils, chargé d'exécuter ses ordres, arriva tout à coup avec deux cent cinquante voiles dans le port d'Athènes , où, l'on ne s'attendait pas à cette attaque. S'étant rendu maître du Pirée , il proposa aux Athéniens de rétablir la démocratie : on reçut cette proposition avec transport. Démétrius de Phalère connaissait trop le peuple athénien pour livrer une nouvelle victime à son ingratitude ; il demanda au vainqueur de l'envoyer à Thèbes : Démélrius l'estimait , et lui permit de partir. L'événement justifia sa prévovance ; ces mêmes Athéniens, qui avaient porté l'admiration pour sa justice et sa sagesse au point de lui élever autant de statues qu'il y avait de jours dans l'année , le condamnèrent à mort par contumace renversèrent ses trois cents statues , prodiguèrent sans mesure les plus grands honneurs à Anligone et a Dénié trius , leur donnèrent le nom de rois et de dieux sauveurs , et firent porter leurs images avec celles des autres divinités aux fêtes de Minerve.
Démétrius de Phalère , apprenant les outrages des Athéniens , dit à ses amis : a Les ingrats peu- » vent détruire mes statues ; mais ils ne pourront » effacer les vertus qui mêles ont méritées. )) Il se rélugia d'abord chez Cassandre , et ensuite en Egvpte , jprès de Ptolémée Soier : il trouva dans
ce prince plutôt un ami qu'un protecteur. Démétrius avait honoré sa vie par la justice de son administration ; il illustra sa retraite par de bons ouvrages que malheureusement le temps ne nous a pas conservés.
Démétrius Poliorcète , poursuivant le !cours de ses exploits , descendit dans l'île de Chypre , parvint , à l'aide des machines qu'il inventa , à s'emparer de Salamine , et défit en bataille rangée la flotte de Ptolémée. Son père Antigone , transporté de joie et d'orgueil , lui envoya le diadème, et lui donna dans ses lettres le titre de roi. Les Egyptiens accordèrent la même dignité à Ptolémée. Séleucus, Lysimaque et Cassandre , ne voulant pas leur être inférieurs , se décorèrent aussi de la couronne. Ainsi les soldats d'Alexandre montèrent audacieusement sur les trônes que leur maître avait conquis.
Démétrius avec quarante mille hommes attaqua siège
de Rhodes.
1 île de Rhodes *. Ce siège fameux fit un égal honneur aux assiégeans et aux assiégés. Les Rhodiens s'étaient acquis une grande considération par l'étendue de leur commerce , par l'industrie de leur agriculture , par la magnificence de leur ville ; ils avaient des lois justes , une liberté sage,
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des citovens courageux et des marins habiles. Leur
défense fui opiniâtre : les travaux étaient aussitôt
détruits qu'achevés; les femmes signalaient leur
invention courage comme les hommes. Démétrius de son
ri une ma- °
guerre de côté redoublait d'audace et d'activité ; il inventa dans ce siège uue redoutable machine de guerre , nommée l'hélépole , la plus grande qu'on eût encore vue : elle avait neuf étages ; chaque étage était garni de catapultes et de balistcs , ainsi que de deux béliers armés de fer, que poussaient les bras de mille guerriers. Une mine , creusée par les Rhodiens sous le chemin que devait parcourir cette machine, la fit écrouler. Enfin , après un an d'efforts inutiles , Démétrius se vit obligé de lever le siège, et de laisser Rhodes jouir de son indépendance. Au milieu du tumulte des combats , des assauts , des sorties le célèbre peintre Protogène achevait paisiblement l'un de ses plus beaux tableaux.
Démétrius, après la conclusion du traité, voulut le voir, et lui exprima sa surprise d'une tranquillité si profonde à l'approche d'un si grand péril. Le peintre répondit : « Je savais que vous » aviez déclaré la guerre aux Rhodiens, et non )) aux arts. »
La délivrance de Rhodes était due en partie à une attaque que faisait alors Cassandre contre
DE LA GRÈCL\ 5^5
Athènes. Démétrius revint le combattre, et le chassa de l'A nique*. On logea le vainqueur au temple de Minerve. Dénié trius profana ce lieu sacré par ses débauches. Bravant les dieux et déifiant ses courtisanes , il leur éleva des autels. Pour comble d'humiliation les Athéniens se virent forcés de lui donner cinq cents talens , dont il fît présent à Lamia sa maîtresse.
Enivré par ses succès, et se crovant destiné à jouer le rôle d'Alexandre , il se fit déclarer à Corinthe généralissime des Grecs. Celte démarche dévoila ses prétentions à l'empire ; déjà Antigone et lui montraient ouvertement l'intention de conquérir la Macédoine. Cassandre, irrité, s'unit étroitement contre eux avec Lysirnaque, Séleucus et Ptolémée. Cette ligue puissante attira tout l'effort de la guerre en Asie. Démétrius, d'abord battu, remporta ensuite une victoire. Après une longue Bataille
^ d'ipsus.
alternative de succès et de revers l'armée des alliés et celle d' Antigone et de Démétrius se rencontrèrent à Ipsus en Phrygie*, et se livrèrent une bataille décisive. Antigone y périt ; son armée fut mise en déroute. Démétrius , enveloppé, se fit jour au travers des ennemis : il sauva sa vie par sa bravoure que secondait l'audacieuse intrépidité
* An du monde 3701.
** An du monde 3701.
du jeune Pyrrhus, roi d'Epire, alors son ami, et qui devint depuis si célèbre.
Démétrius perdit ses troupes , ses richesses , ses Etats , tout enfin, hors l'espérance qui ne l'abandonnait jamais.
partage Les vainqueurs firent après cette victoire un ] viexan- partage définitif de l'empire d'Alexandre. Plolé-
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niée eut l'Egypte, la Lybie, l'Arabie et la Palestine ; Cassandre la Macédoine et la Grèce ; Lysimaque la Thrace, le Pont et la Bithynie; Séleucus toute l'Asie jusqu'au fleuve Indus. Ce dernier royaume prit le nom de ro\ aume de Syrie, dont Antioehe fut la capitale.
Démétrius, errant et suivi de quelques guerriers fidèles, vint chercher un asile dans Athènes. Les Athéniens , qui l'avaient traité comme un dieu lorsqu'il était vainqueur, le regardèrent comme un vil banni après sa défaite : ils avaient offert un temple à sa fortune ; ils fermèrent leurs portes à son malheur.
Depuis la bataille d'Ipsus Cassandre possédait paisiblement la Macédoine, et dominait dans la Grèce. Pour rendre ses droits plus respectables aux yeux des Macédoniens il s'était marié avec Thessalonice , sœur d'Ak'xandre-le-Grand : favorisé par le destin, il n'eut plus d'ennemis que ses remords. On le haïssait , on le méprisait; mais
on lui obéit. Un trône acquis par tant de crimes ne devait pas être solide. Cassandre mourut. Il laissait trois fils, nommés Philippe, Antipater et Alexandre. Philippe survécut peu à son père, ses deux autres frères se disputèrent la couronne. La reine Thessalonice voulut vainement les rapprocher ; ils coururent aux armes. Antipater, irrité des reproches de sa mère, l'assassina. Ce meurtre révolta la plus grande partie de ses sujets. Pyrrhus, roi d'Epire, prit le parti d'Alexandre, et entra en Macédoine. Antipater périt; la vie d'Alexandre fut de courte durée : de sorte qu'il ne resta sur la terre aucun rejeton de la famille du conquérant de l'Asie.
La mort de Cassandre laissait à la Grèce quel- p.ised'Aque espoir de liberté ; 1 active ambition de Derae- D6mét»i«». trius ne lui permit pas d'en jouir : ce prince, dé~ trôné se réconcilia avec Séleucus , obtint d'assez • grandes possessions en Asie , leva des troupes, arma des vaisseaux, revint en Grèce, entra dans l'Attique , et s'empara d'Athènes. Le peuple s'attendait à une juste vengeance; la terreur régnait dans la ville; elle fut au comble lorsque tous les citoyens, rassemblés par les ordres du roi au théâtre , se virent environnés d'une foule de soldats armés. Dénié trius , satisfait d'avoir puni leur bassesse et leur ingratitude par quelques heures d effroi , leur pardonna.
11 parlit ensuite pour se rendre maître du Péloponèse. Les Spartiates lui résistèrent ; il les battit , et défit complètement le roi Arcliidamus près de Lacédémone. Le courage des habitans et les nouvelles qu'il reçut des troubles de Macédoine l'empêchèrent de prendre celle ville. En s'éloignant il traversa la Grèce, entra dans les États d'Alexandre pour le soutenir contre Antipater : mais il trouva que Pyrrhus l'avait déjà prévenu. Alexandre, vainqueur de son frère, céda plusieurs villes au roi d'Epire pour reconnaître ses services , et acheva la conquête de son royaume sous la protection de Dénié trius. N'ayant plus besoin de secours, il voulut se délivrer d'un prolecteur dont il redoutait la domination. Démétrius, informé de ses complots , le tua et se déclara roi de Macédoine. Cet accroissement de puissance excita la jalousie de Lysimaque : il rassembla une armée pour entrer en Macédoine, et Pyrrhus même, n'ayant pu amener Démétrius à aucun accommodement, s'arma contre lui.
caractère et Nous avons vu précédemment que le roi d'Epire Pvrrhus. avait sauvé la vie de Démétrius dans la bataille d'Ipsus : mais l'ambition des princes écoute rarement la voix de l'amitié et de la reconnaissance; sous le nom de gloire l'intérêt prend trop souvent chez eux la place de toutes les vertus.
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ïje sort avait destiné Pyrrhus aux aventures les plus romanesques; les orages de sa vie eommenûèrent avec sa naissance. 11 était à la mamelle lorsqu'un usurpateur détrôna son père Eacide : échappé au poignard des rebelles, on le porta en Illyrie chez le roi Gîaucias. Ce monarque , craignant la vengeance de Cassandre, roi de Macédoine , voulait lui livrer cette innocente victime ; mais le jeune enfant , saisissant sa robe avec ses mains, le loucha par son sourire et par ses caresses. Le loi le prit sous sa protection , l'éleva , et lorsqu'il fut grand un parti de sujets fidèles le rappela en Epire. 11 y rentra et monta sur le trône.
Quelques années après étant allé en Illyrie pour assister aux noces d'un fils de Gîaucias, ses sujets se révoltèrent de nouveau , et donnèrent le sceptre à Néoptolème, son grand oncle. Pvrrhus, dépouillé *de sa puissance, se rendit en Asie ; ce fut le premier théâtre de sa gloire: il fit des prodiges de valeur à la bataille d'ipsus. Après celte fatale journée il alla en Egvpte : sa renommée, son esprit, sa douceur lui concilièrent l'amitié du roi et de la reine Bérénice. Cette princesse lui fit épouser Aniigone, sa fdle. Plolémée lui donna une flotte et des subsides : avec ces secours il rentra en Epire, battit les rebelles, et conclut avec Néoptolème un traité, en vertu duquel ils devaient régner conjointement.