‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 67 sur 77 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

53o QUATRIÈME AGI.

Leur bonne intelligence dura peu ; le perfide INéoptolème corrompit quelques officiers de Pyrrhus, et les décida à l'empoisonner. Antigone découvrit le complot et en avertit son époux. Pyrrhus, dissimulant son ressentiment pour assurer sa vengeance, invita Ncoplolème à un festin , le fit assassiner, et resta seul maître del'Épire.

Quelque temps après il porta ses armes en Macédoine , comme nous l'avons dit précédemment *. Alexandre et Antipater étant morts , il déclara la guerre à ce même Démétrius, époux de sa sœur Déidamie, et dont il avait sauvé la vie au péril de ses jours.

Tandis qu'il entrait dans la Macédoine , Démétrius , par une autre route , pénétra dans lTipire et la livra au pillage. Pyrrhus cependant rencontra une seconde armée macédonienne, commandée par Pantauchus, qui passait pour un des plus braves et des plus habiles généraux de la Grèce. La bataille fut sanglante et long-temps douteuse : au milieu de la mêlée Pantauchus, défiant le roi d'Epire , le cherchait et l'appelait partout à grands cris. Pyrrhus, volant à sa rencontre, le combattit avec intrépidité , reçut une légère blessure , et renversa son ennemi. Sa défaite entraîna la déroute

* An du monde 3ji i.

DE LA GRÈCE. 53l

des Macédoniens. Celte victoire accrut beaucoup la renommée de Pyrrhus ; on disait qu'il ressemblait à Alexandre par son génie, par sa figure et par son audace , tandis que les autres rois n'imitaient ce héros que par leur luxe , leur garde et leur orgueil.

Ce jeune guerrier se faisait adorer des soldats en leur attribuant modestement sa gloire. Ayant su qu'ils le surnommaient l'Aigle de l'Epire , il leur dit : a Si je suis un aigle, vous êtes mes » ailes , car ce sont vos armes qui m'ont élevé » si haut. »

Sa douceur égalait son courage. On lui amena un jour quelques jeunes officiers qui , dans un festin , s'étaient permis des propos outrageans contre lui : leu r ayant demandé s'ils avaient réellement proféré ces paroles indiscrètes, « Oui, » seigneur, répondit l'un d'eux, et nous en au- » rions bien dit davantage si le vin ne nous y) eût manqué. » 11 rh de cette saillie, et leur pardonna.

Satisfait de son triomphe et des avantages que Défaite,

. fuiteetmort

lui offrait Démétrius, Pyrrhus conclut mie trêve de Deme-

■'- trius.

avec lui. La paix en aurait été la suite ; mais Démétrius lui fit une nouvelle injure. Le roi d'Epire venait d'épouser Lanassa, fille d'Agatocle, tyran de Syracuse ; elle lui avait apporté en dot l'île de

JDU VL ^TBIÈME ACE

Corfou. Cette princesse , mécontente des procèdes de Pyrrhus qui lui préférait d'autres femmes, se retira à Corfou, et entretint des intelligences secrètes avec Démélrius : celui-ci l'enleva et la prit pour femme. Pyrrhus, irrité, entra de nouveau dans la Macédoine que Lysimaque attaquait d'un autre côté. Démélrius s'avança pour le combattre ; mais toute son armée se révolta et passa dans le parti de Pyrrhus . Abandonné par ses troupes, entouré d'ennemis, Démélrius , pour la seconde fois dépouillé de ses Etats, se sauva sous l'habit d'un paire, et -chercha une nouvelle fortune en Asie. Séleucus et Plolémée lui cédèrent la Phénicie et la Cilicic: mais l'inconstant Démélrius , s'éloignant encore décès riches provinces pour tenter d'inutiles conquêtes, succomba enfin sous les armes de Séleucus : ses troupes furent mises en déroute ; après avoir erré quelque temps au milieu des montagnes il se vit obligé de se rendre à discrétion ; et Séleucus le retint dans un château, où la débauche termina ses jours.

Anivéede Pyrrhus, vainqueur, n'avait pas voulu laisser au Athées. a parti de Démélrius le temps de se relever; après avoir partagé la Macédoine entre lui et Lysimaque il se rendit à Athènes, qui lui ouvrit ses portes.

Les Athéniens lui décernèrent de grands bon-

news ; et, en reconnaissance de leur bon accueil, il leur donna le sage conseil de ne jamais laisser entrer dans leur ville aucun roi, pas même lui.

De retour en Macédoine il trouva ce pays en fermentation. Les Macédoniens se trouvaient humiliés d'obéir à un roi d'Epire, autrefois vassal de leurs souverains. Lysiniaque , profitant de ces dispositions , souleva toute la nation , et força Pyrrhus de rentrer dans son royaume. Quelques villes qui lui furent cédées le décidèrent à conclure la paix.

Le génie de ce prince était trop ardent pour se

SondépnTt

tenir long-temps renfermé dans les étroites limites powiitaUa d'un si petit royaume : le sort lui offrit bientôt une occasion de porter ses armes en Italie; plus frappé de la gloire que des dangers de l'entreprise, il s'y précipita sans hésiter. Les habitans de Tarente, alors en guerre avec les Romains, ainsi que les Lucaniens et les Samnites, appelèrent le roi d'Epire à leur secours , et il résolut de remplir leur vœu.

Un de ses favoris , Cynéas , ministre habile et sage, s opposant vainement à ce projet, en montrait toutes les difficultés, et demandait quel avantage on pourrait retirer d'une guerre si dangereuse dans un pays si éloigné. (( Comment, lui y> dit Pyrrhus 3 vous ne voyez pas que, les Romains

» étant une fois vaincus , rien ne pourra nous ré- )) sister, et que nous serons maîtres de l'Italie ? )) — « Eh bien ! répondit Cynéas, après avoir conquis » l'Italie que ferez-vous? » — « La Sicile est di- » visée, reprit le roi, il sera facile de s'en empa- )) rer? » — « Sera-ce le terme de la guerre? )> « Non , nous passerons en A frique : Carthage w résistait à peine à Agatocle; elle nous offrira » une victoire facile. » — « Je vois, seigneur , )) qu'avec tant de puissance vous pourrez revenir )) vous emparer de la Macédoine et de toute la » Grèce; mais que ferons-nous ensuite? » — y) Alors, mon cher Cynéas, nous nous repose- » rons , et nous passerons nos jours en festins et » en plaisirs. » — « Eh ! que ne commencez-vous » donc par là , dit Cynéas ; pourquoi marcher à )) travers tant de périls , faire tant de malheureux , » répandre tant de sang pour courir, par de si )) longs et de si incertains détours, au but que vous » pouvez toucher sans peine aujourd'hui? »

L'ambition ne peut comprendre le langage de la sagesse. Pyrrhus partit , et débarqua en Italie. Le bruit de ses exploits l'avait précédé et grossit ses forces. Avant de combattre il fit proposer aux Romains sa médiation pour conclure la paix : le consul Lévinus répondit que les Romains ne le voulaient point pour arbitre , et ne le craignaient

pas comme ennemi. Les armées s'avancèrent et Sdvicio,re furent bientôt en présence. Pour la première fois mains, les Grecs combattirent les Romains. Pyrrhus, s'étant approche de leur camp pour le reconnaître , admira leur ordonnance, et dit : « Ces disposiïi tions ne sont pas trop barbares pour avoir été » faites par des barbares; il faut voir à l'épreuve » ce qu'ils savent faire. ))

Jamais son courage n'avait encore rencontré d'adversaires si redoutables : leur opiniâtreté égalait son audace : il revint sept fois à la charge contre eux; enfin ses éléphans , jusque là inconnus en Italie, rompirent les rangs des Romains, et les mirent en déroute.

Après cette victoire il envoya Cynéas à Rome r i " ^es Pr0

pour proposer la paix. Appius Claudius décida potions de

le sénat à la refuser. Cynéas, frappé de la majesté 'énlt^io-8

dt î** * a vi • main.

e ce sénat , dit a son maître qu il avait cru en y

entrant se trouver dans une assemblée de rois. Les Romains envoyèrent Fabricius au roi d'Epire pour l'engager à se retirer. Pyrrhus voulut le gagner par de riches présens ; le fier Romain lui'dit : « Conservez votre or ; moi je garde ma pauvreté » et ma vertu. »

La campagne suivante commença parmi combat de générosité. Le médecin de Pyrrhus , ayant formé le projet de l'empoisonner , en informa les

Romanis. Fabricius, qui les commandait, eei au roi pour l'avertir de ee complot. Pyrrhus, touché de cette générosité, renvoya les prisonniers sans rançon, et offrit de nouveau la paix qui fut encore refusée.

?on H livra bientôt une grande bataille aux Romains

expr'ilition

bd siritc. près d'Asculum : la nuit sépara les deux armées sans avantage décisif. Pyrrhus, occupant le lendemain le champ de balaille, parut vainqueur; mais il dit lui-même à ceux qui le félicitaient : a Encore 11 une victoire semblable , et nous sommes perdus. » La difficulté de cette guerre , et les avantages plus faciles que lui faisait espérer une expédition en Sicile, le décidèrent à la tenter. Il laissa une garnison dans Tarente , et débarqua dans l'île avec trente mille hommes. Ayant vaincu en plusieurs rencontres les Carthaginois et les Mamertins, il se rendit le maître du pays, et s'y crut d'abord assez solidement établi pour donner le trône de Sicile à son fils Hélénus. Ses conquêtes et l'ivresse de la fortune avaient changé son caractère : ce prince, si doux en Epire, ne montra qu'un tyran à la Sicile. Ses injustices produisirent leur effet ordinaire , des révoltes. Bientôt les Samnites et 1rs ïarentins, vivement pressés par Rome, le conjurèrent de revenir en Italie. Lorsqu il sortit (le la c:< .le les Carthaginois et les Mamertins lui enle-'

DE LA GRLCE.

vèrent beaucoup de monde dans sa retraite. Sans cesse harcela par eux , il dut un jour sa vie à sa force seule ; car d'un coup de sabre il fendit eu deux un Carthaginois dont le fer était levé sur lui.

Arrivé en Italie , il raarcba contre les Romains , s«n reiom

en Italie.

et les rencontra près de Bénévent, dans une forte position * : Manias Curius les commandait. Les deux années s'attaquèrent avec furie. Cette journée fut fatale à Pyrrbus : ses éléphans, blessés par les ^Jé^jJ^' traits des ennemis, se retournèrent, et portèrent le en p,rc désordre dans ses rangs. Le carnage fut grand, la victoire des Romains complète; et Pyrrbus, trompé dans ses projets, décbu de toutes ses espérances , retourna en Epire, où il ne ramena que huit mille hommes.

On rapporte qu'en quittant la Sicile il dit : « Je » laisse un beau champ de bataille aux Romains et p aux Carthaginois. )) Son expédition dans cette île et en Italie avait duré six ans.

Pendant cet espace de temps un nouveau maître Éwm-

mensenMa-

s'était emparé de la Macédoine. Lysimaque, vaincu ?,édbOIenr)ece £d" et tué dans une bataille contre Séleucus, laissait ce py"h", pays et la Thrace à la merci du vainqueur. Séleucus, arrivé dans la capitale de ses nouveaux

An du monde 3-"<>.

Etats, s'y croyait en pleine sécurité ; Plolémée Céraunus , banni d'Egypte , et comblé de ses bienfaits, l'assassina lâchement, et termina par celte perfidie les jours du plus grand et du dernier des capitaines d'Alexandre.

L'ambition de régner , qui l'avait porté à ce crime, rencontrait encore d'autres obstacles, dont un nouveau forfait l'affranchit. Arsinoé, sa sœur , veuve de Lysimaque , venait d'être proclamée reine : le perfide Céraunus, la trompant par une feinte tendresse, l'épousa , et dès qu'il se vit maître de sa personne le barbare la poignarda ainsi que ses enfans. Alors, délivré de tous concurrens , il se fit proclamer roi de Thrace et de Macédoine. Le ciel ne lui permit pas de jouir long-temps du fruit de ses cruautés. Une année innombrable de Gaulois , sortie des bords de l'Océan , après avoir traversé la Germanie et la Pannonie, entra en Macédoine sous les ordres de Belgius. Céraunus, aveuglé comme le sont les princes la veille de leur ruine, refusa le secours des Dardaniens, rejeta les propositions de paix des Gaulois qui ne voulaient qu'un tribut; et, à la tête d'une faible armée, attaqua les barbares qui l'enveloppèrent, le firent périr sous leurs coups, mirent ses troupes en désordre , et pillèrent à leur gré ses Etats.

Dans cette crise un général macédonien , Sos-

thènc, s'empara des débris du tronc, et parut par son audace digne d'y monter. Il surprit les barbares dans le désordre de la victoire , en fit un grand carnage, et les chassa de la Macédoine.

Peu de temps après une autre colonne de Gaulois , sous les ordres de Brennus , se répandit encore dans cette contrée , et triompha de la valeur de Sosthène cpii périt dans un combat. Brennus s'avança en ïhessalie : les Thermopyles l'arrêtèrent peu ; il tourna le défilé, et marcha vers Delphes dans l'intention de piller le temple d'Apollon, disant arrogamment que les dieux des Grecs lui devaient aussi un tribut.

Comme il s'approchait de ces lieux un affreux tremblement de terre, renversant les arbres, fendant les rochers , ouvrant des abîmes sur la route , répandit la crainte et la consternation parmi les barbares. Ce phénomène , que la crédulité prit pour un prodige, ranima le courage des Grecs, qui, se voyant secourus par les dieux, accoururent de toutes parts, se précipitèrent sur les Gaulois, et en détruisirent la plus grande partie. Le reste quitta la Grèce , et , cherchant une autre fortune en Asie , s'y établit dans une province appelée depuis Galatie. Brennus , après avoir assuré leur retraite , ne pouvant survivre à sa défaite , se donna la mort.

sur Ii -s Gaulois.

QUATRIÈME A CL La Macédoine, délivrée de ce fléau, devint i\' sujet d'une nouvelle guerre entre Antiochus, successeur de Séleucus, et Antigone, fils de Démétrius Poliorcète. Celui-ci, se trouvant alors en Grèce , prévint son rival , et s'empara du royaume. Le roi de Bilhynie se déclarait pour lui. Antiochus l'attaqua : Antigone vint le secourir ; et celte lutte finit par un traité qui donnait à Antiochus toute l'Asie, et laissait à Antigone la Macédoine. fle pk°hrei Telle était la position de cette contrée lorsque Pyrrhus revint en Grèce. Les fatigues ni les revers ne pouvant calmer son ambition , il entreprit de détrôner Ajitigone, entra dans ses Etats, et remporta sur lui une grande victoire. Antigone avant de fuir lui résista long-temps. Un corps de Gaulois, qui servait dans son armée, balança la fortune , et opposa aux efforts de Pyrrhus la plus opiniâtre intrépidité. Ce prince, fier d'avoir vaincu des hommes dont le nom répandait alors l'effroi en Grèce et en Asie, éleva un trophée dans le temple de Minerve , et y plaça cette inscription : « Pyr- » rhus, avant défait en bataille rangée les indomp- » tables Gaulois, a dédié à Minerve ces boucliers » qu'il leur a pris. Il n'est point étonnant qu'il les » ait vaincus, car la vaillance est héréditaire dai* » la race des Eacides. ))

Le roi d'Epire , habile dans l'art de vaincre ,

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eeueiuonc.

UE LA GRÈCE. " i 1

savait peu profiler de la victoire , et cherchait plus g»

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avidement une nouvelle gloire qu'un nouveau co,,t"' L rovaume : au lieu de poursuivre Anligone , de compléter sa défaite , et de réunir la Macédoine à ses Etals , il se laissa entraîner dans une guerre contre Lacédémone. Celte guerre, qui ne lui offrait d'autre avantage que l'espoir de triompher du peuple le plus célèbre par sa vaillance, exposait son rovaume aux invasions des Macédoniens ; mais un nouvel ennemi était un attrait auquel Pvrrhus ne pouvait résister.

Cléonime , roi de Sparle, haï de ses concitoyens qu'il révoltait par sa violence , se vil forcé par eux de descendre du trône. Son collègue Aréus, doux, sage et vaillant , se faisait généralement aimer. Cléonime éprouva dans le même temps un affront qui acheva d'aigrir son humeur impétueuse. Cliélidonide , sa femme , rompit les liens qui l'unissaient à lui pour s'abandonner sans contrainte à la passion que lui inspirait Acrotatus , fils du roi Aréus. Cette double injure étouffa dans le cœur de Cléonime tout noble sentiment; et, décidé à trahir son pavs pour assurer sa vengeance, il courut au camp de Pyrrhus , et détermina ce prince à défendre sa cause, el à lui rendre son autorité.

Le roi d'Epire, toujours digne du surnom .ine lui donnaient ses soldats, entra dans lePéJoponèse

avec la rapidité d'un aigle. Rien n'était prêt poui repousser une attaque si imprévue ; la terreur précédait Pyrrhus : on lui envoya des ambassadeurs pour négocier ', il les amusa par des réponses vagues, continua sa marche, et arriva aux portes de Sparte sans qu'aucun obstacle pût l'arrêter. Les Spartiates , effrayés, croyant leur ruine certaine, et n'espérant que la mort, voulaient envoyer leurs femmes et leurs enfans dans l'île de Crète ; courage déjà le sénat rédigeait l'ordre de leur départ. Tout

t U mmis

de Sparte. à COup une dame lacédémonienne , nommée Archidamie , paraît dans l'assemblée , l'épée à la main, et, portant la parole au nom des femmes , elle dit : (C Déchirez ce décret injurieux ; nous n'o- » béirons point : vous nous déshonorez en nous » croyant assez lâches pour vouloir survivre à » notre patrie. Nons sommes toutes décidées à » vaincre ou à périr avec vous. »

Leur courage obtint sa récompense ; elles restèrent , et combattirent comme les hommes.

On arma les esclaves ; tous les habitans , sans

■ment

1 à distinction de sexe ni d'âge , portant à la fois le glaive , la bêche et le pieu , creusaient des fossés, plantaient des palissades et combattaient. La reine Chélidonide , à la tête de ses compagnes , les conduisait, les encourageait par son exemple : elle portait un nœud coulant autour de son cou, prête à s'é-

DE LA. GRÈCE. 5 i3

irangler si Cléonimeet Pyrrhus prenaient la ville. Le roi d'Épire, accoutumé à tout vaincre, irrité d'une résistance qu'il croyait impossible , pressait Assallt

i • A général.

et renouvelait sans cesse ses attaques. Acrolatus , fils du roi, le repoussait partout, et se distinguait par des prodiges de valeur : enfin Pyrrhus, réunissant toutes ses forces, donna un assaut général; la mêlée fut terrible , le carnage affreux. Au milieu de ce péril les femmes intrépides ne quittaient pas leurs époux ; la victoire flottait indécise. Dans ce moment le roi Aréus , arrivant de Crète , parut avec un renfort de deux mille Cretois. Ces troupes fraîches ranimèrent le courage des assiégés, refroidirent l'ardeur des assaillans , et les forcèrent à plier. Pyrrhus cherchait à rallier ses soldats ; mais son cheval, blessé par un javelot, l'emporta malgré tous ses efforts , et son armée, le suivant en désordre, s'éloigna enfin des murs de Lacédémone. Le roi de Sparte poursuivit chaudement l'ennemi , tailla en pièces son arrière-garde , et tua le jeune Ptolémée ,• fils du roi d'Epire. Pyrrhus , au désespoir, et terrible dans les combats comme Achille son aïeul , s'élance, renverse tout ce qui se trouve sur son passage , perce de son glaive le général de la cavalerie lacédémonienne, fait un grand carnage des Spartiates , et les force à se retirer.

54 î QUATRIÈME AGE

.1, i'vitIuis La résistance de Sparte avait ranimé le courage une tuile, des villes du Péloponèse. Argos, révoltée et reprenant son indépendance , venait de secouer le joug du roi d'Lpire. Pyrrhus y courut : Aristias , chef d'une faction qui lui était dévouée, lui ouvrit la nuit une porte de la ville et l'y lit entrer. Les Argiens , retirés dans la forteresse, appelèrent à leur secours Aréus et Antigone qui arrivèrent rapidement. Pyrrhus, entouré d'ennemis et presque bloqué dans une ville dont tous les habitans s'armaient contre lui, voulut en sortir au moment où Aréus y pénétrait. Poursuivi par une foule de combattans dans une rue étroite , il reçoit un coup de javeline d'un jeune s aidât : furieux, il se retourne et lève le bras pour se venger. La mère du jeune Argien voyait le combat du haut de sa maison ; à l'aspect du danger de son fils , elle saisit à deux mains une tuile, et la jette avec fureur sur le casque du roi. Pyrrhus , grièvement blessé , tombe de cheval ; les ennemis se précipitent sur lui , et lui tranchent la tête.

Son armée, sans chef, mit bas les armes, et se rendit à Antigone , roi de Macédoine. Alcyonéus, fils de ce monarque, lui porta la tête de Pyrrhus: le roi, indigné , le frappa, lui reprocha son inhumanité , honora par ses larmes le héros vaincu , et le fit inhumer avec pompe.

rmé d'An ttgoae.

DE LA. CRÈCt. 545

Quelque temps après Alcyonéus rencontra Hélénus , fils de Pyrrhus , errant , sans asile , ne portant d'autre vêtement qu'un manteau déchiré. Il le rassura , le consola et le mena à son père. Anligone lui dit alors : « Cette bonne action , mon )) fils , efface un peu la première , mais elle n'est » pas complète ; tu devais vêtir Hélénus, et lui )) ôter ce manteau déchiré qui fait plus de honte » au vainqueur qu'au vaincu. » Après ces mots il embrassa Hélénus , et lui rendit le royaume d'Epire. Le cœur, fatigué de tant de traits de barbarie, a besoin pour se reposer de rencontrer ainsi quelque action généreuse.

Pyrrhus emporta au tombeau la réputation d'un guerrier intrépide, d'un chef habile, mais d'un homme d'Etat sans plan, d'un ambitieux sans frein : nul ne sut mieux que lui commander une armée , et ne fut moins propre à gouverner un royaume. Son génie n'existait que pour la guerre , et personne ne le surpassa pour la science des manœuvres , le choix des positions , et le talent de s'attacher les soldats.

Scipion demandant un jour à Annibal quel était selon lui le plus habile des généraux , le Carthaginois donna le premier rang à Alexandre , le second à Pyrrhus , et se plaça lui-même au troisième.

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