TABLEAU LITTÉRAIRE DE LA GRÈCE PENDANT LE QUATRIÈME AGE
Hommes célèbres dans les sciences , philosophes et historiens. — Pa;i;ctiiH , Démétrius de Phalère, Denys d'ilalicavnasse , Diotlore de Sicile, Plutarque. — Coutumes. — Mariages. — Moeurs. — Funérailles. — Jeux. — Théâtres. — Commerce.
Paxjetius, philosophe stoïcien, était né ài'an&tius. Rhodes, et vint faire ses études à Athènes. La sévérité de sa morale , la force de ses raisonnemens et son érudition lui acquirent une grande réputation ; elle s'étendit au-delà de sa patrie , et il fut appelé à Rome. Le peuple romain, que les Grecs nommaient encore barbare , dans le temps de l'expédition de Pyrrhus en Italie , n'aimait que la gloire des armes, et n'admirait que les vertus fortes qui maintenaient la liberté dans l'Etat et conservaient le respect des lois et des mœurs. On méprisait alors à Rome la philosophie épicurienne qui corrompt l'esprit public , et on vivait dans une telle ignorance des arts que , lorsque Mummius envoya en Italie les chefs-d'œuvre des plus grands peintres et des plus habiles sculpteurs de la Grèce, il
ordonna que, dans le cas où le voyage détériorerait quelques tableaux ou quelques statues, l'homme chargé de les transporter en ferait faire d'autres à ses frais.
Les ouvrages des stoïciens furent les premiers que Rome accueillit : leur doctrine austère y obtint un plein succès, parce qu'elle était conforme aux maies vertus de ces fiers républicains.
Le philosophe Panœtius introduisit un des premiers les lettres grecques dans la capitale du monde. Il devint l'ami de Lélius et de Scipion , et accompagna ce dernier dans tous ses voyages. Il avait composé un Traité des Devoirs, dont Cicéron vantait le mérite, et dont il tira parti dans ses Offices.
Long-temps après , un autre stoïcien , Epictète, illustra sa secte en Italie. Grec de naissance , esclave à la cour de Néron , et ensuite affranchi , il partagea l'honorable exil des philosophes , lorsque ce farouche tyran les chassa de Rome. 11 résida à Nicopolis ; Adrien le rappela en Italie. L'esclavage lui avait appris à aimer la liberté, la tyrannie à chérir la vertu, et le malheur à soufîïir avec patience. Il pratiquait avec exactitude ce que les autres se contentaient souvent d'enseigner. Ses principes sublimes paraissent au-dessus de la faiblesse humaine, mais cette faiblesse même trouve
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un remède salutaire dans les maximes d'Épictète. C'est dans les temps d'abattement et d'adversité qu'on les lit avec plus de plaisir et de fruit. Elles aident à supporter les coups du sort, on se sent plus ferme après les avoir lues.
La soumission à la Providence , la nécessité de se conformer , pour être heureux , à l'ordre qu'elle a établi, la résignation dans l'adversité, la modération dans le bonheur, tel est le but et l'esprit de sa philosophie.
Démétrius de Phalère. Les événemens que P ,
■l de rnalcre.
nous avons racontés ont fait connaître la sagesse de son administration et l'ingratitude des Athéniens. Comme orateur, il acquit une réputation brillante; mais son éloquence se ressentait de l'état de décadence de la Grèce. On y voyait plus d'adresse que de force , plus d'ornemens que de vérités , et il s'occupait plus de plaire à ses auditeurs que de les convaincre.
Il fut disciple de Théophrasle, dont le style passait déjà pour être trop orné, mais qui se distinguait par un rare talent pour peindre les vices et les passions.
Postérieurement, d'autres orateurs, tels que Basile, Grégoire, Chrysoslôme , jouirent d'une grande célébrité par leur imagination brillante
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et par le mérite plus solide que donnait à leurs écrits la pureté <le la morale chrétienne. J*nj» Denïs d'Halicaknasse. * Né en Carie , il vint en Italie dans le temps de la bataille d'Aclium. 11 fil de savantes recherches sur l'origine du peuple romain. Son livre des Antiquités romaines est fort estimé. Nous lui devons une connaissance exacte des premiers temps de Rome. 11 cherchait la vérité, mais il négligeait de l'orner, et il erl plus cité pour son érudition que pour son éloquence. On croyait avoir perdu une partie de ses ouvrages , elle vient de se retrouver dans la Bibliothèque Ambrosienne.
Diodore de Sicile. Il vivait du temps de César et d'Auguste : sa Bibliothèque historique formait quarante volumes; il ne nous en est resté que quinze. Cet ouvrage comprenait l'histoire des temps fabuleux de la Grèce , celle des Perses et des Grecs , depuis l'expédition de Xerxès jusqu'à la mort d'Alexandre, ainsi que le récit des événemens qui s'étaient passés sous les successeurs du conquérant macédonien. Son style est clair , ses réflexions sont judicieuses , mais on lui reproche d'avoir adopté légèrement les erreurs de Ctésias et les traditions des prêtres.
* An du monde 3973.
Diodore de Sicile.
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Plutarqle naquit à Chéronée en Béolic ; son Piourqo esprit brillant et fécond a suffisamment vengé ses concitoyens du reproche qu'on leur faisait de manquer d'imagination. C'est peut-être de tous les auteurs grecs celui qu'on relit à présent avec le plus de plaisir et d utilité, il vivait du temps Cv IVéron, et lit plusieurs voyages en Italie, sous le règne de Vespasien. Pour mieux peindre les hommes illustres, il parcourait les dhTe'rentes contrées qui les avaient vus naître.
Plutarque jouit d'une double célébrité connue philosophe et comme historien. Le temps nous a conservé une grande partie des \ ies des Hommes illustres et ses Œuvres morales. Son chef-d'œuvre fut le premier de ces deux ouvrages. Admirable par la simplicité du récit et par l'originalité des portraits, à la fois peintre et historien, il ne se borne pas à raconter les actions des hommes fameux ; il dessine leur physionomie, peint leur caractère, fait entendre leurs paroles, donne une exacte connaissance de leurs habitudes et de leurs mœurs. Guide utile pour les jeunes amans de la gloire, il les fait vivre familièrement avec les modèles qu'ils doivent imiter. Peut-être se plaît-il à faire de trop grands détours et à raconter longuement ; mais il raconte si bien qu'il attache toujours. On trouve de la bonté dans sa force, et de
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la grâce dans sa négligence ; ce qui lui donne un caractère dont la piquante originalité est inimitable.
Ses Œuvres morales offrent un mélange confus de beautés et de défauts , d'erreurs et de vérités , de pensées profondes et de préjugés populaires. C'est une mine féconde où l'on rencontre les métaux les plus précieux mêlés avec les pierres les plus communes.
Il est difficile de lire cet ouvrage de suite ; mais il est impossible de n'y pas revenir souvent. Digne des beaux jours de la Grèce, il en est, pour ainsi dire, le tableau. On y voit de la liberté, de l'anarcbie, du génie, de la superstition , beaucoup d'érudition , d'inconséquences , et le mélange d'une morale sévère avec une tolérance pour quelques vices , qui serait inexplicable dans tout autre pa\s et dans tout autre temps que ceux où les vices déifiés trouvaient tant d'appui sur la terre et tant d exemples dans les cieux.
Plutarque se distingua de beaucoup de pbilosopbes de son temps en se faisant estimer par sa conduite comme par ses ouvrages ; et si les étrangers admiraient le savant célèbre, l'écrivain éloquent, les liabitans de Chéronée chérissaient et respectaient en lui un bon fils, un bon père, un sage magistrat et un excellent citoyen.
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Arrien, Appien, Elien , Hérodien, sous le règne des empereurs, méritèrent quelque réputation comme historiens, mais dans un rang bien inférieur à celui des écrivains dont nous venons de parler.
Les Grecs vivaient dans un pays enchanté, véritable image de la jeunesse de la terre. Ne respirant que pour la gloire et les plaisirs, bercés par des fables, entourés de prestiges, se nourrissant d'illusions , leur imagination active les rapprochait des dieux, en donnant à ceux-ci toutes les passions humaines ; d'un autre côté , elle animait toute la matière en divinisant la nature.
S'ils avaient une décision importante à prendre , Jupiter les éclairait par un oracle; le vol des oiseaux leur annonçait les revers ou les succès. Marchaient-ils aux combats , Mars conduisait leurs guerriers. Couraient-ils après les voluptés , Vénus et l'Amour les attendaient sous des bosquets de myrtes; Apollon et les Muses, variant leurs plaisirs, faisaient retentir les théâtres d'accens harmonieux. Cherchaient-ils le repos et l'ombrage , les Dryades épaississaient pour eux l'obscurité des forêts ; les Naïades rafraîchissaient dans une onde limpide leurs membres fatigués ; Pan veillait avec les bergers à la garde de leurs troupeaux ; Diane
Coutumes
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guidait à la chasse leurs meules ardentes et rapides;
«Hyménée recevait lessermens des époux; Lucinc Consolait les femmes dar.s les douleurs de l'enfantement; d'attirés di\ mités présidaient aux funérailles.
Les affections tendres , les passions haineuses s'entretenaient aux autels de l'Amour, de l'Hymen , de la Discorde et de la Vengeance. Rien ne se faisait dans la ^e sans l'intervention de quelque divinité : aussi tout dans la Grèce était poétique, allégorique ; et tout dans les coutumes , dans les fêtes , dans les cérémonies rappelait à l'esprit comme au cœur, par des images riantes, par des emblèmes ingénieux, l'alliance éternelle du ciel et de la terre.
Hariages. Les époux, en se rendant au temple, marchaient couronnés de fleurs ; un prêtre leur présentait une branche de lierre , symbole de leur union ; ils ol1 fraient des sacrifices à Diane et à Minerve pour apaiser ces divinités chastes qui ne s'étaient point soumises aux lois de l'hymen ; à Jupiter et à Junon, comme modèles des éternelles amours; au Ciel et à la Terne, pour demander la fécondité ; aux Parques, qui décident de la durée de la vie ; aux Grâces , qui embellissent les époux ; à Vénus et à l'Amour, parée qu'ils leur devaient le bonheur. (
lis déposaient des tresses de leur;. (Am-^Wp mu