TOME vn
l3o HISTOIRE
Gallus, sëdait par l'appât brillanl qui cachait ses desseins homicides , et riésistant aux craintes et aux avis de sa femme, se mit en marche avec on cortège peu nombreux. Constantine le précéda et mourut en route : les tourmens de sa conscience et la connaissance qu'elle avait du caractère de l'empereur son frère furent les causes de sa maladie et de sa mort*
Plus Gallus avançait dans son voyage et plus son esprit flottait entre la crainte et l'espérance. Stadillon rient au-devant de lui, le trompe, par d'astucieuses promesses , flatte son ambition par l'espoir de faveurs chimériques et de lauriers imaginaires. Cependant quelques légions , mécontentes de la sévérité d.e Constance , se décident k offrir leurs secours à Gallus, s'il consent à rester en Thrace, et à les attendre. On découvre leur dessein et on empêche leurs députés de parvenir jusqu'à lui. Il continue sa marche; chaque jour, sous le prétexte de lui rendre hommage , les courtisans et les émissaires de l'empereur se multiplient autour de lui; enfin lorsqu'il arrive à Pestau dans U Korique, tout déguisement cesse; Barbation et Apodème paraissent à la tête d'un corps de trour pes, pénètrent en armes dans le palais, dépouillent le prince de la pourpre, le font monter sur on chariot et le conduisent à Flanone en Istrie* Mort Là , il est interrogé par l'eunuque Eusèbe et pat 'Mellobaude, capitaine des gardes; et, lâche aur. tant qu'il s'était montré cruel, il attribua tous les excès commis à Ântioche aux conseils de sa femme ; sa pusillanimité l'avilit sans le sauver* Sérénieu,
PU BAS-fiMFIRE. i5l
iiSèle exëcuteur des ordres de Constance y lui fit trancher la tète. U përit à Page de vingt -neuf ans.
Sa mort remplit de joie la cour de Milan ^ mais ne rétablit pas le calme en Asie* La tyrannie n'y fit que changer de yictimes. Les délateurs , tou'* jours odieux et toujours impunis, accusèrent et traînèrent devant les tribunaux tous ceux que la reconnaissance , ^intérêt ou la crainte avaient at-« tachés à Gallus. Ursicin, dont le seul crime était démontrer quelques vertus dans un temps de corruption, et de faire briller un mérite éclatant dans un siècle de décadence , fut condamné à mort } mab, au moment de frapper, Constance, arrêté par la crainte de se priver d'un tel appui , annula Farrèt et lui fit grâce.
A la même époque, Julien, accusé d'être venu sans ordres il Nicomédie pour voir son frère, subit un interrogatoire. Ce prince courageux , évitant également de se flétrir en chargeant la mén^oire de Gallus , et de braver l'empereur en le justifiant, refusa de répondre, et ni les menaces ni les pro<^ messes ne purent lui faire rompre ce sage et courageux silence.
Antioche continua de se voir le théâtre de l'injustice et de la tyrannie la plus cruelle; ceux de ses habitans qui avaient massacré les envoyés de Fempereur furent absous parce qu'ils étaient ri-^ çhes; on offrit à leur place, pour victimes au courroux de Constance, un grand nombre d'inno* €ens. Dans cette ville infortunée , une plainte , unmunnure^ une parole échappée dans l'ivresse.
l53 HISTOIRE
un songe raconte imprademment ^ coûtait la H* bertë ou la vie* Victoire Les paix honteuses ne sont jamais longues: ^^mInds. «n 355, les Allemands prirent les armes; les troupes de Gonstanoe entrèrent en Rhétie : IV Tani-garde, soms le commandement d'Arbëtîon, s'ëtant imprudemment av«ncëe, se vit envetoppëe près du lac de Constance, prit la faite et perdit dix tribuns ayec un grand nombre de soldats.
Les barbares, «'approchant du caiiip,râ«iihai^t Temperem*^ qui n'osait combattre : plasieiirs tribuns, indignés de leur audace , sortent sans ordre à la tète des plus braves soldats, fondeirt sur Pen-^ nemi «t Fenfoncent. Le reste de l'armée les sait, dispose les barbares, les taille en pièces , ^it triompher l'empereur malgré lui et teinnine ainsi la guerre*
Peu de temps après , Sylvaiîn, général «de l'in^ fanterie , que la bataille dte Murse avait rendu fameux, et qui était devenu la terreur des FWaues, dont il tirait son origine, fitft <envoyé en Gaule pour les combattre* Il dut ce poste in^poi^tant à la jalousie d'Arbétion qui ne l'élevflât que pofHr le perdre*
Dynaone, secxétalre des écuries, 'émissaire de son rival, feignit de s^atta^her à lui et en 4o4»tint des lettres'de recommandation pour 'fdusieiirs'per' tsonnages importans de la cour : on ^effaça ^oirtea les lignes de ces lettres, en ne laissant qne la éff^ ture, et on leur substitua des phrases quidevaient faire paraître Sylvain coupable ; tous oeuK aux-^ quels ces éorits étaient adre^és furent arrêtés*
DU BAS- EMPIRE. l35
Malaric^ Franc de naissance et commandant la garde étrangère, se montra hautement indigné d'une si vile fourberie, répondit 4e ^innocence de Sylifsain, fit sentir le dainger-dV^ffmser un général aussi habile â la guerre qu'^étranger aux intrigues, et qui ne souffrirait |K>int pàtieniHient un tel affront; enfin il demanda ^on l'appelât pour se justifier, et offrit de rester «en -prison à sa place jusqu'au .moment où MelUobaude l!'aurait amené.
Malgré ses instances, voulaiart: tner ^vlrain , on envoya en Gaule, Âpoéème, accoutumé à servir la tyrannie et à persécuter la vertu.
Cependant une lettre i»tepoep4»ée décourre à Malaric tout le complot; on examine 4e nouveau celles qui afvaient paru suspectes; Fartifice est dévoilé, les traces de la premièpe'écriture reparaissent, Pinnocence de Sylvain «st f^eoonnue. Un t^nt aubtflteme de cette inricîgiie , un seul coupable est pmii; Dyname, auteur 4a -crime, <ib^ tient le gouvernement de la Toscane.
Pendant «e temps, •S3i<l^a)n , trop fisr ponr 6up- R^rotu porter cette mjnFe,'0t trop har^ pour attendre sa * s^îtlin. condamnation «ans résistance , harangue 'ses soldats, gagne les officiers, lève -l'étendard île ItSL x^volte, arrache Ja pourpre d'-un drapeau, s'en enveloppe et se faât p^ocflamer empereur.
Le talent, disgracié dans .'les >temps ^e calme , est rappelé dans les <^oars de y^^îI '* l'empereur mande Ursicin pour Fopposer aux rébelles : mais Constance, plus accoutumé à triomplher par Fartffîce que par <la foroe , trompe l'ennemi qu'il veut frapper, fehit dMgnoper sa i^ebeUionet lui mande
qne, content de ses services, il lui destine ane :harge plus importante^ et qu'il nomme Ursicin Mur le remplacer.
Ursicin , accompagna de dix tribuns et de gael- {ues officiers des gardes , parmi lesquels se trou— rait l'historien Ammien MarcelUn , arrive à Cologne et trouve le pouvoir de Sylvain trop affermi pour employer contre lui la violence.
Dans ces temps de corruption , peu d'hommes le montraient ensables de conserver dans de grares circonstances un noble caractère : Ursicin ^ dégradant le sien, parut entrer dans les vues de Sylvain, feignit de partager ses ressenttmens et gagna sa confiance. Cependant le temps avançait} il fallait perdre Sylvain ou embrasser sa cause. Quelques officiers corrompus , un corps de Gaulois séduit , se rassemblent au milieu de la nuit , marchent aa palais, égorgent la garde et massacrent Sylvain dans une chapelle où il s'était caché.
Ursicin pleura ses snccès etsa victime; il sentit trop tard que la légitimité d'une cause ne peut justifier la l&cheté des moyens qn'on prend pour la servir, et qn'il n'est point de lauriers que ne flétrisse one trahison.
La flatterie prodigua ses louanges à Constance; nais quel prix peut avoir l'éloge dans une cour où le blâme est coupable et le silence dangereux !
On punit les amis de Sylvain; ses troupes se débandèrent. Ursicin resta dans la Gaule avec le titre de commandant ; mais Constance , qui le craignait, ne lu envoyait point d'armée : les frontières se troavaiit ainsi dénuées de tout moyen de
su BAS-EMPtRB. l55
éétemej parce que Fempepenr redoutait autant ses g^nëraax que ses ennemi»^ la Gaide se vit inondée d'ane foule de Francs^ de Saxons, d'Allemands, qui franchirent sans obstacles le Rhin et s'empa* rèrent de quarante^cinq yilles.
Dans le même temps, les Sarmates enrahis^ consunc* Baient la Pannonie; les Perses ravageaient VO^ césar, rient. Constance, effrayé de tant d'attaques, sentait la nécessité de nommer un César , et se déci- * dait cependant avec peine à partager avec lui sa puissance*
Ce fut alors que sa femme Eusébie, triomphant dé ses craintes, sut le déterminer à revêtir Julien de la pourpre.
Takleao
Ce jeune prince, peint si diversement par les ."^f deux partis opposés qui divisaient alors Pempire, i^àiMn. était Pespoir des païens et la terreur des chrétiens.. Les uns Pont représenté comme un héros, les au« très comme un monstre; il joignit de grands dé-» faut s à de grandes qualités, et justifia par ses ac-* tiens une partie des éloges outrés de ses amis et des déclamations violentes de ses ennemis. Sans nous en rapporter aux apologies de Libanius et d'Am-* mien, ni aux invectives de Grégoire deNaziance^ deBazyle et des historiens chrétiens, ondoit juger Julien d'après sa position , sa conduite , ses lois, ses paroles et ses> écrits.
Encore au berceau , un hasard heureux Pavait lait échapper , presque seul, au massacre de sa famille. Constance, meurtrier des siens , ne lui avait laissé la vie que pour le tenir en sCscla vage. Il passa son enfance et sa première jeunesse en captivité.
vie (l«
l36 filStOIRB
GalliM 9 son frère ^ ëleyë quelque temps ati rang de César ^ était mort Tictime des rigueurs de Constance. Cet empereur ne se bornait pas à se rendre maître absolu de la vie des hom* mes y il tjrrannisait les consciences ^ il voulait que tous ceux qui subissaient son joug fassent non pas pieux ^ mais crédules et superstitieux comme lui.
Julien 9 né arec une imagination vire , un génie ardent y s'était livré dans sa longue retraite à l'é* tude des lettres, de l'histoire et de la philosophie; seule distraction des esprits vastes dans l'inaction, seule consolation des grands caractères dans l'in-» fortane. Les études avaient agrandi ses idées et fortifié son caractère. H y avait puisé une vive admiration pour les grands hommes y pour les meeurs sévères des temps anciens y un grand respect pour la justice y un ardent amour pour la gloire et pour la liberté. Il voyait avec un chagrin profond la décadence de Pempire y. Pabaiasement du sénat , la servitude du peuple ^ la cupidité des grands, la bassesse des courtisans y. Pinsolettce des eunuquea et des affranchis 9 les exactions des intendans et des gouverneurs de provinces, le relâchement de la discipline et les irevers des airmées.
Le luxe et la mollesse de la cour lui inspiraient un juste dégoût} et lorsque Fempire, ouvert de tous côtés aux barbares, semblait être près de sa chute , il ne pouvait comprendre qne les empè*-* reurs ne s'occo passent que de la convocation des conciles , que de puérils débats sur des questions inintelligibles et des querelles interminables d'un
» Î)U BAS'-EMFIRE. iS/
clergé divise par l'ambition , corrompu par la richesse.
La gloire des Romains lui paraissait inséparable de leur ai^cien culle; il attribuait leur décadence a l'introduction d'une nouvelle religion qui éloignait l'attention des hommes des intérêts de la terre y rapetissait , selon lui , les esprits , en détrui* sant de grandes , d'héroïques illusions y faisait con*sidérer la vie comme un passage , le monde comme une hôtellerie y et remplaçait l'occupation des intérêts publics par celle des intérêts religieux. Cetait un citoyen de l'ancienne Rome transporté forcément dans la nouvelle y c'était l'ame de Caton , de Scipion ou de Marc-Aurèle y habitant le corps d'un prince de la cour d'Orient.
Ces sentimens y comprimés par la crainte , de*vinrent des passions ardentes : la dissimulation à laquelle il se vit forcé , augmenta leur violence ; il oublia qu'on ne peut faire renaître des prestiges dont le charme a disparu, qu'il est impossible de rétablir une religion tombée, et que le gé^uie d'un homme est insuffisant pour faire remonter un fleuve i sa source , pour ramener un vieux peuple de la corruption à la vertu.
Sa fermeté pouvait retarder la chute de l'empire, mais non le régénérer ; il fallait une réforme et non une révolution; mais Julien était trop passionné pour distinguer les principes des abus ; il confondit, dans sa haine et dans son mépris, le culte moral de l'évangile , l'ambition des prêtres et les folies des sectes ; son aversion pour la religion nouvelle l'éloigna de la tolérance qu'une TovE vu* i8
l38 UISTOIRB
fiage politique devait lui conseiller; bêlai qai de^ vait être le chef de Fempire, fut le chef d^uu parti: son mëpris pour quelques fables et quelques prodiges adoptés par la crédulité du temps le jeta dans les superstitions antiques ; incrédule pour les mystères, il crut aux auspices, aux oracles , à la magie , ne fit rien de stable^ parce qu'il voulut tout changer sans prudence j et n'opéra qu'une révolution éphémère qui n'eut que la courte durée de sa vie.
Conmie administrateur , comme juge, comme guerrier, Julien, semblable à Trajan, à Marc- Aurèle , fut un grand homme ; mais , comme législateur religieux , le mélange bizarre qu'il voulut faire du culte de l'Etre Suprême , de la doctrine de Platon et du polythéisme, le rendit en quelque sorte ridicule; et la persécution, qu'il fit sabir à la nombreuse partie de ses sujets qui étaient chrétiens, fut injuste et lui mérita leur haine, haine violente , outrée , qui , dans son aveij^lement, ne voulut reconnaître aucune des grandes qualités de ce prince célèbre.
D'abord Julien , n'osant résister aux ordres de Constance, les éluda; et, ne pouvant assister aux leçons du fameux rhéteur païen Libanius , il étudia ses écrits. Relégué à Pergame , il y trouva des astrologues et des hommes adonnés à la magie , tels qu'Édèse, Maxime, Jamblique, qui s'emparèrent de son imagination et fascinèrent assez adroitement ses yeux par leurs prestiges, pour lui faire croire qu'ils le mettaient en relation avec les dieux : il en vint au point de se persuader qae
DU BAS-EHPIRE. iSg
ces diyinités venaient ^ pendant son sommeil, lai donner des ayis salutaires; il croyait distinguer clairement à la yoix si c'était Jupiter^ Minerve , Apollon , Diane y ou le gënie de Rome qui lui parlait.
Constance 9 informe de son penchant pour l'i« dolâtrie , chargea un évêque arien , Âatius y de surveiller sa conduite. Julien sut tromper, par une dissimulation inouie à son âge, mais trop commune sous le despotisme, la vigilance de ce prêtre , aussi ardent sectaire que subtil orateur. Affectant un grand zèle pour la religion dont il méditait la ruine, il prit Thabit de moine, et remplit dans l'ëglise les fonctions de lecteur. Le danger de sa position n'excuse point un si bas artifice.
Âpres la fin tragique de Gallus, on le retint sept mois captif dans un château ; le grand chambellan Eusèbe pressait constanunent l'empereur d'ordonner sa mortj il était, disait-il, trop im* {mident de laisser vivre un prince qui tôt ou tard voudrait venger sa famille : l'impératrice Eusé— bie , qui s'intéressait à son sort , le sauva et obtint qa'on le laissât aller en Grèce pour achever ses études : on ne pouvait choisir un exil plus doux ^ un séjour plus agréable pour Julien : la Grèce était la patrie des poètes qu'il aimait, des philosophes qu'il admirait , et des dieux qu'il adorait secrètement. Sa mémoire prodigieuse, son application soutenue, la vivacité de son esprit et l'étendue de ses connaissances étonnèrent les sophistes et les orateurs d'Athènes : saint Grégoire et saint Ba-
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zyle suivaient alors y comme lai ^ les ^ooles de cette ville célèbre. Julien^ forcé de cacher ses vé^ ritables sentimens, étudiait, ainsi qu'eux , avec une ardeur apparente , les livres saints; et ces évêques lui reprochèrent dans la suite cette politique artificieuse , mais forcée y comme une odieuse hypocrisie.
Si 1-on en croit saint Grégoire , Julien avait les yeux vifs, les sourcils arqués, la bouche grande ^ la lèvre inférieure rabattue , le col gros et courbé, les épaules larges, lé corps bien proportionné, les cheveux bouclés , la barbe hérissée et poin-» tue ; sa taille était petite , sa physionomie mali-* gne et railleuse, son regard incertain, sa démar-* che un peu chancelante ; il parlait vite et aimait à faire beaucoup de questions qui se succédaient ra» pidement.
Malgré ses démonstrations de piété , les païens, charmés de son esprit , faisaient des vœux pour qu^il devînt leur maître ; et saint Grégoire , pénétrant ses véritables opinions sous le voile reli* gieux qui les couvrait, écrivait à ses amis : Ce prince sera Veimenii de la religion , c^eêt un monstre que Vempire nourrit dans son sein* Fasse le ciel qi^ je sois un faux prophètem
Les historiens chrétiens donnent beaucoup de détails sur les artifices qu'on employa pour enflammer son imagination, pour fasciner ses yeux, pour lui faire croire qu'il était en commerce avec les dieux. Ils rapportent qu'un jour, comme il se ttrouvait au milieu des démons , il fit le signe de la croix, et tout disparut. Ces récits ressemblent aux
DU BAS-EKBIRB. liU'
fables^ mais Jalien était superstitieux; ce philo^ sophe austère était un païen dévot ^ et la supera» tition rend tout vraisemblable.
U se fit initier aux mystères dŒleusis qui depuis subsistèrent encore quarante années, jusqu'à Fé» poque de Tinvasion d^Alaric.
Julien était âgé de vingt-quatre ans lorsque Cons« ^/J^J[^ 4 tance lui envoya Pordre de se rendre à Milan pour MiUn. le revêtir de la pourpre* Il reçut cet ordre comme un arrêt, pvéférant alors les plaisirs de l'étude aux illusions de la puissance. Il regrettait sincèrement la cour tranquille d'orateurs et de philosophes qui l'entouraient y les ombrages paisibles des jardina deTAcadémie; et , saisi de crainte en pensant qu'il allait se renfermer dans le palais du meurtrier de sa famille 9 avant de partir , il courut au temple de Minerve , se prosterna aux pieds de ses autels et 1^ conjura de veiller sur ses jours.
Dans le même temps , d'autres craintes et d'an^ très agitations troublaient l'esprit de Constance i sollicité en £avear du prince par l'impératrice j^ alarmé par les représentations du perfide Ensèbcy son grand chambellan , ennemi implacable de Ju-» lien , il hésitait encore s'il devait le perdre ou le coaronner : enfin Eusébie le décida en lui disant : « Les afiiaires intérieures de l'empire exigent tou» » vos soins ; les Sarmates et les Goths qui ont fran<- » chi le Danube, les Perses qui envahissent l'O- ^ rient , vont occuper tous vos efforts j seul , vous » ne pouvez suffire à tout ; la Gaule est près de » vous échapper, les Francs et les Germains s'en » emparent j envoyez Julien contre eux ; s'il en
lia HI8TOIRB
» triomphe^ Toas aurez l'honneur de sa victoire;
» s'il succombe ) vous serez délivre d'un ennemi. »
s<m Lorsqu'on sut le prince arrivé dans un faubourg
au rug de de Mllau, Tempereur déclara publiquement la réso-
cecar. jutiou qu'il avait prise de l'élever au rang de César*
Cette nouvelle excita la surprise et les murmures
des eunuques et des affranchis; ils étaient efiBrayés
de l'élévation d'un prince habile ^ et qui les mé<-
prisait. Ayant reçu l'ordre de venir au palais pour
s'y établir , il s'y rendit après avoir consulté les
dieux. Il y porta la tristesse d'un homme qu'on
mène à l'échafaud.
Son refus LoFsqu'ou lui coupa la barbe et qu'on le dé^
2lj))^i|^*^^*pouilla du manteau de philosophe*, si déplacé dans
un tel lieu y pour le couvrir du vêtement guerrier
d|es Césars ^ son embarras , son silence , ses yeux
baissés, son air morne et pensif, le rendirent l'ob*
jet des sarcasmes de la foule corrompue des ducs^
des comtes , des chambellans et des domestiques
du palaid. Comme ce prince était plus frappé des
malheurs attachés à la puissance suprême que de
son éclat, il supplia l'empereur de le délivrer de ce
fardeau et de lui permettre de vivre au milieu de
ses livres chéris, dans une retraite qu'il préférait
alors sincèrement au tourbillon du monde.
Constance lui dit qu'avant de prendre définitivement un parti si peu convenable à sa naissance, 8o« il devait en parler à Eusébie. Cette princesse conobtenaepar jura Julieu de renonccT à cette philosophie farou* Eusébie. ^Yie qui l'empêchait de remplir les devoirs que prescrit la vraie sagesse ; elle lui fit comprendre qu'il y avait plus de faiblesse à fuir les écueils qu'à
les sonnonter , que ses études seraient sans fruit s'il les bornait à ces vaines spéculations , et qu'appelé à trayailler au salut de Tempire il ne pouvait ^ sans se flétrir^ refuser ce glorieux fardeau. L^ prince se rendit à ae$ instances.
Dans ce temps où le pouvoir absolu s'était élevë sac la ruine de toutes les institutions, on ne de-^ mandait plus , pour nommer un prince , le con« sentement du peuple et du sénat ; mais on consultait encore l'armée , et Fempire était unerépubli* que militaire. Constance, environné des grands , des généraux y des principaux officiers, et en présence de la garde et des légions , annonça que, si les troupes approuvaient son choix , il nommait Julien César : tous les soldats exprimèrent leur consentement en frappant leurs genoux avec leura boucliers. n
« Prince, dit Fempereur, recevez la pourpre » de vos pères; partagez ma puissance et mes pé- » rils ; chassez les barbares de la Gaule, guérisses » les plaies qui affligent cette malheureuse con-* » trée ; que votre exemple encourage nos troupes; » que votre prudence ménage leurs forces : j'es- » père qu^elles/ trouveront en vous un chef intré-^ )> pide pour les mener au combat y un appui sûr » dans leurs besoins, un illustre témoin de leurs » travaux. Soyez le modèle et le juge de leur vail^ » lance. Lorsque vous aurez rendu la paix à Tem-- }» pire,noas le gouvernerons ensemble a vec sagesse; » je vous regarderai toujours comme assis près de » moi sur mon trône ; croyez de même me voir » toujours près de vous dans lès dangers* Partez,
l44 HISTOIRE
)> César 9 emportez avec vous l'espéfance et les » vœux des Romains , et dëfeudez vaillamment le » poste qa'ils tous confient. »
Sa rentrée Qn rëpondit àcesparoles par des acclamations
daatMtUn. • vi î •
universelles que rendait encore plus vives la vue du nouveau Cësar , dont on admirait la contenance fière , le maintien calme et les regards animes. Montant ensuite sur le char de l'empereur, il ren« tra avec lui en triomphe dans la ville de Milan; mais, au milieu du tumulte d'une foule curieuse et au bruit des hommages empresses d'un peuple ineonstant , méditant sur les vicissitudes des choses humaines et sur la fin tragique de tant de princes reçus avec transports comme lui, il s'appliquait les beaux vers de l'Iliade, dans lesquels Homère compare la pourpre qui couvre les rois au voile qui en* veloppe les morts*
Eusébie , voulant achever son ouvrage , lui fit obtenir Lu Ikiain d'Hélène , sœur de l'empereur ; mais de tous les dons de cette princesse , celai qu'il reçut avec le plus de reconnaissance, ce fut une nombreuse bibliothèque , qu'il regardait comme un remède pour se» chagrins^ comme une consolation dans ses grandeurs.
Goadniu On ne tarda pas long-temps à lui en faire sentir unee u^él ^^ poids. Constance commença à le craindre dès g«rd de ja- qa^Ji Peut élevé : le nouveau César ne fat que le premier esclave du palais ; l'empereur l'y retenait captif; sa porte était soigneusement gardée f ou fouillait ceux qui entraient chez lui pour examiner s'ils ne portaient pas des lettres : sous prétexte de lui former nnemaison,oni%nvoya ses domestiques^
DU BAS-EMPIRE. l45
on Penriroima d'espions , ou ne laissa près de lai , d'hommes de son choix , que son médecin Oribase , parce qu'on i^orait ^u'il était npn-sealeihent sou mëdeciu , mais sou ami. '
Au moment où on le chargeait de l'emploi le plus périlleux et du gouveru^uçut de la Gaule , de la Bretagne et de l'Espagne , on le privait de tous moyens de sticeès j on semblait craindre ses triomphes plQ9 que sesdéfaites. Les généraux eurent ordre de surveiller leur chef avec plus de vigilance que l'ennemi. Les légions affaiblies ^ intimidées par une longue suite dç revers ne reçurent point de renforts; on renferma ]['autorité du prince dans les limites les plus étroites ; enfin on lui refusa le drgit de distribuer des grades et des récompenses.
II partit de Milan avec trois cents hommes d'escorte ^ Constance , qui l'accompagna jusqu'à Pa- Vie^ apprit en route la prise de Cologne par les bar^ bares , et n'en informa pas Julien : cependant ils pe séparèrent, et le jeune prince , courant au-^ievant des périls , crut s'approcher de la hberté à me sure qu'il s'éloignait de la cour*
Les Gaulois le reçurent avec enthousiasme; à Vienne une vieille femme aveugle et fanatique prêtait qu'U ireleveraît l'empire et rétablirait le culte des di^Hx*
Julien y entré dans une nouvelle carrière , avait portrait pris pour modèle Marc-Aurèle comme législa- '"••'"^**" teur , Alexandre comme guerrier ; marchant avec iles troupes, à pied , la tète découverte , bravant ^'inconstance des saisons , n'ayant pour lit qu'une peau étendue sur la terre, il partageait lanourri*' TOME vir. 19
l46 HISTOIRE
ture du soldat ^ supportait comme lui là fatigue , assistait à tous ses travaux et se livrait ayec ardeur aux exefcices militaires : cependant , comme une danse nommée la pyrrhique était un de ces exercices ^ un jour le prince en Pétudiaut ne put s'empêcher de s'écrier \Ah! quel métier pour un philo* ^êophe I
Lorsqu'après leurs travaux guerriers les troupes jouissaient du repos, Julien s'occupait activement des soins de l'administration , des besoins de l'armée j de la réforme des abus y et de la réparation des injustices* Ce prince infatigable employait là plus grande partie des nuits à étudier Polybe et César , à méditer les plans de ses opérations ; son seul délassement était ensuite la lecture des ou* vrages de ses philosophes chéris; forcé par sa position à dissimuler ses vrais sentimens^il professait encore publiquement le culte chrétien y et n'offrait qu'en secret ses sacrifices aux dieux. Il haïssait Constance , comme l'adversaire des philosophes , comme l'ennemi de sa religion, comme l'assassin de ses proches , et il se voyait contraint à feindre le dévouement et la reconnaissance. Enfin cette dépendance^ à laquelle il avait voulu vainement se soustraire, le mit dans la nécessité de louer publiquement, selon l'usage, dans deux panégyriques, les vertus d'un empereur dont il détestait les crimes, et de faire l'élc^e des talens d'un prince dont il méprisait Fincapacité.
Tandis qu'entouré d'écueils il cherchait les moyens de délivrer la Gaule, en triomphant à la fois des obstacles que lui opposaient la valeur des
DU BAS-^BMPiaS. lij
Wbares et Id jalousie de Constance, cet empereor, occapé de soins moins glorieux , s'engageait -plas que jamais dans les querelles scandaleuses des sectes : séduit par les ariens , il ordonna au préfet d^Orient, Philippe^ de chasser de son siège Paul, évèque catholique deConstanj^inople, et d'établir a sa place l'hérétique Macédonius, Paul, arrêté, par des soldats, fut conduit chargé de chaînes & Émèse, et de là en Cappadoce où on l'étrangla. Les citoyens, indignés de cette injustice, se rassemblèrent en ifoule dans l'église de Constant!nople ; tout le peuple se souleya : mais que peut la multitude sans ordre contre une force organisée ? Les soldats de Philippe l'attaquent, l'enfoncent ^ la dispersent, et Macédonius , protégé par eux, passe sur trois mille cadayres pour monter au siëge épiscopaL
Pendant ce temps. Constance, ayant convoqué Dissension» on concile à Milan dans so'n palais , y proposa une unce et les profession de foi, tout arienne, que les évèques g^||!5"d." catholiques rejetèrent comme hérétique et refiisè- ^«^'««• rent de souscrire. Ils s'opposèrent également à la condamnation d'Athanase, dont le prince se déclarait lui-même l'accusateur. « Les canons de » l'église, disaient -ils, défendent de juger un » hooune sans l'entendre. » « Eh bien , répondit » l'empereur, il faut que mes volontés soient yos » canons ; choisissez entre l'obéissance et l'exil.»
La plupart refusent et veulent répondre. Constance alors, n'écoutant plus que sa fureur, tire son épée, semble prêt à les frapper et ordonne ensuite qu'on les mène à la mort. Us partent en
l48 HISTOIRE
silence pour VëchafaïKl ; soudain Fempeteur, changeant d'avis, les rappelle, prononce Fexil de troîsr d'entre eux, et présente à^^ la signature des autres la déposition d'Athàuase* Quelques érêqu^s iiitimidés la signent ; le plus grand nombre perséyère dans sa résistance, et se rend dans l'église de Mi-* lan. Le grand chambellan Eusèbe y pénètre à la tête d'une troupe de gardes, et artrête cent cinquante personnes^ malgré les menaces et les re^ proches de saint Hilaire, éVéque de Poitiers, prélat révéré , tolérant dans ses principes , charitable dans sa conduite, mais ferme dans son indé* pendance, et dont l'éloquence courageuse combattit alors le despotisme de l'empereur avec une liberté romaine.
Déposition Constance chargea son grand chambellan de se a eLibète ^^^^^^^ ^ Rome près du pape Libère, pour l'inviter à souscrire la condamnation d'Athanase; il lui envoya en même temps des présens magnifiques : le pape refusa de sign«r l'arrêt de l'ëvêqne d'Alexandrie, et fit jeter avec mépris hors de l'église les pi^ésens de Constance. Ce prince, irrité, ordonne à Léonce, préfet de Rome , d'arrêter le pape et de l'envoyer à Milan : cet ordre fut exécuté; en vain Je peuple romain se souleva en faveur du chef de l'église, Léonce trompa sa vigilance et enleva le pape au milieu de la nuit. Libère, arrivé à Milan, brava le pouvoir et la colère de l'empereur, qui l'exila en Thrace. Après son départ, Constance, croyant devoir montrer quelques égards pour sa dighité, et dans le dessein de le mettre à l'abri du besoin, lui envoya cinq cents
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pièces d^or : Rendez cet argent à votre maitre y dit fièi'ement le pape à l'officier qai Pappoilait, il lui est néceseaire pour payer eee soldats.
Le clergé- catholique de Rome, dévoué h Libère ^ ne voulut point» lui donner de fluccesaeur; le^ ftriens élstrent Félix ; la haine de ces deux partis excita dans Rome dés émeutes aussi sanglantes que celles des Gracques^ et à cette époque Péglise catholique se vit pei'sécutée par les ariens avec autant d^animosité qu'elle l'avait été par les païens. « Leur violence 9 disait alors Athanase, est une » preuve de leurs erreurs : les soldats sont de maur )» vais apôtres pour la vérité; elle ne connaît d'au- » très armes que la persuasion* »
L'empereur voulait consommer la ruine d'A- ï*tt»i«
"■• , , d'Atbanas»,
thanase, et craignait cependant de violer trop* ouvertement la promesse qu'il lui avait faite de ne rien décider sur éon sort sans l'entendre* Pour éluder ce serment y il chargea quelques officiers de le chasser d'Alexandrie, et ne leur donna aucun ordre écrit. Les Égypti^is , défendant leur é véque, résistent aux officiers de l'empereur : le duc SyriannS) à la tète de cinq mille légionnaires^ fond sur eux, en massacre une partie et pénètre à main armée dans l'église : le peuple , bravant la mort , soustrait l'évêque à la fîirie des soldats* Par-tout l'attachement, la fidélité de ses partisans sut lui trouver des asyles; une vierge de vingt ans le déroba pendant plusieurs jours à la poursuite de «es ennemis, et la sainteté du prélat trouva dans l'asyle de la pudeur une retraite inviolable. Cependant le comte Héraclius , chargé des pou-
iSô HISTOIRE
Toirs de Femperear^ menaça le peuple de Paf*' famer et de briser ses idoles, sUl n'abandonaait pas Athanase. La crainte arracha beaucoup de si^ gnatures ; l'église catholique fut livrée au pillage , et les Égyptiens idolâtres s'écriaient ; P^we Vem^ pereur Constance qui '^st revenu à notre cidte I wpentles arien» qui ne 90 nt plus chrétiens!
Ces ariens y vainqueurs , élurent pour évêqae George, qui, loin de calmer les passions de son parti , en augmenta la fougue. Plus la réaistanee avait été longue, plus la vengeance fut cruelle : ^n immola un grand nombre de catholiques; ai les femmes ariennes, disent les auteurs ecclésiastiques, «a/7i&/a&/e9 à des bacchantes furieuses, livrèrent, les femnies çatholiqufis aux plus san-glans outrage^.
Athanase^ échappé à la mort, s'enfuît dans les
déserts, et trouva un abri, aussi tranquille qu'i«-
gnoré, dans les solitudes d'Antoine et de Pacôme.
Secte dt Ce fut à cettc époque qu'on vit éclore la nou-
îîu»!'**' velle secte de Macédonius, qui niait la divinité
du Saint-Esprit^ Gouv«r- Tandis que des querelles de prêtres et des dis* jSuen**" eussions métaphysiques répandaient le trouble dans Rome, dégradaient la dignité de l'empereur, compromettaient sa puissance et ensanglantaient Constantinople et Alexandrie, Julien, étudiant à Vienne la science militaire, devint en peu de mois le maître de ses maîtres. Après avoir réuni ses forces, remis l'ordre dans l'administration, la discipline dans les troupes, écouté les plaintes, ^réprimé les concussions, adouci les impôts^ il se
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mit en marche pour délivrer la Gaule ded barbare» qui la pillaient.
Appui secret des idolâtres ^ neutre entre les ariens et les catholiques^ sëyère pour les grands^ familier avec le soldat ^ affable pour les Gaulois^ chëri par les philosophes et les orateurs qu'il at-^ tirait de toutes parts près de lui, Taffection universelle l'environnait^ Disputant avec les savans, fai-^ flant des vers avec les poètes, jugeant avec les magistrats, combattant avec les guerriers, on voyait dans sa cour le même mélange que dans son caractère; les manteaux de philosophes y étaient confondus avec les casaques militaires ; on Y trouvait à la fois un tribunal, une cour, un camp, une église, un temple ancien, une'^coleet une académie*
Son aversion pour les plaisirs aurait choqué les mœurs efféminées d'Antioche etdeByzance; mai)s elle lui attirait l'estime des Gaulois. Sa douceur , sa science, sa bravoure, sa gravité, firent bientôt onblier Constance, et transportèrent dans la Gaul^ la majesté réelle de l'empire^ L'ombre de l'ancienne Rome semblait y apparaître près de lui , et se com]^aire à entendre des discussions graver, à écouter des arrêts d'une justice ferme, à voir des villes reconstruites^ et a parcourir des champs couverts de fertiles moissons^ et bientôt de trophées glorieux.
L'intention de Constance était de ne lui laisser onew qu'un vain titre; Marcellinus devait jouir du et les barpouvoir réel. Le prince avait été /entouré de **■'"* lâches courtisans^ chargés de l'éloigner des affai-
res et de le détourner de toute entreprise ha^ sardeuse*
Sourd à leurs avis pusillanimes , et méprisant la surveillance de Mareejlûsus , il se mit à la tète -d'un corps de troupes peu nombreux, mais dont il sut par son exesmple doubler les forces et le coarage. Il marcha contre les barbares : dans les premiers jours f écoutant pins son ardeur que la prctdence, il se laissa surprendre ; son arriire^garde fut entamée , mais ce léger échec lai fut plus utik que ne l'aurait «été ^n premier succès. Depuis ce moment, il se garda a?ec soin^ évita les pièges y éclaira prudemment sa marche , et joignit la sagesse d'un vieuK capitaine à la brar^nre d'an jeune guerri^.
Attaqué de tous côtés par une nuée d'Allemands et de Germains, il repoussa leurs efforts , «Lvança toujours en combattamt eit poursuivit les ennemis jusqu'à Reims, où par scus oodres (toutes les légions s'étaient r^umies» Alors 9 sans pf^odre de temps, il se porta sur le Hhin nv^ «on armée et Hvra baiaille aux «naemis presse IBrumaft. La tactique romaine triompha de la «valeur .attemande; les ennsjnis, tournés et 'Cn&noés^ après une grande perte d'hommes , se awwèret^H 4ms les îles du âenve* iiiT»ioii Pendamt oe tevips 9 Jes JvklhMsges menaçaieat des juthoB.j'jtaliç* l^g troupes 4e domta«ce marcherait 4sa Rhétie contre eux. De son côté , JFuliea se porta sur leur arrières-garde^ w rexnoniattt rapidement le Rhin jusqu'à Bftile.Xies barbares, effrayés de aan iMidace, de ses ,saofiès et de o^tte diversion y signèrent ia paix.
, j>v Has-em^ire. 155
Le nonreàu César ^ ayant ainsi dë)à relevé Phon- KxeurMoHs heur des annes romaines^ établit son quartier «*»»/ ' d'kîyer à S^ns. La Germanie était alors linê pépinière de soldats ; il en sortait k tdut instant des essaims de guerriers 9 dont on n'apprenait Pappro^ die et Farrirée que par les incendier et le pillage qai signalaient leur apparition. Us n'avaient ni de système dans leur politique ni de méthode dans leurs opérations; Leurs invasions étaient coartes et violentes ; prompts à déposer les armes et à les reprendre y on ne pouvait faire avec eux de paix solide^ .
Au moment où on les ci^oyliit traiiqnilles , ils Éxpioiu pénétrèrent tout-à-coup en foulé dans les Gaules^' enfermèrent Julien dans la ville de Sens et Vy assiégèrent^ Marcellin ,■ n^écoutant qu'iitlé basse jalousie 9 le laissa sans sècoiirs: le péril développe les grands caractères ; le prince y livré à ses pro-^ près forces , au lieu d^ètre effrayé et de se tenir sor la défensive , attaqua les nombreux asSaillans cpi ^entouraient j trompa lés barbâtes par de fausses attaques sur un point y réunit toutes ses^ forces sur Fautre j- enfonça liis Allemands , en fit Un grand carnage , les thit eil fuite et les força de repasser le Rhin; Marcellill , 4"i avait voulit le perdre 9 et qui avait accru sa renommée^ fut rappelé.
Tandis que la gloire romaine revivait ainsi dans i^niBviede la Gaule, Constance, gouverné par Rufin, préfet ^®"'^"'^* da prétoire, par Arbétion^ généi^al de la cavalerie , et par l'eunuque Eusèbe ^ courbait Pempire sous le joKlg d'une honteuse et l&ohe tyrannie. La, ToM£ vn. ao
^ lâ4 HISTOIRE
crainte le rendait cruel et multipKffilt les accusations; un mot imprudent y un murmure ëchappé étaient regardés comme des crimes de lèse*ma<^
Son entré* j es té. Cependant l'empereur ,.>ain de quelques succès remportés par ses ajrmes eii Rhétie ^ et vie* torieux sur le Rhin par la valeur de Julien , crut pouYoii* entrer en triomphateur dims la capitale de l'empire qu'il n'ayait jamais vue. Le sénat et le peuple vinrent au-devant de lui. Admirant comme un voyageur les antiquités de Rome , il fut saisi de . respect à la vue de ces nobles monumens qui rappelaient tant de grands souvenirs.
Le timide Constance s?assit dans le sénat et oc^ cupa la place qu'avaient illustrée Gaton , Pompée, César, Auguste. U se monbia sus le Forum et ha« rangua 1^ peuple dans cette tribune , veuve de l'éloquence de Gicéron.. Malgré sa haine constante pour l'ancien< cuUq, yaûiea- psr la. majesté de Rome y. il confirma l^st privilèges dea yestales et conféra même des sacerdoces à plusieurs person-* nages distingués par leur rang et par leur nais-* sance. Enfin , se confoi?mant aux usa^s antiques, il fit célébrer des j^ux. solennels, dans tout l'empire ; et , pour embellir Rome d'un nouveau monument , il y fit transporter à grands frais d'Egypte un troisièiqt^ obélisque , qu^on voit encore sur la place de Saint-Jean de Latran.
Rappel du Le pape Libère, arbitrairement déposé, était
papeLibère . . r 7
toujours vivement regretté par les catholiques. Les dames romaines rassemblées vinrent en foule trouver l'empereur, et, par leurs pressantes instances |. obtinrent son rétablissement. L'exU avait
BU BAS-EMPIBE,
abatta le coarage de Libère; il rerint à Rome, et consentit à signer la condamnation d'Athanase y ainsi ^e la formule arienne.
Hélène y femme de Julien , perdit plusieurs en^ £ins en les mettant au monde, et dépuis demeura itërile ; la calomnie , qui (t'attache toujours à tout ce qui est élevé , n^épargna pas Eusébie^ et; fit croire que cette princesse, qui n'avait pu 4ire mère , et qui était jalouse de la fécondité d'Hélène , lui avait fait prendre un breuvage qui l'empècbî^it de laisser des successeurs à Tempire. On ne peut concilier l'idée d'un tel crime avec celle que l'histoire nous donne du caractère vertueux de l'impératrice, qui opposa toujours une courageuse résistance aux perfides intrigues du grand chambellan et deè vils fjivoris de l'empereur. Pro-^ lectrice constante de Julien , ce fut elle qui obtint qu'on accordât plus d'autorité à un prince qui en osait si habilement. Elle fit disgracier Marcelli- DUS, et le ri^mplaça dans le commandement des troupes par Sévinus, général eis^périmenté , incapable de jalousie et digne de seconder Julien : mais elle ne put ôter la préfecture de la Gaule à Florentins, dont l'orgueil , la bassesse et la cupidité s'opposaient siins cesse à toutes les réformes salutaires quo^e prince projetait dans radfùinistrat ion de ses provinces* Malgré ces obstiicles , Julien, par sa persévérance, réussit dans tous ses desseins, et fut aidé dans ses utiles traviiux par un Gaulois nommé Salluste, homme éclairé, courageux et fidèle ; il méritait la confiance de J«iUen , et oe prince était digtie d'un tel ami*
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Pour se mettre à l'abri des surprises , Julien établit des postes sur la ligne du Rhin, et un grand nombre de courriers qui, de relais en re-r lais y communiquaient les nouvelles avec une ex-* Nouvelle trême rapidité. Trompant ces mesures , lesbarbar hsubzres. x^Bs forcèrent les postes des frontières , firent encore une invasiop dans 1^ Gaule, et pénétrer Bent jusqu'à Lyon* Julien, informé de leurs progrès , réunit ses troupes , marcha contre eux et les tailla en pièces. Comme il avait habilement détaché ti*ois corps pour leur couper la retraite, nul dWtre eux ne se serait échappé, ^i Fun des gér
Trahisonde uéraux dc Constancc , Barbation , qui occupait Barbation. g^^j^ ^^^^^ ^^^^ jjjjjj^ hoipmc^, eût fait son devoir ; . mais il ouvrit passage aux Allemands ^ et accusa même de. trahison et d'embauchage Yalenr tinien , général qui lui avait porté des dépêches par lesquelles Julien l'invitait à se joindre à lai contre les barbares. Constance , sans approfondir cette accusation , destitua Yaleutinien. La fortune inconstante, qui accablait alors ce général, le porta dans la suite au trône, pcstitution Julien ne voulait pas laisser aux enqemis le pien.' " temps de réparer leur perte ; et , dans l'intention de passer le Rhin , il demanda des barques à Barbation , qui les lui refusa. Privé de ce secours , il se vit forcé d'attendre le moment où la chaleqr rendrait les eaux plus basses ; alors , traversant à gué un bras du fleuve , il surprit les barbares qui s'é-r taient dispersés dans les îles , et en tua un grand nombre : le reste tomba sur Barbation, le mit en fuite, et le punit ainsi de i^ trahison.
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. Cependantsept rois allemands, indignés de Toir conféàér^ les Romains reprendre leur vigueur , et la Gaule ^°jj|^'' échapper à leur cupidité^ réunissent leurs nations ^ s'approchent de Strasbourg et ordonnent insolemment à Julien d'évacuer cette frontière. Chnodo-» maire était l*AgfunemnQn dé cette confédération barbare,
Julien, voulant les attirer dans là plaine de Strasbourg, leur laisse passer le Rhin, part de Sayerne , et campe en présence dé Tennemi. Les soldats voulaient combattre ; le prince , qui jugeait plus utile de réparer leurs forces par quelques instans de repos , essaie de calmer leur ardeur : « Plus j'estime votre courage, leur dit*il^plusje » dois ménager votre sang ; pourquoi voulez-vous^ » par trop de précipitation , acheter trop cher un » succès certain? La bravoure n^est pas le seul » mérite du guerrier; s'il se montre fier contre » l'ennemi, il doit être modeste avec ses compan gnons, et docile aux volontés de son général. Je » peux vous donner des ordres, mais j'aime mieux » persuader qu'ordonner; le jour est avancé; la » nuit, mettant fin au combat, ne nous permet- » trait pas une victoire complète i vous venes » de marcher sur un sable brûlant , vous vous » trouvez sur un terrain coupé de ravins et cou- » vert d'arbres; le repos a ranimé les forces de » l'ennemi , une longue route a diminué les vôtres ; » mon avis est que nous nous retranchions pru- ^ demment pour combattre ensuite avec hardiesse ; ^ rétablissons notre vigueur par la nourriture et % par le sommeil) demain^ à là pointe du jour,
i.5jB msToiiuz
» nous marcherons, et npns triomph^irons desbaiv » bares^»
I] voulait ppursuiyre; mais les soldats impatiens l'interrompent par laurs murmures y&é^ûdssent de colère, frappent leurs boucliers 4p leurs lances ^ ëtoufient la yoix de leur générdil par le^rs cris, et demandent tous le combat.
Au milieu de ce tumulte^ un enseignfs élevant la yoix : « Marche^ he|ai?eux Cëaar, dit-il; suis » la fortune qui t'appelle! Nous yqyon§ i notre T» tète le courte et la prudence ; tu vas vois » aussi quelle est la force des sol4^ts romains ^ n lorsqu'ils sont conduits par un chef ha|)ile >> qui inspire, juge et récompense les grandes )> actions. )>
Julien cède aux vœuj^ de l'armée çt se place 4 la tête de son aile droite; Çhnc^domaire lui était opposé : l'autre aile des Romans était conduitepar Sévère qui avait devant lui l'aile droite des Alle^ mands, commandé^ par Sérapion; les barbares avaient placé entre ]eurs escadrons 4es fantassins, légèrement armés, qui devaient, pendant le com«bat, se glisser sou^ les chevaux des Romains et les percer ^^ leurs glaive^, pataiue Des deux côtés on sonne la charge ; Sévère sV-
«nlreJulien ^ • i # « i -i j
jltchnodo- vance le premier , découvre a temps, sur le Dora d'un marais, une embuscade dani» laqueUe il allait tomber, et s'arrête avec prudence.
Au moment où les deux arpiées obsoareissaient l'air par une nuée de traits, Julien, à la tMe de deux cents chevaux , parcourt les rangs et s'écrie : « Courage, compagnons, voilà le moment que
maire.
DU BAS-^H1|»IBE. 169
» toUd àtes soii1iait4 ! Cenrest que l'espoir d'une » telle )ottmée qui m^a fait accepter le titre de » Cësar, rendez au nom romain son ancien lustre} > opposez à la fureuf aveugle des ennemis une I valeur plus solide et plus froide ^ et songez bien » que la victoire dueâl votre^ courage peut seule à » présent justifier votre impatience. »
Les Allemande, fîirieuiL d'avoir ëtë chassés de Isi Gaule par les Romains , décides cette fois à vain* tre ou à périr, ci'aignant qu'au premier désavantage leurs rois ne les abandonnent , exigent qu'ils partagent dans Gette action tous leurs dangers ^ et les forcent à combattre à pied avec eux. Les deux! armées s^approchent en ordre et en masse; leurs tangs serrés ressemblent à deux murailles hérissées de lances} ils se choquent avec un bruit terrible ; un nuage de poussière les couvre et ensevelit dans l'ombre utie foule d'exploits dignes d'être plus éclairés.
Sévère trouve un passage dànsles marais, tourna le corps qui était embusqué, attaque les Allemands, et, après de violens etforts, les enfonce et les met en ftiite. Lafortune se montrait d'un autre côté moins favorable aux Romains : six cents cavaliers dfe l'ailiedraite, sur lesquels Julien fondait le plus d'espérance , après une kitte opiniâtre^ perdent le chef qui les commandait; ils s'épou- Tautent, se débandent, et se jettent en désotdre sur Pinfanterie* L'eimemi les poursuit avec ardeur. Julien aperçoit cette confusion, accourt & toute bride; on le reconnaît à la brillante enseigne ^q1 le suit 9 au dragoir couleur de pourpre qui a
i6o HISTOIRE
décore: « Oùfayes-yotts, soIdaU? s'ëcrie le prince » en courroux } les lâches ne trouveront poiilt d'a« » syles y toutes nos Tilles leur fermeront leurs ^ portes; si vous yOules recouvrer vôtre gloire^ y> suivez-moi; si vous voules fuir, pasSez sur mon » corps y Je perdrai la vie avant l'honneur. »
Honteux de leur lâcheté , les cavaliers se ral-^ lient ,^retoument à la charge contre les barbares ^ui attaquaient déjà le flanc des légions. La mèléé devint ajSreuse; les uns brûlaient du désir de ré^ parer leur honte, les autres s'opiniAtraient à n€ pas perdre leur avantage : le corps de réserre arrive au secours de Julien; malgré ce renfort^ les rois allemands, à la tête de toutes leurs trou-» pes en masse, renversent la cavalerie romaine^ enfoncent l'aile droite de Pinfatit-epiç^ et pénè-^ trent jusqu'à la légion du centre, contre laquelle Viennent enfin échoues" leurs efforts redoublés et leur rage sanglante.
Chacun des soldats de cette inébranlable légion tepousse leurs coups , comme une tour immobilef tésiste au choc du bélier. Les Allemands^ accablés de fatigue, tombent par milliers sous le glaive de cette légion qu'ils ne peuvent entamer; entin leurs rangs, éclaircîs par la mort, s'ouvrent; l'épouvante les prend ; les cohortes qui gardaient le camp romain accourent alors et redoublent la ter-» reur de l^ennemi. 1.1 se retire e» désordre, sa retraite se change en déroute. Julien les poursuit l'épée dans les reins ; les Allemands demandent en vain la vie; le* Romains furieux ne leur font aucun quartier : le champ de bataille,, les rivages
DU BAâ-EKPIBEé x6i
du BJiiti Mmt couTerts de niArls et de moQ^ana ; les .flots, en eDgloatiftseat un grand ilpmbsre, QoeU ques^iuis, -pottéû sur leurs bonicliersy «n:i«!eiit k Vautre boEd«.Gli]ibdomaire> échappé au carnage ^ therehait . soii salut dams Ja fuite , à la téte.de quejr quescayaliers i il tombe dans Un macai^^ se relè v^e^ gagne un. bois $ est reconnu par un tribun dont la fj^^î^*' cohorte l'enveloppe^ le prend et le conduit en-^ *»▼**< «i« eliaiaë>auji piedi de Jutieo*. C^tte victoire, égale ^
ai ëdat auic plos mémorables decellesquî avaient illufttré lesiancienshéroa de Rom.e , sauvia P.empire^
 ktètc de treiase mille soldats ^ Julien vainquit trente-cinq mille barbares^ coiiimandés pAv^sept ttûs^ enorgaeillis par Aé nombreux sui^cjàs* Les légions, dans leuî* enthousiasme, le ssibnèreat du nom d'Auguste : il re&sa ce titre avec une indi* gnation apparente et une crainte fondée*
donvaiiiott <|ne la sévérité de la discipline étaijt la seule garantie solide des succès, il manda d^ tant lui les six cents cavaliers qui avaient foi la teille^ les iHéprim^inda dutement^ et, conformer ment aux ancieiliies coutumes ^ leur fit trà^ers^ltS camp habillés en.fenunesé Au. moment ou Chnodomaire parut à ses yeiiit^ toucha du malhégi; dd ce roi captif^ il l'accueillit avec égard ; n^als^ quaad il vit He prince barbàtie, si insolent, avanjt le combat , déshonorer son infortune en sel prpsr temant à ses pieda et en implorant bas$emeQt isa clémence , il lui mar(|nà son mépris , lui toaA*na 1m dos, et l'envoya près de Conatancei
Lorsque la nouvelle dt la victoire de $itrast>our^ parvint en Itatie , elle réveilla l'orgdeil dje 6.ome ^