‹ Histoire universelle, ancienne et moderneChapitre 22 sur 46 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

3l8 HT^TOIRE

son c^m^, I^s <>fi€i»erB conjuraiteât Iglitn dediffd* rer ce passage»

« Qu'y gàgnetfeÉ-vônfe y répt^iidît ce prince j Ife y> temps ne ralentiiia pas la ïnarcfae d^ ce fleuve v> et n'aplanira pas ses biM'ds ^ Mais il grossira seule- » ment le iliombre des éniïémis qUi le diéfendent. )» On se tut et Fon obéit.

Après un combat sanglant , la vict<i^fa*e se décida poar les Romains; Fempereor Vainquit l'ennemi, dompta les flots , traversa le fleuve , tua six mittè Perses , et poursuivit les débris de knr armée jusqu'aux portes de Ctésîphon.

C'était la borne fatale qâe dépmé long-temps une sage prévoyance , qui s'iappâyatt sur de prétendue oracles dés dieux ^ AVàit défendu aux Romains de dépasser.

Julien crut *evoit y M^ ûfe sacrifice à Mars. Sur dix taureaux qu^on -devait dàcrifier^ neuf mearcfiit atatit d^'ttrrlvèr Jusqu'à Vàutel; lé dixième s'échappe; oii le ramène , il tombe sous le couteAU sacré ; mais ses entrailles n'offrent au pontife que des signes menaçans. ^

' Julien j cessant de i^spe<[?tèr le ciel lorsqu'il a'op> ipose à sa gloire y s'emporte contre Mak*â, jure qu'il ne lui fera plus de sacrifices, et ordonne aux soldata ï^onstetiiés d^ li'éôtMÉt'cs: xlWtr^ Mgwres que leuc Vâîllàttce et sa fortuAîe.

Comme il voulait éviter là pert^ d« temps qu'en'' traînerait le siège d'une grande ville, il essaya par de hautains défitsiTirr^r le cèurage des habitcms dé Ctésiphon, pour Mtirer et combattre leurs tiiQupe» daM k plaine t riiais ils lui répmidireat

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que^ a'il Toulait aati^aire ce brûlant, dësir d^ sq medurer contre les Persea, il dovait s'éloigner de kors inéxpugnaUea muraiUea et marcher contre Parmëe da roi dea rois, /

Dana le même tempa un envoyé de Sapor se présenta dans le oamp romiain : le roi de Perse écrirait au prince Ho^^misdas y promettait de lui rendre )ttitioe> et aoUioitait sa médiation pour conclue la paix arec Tempereur.

Julien 9 comme presque tous les conquérans, s'était enivré d'orgueil : sa philoaaphie avait cédé à ce redoutable poison , toujours caché dans la coupe de la gloire» On perd souvent la puissance et la renommée qu'c^ veut trop étendre. Ce prince rejeta les propositions de Sapor y et le défia au combat dans les plaines d'Arbelles, espérant y triompher comme Alexandre* La rapidité d'un second bras du Tigre ralentit aa marche; difiEé^ rens obataclea retardèrent l'ai'rivée de l'armée de Mésopotamie y et la fortune commença dès lors à trahir iin prince que la prudence abandoarmait.

Dans ces circonstances critiques, un Perse y dis*- ses re^er» tingné par sa naissance, se présente à l'empereur u^êVfidTe comme un proscrit irrité qui veut se venger des *'"* ^®"*' injustices de son roi : ic Vous poaves, seigneur, » dit-il à Julien , vous rendre miitre de la Perse » eh peu de temps, et avant que Sapor ait ras- » semblé l'igrmée destinée à la défendre; mais il » faut vous éloignerde vos vaisseaux; votre marche » trop lente rendrait vos progrès impossibles : voa s » avez doux armées, dont l'une s'épuise pénible- » ment à traiper l'autre. Votre flotte est plutôt

aao ^ HISTOIRE

» un obstacle qu'un secours j délivrez-vous de cef » entraves ; je connais un chemin qui vous cony> duira promptement au but de vos désirs, au » centre de notre empire : osez le suivre. Prenez » des vivres pour quatre jours , j e vous servirai de » guide j ma tête, que je vous livre, est le garant de » ma foi* ))

Julien , trop crédule, oubliant l'exemple funeste, de Grassus et d'Antoine, suit le conseil du perfide; transfuge, méprise les sages avis d'Honnisdas, brave les murmures de l'armée , prend pour vingt, jours de vivres, livre ses vaisseaux aux flammes, et se met témérairement en marche sous la con-^ duite d'un traître, qui disparaît au moment où l'armée, privée des secours de sa flotte, est engagée dans le désert.

L'empereur, trop tard éclairé sur sa faute, ho-^ nore au moins son malheur par sa fermeté. Chan-^ géant de route, et s'éloignant du Tigre, il entre dans une plaine dont la fertilité semblait devoir dissiper ses. alarmes^ mais la cavalerie perse se répand dans les campagnes, brûle les moissons, détruit les villages, prive les Romains de toute re&source , et les livre en peu de temps à tous les ,maux d'une disette affreuse, ennemi plus redoa-^ table que toutes les forces (Je l'Orient.

Julien, abandonnant alors toute idée çhimé*-* riqae de conquêtes , ne songe plus qu'au salut de l'armce. Après une longue délibération , il se décide à rentrer à^s ses limites, en regagnant la Cordiiène, petite province d'Arménie dépendante des Bomains : mais le roi de Perse, qui avait prévu

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oe dessein, s'y oppose et paraît bientôt à la* t^te d^une armée dont les escadrons nombreux cou* ?rentla plaine. Les Romains, sans cesse harcelés, poiirsuiyent leur retraite en combattant à chaque pas*

Leur courage repoussait à chaque^ poste- Ten-^ iiemi ; mais cet ennemi recommençait à tous momens ses attaques. Enfin , le 22 juin, toutes le» forces réunies du roi de Perse attaquèrent Julien dans un lieu nommé Maranges ;^la yaillance romaine triompha du nombre. Les Perses furent battus et mis . en fuite ; mais leurs yainqueurs étaient eux-mêmes vaincus par la famine.

L'intrépide Julien ne pouvait plus alléger les souffrances des soldats qu'en les partageant. Son exemple soutenait seul leur courage : en rain leur dévouement s'efforçait de lui faire accepter les alimens conservés pour lui seul ^ il les distribuait entre tous.

Le 26 juin , au milieu de la nuit , il croit revoir le génie de l'empire , mais pâle , triste et couvrant d'un voile lugubre sa tète et sa corne d'abondance, dont jaillit un instant une flamme brillante qui tombe et s'évanouit : funeste image de sa destinée! Effrayé de cette apparition, il appelle près de lui I^s aruapices toscans, qui décjlarent que les dieux défendent de combattre.

L'empereur ne croit point qu'un ,llLche conseil puisse venir du ciel; il continue sa marche. L'excessive, chaleur l'empêche de se couvrir de ses armes; il court àla tête des colonnes pour reconnaître le pays qu'on doit traverser : bientôt on l'avertit

Bataille Ae Maranges.

222 HISTCHIUB ^

que son arriire^gardc) est attaqaée* S'aisisaaat boa bouclier, mais oubliant de prendre sa cuirasse y il s'ëlance dans la mêlée» ranime les siens par dea prodiges de valeur, fait un grand carnage des \ Perses, revient à Fayant-garde qui combattait > aussi un corps plus nombreux, enfonce les ennemis, les met en faite> et les poursiût avec une ardeur qu^aucun conseil ne peut contenir : en vain B^ plus braves soldats lui crient de se retirer , rien BJcsmre Hc Farrête, Enfin le javelot d'un cavalier persan effleure son bras , entre dans ses côtes et pénètre jusque son foie. Il tombe; on remporte sur un bouclier. A peine a**t^on mis ^appareil sur sa bles^ sure , qu'apprenant que les ennemis tentent un nouvel effort, il s'élance encore à cheval pour retourner au combat; mais le sang, qui sort à gros bouillons de sa plsde, le fait tomber de nouveau. lia fureur des Romains, le désespoir des Perses rendent jusqu'au soir la bataille acharnée et la vio** toire indécise.

victoiredçs Cependant rien ne put résister à la furie des omains. j^gioi^^^ lorsqu'eUes crurent la vie de l'empereur en danger. La cavalerie des Immortels même succomba soas leurs coups* Le triomphe desB-omains fut complet ; les Perses en déroute perdirent leurs plus braves soldats, cinquante satrapes et lea deux généraux qui les commandaient*

si Julien eût survédn à cette victoire, elle eût peut^rètre été décisive* Ce prince blessé se rassurait sur la foi d'un ancien oracle. On lui avait autrefois prédit, dans la Gaule, qu'il mourrait en Phrygie. Mais, lorsquHl apprit que le b^Murg dans

Mort 4« Julien.

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lequel il «e irooTait |K»*t«it ce nom fatd , il perdit tout espoir. Tous ceux qui l'entouraient poosMiient des gémisfeiemeùa et répandateitt dea larmea. Lui seul y étendu iurane peau de lion , Inontrait dans sea daraiera moitiens une inébranlable fermeté : « Chefs campagn^ïii^ leur dit-il ^ la nature me » redemande ce qu'elle m'a*pffttë; je lui rends » ce que j'ai reçu d'elle , non arec la douleur » d'un kookme trop attaché auX liens de la yie^ 9 niais avec la tranquillité d'unilébiteur quis'ac- » quitte* La philosophie m'a couTaincu que l'ame n n'est heureuse qu'au moment où dUè est affran* )^ chie des entraves du corps. Il faut a^ réjouir et » non «^Affliger qttand la plus noble partie d« nous- ^ mente se dégage de celle %fii la dégrade , et k » iBiort est Bourent la phis belle couronne que les » dieux décernent 1 la yertui. Je k reçois comme »' une grâce qui me sauve de beaucoup d'écueils* a J''ai Téeii aakis crime, je meurs sans remords.

h Au faite du pouvoir y comme dans la disgrâce » et dams l'exil ^ j^«î toujours fait ce que j'ai dû^ » ^regardant mon autorité conoéie une émanation v^ de in puisaance divia?6$ je l'ai conservée, je » ctoIb^ sans tache^ en gouvernant leè peuples i> «rec douceur^ ^et en ne déclarait la guerrt }» qu^ree juatice^ Le succès ne dépendit pas de i> mot y tosLin des dii^x.

> Ërnsemi du pouvoir arbitraire et de l'ambi* a tioii y iqut *comMnpeift les ndceurs et ruinent lea I» ëtsfts 9 la pailL était le bnt constant de mes vœux$ » 'Mam y lorsque k ^fitttrie m'a appelé au combat^ » j'ai tsbéî & sa y/obt aTee aive piété filiale^ «t fsi

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» brave jpoMt elle y sans crainte , tèns le^ dan-* » gers.

)i> Depuis long-temps on m'avait prédit que je » mourrais d'une mort violente. Je remercie le » Dieii étemel de ce qu'il ne m'a point fait périr » sous le^ poignards de perfides conjurés, ou dans » lestourmens d'une longue maladie, ou parle )> supplice qui a terminé les jours de trop de I) prinées coupables. Il a trouvé sans doute que je » méritais, en m'arrèlant au milieu du cours d'une y> gloire florissante , de me faire sortir de ce monde » par un illustre trépas.

» La raison nous dit qu'il est également lâche » de désirer la mort quand elle n'est pas néces-^ )) saire, ou de vouloir la fuir lorsqu'il est temps !^ de s'y soumettre. Mais je sens que la force ^ m'abandonne et m'empêche de prolonger ces fr derniers adieux.

» Vous devez vous 'occuper de l'élection d'un 9 empereur; je ne veux point prévenir votre » choix. Le mien pourrait mal tomber; et, si y> vous ne le confirmiez pas, il n'aurait d'antre » effet que de perdre celui que je tous aurais dé-* y^ signé. Mon seul vœu , comme fils reconnaissant fy de la république , c'est qu'après moi vous con^ i¥ fiez son gouvernement à un chef vertueux. )>

Après ce discours , qui redoubla l'alFection et les regrets des assistans, il ordonna que son corps fût porté à Tarse ^ et distribua ses biens entre ses amis : comme il s'étonnait de l'absence de l'un d'eux, nommé Anatole, Salluste lui répondit:

« Anatole est déjà heureux. » Julien ^ comprenant

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ce qu'il voulait dire, montra autant de douleur de cette perte que d'indifférence sur sou propre âort. Comme ses amis éclataient eu sanglots : .« Quelle faiblesse, leur dit-il, de pleurer un » prince qui s'éloigne de la terre pour se réunir » aux astres et aux esprits célestes* » «

Après un court évanouissement , • ayant repris l'qsage de ses sens^ il fit appeler les philosophes Prisons et Maxime , soutint avec eux une longue .discussion sur l'existence de Tame j mais enfin sa plaie se rouvrit, sa respiration devint pénible; il demanda de l'eau, et, après l'avoir bue, il expira sans effort.

Ce prince mourut le 27 juin 565, dans la trente* deuxième année de son âge, sept ans après son élévation au titre de César, trois ans depuis qu'on l'avait proclamé Auguste. Il ne régna seul que vingt mois.

Sans écouter les panégyristes ni les détracteurs de ce prince, qui le représentent , les uns comme le modèle des rois , et les autres comme un tyran , il suffit de connaître ses actions et de lire ses ou« vrages^ pour lui assigner un rang distingué parmi Us hommes j ustement célèbres.

Il fallait que son méritefûtéclatant, puisque sa renommée a traversé les siècles, malgré la chute de la religion qu'il voulait relever et le triomphe de celle qu'il s'était efforcé d^abattre.

On doit plaindre i^on erreur et sa passion pour l'idolâtrie, mais il est impossible de ne pas admirer un prince qui . vécut , qui gouverna et qui mourut en ancien Romain.

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