TOME VU
Pendant son règae, les barbares vaincus respectaient les frontières de l'empire; Fagriculteui* et le commerçant se voyaient à Tabri des cbncas— sions, les délateurs se cachaient, la justice présidait les tribunaux ) la liberté reparaissait dans le sénat 'y la discipline rendait aux armées leur force et leur gloire. Le luxe de la cour ne pesait plus sur les provinces. Les champs et les temples retentissaient des hymnes antiques, et, ce qui valait mieux encore, des actions de grâces rendues librement à une puissance protectrice par la reconnaissance publique.
Les églises chrétiennes seules faisaient entendre des plaintes et des gémissemens j leur douleur était juste , mais peut-être exagérée ; elles avaient à déplorer non leur ruine , mais la perte de leur dominât ion.
<. L'édit qui nous reste de Jiilien , en prouvant son étrange partialité pour le polythéisme , nous fait au moins connaître avec certitude que, si les chré" tiens condamnaient avec raison son apostasie, ils ne pouvaient au moins Paccuser de persécution : si la cour leur était fermée , les églises leur restaient ouvertes, et l'injustice du prince à leur égard gênait plus leur ambition que leur foi.
« Je ne veux point , disait-il , que Von fasse » mourir les galiléens , ni qu'on les frappe injus- » tement , ni qu^on les maltraite en quelque ma- >> nière que ce soit ; mais je veux absolument » qu'on leur préfère les adorateurs des dieux. La >^ folie des galiléens a placé l'empire près de sa h perte, et la bonté des dieux nous a sauvés. Il
» est donc juste d'honorer ces dieux et de dîs- » tingaer les personnes et les villes qui les ho- » norent.»
Ces paroles et sa conduite donnent la jaste mesure des reproches qu'on pouvait lui adresser avec fondement , mais qu'un faux zèle a pousses jusqu'à l'excès.
Les victoires de Julien , sa constance dans l'adversilé, sa modératioii dans la fortune, son au* dace'dans le péril, la rapidité dé ses marches, le placenta côté des plus grands capitaines. Sa tempérance, la sévérité de ses moeurs, son amour pour la philosophie qui réglait toutes ses ac lions , et la sagesse de ses maximes , ne le rendent point indigne du modèle qu'il s^était proposé, le vertueux Marc-Aurèle, Heureu^i: si, se bornant à marcher sur ses traces, il n'eût pas voulu imiter Alexandre? et se livrer à un désîr effréné de gloire qui le fit périr à trente-deux ans, comme le héros macédonien , en laissant l'état en proie aux malheurs qui suivent presque toujours la fortune des coh« quérans !
Si les grandes actions de Julien nous portent à l'admirer , la lecture de ses lettres doit le faire aimer. Quoique maître du monde, il sentait le besoin et le prix de l'amitié. On le vit entreprendre de longs Voyages pour plaider, comme un simple citoyen, la cause de Cartésius, l'un de ses amis, et d'une femme vertueuse et riche, nommée Arété, que des hommes puissans et injustes voulaient dépouiller de leurs biens.
On voit dans ses lettres , écrites avec l'abandon
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de la confiance^ combien il aurait jJrëféré la re*» traite aa trône , et à quel point il redoutait le fardeau de la sonyeraiaeté, « trop fort , disait-il, » pour un homme , et qui exigerait le génie d*un » Dieu* »
Celui qui connaît si bien l'étendue de ses devoirs s'efforce de les remplir. Sa vie entière était consacrée au travail, et peu d'écrivains de l'antiquité le surpassèrent en talens et enactivité.
Malgré les effoitsde la haine qui voulait effacer sa mémoire , plusieurs de ses écrits sont parvenus jusqu'à nous; nous ne parlerons point de ses panégyriques de Constance et d'Eusébie j l'un dicté par la nécessité, l'autre par la reconnaissance , ni de l'éloge Au Soleil-roi ou du Logos de Platon, dans lequel il se montre plus sophiste qu'orateur; mai^ nous citerons trois ouvrages ingénieux où brille une vive imagination , et dont le mérite n'est point affaibli à nos yeux par la différence des temps et des mœurs»
Le premier est une allégorie qui, dans un cadre étroit, peint son caractère, explique sa doctrine, retrace ses malheurs et raconte sa gloire.
L'autre est une satire historique et piquante^ dans laquelle, faisant paraître en présence des dieux, Hercule, Alexandre et tous les Césars^ depuis Jules jusqu à Constance, il apprécie avec un rare discei*nement leurs qualités et leurs défs^uts. Le but du combat qu'ils se. livrent est de décider le rang que chacun d'eux doit occuper dans le ciel.
La forme de cette satire est ingénieuse et nou-
BU BAS-EMPIRE. Ita^
Telle. Le fond dç.ç^t ëcnt , très-phiLosophiqae^^e trouve, sans blesser les conyenances, égayé par Tesprit caustique du vieux Silène , censeur joyeux des divinités de FOlympe et des héros de la terre,
Dans cette lutte entre tant de grands hommes la philosophie Femporte sur la gloire , et la justice des dieux accorde à Marc-Aurèle la prééminence sur tous ses eoncnrrens.
Une autre satire , moins grave et peut-être plus piquante , c'est le Myaopogon , dont nous avons déjà parlé. Julien s'y, peint tout entier ; ses xaiileries contre les habitans efféminés d'Antioche sont amères ; la colère les dicte , mais il est rare de yoir an princie tout-puissant et offensé ne se servir que de son esprit pour venger ses injures, et ne répondre à des libelles que par une satire* '
Après le retour de Parmée romaine en Syrie , les restes de Julien furent enterrés avec pompe dans la ville de Tarse.
Les chrétiens crurent que son ame devenait la proie des enfers ; les païens le placèrent au rang des dieux, honorèrent son tombeau comme un temple , et y gravèrent en gi'ec cette inscription : Ici repose Julien qui perdit la vie après apoir passé le Tigre. Il fut un excellent empereur et un vaillant guerrier*
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