‹ Histoire universelle, ancienne et moderneChapitre 27 sur 46 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Affreux tremblement de terre, — Invasion des Huns. -«« Portrait de ces sauTages. — Leurs succès en Chine. -^ Leur dofaite.— Leur victoire sur les Alains et sur les Goths. — Ravages des Goths et des Visigoths en Orient. •— Leur révolte. — Guerre entre les Romains et les barbares. — • Invasion des Germains dans la Gaule. — État de TOccident sous Gratien. — Victoire de Gratien sur les Allemands. — Défaite de Valons. «— Exploits de la reine M a via. — Proscription occasionnée par one prédiction. — - Marche de Yalens contre les barbares. — Tictoire des Goths sur les RomainS.-^Mort de yakns.—r Siège d^ Andrinople par les Goths. — Dévouement de Dominica t veuve de Yalens. •— Vengeance du comte Jules.-^ Ravages des barbares. -—Arrivée de Gratien à Constantinople. — - Rappel do jeune dac Théodose. — - Ses exploits. -^ Son association ^ Pempire. —Ses nouvelles victoires. — Premiers exploita d^ Alario. •— Victoire de Gratien et de Théodose, -r- Pacification établie par eux. ^ Guerre déclarée aux païens, -;- Péniolition du temple de la Victoire à Rome. «^ Prédiction en faveur de Maxime. — SoQ

portrait. «^ Son nsnrpaUpn,*» Mort de Gratien,

^mn

VALENS , :en orient j GRATIEN , VALEN- TINIEN n EN OCCIDENT } THÉODOSE , MAXIME 9 VSURPATPTOt (An 5575,)

Gratiem ëtaît à Trêves, lorsqu'il confirma l'élection de son frère Valentinien IL Comme régent et comine empereur, il ordonna à Justine et à son fils de s' établir à Milan, Un prince , plus habile que Yalens , serait parvenu sans doute à maintenir ses neveux dans sa dépendance) mais l'empereur d'O* rient , peu capable de défendre et de gouverner

ses propres états ^ n'exerça aucune influence dan* ' rOccident.

Les élémens semblaient alors se joindre aux bar- Affreux bares pour accélérer la ruine de Pempire. Toutes ^^^ ^ les côtes furent bouleyersées par un a&euxtrem- **"•• blement de terre ; la mer , fuyant le rivage , déoouyrit aux regards surpris ses profonds abîmes; et 9 après ayoir laissé les vaisseaux à sec^ et une foule innombrable de poissons mourans sur le sable , Ponde jen furie ^ par une réaction terrible ^ franchissant le^ rocs escarpés et les barrières qui arrêtaient ordinairement sa course, ruina plusieurs villes, et inonda de vastes contrées. Alexandrie perdit cent cinquante mille citoyens ; les prêtres orthodoxes attribuaient ces malheurs au courroux de Dieu contre les hérétiques»

Les fléaux de la nature sont contenus ou arrêtés invasion par une main toute-puissante ; elle leur a posé des bornes éternelles : mais ceux qu'étendent sur la terre les passions déréglées des hommes n'ont point de limites. Dans ces temps déplorables 9 le monde se vit ravs^é par l'invasion d'un peuple sauvage , sorti des glaces du Nord. Les Huns y * jdus redoutés par les barbares de la Scythie et de la Germanie , que ceux - ci ne l'étaient par les Grecs et par les Romains , se précipitèrent de l'Orient sur l'Occident , dévastant , détruisant 9 dépeuplant tout sur leur passage; et la terreur qu'inspiraient ces guerriers féroces^ refoula sur l'empire romain les nations entières des, Sarmates, des Âlains, des Goths, des Ostrogoths, des Quades et des Yisigoths. La peur , qui les chassai^ , les

S7e HISTOIRS

rendit pluâ redoutables que leur audace ; on ayait repoussé leur aoibition, on fut ëcrasé par leur fuite ; et , en émigrant pour chercher leui: sàlat dans d'autres contrées, ils consonunèrént la ruine des Romains.

Ces Romains ) maîtres du monde tant qu'ils furent libres et vertueux , n'avaient conservé de leur ancienne grandeur qu'un luxe colossal. Les empereurs , les consuls , les patrices ,' les ministres ^ les préfets, les courtisans, les généraux , les patriciens , dépeuplaient les champs et les camps pouir remplir leurs maisons de milliers d'esclaves , de domestiques ^ d'eunuques et d'affranchis.

Une autre partie de la population , quittant la terre pour le ciel , habitait les églises , les palais épiscopaux, les séminaires, les ermitages, les monastères. Le peu de citoyens qui restaient encore dans les légions se dégoûtaient chaque jour du travail, de la discipline et du poids des armes. Enfin, au moment où l'empire se voyait de tontes parts envahi ou menacé par les barbares, c'était à ces mêmes barbares qu'on livrait souvent la défense des frontières , la conduite des armées, la garde du prince, le consulat, les préfectures et les pltis hautes dignités de l'état.

Portrait Lcs Huus, ués dans les vastes plaines de la Side ces saur b^j^jç^ étaient jusqu'à cette époque presque inconnus. Procope les confond avec les Scythes et les Massagètes. Jomandès, historien des Goths, attribuant la difformité de ces sauvages à une origine infernale, les croyait produits par l'union des dé- .in6n5 et des sorcières j les os de leurs pues étaient

tag€S.

DU BAS -EMPIRE. 3^t

protubërans , leur chevelure crépue 9 leurs yeux petits et enfoncés , leurs membres courts et $ans proportion ; on les comparait à ces idoles que les peuples barbares se forra^ent avec des morceaux de bois grossièrement, taillés. Us n'habitaient que des tentes, détestaient les cités, quMls appelaient des prisons de pierre ou des sépulcres. '

Les tribus errantes et pastorales furent toujours plus conquérantes que les agricoles : rien n'arrête la marche de ces. peuples vagabonds ; leurs logemens , leurs meubles , leurs richesses, sont portés sur leurs chariots; leurs troupeaux , qui marchent avec eux, assurent leur subsistance; toujours rassemblés dans un camp , leur yie est un état de guerre continuelle. Comme ils quittent un pâturage épuisé pour en chercher d'autres , ils n'ont point de foyers dont les charmes les retiennent. Ils aiment leur nation et non leur patrie; l'habitude de la chasse les forme à la guerre ; leur nourriture augmente leur cruauté ; ils n'ont d'autres mets que des viandes crues , et qu'ils n'échauffent qu'en les mortifiant sous la selle de leurs chevaux.

Tels étaient ces peuples nomades qui, après Lear* avoir répandu pendant plusieurs siècles l'effroi dans le vaste empire de la Chine , épouvantaient ensuite par leurs fureurs l'Asie et l'Europe entière. Chaque famille des Huns, en se multipliait , avait formé une tribu, dont le chef, nommé MirzayéiSiit juge pendant la paix , général pendant la guerre. 11 la gouvernait avec l'autorité d'un père de famille; les chefs des. tribus élisaient entre eux un prince appelé Klwn. La dîme de tous les trou-

succès en

Chine.

Leur défaite.

3^2 HISTOIRB

peaan;: formait son revenu ; son pouvoir ëtait bom^ par celui des diètes, ou assemblées nationale», qui dëlibëraient sur la paix, sur la guerre , et rejetaient ou approuvaient les lois proposées par le prince.

Les Chinois , pour résister à leurs invasions , construisirent cette grande muraille qui excite encore Pëtonnement du voyageur. Les Huns, connus sous le nom de Tanjoux^ c^est-à-dire,^/* du ciel^ parcouraient les vastes plaines qu'arrose le fleuye jimour jusqu'à la Corée. Leurs courses s'ëten*daient au Nord des sources de Plrtiche à la mer Glaciale; les peuples qui, habitaient les rivages du lac Baiiaal furent subjugués par eux. Enhardis ^ar leurs succès , ils franchirent la grande mu* raille, battirent les Chinois, et enveloppèrent l'empereur Kaoti , qui se vit forcé de capituler et de leur payer le plus honteux des tributs. Ces barbares exigeaient qu'on leur livrât annuellement les plus belles filles des familles les plus distinguées. Les Orientaux nous ont conservé la complainte d'une princesse chinoise , qui déplora dans une touchante élégie tous les malheurs qu'elle éprouva dans sa captivité) au milieu d'un camp de sauvages, loin de sa patrie , de sa famille et de ses dieux.

Une cruelle révolution releva la Chine de cet abaissement; d'autres tribus nomades et guerrières, célèbres dans l'Orient sous le nom de Tartares , conquirent ce vaste em{)ire, et, adoptant ses lois, joignirent à la force de leurs hordes belliqueuses la sagesse d'une nation civilisécr

Les Huns , arrêtés bientôt dans leurs progrès par ces nouveaux ennemis , qui opposaient à leur bra-

DU BAS-EHFIRE. 2^5

voure Payantage de la discipline , éprouvèrent de nombreux revers .Indignés de cette résistance inaccoutu^lée, toutes leui*s tribus se rassemblent; leur ]diaii livre une grande bataille aux Chinois et aux Tartares réunis, commandés par Pempereur F^outi. r La fortune se déclare contre les Huns; ils sont enfoncés, cernés, défaits, taillés en pièces; le khan se sauve avec peu des siens. Youti les poursuit y affranchit les peuples qu'ils avaient rendus tributaires , et finit par soumettre à sa domination tou« tes les tribus qui restèrent dans les plaines du Sud ; celles du Nord conservèrent quelque temps leur indépendance : mais enfin , dans Favant - dernier siècle qui précéda Fère chrétienne , les Chinois parvinrent à détruire la puissance des Tanjoux ; elle comptait alors , dit - on , treize cents ans de durée.

Quelques tribus, plus belliqueuses que les au«tres , et qui formaient un corps de cent mille guerriers, échappant à la servitude par la fuite, marchèrent vers POccident. Les unes s'établirent sur les rives de POxus , et portèrent souvent leurs armes dans la Perse; les autres posèrent leurs tentes sUr les bords du Volga ; on les y voyait encore dans le dix-huitième siècle ; ils portaient le nom de Kalmouhs noirs* En 177 1 , ne pouvant supporter le joug de la dépendance russe et le poids des impôts, ils s'échappèrent au nombre de cent cinquante mille familles , retournèrent dans POrient, et , après deux ans de marche , parurent à Pimproyiste sur les frontières de la Chine. Elles demandèrent et obtinrent un asyle et des terres. L'empe- TOME vu. 35

reor , qui les accueillit , fit ëleyer un monument pour apprendre à la postérité cette nouvelle conquête, préférable, selon lui, à celle des armes. . « Notre gouvernement , dit-il dans l'inscription » gravée sur la colonne , est si juste et si paternel, » que des nations entières traversent l'Europe et i> l'Asie , et parcourent deux mille lieues poar d^ ^ mander à vivre sous nos lois. »

lent Les Huns, qu'aucun obstacle n'arrêtait, qui Us luias couchaient armés , qui délibéraient à cheval dans et kor les leurs asscmblées, qui traversaient à la nage les rivières et les tori^ens , qui portaient des flèches pour blesser de loin l'ennemi , un sabre pour le frapper de près, un filet pour l'envelopper et le terrasser, trouvèrent sur le Volga les Plains , peuple aus^ féroce qu'eux. Un cimeterre était leur idole ; ils ornaient leurs armes et les harnais de leurs chevaux avec les ossemens de leurs ennemis* La lutte entre ces barbares futlongue,horrible et sanglante. Les Plains, on fils des montagnes y fiirent vaincus; une partie chercha un asyle sur les rochers da Caucase qu'elle occupe encore; l'autre se joignit aux vainqueurs , et grossit cette foule de barbares qui envahirent l'empire romain.

Jornancfès raconte que les Huns , poursuivant une biche , traversèrent le Don au lieu où il se jette dans les Palus-Méotides , regardés par eux, jusque-là, comme les bornes du monde. Trop de fables semblables ternissent les ouvrages de cet historien. Ce qui est avéré , c'est que les Huns, franchissant les plaines de la Scythie, attaquèrent Hermanrick, ce fameux roi des Goths, dont l'em-

pire et la gloire s^ëtendaient de la meir Baltique au Pont-Euxin.

La nature semble avoir imprime une marque distinctive qui sépare en deux classes l'espèce humaine : tous les peuples d'Occident ont la figure ovale , les yeux grands , les joues unies, le nez plus ou moins élevë ; toute la race des Tartares d'Orient y au contraire , a la tête aplatie, le nez épaté, les yeux petits et prolongés par les angles. La première fois que les Européens virent ces peuples sauvages , leur difiEbrmité les glaça de terreur ; cependant la nation des Goths, fière, libr^, infatigable , belliqueuse, aurait sans doute pu' repousser ces hordes vagabondes, si elle était restée unie; mais tout peuple divisé devient pour l'ennemi une proie facile. Les Goths' devaient leurs conquêtes à leur union, la discorde les perdit.

Un prince des Roxolans avait quitté les étendards d'Hermanrick pour se joindre aux Huns; le roi, violent et cruel , exerçant une basse et ajBTreuse ▼engeance, avait fait écarteler la femme du fugitif» Excitée par les plaintes et par les cris des frères de cette femme infortunée, l'armée se révolte : Hermanrick, suivi de quelques amis, veut combattre les rebelles, est blessé par eux, et, voyant sa gloire ternie et son autorité méprisée, se tuè de désespoir. Yitimer lui succède , mais ne peut le remplacer; haï par un parti, mal soutenu par l'autre , il livre bataille aux Huns , qui lui enlèvent la victoire, la couronne et la vie. Les Goths, privés de chefs, fuient en désordre; une partie fut massacrée, Pautre 9 captive : le reste des Ostro-

goths, soûs les ordres du roi Vithérîc, rejoignit,

près du Dniester 5 Alhanaric, prince des Visigothsj

bientôt les Hùns, portant contre eux leurs armes

victorieuses, les forcent d'abandonner la Yalachie*

Âthanaric, qui avait fait serment, en signant un

traité , de ne plus entrer dans les terres de l'empire

romain , se retire avec une troupe fidèle dans lès

forêts de la Transylvanie,

Kefage des L'immeuse population des Goths et des Visi-

visigothsen goths , effrayée de l'approche des Huns , s'avance

^"*'"'* sur le Danube, conduite par Fritigerne et Alavîvus,

implore la protection de l'empereur d'Orient , et

lui demande un asyle.

Valens était, depuis quelque temps, à Antioche", occupé à repousser les attaques des Perses, des Isaures , des Sarrasins , et plus encore à faire triompher l'arianisme. Ce fut dans cette ville qu'il reçut la première nouvelle de l'irruption des Huns en Europe. Bientôt après, il y apprit que des nations innombrables, inondant les plaines du Danube, lai demandaient des terres en Thrace, et se chargeaient , comme sujets fidèles , de la défense de cette province, si on voulait les y établir.

Une demande si imprévue jeta le faible prince dans une grande incertitude; il lui paraissait également dangereux de refuser ou d'accueillir un million d'hôtes belliqueux : s'opposer à leurs vœux*, c'était provoquer une guerre de désespoir; mais recevoir dans ses états des nations entières, c'était accepter l'invasion.

Les généraux, les grands de l'empire, les gouverneurs de province ne virent dans ce grand

événement qu^une augmentation de sujets pour ^empereur, une exemption de travaux militaires pour les citoyens, une occasion favorable de s^ enrichir pour les hommes puissans. La cour d'Orient fit ce que fera toujours la faiblesse dans les circonstances graves et difficiles; elle .n'eut pas le courage de refuser ; elle traita sans bonne foi , et prit ainsi, de tons les partis, le plus dangereux.

On accorda aux Visigoths le passage du fleuve et les terres qu'ils demandaient en Thrace; mais, avant de leur laisser traverser le Danube, on exigea qu'ils déposassent, leurs armes, et qu'ils livrassent lenrs énfans, qui devaient être disperses dans les villes d'Asie pour servir d'otages. Cette défiance impolilique traitait en ennemis les mêmes hommes qu'on recevait comme sujets, et l'empereur, par ce moyen , inspirait la haine à ses nouveaux peuples, et s'enlevait tout droit à leur reconnaissance.

Tandis qu'on négociait encore , quelques Goths impatiens passèrent, tout armés, le fleuve; les officiers romains repoussèrent avec perte les agresseurs , et le timide Yalens, au lieu de récompenser leur zèle, les destitua. Enfin le traité fut conclu^ un million de barbares entra dans l'empire ; mais ils prodiguèrent leur or, leurs bijoux, et même leurs filles, pour corrompre les inspecteurs romains , qui leur laissèrent leurs armes.

Bientôt un camp menaçant couvrit les plaines de la fertile Mcesie , et répandit la terreur dans la cour de Valens. Les Ostrogoths, commandés par Saphrax et par Alathée, fuyaient alors les terribles Buns, dérobant leur jeune roi à la fureur de ce&

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barbares; ils demandèrent asyle aux Romaine , commeieaV isigoths, et subirent Uaffront d'unrefus. leur Yalens avait promis d'assurer pendant les premiers temps la subsistance du million de nouveaux sujets que venait de lui donner sa condescendance. Cette promesse fut yiolëe ou éludëe. Maxime et Lupicin, gouverneurs de la Thrace et de la Mœsie y se livrant à des spéculations honteuses y taxèrent arbitrairement les Goths y et leur vendirent à haut prix des farines corrompues. La patience des barbares se lassa; ils se révoltèrent; Maxime et Lupiein, aussi lâchés que perfides, prirent la fuite à leur approche. Les Ostrogoths, profitant de ces troubles, passèrent sans permission le Danube, et entrèrent dans l'empire. Tous ces peuples réunis élurent pour chef Fritigerne.

Lupicin , n'osant les comprimer par la force y Youlut les vaincre par la trahison : il invita leur général à une fête dans son palais, situé hors de la ville de Martia-Napolis, capitale de la basse Mœ-^ sie; Tescorte des Goths, campée aux portes du palais pendant la fête, et ne pouvant entrer dans la ville, fut privée de vivres à dessein, exhala d'abord sa colère en plaintes, et se porta bientôt à quelques violences. Lupicin, qui l'avait prévu, ordonna de les massacrer, espérant pouvoir se défaire des généraux, quand leur garde serait détruite. Mais, au premier bruit de ce tumulte, le brave Fritigerne se lève et s'écrie : <(Une querelle » éclat e entre les deux peuples , mais ma présence » suffira pour l'apaiser; j'y cours. »  ces mots, il lire son épée j ses intrépides compagnons l'imitejat^

DU BAS-EMPIRE. Sf^

le suivent y percent la foule întimîdëe, disparais^ sent et rejoignent leur camp* Aussitôt la guerre est résolue j Fëtendard national est déployé } les Goths marchent contre Lupicin , enfoncent ses légions et les forcent à prendre la fuite.

De ce moment , les Goths ne se regardèrent plus cuerr* comme sujets de r empire, comme des fugitifs ^,i„seiie^ dépendans, mais comme maîtres des provinces ^*'***"*' bornées par le Danube; ils livrèrent la Thrace à d^affreux ravages. Quelques autres tribus de leur nation plus anciennement soumises , étaient alors au service de Valens, et campaient sous Andrinople. Comme on craignait qu'ils ne se joignissent à leurs compatriotes , on leur ordonna de traverser l'Hellespont pour se rendre en Asie. Vainement ils demandent un délai de deux jours , on leur répond par des menaces : la populace les insulte^ ils prennent les armes, s'ouvrent un passage, s'éloignent, et , conduit par GoUias et Suéride, vont se ranger sous les drapeaux de Fritigerne , qui revint avec eux attaquer Andrinople. Les habitans se défendirent avec vigueur; les barbares, redoiitables en plaine, manquaient de patience pour bloquer les villes, et de machines pour les forcer^ Fritigerne se vit contraint de lever le siège.

Valens pouvait encore éviter la guerre , et apaî-^ ser les Visigoths par le châtiment de Lupicin , mais ce prince, jusqu'alors si craintif, se montrant mal Il propos téméraire , préféra la force aux négociations; dégarnit les frontières de l'Arménie, qu'il livra aux Perses; rassembla près d'Antioche toutes les légions d'Asie, qu'il voulait conduice^là

sSo HISTOIRE

Constantinople, et chargea, en les attendant , les généraux Trajan et Prbfnturus d'attaquer les Visigoths avec les troupes de Thrace.

Fritigerne , instruit de leur approche y rappelle tous ses détachemens, et rëunit dans un camp toutes les troupes de ses alliés , près des embouchures du Danube- Ces dififérens peuples barbares s'unissent par de redoutables sermens , et s'animent au combat par des chants qui rappellent les exploits de leurs aïeux. Les Romains paraissent en pous9ant leur cri de guerre accoutumé; une vieille haine, d'un côté, des injures récentes, l'espoir de se venger; de l'aulre, la nécessité de vaincre pour sauver l'empire , rendirent cette bataille de Salice longue et acharnée. Les succès furent balancés; les Goths rompirent d'abord l'aile gauche des Romains; mais après un combat opiniâtre, les barbares furent repoussés jusque dans leur camp, où ils restèrent sept jours enfermés.

Trajan , profitant de ce succès , avait ordonné à Saturnien , maître de la cavalerie, d'occuper tous les passages des montagnes ; il voulait envelopper l'ennemi par des l'etranchemens, et le détruire par la famine; mais de nouveaux essaims de barbares, franchissant le Danube , divisèrent les forces romaines, et délivrèrent les Visigoths , qui étendirent leurs ravages des bords de ce fleuve jusqu'au rivages de l'Hellespont. Fritigerne, joignant l'a- .dresse à la force , trouva le moyen de se concilier l'amitié et l'alliance de quelques hordes de Huns , 4'Alains et de Sai^mates : sa puissance s'accrois^

DU BAS-BMPIRE. ftSx

sait chaque jonr ; il semblait que touJs les peuples barbares oubliaient alors leurs ressentimens et leurs querelles pour réunir leurs armes contre les vieux tyrans du monde.

Dans ce pressant danger , Yalens avait imploré ^^"^g?" les secours de son' neveu y Pempereur d'Occî- "»«"» •*■"»

1 r>t » ^ • 1 !• Gaule.

dent. Gratien , prompt a soutenir la cause corn-* mune 9 rassemblait ses légions pour, marcher en Orient; un des officiera de sa garde y né en Allemagne, le trahit. Les Germains , instruits par cet officier du départ prochëiin de l'armée Eomaine, firent , au nombre d« quarante mille , une invasion dans la Gaule ^ et forcèrent ainsi l'empereur •de suspendre sa marche , et de tourner sts armes contre eux. '

Jusqu'à cette époque , Gratien régnait avec iutde gloire; l'Occident était heureux sous- ses lois ; sa *^o^5G'^! bonté faisait aimer sa puissance; la crainte que tien. répandait la sévérité de Yalentinien avait disparu du palais à la voix du jeune empereur. La délation s'était cachée , la confiance avait reparu : les proscrits étaient rentrés dans leurs biens ; le peuple 9 écrasé d'impôts , se voyait affranchi des tributs arriérés; les portes des prisons étaient «ouvertes.

Gratien y élevé par Ausone y protégeait et cul^ ^tivait les lettrés-, brillait à la tribune par son âo«quence, mérita l'estime des philosophes par son chaste amour pour sa femme Constanciè, fi-lle de Constance^ par sa sobriété, par sa frugalité, par sa clémence. Les chrétiens vantaient sa pi^té , et les idolâtres euxr mêmes ne pouvaienjL haïr un TOME vu. 36

a89 msTonuB

prince religieux sans fanatisme. Le peuple admirait la dëcence de son mîftintien j la modestie d^ ses vétemensy sa prudence dans ses décrets 9 sa promptitude dans ses entreprises.

Père et compagnon de ses soldats, personne ne le surpassait à la course , à la lutte et dans le3 exercices militaires. Il soignait les blessés , leur prêtait ses propres cheyaux; on le voyait toujours Accessible aux plaintes 9 toujours prêt k entendre la vérité.

Mais un grand défaut ternit tant de belles qua* Ut es, abrégea son r^ne et causa sa perte. Sa justice était sisins fermeté, sa politique sans pré«> voyance , sa bonté sains force , et des deux de«- Toirs d'un souverain, celui de punir, et celui de récompenser , il n'aima et ne sut remplir que le dernier. -?

On blâme aussi son excessif amour pour la chasse ; aucun plaisir ne doit occuper une trop grande place dans les jours d'un homme char^ des affaires d^un peuple.

• Le caractère d'un monarque se fait connaître par le choix de ses amis ; le vertueux saint Am~ broise devint celui de Gratien. Le commencement , du règne de ce prince fut souillé par une grande iViftistice. Maximin , ministre iredontable du vieux Yalentinien , gouvernait encore ; il trompa l'empereur par des rapports infidèles, prévint ses ordres par les conseils de Valens , et fit périr à Carthage I^illustre Théodose. Tout le monde romain -pleura ce héros , que les païens placèrent au rang des dieux. Gratien,, tirop tard éclairé, prouva son

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repentir, et expia depuis ce crime, en assodant sans crainte à l'empire le fils de ce même Théodose. Maximin ^ qui avait touIu temir et ensan*glanter le règne dn jeune empereur, comme celui ' de son père , fut jugé , condamne , et perdit la vie. Ce qui prouve la barbarie de ce temps , c'est que It plus doux des princes , le Titus de ce siècle , Gratien , parut mériter la reconnaissance du sénat romain , en ordonnant que désormais les sénateurs ne pourraient plus être soumis , dans aucun cas , k là torture.

Le principal ministre de Gratien était Gracchus , dernier descendant de la famille Sempronia; chrétien trop zélé, il fit des ennemis à l'empereur, en abattant beaucoup d'idoles; mais ilne persécuta point les idolâtres.

L'empereur protégea dans la Gaule les écoles, et les multiplia; mais son amour pour les lettres et pour les arts ne put empêcher la décadence du goût , et l'on vit dans les écrits et dans les discours l'a£Fectaiion et l'enàure remplacer l'élé*gante simplicité, comme l'architecture bizarre des Goths succédait à l'architecture pure et noble des Grecs.

Gratien , forcé dé combattre les Allemands , victoire <!<« marcha rapidement contre eux , secondé par l'ar- ^j^^^^iy"*^ deur du vaillant Mellobaude , roi des Francs , qui ■»*»** était à la fois son alliée et comte de ses domestiques. En Tain Naniénus, généi*al rotbain, conseillait de temporiser ; l'empereur ordonna la bataille. Priarius, roi des Allemands, ne se montrait pas moins impétueux. Les deux armées ^ éga^

384 HIôTOIRi;

lement pressëes de combattre 9 se joignirent datis la plaine de Colmar. Après une opiniâtre résis* tance , la tactique romaine l'emporta sur la râleur allemande ; les barbares furent enfonces y pour-* suivis , massacrés. Cinq mille seuls échappèrent â la mort.

Priarius évita par un trépas glorieux leressen*timent de ses peuples , toujours soumis a leurs rois vainqueurs I toujours inflexibleslpour euxlorsqu^ils étaient yaincus.

Après ce triomphe éclatant^ l'empereur se mit en marche pour secourir Yalens^ traversa le Rhin y rencontra sur sa route une autre arm^e d'Aile-* mands , les battit de poste en poste , et les conr traignit à lui demander la paix et à lui donner des otages*

Dans cette campagne, Gratien^ âgé de dixneuf ans, déploya les ti^lens d'un. général et l'intrépidité d'un soldat* Il exposait sa personne sans ménagement ; les gardes qui l'entouraient revins rent souvent de la mêlée avec leurs armes brisées , et couverts de nobles blessures.

Défaite T^tndis qu'il parcourait tant de pays en yaindo vaiens. queur, répandant sur l'empire d'Occident la gloire acquise par ses exploits ^ et qu'il s'attirait les éloges qu'autrefois les armées , le sénat et le peu« pie accordaient $iux empereurs tiiomph^ms. Va* lens , regardé comme l'auteur des mau:x , de la honte et de la ruine de l'empire d'Orient, était accueilli à Constantinople par des murmures qu'uii long usage de servitude ne pouvait contenir» On lui reprqchait les succès des Pers^^ ^^ perte de

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PArménie et Jes ravages des Isaures. Une femme ïspioîtt même dëfit ses armëes. Mayia , Romaine , enlevée MaT^r*"* dans son enfance par les Sarrasins , devint d^abord esclave , ensuite maîtresse y et peu de temps après femme d'un roi d'Ethiopie, Ob^din, prince de Pharan , qui signala son règne en battant les Bléminges.

Après la mort de son ëponx , Mavia Hérita de son trône, commanda elle-même les troupes , et déclara la guerre aux Romains. Cette nouvelle , Zénobie envahit la Palestine, la Phénicie, remporte une victoire sur le gouverneur de ces provinces, poursuit ses succès, et porte ses armes jusqu'aux frontières d'Egypte.

Le général qui commandait en chef les légions de l'Orient réunit toutes ses troupes , marche contre la reine ; et , pour punir le commandant de Phénicie , qui n'avait pu résister à une femme, il le dégrade , lui ordonne de le suivre, et de rester , sans combattre , témoin du combat. La fortune châtia cet orgueil : Mavia remplissant le devoir de général et de soldat, anima tellement ses Africains par son exemple, qu'ils enfoncèrent les Romains , et les poursuivirent si vivement, que leur perte entière semblait inévitable , quand tout-àcoup ce commandant de Phénicie , se vengeant noblement de l'afiFront qu'il avait reçu , s'élance au milieu des deux armées, suivi d'une troupe intrépide et fidèle, arrête les vainqueurs, rallie les vaincus, couvre la retraite , et sauve ainsi le général d'Orient.

Valens, effrayé des succès de la reine, lui de-

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manda la paix : Ma via l'accorda y en e^geant qa'on lai permit d'emmener dai]$ ses états un pieux solitaire , noiumé Moïse ^ qu'elle fit ëvèque. Moïse détruisit l'idolutrie dans Pharan, et, par .son in^ flaence, maintint dans l'alliance des Romains la reine Mavia , qui prit pour gendre un des gënëraox de Valens, le comte Viclor.

L'administration de Femperear d'Onent lui faisait encore plus d'ennemis que ses fautes en politique et que ses, revers. Tout homme faible est inconséquent; ilexisjLait un étrange contraste entre les principes qqe proclamait Valens et sa conduite; les cruautés auxquelles la crainte le porta étaient d'autant plus odieusesqu'elle&s'accordaient moins avec ces belles paroles qu'on citait de lui : <( C'est à la peste et aux autres fléaux de la nature » à détruire les hommes ^ et aux princes à les con- » server, )»

Proscrip. , Trois devius ayant prédit que le nom de son lion occa- gQccesseur commencerait par ces svUabes^ Théod»

stonnée par ^ r J ' '

uneprédie-un Secrétaire de l'empereur ^ qui s'appelait Théor dose, trompé par ce présage , conspira et périt avec ses complices. Alors la rigueur de Valens contre les devins et les sorciers redoubla. Pour perdre ceux qu'on haïssait , il suffisait de les accuser de magie. Héliodore, ancien vendeur de marée et impudent délateur, prit un funeste crédit sur* l'esprit de l'empereur, dont il corrigeait , dit-on, les lettres et les harangues. Cet infâme favori fit périr plus de patriciens qu'une invasion de barbares n'aurait pu en moissonner. Dénoncés par lui, les plus opulens succombèrent; les philosophes

DU BAS*EHPIRB. 387

ëtaient eoToyës an supplice comme sorciers; Maxime, Pancien ami de Julien^ fut la première de ceayietimes.

Tous les citoyens dont le nom commençait par les lettres Théod forent mis i mort, et, par un sort étrange, le seul qui échappa à cette persécution fut Tkéodose, qui remplaça Yalens sur le trône d'Orient*

An milieu de ces proscriptions, bn yit briller quelques antiques vertus; saint Bazyle protégea les opprimés , secourut les malheureux , et résista fermement aux lieùtenans de l'empereur* Comme Pub d'eux le menaçait , il lui répondit : « Que % puis- je craindre? La perte de m^s biens? Je ne » possède que mes véjtemens et quelques livres. » En touIez-^TOBS à ma ?ie? Je n'estime que la vie » éternelle,M'annoncez-vousPexil?Mapatrie est » pàr«-tout où Dieu est adoré. y> — « Mais, dit le » gouverneur, personne ne m'a jamais bravé » ainsi I » — « C'est sans doute , reprit Bazyle , » parce que, jusqu'à présent, vous n'aves pas » rencontré d'évêques, »

La haine que la tyrannie de Valence inspirait anxhabitansd'Antioche était si forte, que presque toasPexprimaient par cette imprécation : « Poisse ^ Valens être brûlé vif ! » '

L'empereur, détesté en Syrie , méprisé à Cens- Marche tanti^ople, blessé des reproches éludes àiarcasmes ^l^.te'Zs, du peuple , et jaloux de la gloire dé Gratien , sortit barbares. de sa timidité habituelle ; et, comme c'est le propre de la faiblesse , il passa subitement de Pexeés de la circonspection à celui de la témérité. Informé

988 HISTOHUB

d^un succès remporte par Sébastien , maître gênerai de rinfanterie^ contre un corps de Golhs qu'il avait surpris et taillé en pièces ^ il youlat présomptueusement ^ sans attendre Gratien 5 atta^ quer la redoutable armée des barbares.

Vainement Victor^ Trajan y et tons les généraux expérimentés, voulaient le détourner de ce dessein, enlni représentant que la défaite de l'ennend 'était certaine j si l'on, attendait les légions victorieuses de. l' Occident j et qu'en vouant au contraire vaincre seul, il compromettait l'armée et l'empire* Les courtisans , flattant la >yanîté du prince, lui persuadèrent qu'il ne fallait point partager la gloire de ce triomphe avec un collègue , et l'orgueil l'emporta sur la prudence* . yalence,àla tètede son armée, yint camper sous Andrinople , près des barbares. Fritigeme ^ pour se donner le temps de réuiiir ses forces, envoie au camp romain un prêtre chrétien,, chargé d'exposer à l'empereur les griefs des Groths , et de luiof- .frir la paix.

Les généraux conseillent encore de négocier; dans ce moment Ricomer arrive et annonce l'approche des légions triomphantes de l'Occident. Yalens, aveuglé par la jalousie, semble. moins craindre la possibilité d'une défaite que le partage d'un triomphe.

Victoire Le 9 août 378, il fait prendre les armes, sort

des Goths . . i*/«*.

leiRÔ-^^ camp, et marche si. précipitamment avec sa

sur

mains. cavalcrie , qu'elle se trouve en face de l'ennemi ayant que l'infanterie ait pu la joindre. Les soldats, fatigués par l'excès de la. chaleur et par une mar-

DU BAS-EMFIRE. 289

çhe rapide, se forment lentement. Au moment où le signal du combat est donne , Fritigerne , feignant la crainte , trompe Valens par des offres de soumission, gagne quelques heures, et achève, par ce retard, d'épuiser les forces des Romains, exposés aux tourmens de la faim et aux ardeurs d'un soleil brûlant. Enfin, à l'instant où le comte de» domestiques s^^avançait vers le camp ennemi pour conclure le traité, Fritigerne, voyant descendre fi^s montagnes les escadrons de Saphrax et d'Alathée , ses alUés , dont il attendait impatiemment Ji'arri vée , cesse de feindre , et commence Fattaque. ta cavalerie romaine, surprise, est chargée de front et en flancs; elle prend la fuite. L'infanterie, privée de son appui , se voit resserrée sur un terrain étroit où toute manœuvre devient impossible. Sa mas3e résiste quelque temps au grand nombre de barbares qui Tentourent ; mais enfin elle est entamée , écrasée , et les Goths en font un carnage ' affreux. '

Valens , blessé , voyant tomber à ses pieds toute moh sa garde, court rejoindre deux légions qui corn- *^*^'*^'"* battaient encore intrépidement et se retiraient en ordre ; mais une nuée innombrable d'^ennemis les enveloppe bientôt : lés généraux Victor et Trajan, ayant rallié quelques cohortes d'élite, s'écrient : « Si nous ne saiuvonsl'erapereur, tout' est perdu! n Ils s'élancent au milieu des barbares , renversent tout ce qui s'oppose à leur passage, maïs arrivent trop tard pour secourir les deux braves légions^^ue i

venait d'accabler toute l'armée ennemie. Ils ne ' trouvèrent sur le chatnpde bataille! qu'un mon- TOME vu. 37

390 HisTonufi

ceau de cadarred sanglans, parmi lesquels on ne put dëcouyrîr celui de l'empereur.

Quelque temps après , on raconta que ce prince^ transporté par des paysans dans une cabane , s'y était vu de nouveau attaqué par des barbares , qui j las de son opiniâtre résistance , mirent le fea à la chaumière. Un jeune Romain, qui s'échappa seul de ce désastre, apprit aux Goths que l'empereur venait de périr dans les flammes , accomplissant ainsi le vœu funeste des habitans d'Antioche. La victoire des Goths fut complète, et l'on compara la défaite d' Andrinople à celle de Cannes. Les Romains perdirent deux maîtres généraux, deu;x grands officiers et trente-cinq tribuns. Le général Sébastien , qui avait conseillé le combat, paya cette imprudence de sa vie. Quarante mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Yictor et Ricomer sauvèrent par leur courage un tiers de l'armée vaincue.

Libanius, l'ancien ami de Julien, l'appui des philosophes qu'on persécutait , le soutien du polythéisme qu'on détruisait, ne démentit point son caractère dans ce grand désastre. Pour relever l'honneur de sa patrie vaincue , il célébra dans un discoui*s éloquent la mémoire des quarante mille Romains tombés dans cette fatale journée, et fit le panég3rrique de l'empereur , qui , par une mort courageuse , venait en quelque sorte de réparer h honte de sa vie.

siég«d'An- 3Les Goths , vainqueuTS, croient, après avoir ^°^|2J^ anéaùti l'armée, renverser facilement l'empire; ils forment le siège d'Andrinople : de lâches trans-

BU BAS*-EMPIR]S. a$l ^

îuges leur promettent de leur livrer la Tille , et sY introduisent. Leur trahison est d^^uverte et punie. Fritigeme cherche en vain à dëtoorner ses guerriers du dessein de prendre d'assaut une ville forte. Les barbares méprisent ses conseils, ils s'élancent avec impétuosité sur les murailles ; le courage des habitans les repousse : une pierre énorme , lancée du haut des remparta, ^écrase un grand nombre de Goths. Us sont frappés d^épou* vante, leurs chefs les ramènent au combat*

Le désir de délivrer leurs femmes et leurs en* faasi retenus en otages, et l'espoir de piller les trésors de Yalens, enflainment leur ardeur : on recommence l'assaut avec fureur; miais après de longs, d'inutiles et de sanglans vefforts , renversés, écrasés, ils s'éloignent, et se repentent tar- ' divement de n'avoir point écouté les avis du sage Fritigerne.

Ce général marche à leur tête sur Constanti- D^▼®»•• nople, espérant que la surprise et la terreur lui minica , en ouvriront les portes ; il dévaJste les environs de y^uL. * la ville, où régnait cette consternation, présage ordinaire de la chute des états. Une femzne sauva l'empire. Dominica, veuve dç Valens, au milieu de F(d»attement univcarsel, montre seule un courage romain : elle arme les habitans^ les rassure, et leur prodigue sea trésor». Son exemple réveille les braves et'fait rougir les lâches. Un corps àuxi-* liaire de Sarrasins se trouvait alors à Constantinople ; Dominica les fait sortir de la ville ; leur nombreuse et vaiUante cavalerie charge les Gotha et les étonne par l'impétuosité de son attaque.

Ces Sivoees Sarrasins poussaient des cfris lugubres :4fedaignant les armes qui frappent de loin , ils ne se présentaient au combat armés que d'un poignard ; altérés de sang, ils buvaient celui de leurs ennemis terrassés. Cette troupe furieuse répandit l'épouvante dans l'armée de Fri* tigerne.

TeBsMnce L^s Goths prirent la fuite , et portèrent toutes

Àa comte ^

Jules. leurs forces en lUyrie; les Romains se vengèrent

par un crime atroce de la défaite d'AndrinopIe :

le comte Jules, gouverneur d'Asie , fit massacrer

tous les enfans que les Yisigoths avaient donnés en

otages, dans le temps du traité conclu avec Ya-

r lens. Cet acte d'une lâche férocité accrut la fiirear

des barbares et les malheurs de l'empire. '

Bavagesdes Les Ssrmates^ les Quades, les Marcomans , les

barbare», ^jjy^^^ j^^ Alaîus, réuuis aux Goths par la même

haine contre Rome, par la même soif du sang, •par le même amour du pillage , ravagèrent , dépeuplèrent , dévastèrent la Thrace , la Macédoine, la Dacie , la Mœsie et une partie de la Pannonie ; on brûlait les bois, on démolissait les maisons, on changeait les églises en écuries ; on déterrait les martyrs , on chargeait les citoyens de chaînes, on outrageait les femmes , on immolait les prêtres* Le comte Maurus défendit faiblement le pas de Suqùes , dans les Alpes Juliennes.

« L'imprudence des Romainis m'étonne, disait

» Fritigerne ; ils se prétendent maîtres de ces vas-

» tes contrées qu'ils ne savent pas défendre : ils

i> les habitent , mais ne les possèdent pas plus que

D les troupeaux qiii y paissent. » '

DU BAS-E1«PIRE. SgS

Xi'or seul arrêtait quelquefois les barbares ; les églises rachetèrent beaucoup de captifs fltoint Ambroise Tendit , -pout leur délivrance ^ les orneiHens et les yases sacres de sa cathédrale.

C^piemiant Gratien , informé par le comte Vie- Arriré« tor de la défaite et de lamortdeValens. accourt fVl"."r

' a Constan*

avec des tifoupes d^élite , et , à travers mille obs- imopie. tacles 9 arrive à Constantinople que sa. présence rassure. Les grands malheurs font sentir le besoin R*ppei <iu des grande talens : l'empereur rappela près de lui Théodore, le jeune duc Thécfdose , qui , depuis la mort de son père, s^était retiré dans PEspagne sa patrie. ' Théodose avait reçn le jour dans les lieux où naquit Trajan; la flatterie le faisait descendre de ce grand prince , auquel ses exploits le firent comparer avec justice. Ce jeune guerrier , vaillant et modeste^ puissant et soumis. aux lois, riche et labo-<rieux, sévère et généreux, avait été élevé pour une grande foitune à l'école du malheur; dans le temps même oùlaproscriptionleprivaitd'autorité^ il secourait par de sages conseils %!à^ amis malheureux et sa province oppiimée, que bientôt, re* vêtu du pouVoir suprême , il était destiné à protéger.

Un heureux choix lui avait donné pour femme FlacdUa, digne de lui par sa naissance et par ses vertus. Il ne connut jamais d'autre amour ; Ho ^ norius et Arcadius , ses fils, partagèrent seuls avec elle ses affections. Rappelé par 1^ empereur , il quitta sa retraite avec peine , regrettant son repos, et ne prévoyant pas son élévation ^.

* An de Jësus-Christ 378*

294c * HlSTOmE

s«< Gratien lui confia les débris de l'armée de Va* •xpioito. j^jj^^ Théodose ne tarda pas à jastifier ce choix: réunissant les troupes vaincues y il les rassure ^ ré«veille leur courage y resserre les liens de lear dis« cipline^ les exerce | distribue avec discemement et justice les peines et leà récompenses ^ fait oublier les revers y prédit les succès ^ trompe Pin^ nemi par de £aux avis^ marche avec célérité^ surprend près du Danube l'armée des Gotha ^ les attaque y les enfonce ^ les met en fuite ^ les poursuit et en fait un si grand carnage que pea d'entre eux purent repasser le fleuve.

Après ce triomphe ^ il distribue ses troupes dans tous les postes fortifiés de la frontière , et porte lui-même à l'empereur la nouvelle de sa victoire* £lle avait été si complète y si prompte^ si impré* vue 9 que Tenvie 1% traita de fable. Gratien lui-« même ne voulut y croire qu'après le retour de quelques officiers qu'il envoya sur les lieux pour s'en assurer. On était arrivé à ce point de déca* dence^ qu'aux yeux des Romains un héros semblait un phénomène 9 et la victoire un prodige. Son Les alarmes de Constantinople Paient dissipées, ITemlrr ^®* Goths rcpoussés , la réputation de l'armée rétablie; cepend|int l'empire se voyait encore de toutes parts menacé. De nombreuses hordes de barbares se prëparai^it à franchir le Danube; les Allemands > le Rhin; les Perses, l'Euphrate et le Tigre. L'univers, si long-temps vai^cu , semblait .vouloir y après avoir brisé le joug de Rome , la charger des même fers dont elle l'avait accablé depuis tant de siècles : au milieu de ces périls,

DU BAS-EUFlRE. SgS

Gratien y &gé de vingt ans y ne se voyait , pour supporter le poids de l'empire ^ d'autre appui ^ d'autre collègue que son frère Yalentinien ^ à peine sorti du berceau* Sans écouter ni les flatteries de ses courtisans, ni les illusions de sa vanité , ni là jalousie que le génie inspire trop souvent au pouvoir , il fut assez sage et assez grand pour préférer l'intérêt publie au sien ; dans l'espoir de rendre son trône plus-ferme , il y fit asseoir à ses côtés le vainqueur des GothS) et nomma Théodose empereur.

Tout l'empire eonsulté Faurait choisipour chef. A trente^trois ans^^cet heureux guerrier joignait l'activité de la jeunesse à la prudence de l'âge mûr. Plus Théodose se montrait digne de régner, plus il était loin d'y prétendre. Héritier de la gloire dt son père , il croyait hériter aussi de ses malheurs : né sons de cruels tyrans , une longue con-naissance des intrigues de la cour lui faisait croii'e que ses exploits ne seraient payés que par le sup* pUce ou par l'exil. Mandé au palais, il attendait la mort , lorsque l'empereur lui offrit la couronne.

Loin d'être ébloui par son éclat , il n'en vit que le poids, la refusa; et ce qui fyt peu|-ètre plus honorable pour lui que ce refus , c'est que tout le monde ^ même la cour , crut à sa sincérité. Gratien insiste, ordonne ; le dernier acte de soumission de Théodose fut son acceptation , et , par obéissance, il régna. Les Romains applaudirent universellement à son élévation, qui , réveillant de glorieux souvenirs, leur rappelait Trajan élu par Nerva. /

Théodose eut en partage les provinces d'Orient^

on y ajouta la Dacie , la Mœsie j toute la Grice et les. îles de l'Archipel. Attirés par sa gloire , Ricomer et Majorien s'attachèrent à lui, quoique jusque-là ils eussent toujours commandé les légiom de l'Occident,

Le nouvel empereur , à peine assis sur le trône^ déploya dans l'administration le même caractère et la même activité qui , dans les camps y ayaieot fondé sa réputation et assuré ses succès.

Après avoir affermi le sceptre d'Orient , il redressa les balances de la justice^ éloigna les delàteurs , écarta de la cour la faveur sans talens ,et y rappela le mérite disgracié ou dédaignée.

s«t Pour réparer les pertes des légions y il arma les

Ttetoiref. paysaus de la Thrace , enrôla les ouvriers des mines , marcha de nouveau contre les Goths, les Huns et les Alains, remporta sur eux plusieurs victoires, et contraignit Fritigerne à se retirer. Prcaiert Dans cettc Campagne, on vit naitrela reuoipmée 4'Aiaric. d'un jeune barbare, qui devait un jour s'immor* taliser par la prise de Rome. Alaric commença ses premiers exploits sous les ordres de Fritigerne: avec une troupe de cavaliers avides de dangers et de renom, il surprit un jour et enveloppa Théodose , qui , dans cette action , ne dut son ssjut qu'à des prodiges de valeui:. Ailleurs ce prince avait combattu pour défendre l'empire, là il combattil pour sauver sa vie.

Ce fut dans le même temps qu'un autre barbare, destiné à jouer un grand rôle dans l'empire, Stili^ con , se ^t connaître par un courage ardent, uni a une rare prudence.

Un guerrier de la même nation , qui servait dans, Farmée romaine y contribua brillamment au trio m-, phe de Théodose : ce Goth se nommait Modacre^, il était cln^étien et ami du célèbre Grégoire de. Naziànce^ à la tète d'un corps nombreux, pénétrant hardiment dans les quartiers des barbares , il surprit une de leurs divisions , et la détruisit près* que entièrement.

Gratien , après quelques mois de séjour à Sir-r vicioîrt» rnium, où il. s'occupait à seconder les efforts de «t de Théos|pn collègue, marcha en Pannonie et défit en plu- ^**»«' sieurs rencontres les Quades et leurs alliés. Il re-> vint ensuite à Milan, et, se laissant diriger p^r les conseils de saint Ambroise, il déjoua les intrigues de l'impératrice Justine, mère de Valentinien II, protectrice de l'aria^isme, et assura en Italie le triomphe complet des oi*thodoxes contre les hé* ifétiques.

Une nouvelle invasion des Allemands le rappela dan& les. Gaules, et l'obligea de passer l'hiver à Trêves. Dans ce temps, les contrées septentrionales, de l'Europe, quoique incultes et couvertes de forêts , inondaient sans cesse l'Occident d'ane foule. de peuples armés qu'on parvenait quelquefois ^ T£|incre , jamai-s à subjuguer. Après les plus sanglantes défaites, ils reparaissaient plus ardens, plus nombrepx , et leur sang, versé semblait féconder i^ette terre sauvage qui enfantait chaque JQur de. nouvelles années.

Les Goths , battus tant de fois , reprirent les armes, et entrèrent en Pannonie sous les ordres de l'iafatigable Fritigeme. Gratieu et Théodos^ TOME vu, 38

a^B • msToiRB

unirent leurs forces pour les combattre, et ^ après les avoir vaincus , concertèrent ensemble à Sir- Hiium les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité des deux empires, wcificaiion Théodose dut à ses grandes qualités an trions lux. *" ***' pbc pîus flatteur que celui qui n'est obtenu que par les armes, il conquit l'estime des barbares, les força au respect , et leur inspira une confiance que jusqu'alors la mauvaise foi clés Romainsavait ton* jours éloignée. On vit même l'inflexible Athanaric, abjurant son antique haine, venir à CSonstantino» pie demander un asyle contre les rigueurs de Fritîgeme. Théodose l'accueillit honorabletnenty le logea dans son palais, et jouit de Fadmiration qi)4 ee barbare , né dans les forêts et nourri dans les camps , éprouvait à la vue fies monumens- ée la grandeur romaine, des chefft^l'œuvre de lacivilî* sation et des prodiges des arts réunis dans la cayi^ tâle de l'Orient.

Gacrre dé- Ce princc, après avoir pacifié le monde , vainca païens, ttuc partie des barbares , et , par une poKtique dont on sentit plus tard le danger, établi de nombreuses colonies de Goths en Thrace , et incorporé dani les légions quarante mille de leurs guerriers ^ dé^ clara une guerre opiniâtre aux idolâtres et aux hét*étiques.

Il mérita par son zélé outré tes éloges des pré* très et les reproches des philosophes. L'histoire ^ en respectant la piété , ne peut louer des actes d'intolérance. La plus injuste persécution est celle qui veut se placer entre le ciel et la terre , comprimer la pensée et tyranniser les consciences.

Gratîen ^ entraîné par l^xemple de Thëodose y ^«Boiiiioii et excité par le sèle ar^imt d^e aamt Aiobroîse ^ at- de i» vL taqua l'ancien culte daas son Aanciaaire ^ et ^ cea- ^""^ ^ ^"^ BBXkt de monirer k Rome les iménagemeM que ses prëdéeesseuxB avaient cru dievoîr garder {KMir de si antiiyitti coutumes ei pour des prëjngéB associés i tant ê» gloire j il ordolma la démolition de Tautel

de la Victoire.

Syinmaque^ au nom d'une partie du sénat ^ défendit cette divinité si chère aux Roinains j et j après avoir cité Texemple de Ck>nstantin et de Jovien q^ Avatent épàr^ ce monument^ supposant , par une figiire hardie , que Rome entière se lève et adresse ses plaintes a l'empereur , il la fait parier en ces termes : a Prince généreux , père de s la patrie y respectes ma vieillesse, respectez mes s principes ; je leur dus ma grandeur et ma liber- » té $ ides dieux y dont vous brisez les autels , ont » armé nos bras y inspiré nos courages, précipité » les Gaulois du Gapitole y vaincu Aunibal, ter- » rassé Carthage y dompté la Gauie 9 subjugué la » Grèce y conquis l'Asie y soumis l'uBivers : n'ai- » je vécu si long-temps que pour me voir mépri- » sée ? Ah I si vous voulez que j'adore une autre di- » viosté , Jaiss^Mnoi le temps de connaître ce non-* » veaitt coke ^'on nous apporte de la Palestine ; » songez qu'après tant de aiècles^^ vouloir changer » ma reli^on y violer mes coabimes et ré£prmier » m^s mœinrs, sons prétexte de m'éclairer ^ c'est n traiter mon grand ige sans i^atd et sans i^néa ration* »

Be longs souvenirs donnaient un grand poids à

'50O HISTOIHE

ces paroles. Gratien hésitait : « Prince ,' luî dit » Ambruîse, de vaines considérations politiques » el los ârgamens d'une superstition opiniâtre ne )> sauraient justifier volre'dësohëissance au maître » du ciel et de la terre^ et d'ailleurs à quel titre » les idolâtres peuvent-ils exiger qu'on respecte » leurs privilèges , eux qui n'ont jamais, lorsqu'ils l> étaient puissans, respecté la vie-des chrétien;», n Une décision prise par vous en faveur des idoles » serait un acte d'apostasie. D'ailleurs la majorité

- » du sénat est chrétienne , et c'est la persécuter )i que de la contraindre à délibérer en présence » d'une folle divinité , entourée de la fumée des 1» sacrifices. Craignez de prendre un tel parti sans

' )> consulter la prudence de Théodose, et, puis-

• » qu'il faut vous dire la vérité tout entière , ap- » prenez que si Ton vous arrache ce décret impie, » les évêques abandonneront l'église ou vous en » défendront l'entrée. »

Gratien céda aux menaces du prélat; Rome vit renverser l'autel de la Victoire, pp^irtioa Au mépris des anciens usages, suivis jusque-là «uiuiame^ P*^ *^^* ^^* empereurs, Gratien refusa la robe de grand-pontife qu'on lui apporta : c'était la première fois qu^on séparait ainsi l'empire du sacerdoce , dont l'union avait ps^ru si importante pour la tran^ quillité publique; Le prêtre auquel on rendit ce vêtement sacré s'écria, dit-on : « Si Gratien ne vent

♦ » plus être grand-pontife, Maxime le sera bientôt.»

L'événement ne tarda pas à vérifier cette prédiction ; la violence que Gratien faisait aux pré-» jvigés des païens , aux inœurs de Bomç j aux opi-t

DU'BAS-EHPIRE. 5oi

nions des ariens, le rendit odieax à une nom* breuse partie de ses sujets , et prépara sa ruine.

Ce prince , qu^on avait vu , au commencement de «son règne, actif, laborieux , attaché constamment à remplir les devoirs du trône, se livrait , depuis quelque temps , avec une inconcevable passion f au plaisir de la chasse, consumait ses jours dans les forêts, et laissait le soin des affaires à des prêtres et à des favoris , qui , abusant de son nom pour servir leurs intérêts privés et l'esprit de secte ou de parti, effacèrent dans le cœur des Romains le souvenir des e^cploits guerriers et des douces ver*tus qui avaient mérité à l'empereur un si juste tribut de respect et d'affection*

Enfin ce prince, naturellement belliqueux, témoignant trop son estime pour le courage des barbares, et son mépris pour la mollesse des Romains énervés , acheva d'aigrir les esprits en prenant le costume des Âlains, et en leur accordant de hautes dignités dans ss^ cour et d'impolitiques préférences.

Clémens JUaximus commandait alors les lé- ^""

porti'aiU

gions de la Bretagne ; cet homme , né dans une • condition obscure, cachait son invincible penchant pour l'idolâtrie sous un yoile hypocrite qui ne trompa ni saint Martin ni saint Ambroise. Son . esprit était yaste , son ambition sans bornes ; ses principes se pliaient au gré de ses intérêts; son caractère changeait suivant les circonstances j il se portait, à la cruauté ou inclinait vers la douceur , selon que Tune ou l'autre devenait favorable à ses dessein : parvenu au plus haut grade par ses ixt^

Ses HISTOIRE

trignes plus que par son courage j il avait yu arree jalousie l'élëratîoa deThëodose, son compatriote, et courrait sa haine Mas l'apparence du dëvoue* meut. Il Yonlait même faire croire qu'il était xini a cet empereur par les liess* du «ang.

Son Maxime, iostruit du méoOMteiitement'que la ^'^^*' conduite de Gratien et sa partialité pour les barbares excit^aient dans l'armée, aigrit habilement le ressentiment des légi<ms, promit de redresser leurs grie£s , se fit proclamer Auguste , et conduisit rapidement ses troupes dffiAs la Gaule, dont il se concilia tons les aufirages, en faisant croire aux Cran* lois qu'il agmatt de concert avec Théodose.

Dès que Gratien apprit cette nouyelie, il réunit promptement son armée et «KM^cba contre celle de Maxime , «qu'il rencoiltra près ^de Paris. ïAellobaude-, consul, etleoomte Valtion commandaient sous ses iordx^s»

.L'«mperenr, daiis ses premiières campi^iies, avait dà ses vid^kes à la rapidité de ses opéra* tions; il commit alors la faute de rester campé cinq jours en présence de Tennemi sans le combattis* Sott trésor était épuisé par ses libéralités; Maxime avait rempli le sien par son avarice. Prodiguant «lors ses richesses amassées , il corrompit les troupes de F«mpereur; la cavalerie africaine donna l'«x«mp]e 'de la défection; les autres corps le sai virent «t se rangèrent sous les drapeaux du rebdle.

'Gratien , obligé <de fuir , ne se vit bientôt acc<»&pa)gnl que de trois cents cavaliers , qui , peu de jours après y l'abandonnèrent.

DU 8A3 -EMPIRE. 3o5

Dès qu'on le sut trahi par la fortuqe y toutes les nort Tilles lui fermèrent leurs portes. La crainte regarde le malheur comme contagieux. Ne trouvant nulle part de secours ni d'abri, il périt bientôt victime de la cruauté de son ennemi et de la lâche * ingratitude d'un peuple qu'il avait y pendant quel* ques anaëesy couvert de gloire et comblé de bien«faits.

On raconte diversement sa mort ; le récit qui parait le plus vraisemblable est celui de saint Âm* broise, digne de foi par l'austérité de son caractère et par son amitié pour l'empereur. Il dit que ce prince 9 errant dans les environs de Lyon , fut reconnu par un homme dont il avait autrefois fait la fortune, et qui lui offrit un asy le dans sa maison et un festin au milieu de sa famille. Gratien^ après quelques momens d'hésitation, rassuré par un serment que le perfide prête sur l'Ëvangile ^ se laisse conduire dans la ville , entre chez son hôte, y est reçu avec honneur,, se volt forcé de reprendre les habits impériaux, et, victime ainsi parée, tombe percé de coups, en invoquant, dana ses derniers momens , le nom et les secours d'Ambroisé.

Saint Jér^ne dit que de son temps on voyait encore avec horreur, dans la ville de Lyon , sur lea murailles de cette maison funeste , les traces^ da sang de ce prince infortuné. Son r^ne avait duré hait ans, et sa vie vingt-cinq. Après la mort de Ckmstaneie, il s'était remarié à Lœtay dont Théo* dose protégea Pinfortone et adoucit les douleurst

So4 HlStOtAfi

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