CHAPITRE HUITIÈME
Ambassade de Maxime à Th^odose. •«- î^rëdilection de Thëodose pour le christianisme. — Son sage gouvernement. — > Vertus de l'impératrice Flaccilla. — Querelles religieuses. -^ Installation et retraite de saint Gn^goire de Naziance. ~~ Rigueurs de TbëcH dose. — Prédilection de Pimpëratrice Justine pour Paria"* nisme. — Installation de saint Ambroise.—Marche de Max.ime contre Valentlnien. — Victoire de Thifodose sur Maxime. ^ — Mort de Maxime. — Entrée triomphale de Tbéodose dans Rome. •— Discussion entre le sënat et Théodose. »- Révolte à Antiocbe. -* Consternation et repentir dans cette ville. -» Témérité de Termite Macédone. •^— Clémence de Tbéodose. — - Révolte à Tbessalonique. — Rigueur de Thébdose. — Son re*pentir et sa pénitence. ^~- Mort de Pimpératrice Justine.— «^ Usurpation d' Arbogaste. —-Mort de A^'alentinien.— - Eugène est nommé Auguste. — Guerre entre Tbéodose et Arbogaste. -— Bataille entre les deux armées. — Victoire de Théodose. — Mort d^Ëugène et d* Arbogaste. — Arcadius et Honorius sont nommés Augustes. — Mort de Tbéodose*
En OCCIDENT, VALENTINIEN H, MAXIME, EUGÈNE ; EN ORIENT , THÉODOSE (385) j ENFIN THÉODOSE SEUL. (592.)
Ambassade Maxime , proclamë par l'armée de Gratien, et de Maxime maître, sans obstacle, de la Gaule , de la Bretagne et de l'Espagne , craignait Théodose et méprisait la jeunesse de Valentinien H. Il envoya une am-^ bassade à l'empereur d'Orient, et, dans le dessein de justifier son élévation qu'il lui demandait d'approuver, il lui représentait que toutes les légions,, indignées de se voir livrées par Gratien st l'ambition des officiers barbares, avaient déposé ce
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prince y et qu'il s'ëtait trouvé contraint par elles j
de se revêtir de la pourpre. I
Théodore, dissimulant son courroux et ses I
projets, fit aux aiûbassadeurs une réponse vague y { et les renvoya chargés de présens.
Peu de temps auparavant. Théodose, attaqué *'''***-
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d'une maladie grave, s'était fait baptiser. Un édit Théodese I
solennel qu'il publia prouva bientôt son zèle trop l^Ji^ ardent pour son culte. Par cet acte, il ordonnait à ***"*• tous ses sujets, comme si la foi pouvait se com^mander, d'embrasser la religion enseignée par saint Pierre, professée par le pape Damase et pajr le patriarche d'Alexandrie. Il voulait qu'on reconnût, un seul Dieu en trois personnes, donnait le titre de catholiques à ceux qui se conformaient à cette loi, et flétrissait les autres du nom d'insensés et d'hérétiques, privait leurs assemblées des privi* lèges accordés aux églises, les accusait de sacri-lège, et les menaçait, s'ils persistaient dans leur erreur , de la vengeance divine et de la sienne.
Par un autre décret, il suspendit toute procé- ««nsag» dure criminelle pendant le carême, et, pour ho- ment. uorer la fête de Pâques, fit grâce à tous les cri* minels, hors aux adultères, aux homicides, aux magiciens , aux faux monnayeurs et aux conspi^ rateurs. Cette amnistie, annulée, comme tant d'autres, par un si grand nombre d'exceptio^is , excita cependant la reconnaissance publique. Tout adoucissement, après une odieuse tyrannie, est reçu comme un bienfait.
Théodose , naturellement juste lorsqu'il ne se laissait point entraîner par la colère ou égarer par TOME vir. , 39
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le fanatisme, mérita, par plusieurs actes de son règne ^ l'affection de ses peuples et les éloges delà postérité.
Ennemi des proscriptions, il parlait avec autant de haine que de mépris de Marins, de Sylla , et des cruels triumvirs : il publia une loi sévère contre les délateurs , prescrivit aux geôliers la douceur et l'humanité, ordonna aux juges, sous peine de fortes amendes^ de visiter fréquemment les prisons, de recevoir les plaintes des prisonniers, et de garder des notes exactes sur les causes de leur détention.
Attentif à tout ce qui pouvait intéresser Pordre, la tranquillité et la sûreté publiques , il maintint et releva les municipes, répara les anciens édifices, en fit construire de nouveaux^ rendit pendant quinze ans les entrepreneurs responsables de la solidité de ces bâtimens, et défendit d'enterrer les morts dans l'enceinte des villes.
Trop éclairé pour ne pas sentir que le luxe et la corruption des mœurs étaient les principales causes de la décadence de l'empire, il publia des lois* somptuaires que son pouvoir ne put faire exécuter, et nota vainement d'infamie toute veuve qui se remarierait avant une année de deuil révolue.
L'empereur pouvait, par son exemple, par se»
grandes actions , par le respect qu'il inspirait , ralentir la chute de l'empire romain , mais non l'empêcher. La libei^té perdue, l'habitude d'obéir au glaive, les grands sentimens éteints, les grands souvenirs effacés, le titre de citoyen prodigué,
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a^ili, le nom de patrie oublie, le mélange honteux des Goths, des Francs et des Romains dans tous les emplois cirils et militaires, le dëgoût des travaux, l'amour des richesses et des plaisirs, tels étaient les maux incurables qui minaient le colosse romain : un grand homme pouvait les pallier, mais non les guérir.
Théodose, le dernier des empereurs qui tint d'une main ferme les rênes de l'état, fit non ce qui était désirable , mais ce qui était possible. Il releva les armes romaines , rétablit momentanément la discipline , effraya les vices , réprima les crimes par la justice de son administration, et rendit quelques années de repos aux peuples si long-temps opprimés par de faibles tyrans et par leurs vils favoris»
L'impératrice Flaccilla, fille d'un consul nommé v«rta8 de Antoine, secondait Théodose dans ses nobles tra-^^,|^^^][^. vaujc; on la regardait comme un modèle de piété, c^** de modestie, de tendresse, de chasteté, et jamais on ne citait d'elle que des actes de bienfaisance et de générosité* Attentive à calmer son époux naturellement prompt à s'irriter, elle lui répétait souvent ces paroles : « Rappelez-vous toujours ce » que vous êtes, et n'oubliez jamais ce que vous » avez été. »
L'empereur parvint plus difficilement à faire Q»«'«"«*
* * ^^ religicues.
cesser les troubles religieux qu'à repousser les barbares. Dans ce temps, ce n'était plus le partage des terres, l'égalité politique, l'élection d'un consul, d'un tribun, ou même celle d'un empereur, qui réveillait les citoyens de leur indolence j ils
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souffraient toute tyrannie, et ne reprenaient leur fureur et leurs armesque pour le choix d'un é vèque ou pour l'interprétation d'une formule inintelli^ gibie.
Les Orientaux sur«tout se livraient ayec passion aux disputes religieuses; à Gonstantinople elles étaient devenues les seuls objets d'iutërèt public et privé y et, parmi toutes les classes, comme le remarquait un voyageur du temps, on ne s'occupait que de controverses» « Priez*vous un mar- » chand, disait**il, de vous changer une pièce » d'argent, il vous dira quelle différence e»ste » entre le père et le fils. Questionnes un boulan- » ger sur le prix du pain, ii vous prouvera que le » fils est inférieur au père. Demandez au baigneur » si le bain est prêt, il vous dira que le fils a été )> tiré dû néant; »
Installation Toutes CCS querelles d'opinions n'eussent été *urîrnt* V^^ ridicuTes, si l'esprit de parti ne les avait son- Grcgoiirde ^gp^ changées en combats sandans. L'autorité du
Naziance. ^ " ^ " .
prince semblait encore , en s'en mêlant , acoroîtxe leur animosité; et lorsque Théodose, décidé à ter^ rasser l'arianisme, rétablit saint Grégoire de Naziance sur le siège patriarcal, si nous en croyons cet é vèque, Constaîitinople , le jour de son installation, présentait le spectacle d'une ville prise d'assaut par les barbares , tant fut opiniâtre là résistance des ariens, qui s'opposaient à son retour. Ce vertueux évèque , fatigué de ees dissensions , chargé d'honneurs et d'années, révéré par la vertu , persécuté par l'envi*, vint, peu de temps après, trouver Théodose, et lui adressa ^ au milieu de sa
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brillante coar , ce langagenoble et modeste, digne d'un apôtre de PÉyangile : « Prince , vous aimez » à donner, je tous demande une grâce : ce n'est j» pas de l'or pour moi , ni des ornemens pour mon )> église, ni des gouTememens pour mes amis; )> tous ces biens n'ont point dé prix à mes yeux; » je les abandonne à ceux qui les estiment; mon )> ambition s'élève plus haut que la terre : accor* ;i dez-moi la permission de céder à la haine qui » me poursuit. Je respecte le trône épiscopal , » mais je ne veux le yoir que de loin; je suis las 1» de déplaire aux hommes ep cherchant à plaire » à Dieu : puissiez-^vous rétablir la concorde entre » les évèques! Dieu yeuille qu'ils terminent leurs » querelles en écoutant votre voix, s'ils ne veulent » pas attendre celle de la justice. Je désire que, » vainqueur des barbares, vous le soyez aussi de » ceux qui troublent et ensanglantent l'église; j» mais vous voyez mes cheveux blancs; j^aicon- 9 sumé, pour servir le Seigneur, les forces qu'il » m^avait données; je succombe sous le fardeau » dont vous m'avez chargé malgré moi , et la seule » faveur que je vous demande, c'est de me laisser » terminer mes jours en liberté. »
Théodose lui permit de se retirer; mais, irrité Rigueur de l'opiniâtreté des sectes , il n'écouta que son res- dQsc sentiment, et donna par une loi despotique un funeste exemple à ses successeurs. U défendit les sacrifices , priva les hérétiques et les apostats du droit de tester, publia un décret qui menaçait de mort les manichéens, fit poser à deux pieds de terre, dans la place publique, les bustes de Sa*
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bellius, d^ Arias et de Macëdonias, pour les exposer à la risée et aux outrages du peuple.
On voit avec peine le célèbre Bossuet accorder des éloges à ces actes tyranniques, tant l'esprit de corps égare ceux qui j plus que tout autre , devraient être remplis de Pesprit de tolérance et de charité!
Théodose, entraîné par les prêtres hors de son .caractère, lorsqu'il croyait soutenir la cause de Dieu, se montrait bien différent, quand il notait question que d'injures contre sa personne.
« Si quelqu'un parle mal de nous ou de notre » gouvernement, écrîvait-il à Rufin, préfet du » prétoire, nous ne voulons pas qu'on le punisse: » s'il l'a fait par légèreté, il faut le mépriser; si » c'est par erreur, il faut le plaindre; si c'est par » dessein de nous faire une insulte , il faut lui » pardonner. Au reste , quels que soient les délits )> dont Içs citoyens soient accusés, en tout ce qui » peut concerner la sûreté du gouvernement , )» avant de prendre aucune décision, vous nous » en donnerez connaissance , afin que nous ]a— » gions la gravité de l'offense par la moralité des » personnes, et que nous examinions avec sagesse » si nous devons la tolérer ou la soumettre au ju- » gement des tribunaux. »
Malgré son zèle trop emporté pour favoriser tout ce qui était empreint d'un caractère religieux, il voulut mettre un frein aux intrigues des moines, .qui devenaient déjà nombreux et dangereux. Il leur défendit de sortir de leur retraite, et sur-tout de paraître au milieu des cités; mais, obsédé par
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eaX) deax ans après il révoqua son ëdit. Cette faiblesse rendit ces corporations plus hardies et plus paissantes; leur ambition ^ si opposée à leur ëtat y ne contribua que trop dans la suite aux troubles et aux désordres de l'Orient; et, par leurs intrigues, ils y acquirent un tel crédit^ qu'il de- Tint presque impossible de parvenir à l'ëpiscopat sans être entre dans leur communauté.
Tandis que Théodose faisait triompher dans ses J^^'^' états l'église orthodoxe sur les ruines de l'aria^ pératnee nisme , les ariens , en Italie y depuis la mort de pouM'aru- Gratien , se voyaient protégés par Justine , mère *'*■*• et tutrice de Yalentinien II. Un tel appui ranimait leur espoir et semblait devoir relever leur parti ; mais ils rencontrèrent près de la cour d'Occident un ennemi formidable dont rien ne put ébranler la fermeté. Saint Âmbroise, né à Rome de race pa- in«uM«tioo tncienne , devait le jour a un personnage consu- Ambroise. laire; il surpassa son père en talens, en fortuné, en dignités. Il se trouvait gouverneur de laLigurie, au moment où la fureur des sectes , portant le peuple à la sédition , allait faire de la ville de Milan un champ de carnage. Dans ce moment de danger, tous les vœux cherchaient un pacificateur, et Ambroise inspirait tant de respect à toutes les classes de citoyens , que , quoiqu'il fût laïque et ' n'eût pas même encore reçu le baptême, il se Vit porté par les suffrages unanimes au siège épisco-> pal , justifia le choix du peuplç , apaisa les troubles, et devint le conseil et le guide des empereurs.
Ce fut pour l'instruction de Gratien qu'il composa son traité sur la foi chrétienne.
Quand Jastîne se déclara en fayenr de Tarianisme , et youlut donner une église aux partisans de cette secte, Ambroise résista opiniâtrement à ses ordres; il osa même, dans les transports d'un zèle exagéré , comparer Pimpératrice à JésabeL <c On » peut disposer de ma yie, disait-il, mais non » de ma foi; je souffrirai tout, hors les offenses » faites à la religion ; je n'exciterai point la » fureur du peuple, mais je la prévois: la cour h nous prépare de grands malheurs, mais j'es- )» père ne pas survivre à la ruine de ma pa- » trie. »
L'impératrice l'exila; il refusa d'obéir; une partie du peuple prit sa défense , s'enferma ayeo lui dans l'église , l'y garda et l'y nourrit : un nombreux corps de soldats goths voulut vainement forcer cet asyle.
Ce fut pendant ce siège que, pour garantir de l'ennui le peuple qui l'entourait , et pour entretenir son zèle , il introduisit l'usage de chanter des psaumes* Ambroise, profitant habilement de quel-^ ques circonstances imprévues , prétendit que le ciel signalait par des prodiges la protection qu'il lui accordait. Justine se moqua de ses miracles supposés , mais la multitude y crut , et la puissance se vit forcée de céder à la crédulité.
Marche Un danger plus pressant menaçait le trône du contre Va- jeunc Yalcntinien ; Maxime , qui n'avait trouvé de lentinien. ^ésistance quc dans la fidélité courageuse de saint Martin, évèque de Tours, était devenu le tyran des Gaules. Grossissant son armée d'une foule de Geimains et de Francs, il s'approcha des Alpes et
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s'ejBPorça de troipper Justine par des assurances A^ paix et d^amitié*
Ambroise découvrit le piège et en avertit Timr piératrice. Elle ne voulut pas le croire ^ et Maxime parut aux portes de Milan avant qu'on eût pris au* cune mesure pour le repousser. La terreur fut aussi grande que l'avait été la confiance. Justine et son fils, au lieu de tenter quelques moyen» de résistance , coururent à Aquilée y et de là k Thessalonique y pour implorer la protection de Théodose.
Maxime parcourut en maître l'Italie^ entra triomphant dans Rome , et se fit un grand nombre de partisans y en protégeant l'idolâtrie et en rele-^ vant les autels des dieux.
Dès que Théodose apprit l'infortune et la fuite vîctoir* de Valentinien , il vint trouver ce jeune prince à ioseiw Thessalonique , accompagné d'une grande partie "•****•• du sénat. Après avoir reproché à Justine son hérésie , à laquelle il attribuait ses malheurs, il lui promit de rétablir son fils sur le trône et resserra les liens qui l'unissaient à lui, en épousant sa sœur Galla. Lorsqu'il eut réuni ses légions, il s'avança en Pannonie où il rencontra près de Siacie, sur lea bords de la Save, Maxime, qui venait le combat<« tre à la tète de toutes les forces de FOccident. Cettt guerre ne dura que deux mois ^ la cavalerie formi*^ dable des Huns, des Alains et des Goths, qui ser^ valent alors Théodose, passe intrépidement la Save ^la nage, enfonce, épouvante et met en fuite les Germains et les Gaulois de l'armée de Maxime* Marcellînus, son frère ^ rétablit le combat avec /
. TOME vn. 4^
Si 4 HIdTOtAB
im corpa d'^te ; k bataille se prolonge jusqu^à là Mort nuit 9 q ttî laisse la victoire indécise. Le lendeoiain ^ au moment ou Faction recommence ^ mie partie des troupes de l'Occident jette les armes , Maxime prend la fnite; Thëodose le poursuit si rapide* ment , qu'il arrive presque en m£me temps que loi Irtrx portes d'Aqoilëe. Le peuple de cette rille se rérolte , dépouille Maxime de ses ornemens, l'en* èhaine et le traîne anx pieds de l'empereur. Thëodose , touche de ses prières, est tenté de lai pardonner ; mais se rappelant j après quelque hésitation > qu*il doit une victime aux m&nes de Gratien, iliivre ce tyran aux soldats qui lui tran- <;hent la tète. Un Franc, nommé Arbogaste, que sa bravoure et les suiFrages des soldats avaient élevé de gi^dde en grade à celui de général, poursuivît les débris de l'armée vaincue, et tua Victor , fils de Maxime , qui la commandait.
Entré« Théodose, après avoir apaisé les troubles aux- *d6 Twl* quels là ville de Milan se trouvait en proie, et dose dans replacé Valentinîen II sur son trône, entra en triomphe dans Rome , comme le grand Constantin. En prononçant l'éloge de l'empereur , la flatterie parla le langage de la vérité. L'opinion pu* btique approuvait les louanges données à un prince dont on admirait l'activité, la bravoure, l'habileté , la gloire, et dont on respectait la justice, la bienfaisance et la chasteté ; mais il n^est pas dé vertu sans mélange; la sienne fut souvent ternie par le fanatisme et par un penchant à la colère qu'il travaillait continuellement à vaincre , mais qu'il ne put pas toujours dompter.
Rome.
. "^Lê terrent 4^ pe prince pour ]^ i^igîon chi^- Discussion tienne semblait alors augmeatëe par les efforts *^t^jhéo^ qu^ son enpemiy Maxime ^ avait tentes pour re* '^^^*' krer Fidolâtrie* L'empereur , trony^t i Rome ks antels pares de fleurs^ les sacrifices rétablis, les' «tatues des dieuK enioorées d'offrandes et d'çn-«; 4^ns, en fit de yiolens reprocha ^ai sënat et plaida dans cette assemblée la cause du chris^anisme^ avec une cJialeqjr pins ct^nT^nablep^ul-ètre au chef 4e Péglise 9 qu'au chef de l'état.
Le» sénateurs y attaché^ à l'ancien culte , oaèr^ l*ent liû résister y et d^s cettediscussion firent ^n^ t9ndre^ poor soutenir l'erreur ^ un langage hardi dont an avait p^a Vbabitude depuis plusieurs 4èclea«
La liberté 9 muette pour les affaires terrestres^ se montrait encore lorsqu'on vçulait comprimer les opinions religieuses. Ils opposèrent aux Toloçtés de l'empereur dou£e cents ans de cou**tume y la puissance dç Home fondée sur des oraT eles> tant de triomphes dus à la protection des dieux ) et le dang^ ^ apr^s taM de prodiges ^ d'embrasser une^ nouveUe reU^on ^qpi Coffrait point le même espoir y et n'était point ^pj^Jfée par une si longuie et si heureuse expérience.
Théodose leur déclara salennelleinent que Va* lentinien et lui avaient en horreujp le culte du mensonge et des yices déifiéa^ et que j s'ils you- Uient persister dans cette croyance sacrilège, le trésor public ne paierait plus les frais du culte scandaleux des idoles* «.L'epipire , ajouta-t-il, » environné de périls , meutacé de tous côtés. pav
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» les barbares , a plus besoia de soldats que de » victimes. »
On avait répondu à ses argumens, on se tat dès qa'on entendit ses ordres ; et comme le nom«> bre de ceux qui ne mêlent aucun intérêt humain à leurs opinions est touîoors et par^tout le plus faible, lorsque le trésor fut fermé, les sacrifice» cessèrent. *
Cependant en Egypte Tautorité éprouva plus de résistance. Le peuple défendit ses temples ; il poussa des cris de rage , lorsqu'on poil'ta la hache sur la statue de Sérapis; mais dès qc/e l'idole fat tombée, la multitude mobile l-insulta : inconstante pour les puissances du ciel comme péar celles de la terre , elle méprise bientôt ce qu'elle cesse de craindre.
RéToite L'empereur, pour réparer les malheurs deVa^ * Jalre ^ ^^^^ 9 pouT vdincrc les Goths , pour affranchir Théo4o.e. pOrient et pour rétablir la tranquillité dan» l'Oc* cident , s'était vu forcé de lever par-tout des îm« pots, dont une si évidente nécessité pouvait seule faire supporter le poids. Par^tout on s'y soumit avec résignation ,. ejccepté à Ântioche.
Cette ville, par la licence de ses moeurs, se montrait toujours portée à la sédition : son peuple léger, frondeur et corrompu, prodiguant ses trésors avec joie pour les fêtes , pour les jeux , poui^ les pantomimes et les bateleurs, éclatait enmur^ mures , lorsqu'il fallait contribuer aux charges pa«« bliques et à la défense de l'état* <
Quand les commissaires de Tempereur se pré-^ sentent pour lever la taxe de gaerre, tons les ci-*
DU BAS-EMPIRE. 5iy
toyens , riclies ou pauvres , se plaignent , résistent , s'attroupent, s'animent, se soulèvent, menacent les magistrats, se rëpandent en invectives contre l'empereur : des injures la multitude emportée passe bientôt à la violence, et dans sa fureur eHe Irise les statues de Théodose, de sa mère et de ses enfans^ les outrage et les traîne avec mépris dans les rues.
Plus l'empereur avait montré jusque-là de prédilection pour la ville d'Antioche, plus son îngra-^ titude l'irrita : dans le premier mouvement de sa colère, il envoya des troupes contre les séditieux avec des commissaires chargés de sa vengeance , armés d'un pouvoir sans limites , et qui devaient châtier les habitans et raser la ville.
Le peuple rebelle , revenu de son emportement , çonsieniâ- ^n considérait avec effroi les suites fqjiestes ; la>entir dn% consternation succédait à la fureur; on attendait " *^' *' les commissaires dans un silence morne, semblable au calme effrayant qui précède et annonce souvent la tempête; les plus riches habitans prenaient la fuite. Saint Chrysostôme , qui s'était opposé à leur délire , qui les consola dans leur douleur , et qui les soutint dans leurs périls, présente ainsi l'image de leur terreur.
« Cette cité florissante, dit-il, est devenue » tout- à -coup déserte; une frayeur mortelle ^ nous chasse tous et nous éloigne , comme la ^ fumée chasse les abeilles ; notre ville , rappelant ^ ce que le prophète dit de Jérusalem , est commei
* un chêne dépouillé , comme un jardin privé de
* ses eaux salutaires , qui n'offre aux regards que
3lS^ ' HISTOJREr.
» de$ arbres desséches • sans fleurs et sans £ruîU# » Le courroux du prmce, ainsi qu'un incendiei » fatal > menace de venir bientôt fondre sur nous; » chacun Fëyite et s'empresse de sauver ses jours » avant que le feu n'arrive )^squ'à lui* Étrange » calamité! sans que l'ennemi nous poursuive ^ » nous fuyons ; sans avoir livré de combats, noua » abandonnons nos foyers ; sans avoir soutenu les ïk assauts des barbares , nous éprouvons les mêmes » maux que les captifs d'un vainqueur superbe. »> . Ces craintes n'étaient que trop^ fondées ; le^ troupes approchent , les envoyés de l'empereur, aurrivent; ils montent sur leur tribunal j insen-; sibles aux larmes, sourds aux prières , environnéa de soldats farouches, ils commencent des infor-s mations rigoureuses { les prisons se remplissent ; on emploie sans pitié les verges, les chaînes;^ la» torture pour forcer les accusés à confesser leur crime, à dénoncer leurs complices; l'air retentit des cris de la douleur, des acce&s de la colère ^ des gémissemens de la nature et de l'amitié f lea femmes et les enfans éplorés entourent , pressait et supplient vainement les magistrats , les soldats, les bourreaux. Les ombres de la nuit redoublent la terreur du jour ; frappée par un juge insensible ^ toute cette ville coupable semble menacée d'une entière destruction.
Témérité .. D^s citoyens en foule étaient traînés de lears de l'ermiie foyers ddus les cschots, de là aux tortures» à l'échafaud* Us y marchaient; soudain un homme, couvert des lambeaux de la misère, s'avance, «aisit par son manteau le premier des magistrats ,
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et lui ordonna impérieusement de Fécouter. Cette tëmëritë excite l'indignation des juges, mais elle ue change en respect, lorsqu'ils entendent proclamer le nom de Macédone, ermite saint et révërë , qu'on voyait suivi de plusieurs autres pieux solitaires, l'autorité s'abaisse devant sa vertu : «Portez mes paroles au prince, s'écrie il cet homme courageux, vous êtes homme, vous » coinmandez à des hommes; ils sont l'image de 9> Dieu , et Dieu ne veut pas qu'on la détruise. » Insulter l'ouvrage, c'est irriter l'ouvrier. Quel )i est le crime commis? On a offensé des figures » inanimées, cet égarement justifient -il votre » colère? Pour une statue détruite, nous pouvons » vous en rendre vingt, mais songez que vous ne » pouvez reproduire un seul cheveu d'une tête )» que vous aurez fait tomber. )> Ce langage-i^oble et fier ,. qui semblait inspiré, étonne et touche les miniâtres de l'empereur; le glaive s'arrête, les supplices sont suspendus ; oh permet au peuple d'implorer la clémence de Théodose. Ce prince était alors revenu à Constantinople.
Cézaire court lui porter les vœux d'Antîoche; l'évêque Flavîen, malgré son âge, retrouve dei forces pour l'accompagner et pour désarmer le courroux du prince offensé.
Les Syriens respirent , mais ijie démentent point ,' dans de si graves circonstances , la légèreté de leur caractère; ils passent subitement d'une lâche terreur à une joie folle et licencieuse, et se livrent à la débauche i la vue des échafauds en-^ çore dressés.
Ge fut alors que Chrysostôme ^ remplissant a veo éclat les devoirs d'un saint ministère , déploya contre leur coupable ivresse , la même éloquence qu'il avait opposée à leur désespoir , et prononça ces homélies célèbres que le temps a respectées.
Cézaire, arrivé dans la capitale de TOrient, se jette aux pieds de Théodose ^ s'efforce de réveiller sa générosité, lui peint les malheurs, le repentir des coupables, ébranle son cœur, mais ne le fiéchit pas. L'empereur rappelle sa munificence et ea prédilection pour Antioche, et il se plaint avec emportement de Tingratitude d'un peupîle comblé par lui de bienfaits»
aéai«Bee Le vénérable Flavien s'avance alors : loin de 4oM. prétendre justifier les coupables, il avoue, il exagère même adroitement leurs délits , et, après avoir déclaré que les châtimens les plus sévères pour de tels crimes seraient conformes à la justice humaine, il ajoute : « Dieu fut, comme vous, » outragé par les hommes; il leur a ouvert les )i cieux, imitez son exemple. Sinous devons notre » salut à votre clémence, vous devrez à nos er* » reurs une gloire nouvelle. Gratien ne vous a }> transmis qu'une couronne passagère, et vous p pouvez, par votre vertu, en mériter une îm- )> mortelle. Vous n'avez perdu que des statues i) muettes, remplacez -les en élevant dans nos » cœurs des monumens parlans et étemels.
» Lorsque les courtisans de Constantin, of- » fensé comme vous>9 l'excitaient à venger les in- Il jures faites à ses images, il leur répondit : )> Rassurez-vous ,)e ne me $en9 pa9 blessé* On a
» déjà oublie plusieurs de ses victoires, maïs les » sîèclesrépëteront ces parolesgënéreu ses, comme » ils n'oublieront pas ce mot qui vous échappa » lorsque, pardonnant an jour à quelques con- » damnés, vous vous écriâtes : Que n^ai-je aussi » le pouvoir de ressusciter Us mor^^/ Une seule Ji parole peut vous donner la plus belle conquête, » celle de l'amour de tous vos sujets! Vous avez » résisté aux prières de vos magistrats, à la voix )> de vos généraux; cédez à celle d'un vieillard » qui vous présente PÉvangile, pour vous rappe- » 1er que Dieu ne vous pardonnera pas vos of- » fenses, si vous êtes inflexible pour les nôtres. » Au lieu de détruire Antioche, effacez le sou- » venir de ses crimes , et j'irai bénir votre noni » au milieu du peuple que vous aurez sauvé. »
Théodose ne put résister à ces nobles accens de la vieillesse , delà vertu et de la piété ; il pardonna , et ce triomphe sur un juste ressentiment fut célébré comme la plus belle de ses victoires.
Une autre révolte, qui eut lieu k Théssalonî- Révolte que, produisit de plus grands malheurs; rien ne niqqc. put calmer le courroux de l'empereur, et la vengeance qu'il en tira devint une tache éternelle pour sa gloire.
Un conducteur de char, insolent et débauché, s'était livré à des désordres scandaleux; le gouverneur de la ville le fait jet16r en prison : le peuple, qui favorisait cet homme, veut le délivrer, se révolte, et, dans sa fureur, assassine le général et les officiers qui l'entourent.
Le ressentiment de Théodose éclate j vainement