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CHAPITRE V

HÉRÉStES. — NOUVEAUX ORDRES RELIGIEUX.

Nous avons toujours vu au sein de l'Église la liberté se manifester sous l'autorité, et des conciles fréquents convoqués pour discuter les opinions diverses, unique moyen que l'Église jugeât convenable d'employer contre les dissidents. Des discussions oiseuses, fléau de l'Eglise et du bon sens, troublèrent l'empire d'Orient; mais, du moment où Jean Damascène eut mis en honneur la scolastique dans ces contrées, les esprits ne s'appliquèrent pas tant à chercher des vérités nouvelles qu'à expliquer et à démontrer les dogmes anciens à l'aide de la révélation et de la dialectique. On se rappelle combien de maux causa eu Orient l'hérésie des iconoclastes , alors que, sous Constantin Copronyme, on voyait un crime de lèse-majesté divine dans cette exclamation : Mère de Dieu, jiriez pour moi.

Les chrétiens d'Occident parurent alors vouloir se charger à leur tour de la triste tâche de subtiliser sur la vérité. Déjà Gotcscaik et Bérenger, dans le neuvième et le onzième siècle, avaient contesté la présence réelle. Soit oubli ou modération, les lois que les anciens empereurs avaient rendues contre les hérétiques ne furent pas appliquées à ces deux novateurs non plus qu'à d'autres; Gotescalk fut seulement renfermé dans l'abbaye de Haut-Villiers, et Grégoire VII préserva Bérenger de toute persécution.

Les hérésiarques, ayant contre eux l'opinion et les lois, se tenaient cachés, satisfaits d'un petit nombre d'adeptes et liés entre eux par des serments redoutables ; néanmoins il s'en révélait quelques indices de temps à autre. Vers la moitié du neuvième siècle, Pierre, évêquc de Padoue, découvrit duns son diocèse une secte entachée d'erreurs sur la rédemption; elle dérivait des pauliciens d'Arménie, et fut dissipée cinquante ans après par

levêque Gosselin. Les erreurs d'un nommé Leutard, qui prétendait que le mariage répugnait à l'Evangile, furent aussi étouffées à Châlons ; on réprima de même à Ravenne celles d'un certain Vitgard, qui fondait des doctrines insensées sur les

1000. écrits d'Horace, de Virgile et de Juvéïial.

1022. Peu de temps après, on découvrit à Orléans un petit nombre de

paulJciens et de manichéens, qui rejetaient les deux testaments, affirmaient l'éternité du monde, et proclamaient, en conséquence, qu'il n'y avait pas de récompense après la mort , ni péché dans la volupté. Les désordres de ce diocèse avaient encouragé les sectaires ; l'apostolat était exercé au milieu d'eux par une Italienne, qui en avait initié un grand nombre à des rites obscènes et sanguinaires. Plusieurs chanoines avaient adopté ces erreurs, et les répandaient parmi la jeunesse confiée à leurs soins. Un clerc, nommé Eribert, les adopta, et voulut attirer dans cette secte Aréfast, seigneur normand, dont il était chapelain; sur le conseil de prêtres, le seigneur s'y affilia, alinde la connaître entièrement et de la révéler ensuite; en effet, on lui communiqua les rites, et il fut admis à la table céleste. Cette cérémonie consistait à se réunir la nuit, chacun des adeptes apportant une lanterne allumée , que les assistants tenaient élevée en même temps qu'ils récitaient une litanie composée de noms de diabU's. Un démon paraissait enfin sous la forme d'un petit animal ; on éteignait alors les lumières , et chacun des membres s'accouplait au hasard avec la première femme qu'il rencontrait. Un des enfants nés de ces unions fortuites était brûlé huit jours après sa naissance, et l'on en gardait les cendres avec la même vénération que les catholiques ont pour le saint sacrement ; il suffisait de faire avaler une pincée de ses cendres à une personne quelconque, pour qu'elle fût sincèrement et invinciblement convertie.

Le roi Robert donna l'ordre d'arrêter ces hérétiques, parmi lesquels se trouvèrent beaucoup de prêtres et de moines. Treize d'entre eux fuient brûlés sur un bûcher, auquel le roi mit le feu de sa propre main; la reine elle-même se procura le plaisir de crever les yeux avec un tison ardent à celui qui avait été son confesseur. D'autres furent ensuite découverts à Toulouse, d'autres à Arras, tout souillés de la même lèpre.

L'esprit de discussions fut ranimé par la résurrection de la jurisprudence et de la métaphysique d'Aristote. L'abus de la dialectique recommença, comme an temps Socrate, à faire con-

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