‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 14 sur 102 · VAUDOIS · texte numérisé non relu

VAUDOIS

cevoir une idée orgueilleuse de la raison individuelle; d'où il résulta que la vertu et la vérité se trouvant réduites à de pures formes de raisonnement, chacun crut pouvoir faire et défaire les religions.

Une fois la raison en révolte contre l'autorité, l'esprit pratique, caractère des Occidentaux, se mêla de nouveau h l'hérésie; les croyances modifièrent les actes, et la question religieuse se confondit avec la question sociale.

Un nommé Pierre de Bruys, sortant des vallées des Alpes, parcourt l'Aquitaine prêchant le peuple et formant un grand nombre d'apôtres. A Saint-Gilles, le jour du vendredi saint, il dresse un bûcher de croix, de statues, de saints, d'autels, y met le feu, et fait rôtir des viandes , dont il mange avec les siens ; mais les habitants, indignés, le saisissent et le font griller sur les charbons. Un de ses disciples, nommé Henri, marcha sur ses traces ; converti par saint Bernard, il retomba dans l'erreur; le concile de Reims le condamna, et il fut emprisonné. Les hérétiques n'en continuèrent pas moins de propager leurs doctrines, et le concile de Tours ordonna qu'ils fussent poursuivis. Pierre Vaux ou Valdo, marchand de Lyon, natif de Vaux, près de cette ville, se présenta comme leur champion , vendit ses biens, et s'érigea en réformateur de mœurs ; n'enseignant pas des dogmes abstraits, mais, comme Arnaud de Brescia, des préceptes intelligibles pour tous, il disait que l'Église avait déviéde l'Évangile; qu'il fallaitia rappeler à la simplicité primitive, alors que le culte était sans luxe, les prêtres sans richesses, les papes sans pouvoir temporel; enfin, qu'on devait lui rendre l'humble pauvreté des premiers temps. Ses sectateurs furent appelés par ce motif Pauvres de Lyon, ou Cathares , c'est-à-dire purs; peu éloignés, du reste, de la vérité, ils avaient une telle conviction qu'ils demandèrent au pontife la permission de prêcher (i).

{{) Multa petebant instantia prxdicattonis aiictorilatem sibi confirmari. Stepli. de Boibon , ap. Giesi.er, p. 510 : — Quand les Vaudois se séparèrent de nous, ils avaient bien peu de dogmes contraires aux nôtres, peut être aucun. (Busslet, Uist. des Variations, liv. XI.) — Cum omîtes alix seda.' immanitate blaspliemiarum in Demn uudientibus honorem inducant , hac magnavi habet spcciem pietatis eo quod coram liominibus juste vivant, et bene omnia de Deo credant, et omnes articnlos qui in symbolo continentur observent; solummodo romanam Ecclesiam blaspltemant et clerum. (L'inquisiti'iir RANrriîi Sacc.om;.)

CoNuvT n'UsPEiu; tlit que le pape Luce les condamna pour quelques dogmes et quelques pratiques superstitieuses. Clalde de Seissel , arclievôque

niST. LMV. — T. XI. 8

Vaiidnis,

C'était lui demander la permission de se séparer de l'Eglise ; car ils ne tardèrent pas à nier l'autorité du pape et ensuite le purgatoire, l'invocation des saints et d'autres dogmes fondamentaux, lis proclamèrent la liberté de prêcher, même pour les laïques; c'est en quoi ils paraissent s'être accordés avec d'autres hérétiques les Albigeois, dont la foi avait pour base la croyance aux deux principes du bien et du mal (1). Cette hérésie, très-répandue en Orient, et qui séduit par l'explication vulgaire qu'elle donne de l'existence du mal sous un Dieu bon, fut prêchée, dans les premiers siècles, par Manès et ses disciples, appelés manichéens , dont les débris se réunirent dans

<le Turin, déclara leur vie irréprochable ; ce que Bossnet qualifie de nouvelle séduction du diable. On a écrit sur eux beaucoup d'ouvrages , surtout après que les protestants allemands les eurent considérés comme leurs prédécesseurs.

Bergier, art. Vaudois.

tìi.st. des Albigeois et des Vaudois ou Barbets, 1705 ; t. II. Les PP. Vie et Vaissette, Hist. de Languedoc.

Les persécutions que le gouvernement piémontais fit essuyer, en 1814, aux iiabitaiils du pays de Vaud qui avaient favorisé Napoléon, provoquèrent en leur faveur l'inlérèt de l'Angleterre et de la Prusse. Des voyageurs anglais allèrent les visiter, et il en résulta divers ouvrages tels que, Autlienlie détails of the Vuldenses in Piémont and other coun tries, icith ubridged translations of l'iiistoire des Vaudois par Bresse and la Rentrée glorieuse d'Henri Armand. Witli the ancient Valdensian catechisia ; to wich is subjoined original letters written during a residence umong the Vaudois of Piémont and Wirtemberg in 1825. Londres, in-8°.

Narrative of an excursion to the mountains of Piémont in the year 1823, and researches among the Vaudois or Valdenses protestant inhabitans of the Cottien Alpes. VVith maps. By the reo. William Stephen Gii.lv. 18?.0, in-8".

The history ojthe Christian curch, including the ver y intcresting account of the Valdenses and Albigenses. By William Jones. 1825, 2 voi. in-8°.

Lowtuec's Brief observations on the présent state of the Waldenses. A brief skatch of the history and présent situation oj the Vaudois. By Hlgh Dire Acland, 1826, in-8°.

Recherches historiques sur la véritable origine des Vaudois. Paris, 1836. Auteur catholique. 1822.

pE\RL\, IS'otice sur l'état actuel des églises vaudoises. Il les croit contemporaines du christianisme.

M. MisToN, Histoire des Vaudois des vallées du Piémont. 1834. (I) Les protestants prétendent démontrer l'antiquité de leur doctrine par ce fait qu'elle se serait conservée parmi les Vaudois, desquels ils repoussent, en conséquence, l'imputation de manichéisme. Basnage et Bossuetont discuté ce point coiitradictoirement.

PAULIGIENS. un

l'Arménie. C'était à peu près la doctrine des paulieiens, ainsi nomnoés de Paul et de Jean, fils de Callinique, qui, admettant deux principes, honnissaient le Christ, considéraient la cène comme un symbole, et rejetaient l'Ancien Testament. L'un des plus célèbres paulieiens fut Constantin Sylvain, qui proclama des choses contraires à l'Évangile et aux apôtres; sa secte, devenue puissante, posséda plusieurs communautés dans l'Asie -Mineure et dans la Thrace, où les avait transférés Constantin Copronyme; après lui, Théodora les persécuta, et poussa la cruauté, si l'on s'en rapporte à leurs récits, jusqu'à en faire périr cent mille. Accueillis par les Arabes, ils se multiplièrent parmi eu\ ; puis, sous la conduite de Carbéas et de Chrysochéir, ils envahirent l'empire, se maintenant sur son territoire jusqu'au moment où Basile le Macédonien les débusqua de la forteresse de ïéfrica.

Si l'on peut retrouver quelque iil entre les récits contradictoires et étranges qui entourent le berceau des patarins, on le voit à Pierre de Sicile, qui, député à Téfrica par Basile le Macédonien pour traiter de l'échange des prisonniers, y connut les paulieiens; là, ayant découvert qu'ils envoyaient des apôtres en Bulgarie, il composa, pour les réfuter, un livre qu'il lit répandre dans ce pays. L'antidote produisit peu d'effet, et les sectaires s'y propagèrent tellement qu'ils en prirent le nom de Bulgares. Eu 1092, ils troublaient l'Église d'Afrique ; en 1153, ils se réunirent autour de Paul de Samosate, d où leur serait venu , selon d'autres, leur nom de paulieiens. Alexis Comnène tâcha de les ramener à l'unité de l'Église, et avec succès, si l'on en croit Anne, sa fille, qui s'en prévaut pour lui décerner le titre de treizième apôtre.

Mais ils s'étaient déjà répandus en Europe, et d'abord en Lombardie, où ils reconnaissaient pour évêque un certain Marc, qui avait été ordonné en Bulgarie, et dont l'autorité s'étendait sur la Lombardie, la Marche et la Toscane. Un autre chef, du nom de Nicétas, qui parut ensuite dans cette contrée, réprouva l'ordination de la Bulgarie, et Marc reçut de lui celle de la Drungarie (1). On distinguait à Milan, siège principal de cette

(I) Tel est le récit de Vigncrius, réputé par les protestants le restaurateur (le l'histoire ecclésiastiquo , Bibl. hist., add. à la p. Il, p. 313. Drunjiarie on Fniguvlum, aujourd'hui Frau en Croatie. Le frère Ranieri donne aussi pour origine aux éii,lises de France et d'Italie, celles de Bulgarie et do Drungarie.

Languddoc.

secte, les nouveaux cathares des anciens (i). Ces derniers étaient venus de la Dalmatie, de la Croatie, de la Bulgarie, et leur nombre s'accrut considérablement, lorsque Barberousse, en dépit du pape, se mit à les protéger ; les autres se montrèrent en France vers 1176. Il y avait donc entre eux une communication incessante; car, en 1205, il en était venu un d'Italie à Arras, où il se livrait à l'apostolat, rejetant le sacerdoce, le baptême, lacène, le sacrement de pénitence, et exhortant ses auditeurs à fuir le monde, à dompter leurs passions, à se nourrir de leurs propres mains; c'est en quoi ils faisaient consister la vertu et la justification. L'évêque Gérard sut, par sa douceur, le ramener à la vérité.

On les trouvait surtout en grand nombre dans le Languedoc, entre le Rhône, la Garonne et la Méditerranée, pays plus civilisés que le reste de la Gaule, où les villes s'étaient constituées en communes, avec une sorte d'égalité entre les nobles et les marchands, favorable au progrès social. Le commerce les attirait vers l'Orient ; les Juifs avaient à Carcassonne, à Montpellier, à Nîmes, de florissantes écoles de médecine ; à côté du municipe,

(I) Cathare signifie pur en grec, et peut-être prirent-ils ce nom à cause de l'innocence prétendue de leur vie. Saint Augustin appelle déjà les manichéens cathurilcs {de Hxr., in hacr. manich.). Les Allemands appellent encordes liérétiques Ketzes. On les nomma patarms , de pad, souffrir, parce qu'ils faisaient étalage de pénitence , ou du Pater, qui était leur prière de prédilection. On lit dans une constitution de Frédéric II : In exemplimi mar (y rum, qui pro fuie calholica martyria subierunt, Patarenos se nominant, veluti expositos passioni. Dans les assises de Charles I : Li vice de ceaits sont coneu par leurs anciens norns, et ne vuculent mie qiCil soient appeld par leurs propres nons, mais s^appelent Patalins par aucune excellence , et entendent que Palatins vaut autant come chose abandonnée à souffrir passion en ressemble des martyrs, qui souffrirent torment pour la sainte

foy-

Le nom de Vaudois ( Valdenses ) ne peut pas dériver de Pierre de Vaux, puisqu'on le trouve dans un manuscrit de Cambridge de l'an 1100, c'est-à-dire soixante ans avant lui :

Que non vollia maudire , nijurar, ni mentire, IS'i avourtar, ni ancire, niprenre de l'ceutrui, A'i venjar se de li sic ennemie, un dison quel es Vaudes, et degne de viurir.

Peut-être vient-il de wald, forêt. On les indiquait, du reste, par des noms plus particuliers, tels que : Pâtures de Lyon , Gazzari, Arnaldisles, Giuseppini, Leonistes, Bulgari (d'où le bougre des Français et le bolgiron des Lombards), Circoncis, Fublicani, Insabbasaiati, Cornisti, Vamii, Fursci, Homularii Carantani, credenti di Milano, di Bagnolo, etc.

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