‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 15 sur 102 · ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

ALBIGEOIS

reste des institutions romaines, s'élevait, à la manière germanique, le château fortifié du seigneur féodal, et, non loin de là, le rempart derrière lequel les citoyens s'étaient mis à l'abri des incursions de l'étranger et des avanies de la noblesse. Les Languedociens s'adonnaient volontiers aux armes, non par cupidité ou amour de la patrie, mais par esprit chevaleresque, par goût pour les exercices militaires et pour les aventures, ce qui les faisait courir soit en Palestine, soit en Espagne, afin de combattre les Arabes ; toutefois ils avaient conçu de la sympathie pour ces derniers dès le temps où Narbonne se trouvait la capitale du royaume arabe, au nord des Pyrénées. Quelques débris des Arabes étaient restés parmi eux confondus avec les Latins, les Francs, les Goths-Espagnols : éléments très-disparates dont s'était formée cette nation d'empreintes diverses, chez laquelle se développèrent l'imagination, l'amour des arts et le goût des plaisirs délicats.

Les premiers vers composés dans les idiomes nouveaux avaient été chantés sur la mandoline de l'élégant troubadour, qui parcourait les châteaux, célébrant l'amour et les hauts faits des preux, ou lançant les traits de la satire contre les grands et les prêtres. Le comte de Toulouse était devenu comte de Tripoli à l'époque de la première croisade; il passait pour le plus riche seigneur de la chrétienté, bien qu'il fût entouré d'ennemis ; s'inquiétant peu des excommunications de l'Église, il donnait l'exempled'un luxe scandaleux, trop imité par ses sujets.

La diversité d'origines faisait que ces Français du midi, bien qu'ils fussent d'accord dans leur haine pour la domination étrangère, ne savaient pas s'unir entre eux, ni s'entendre pour vivre tranquilles ; ils s'alliaient tantôt avec le roi de France, tantôt avec celui d'Angleterre, se laissaient circonvenir par leurs suggestions, et n'obtenaient la paix que lorsque les sferlings et les tournois avaient rompu les trêves.

Au milieu d'eux se propagèrent les doctrines hétérodoxes, mélangées à celles d'Émeric de Chartres, qui enseignait dans l'université de Paris que la loi de l'Esprit-Saint avait abrogé celle de Jésus-Christ; on les appela Albigeois, parce que la persécution dirigée contre eux commença à Alby. En 1107, Nicétas ou Niquitas, leur pontife, étant venu de Constantinople, convoqua eu concile, près de Toulouse, les représentants de la Lombardie, delà France septentrionale, d'Alby, de Carcassone et d'Arras (i).

(1) GiESLER, II, p. 495 ■.Anno MCLXVI! Incarnatioms dominiez, in

Il exposa dans cette assemblée les coutumes du manichéisme d'Asie, consacra plusieurs évèques , répartit différemment les diocèses de la province, et prêcha la pauvreté et le renoncement du monde; au surplus, il n'est pas facile d'éclaircir ce qu'il y a de vrai dans tout cela.

il n'est guère moins difficile de savoir en quoi consistaient précisément les erreurs de ces hérésiarques, ni si elles avaient un fond commun , sous la variété infinie qui est le propre de l'erreur. Ils n'avaient point de livre dépositaire de leur croyance symbolique, comme l'on dit aujourd'hui, ou du moins il n'est pas parvenu jusqu'à nous; saint Bernard assure que, différents des autres hérétiques qui se révèlent et prêchent leurs doctrines, ceux-là ne cherchaient qu'à se cacher. Réduits aux livres qui les réfutent (l)et aux imputations recueillies parles historiens qui

mense maii, in diebus illis ecclesia Tolosana adduxit papa JSiquinta in castro Sancii Felici, et magna multitudo hominum et viuUerum ecclesia Tolosame, aliarumque ecclesiarum vicinœ congregaverunt se ibi , ut acciperent consolamentum , quod dominus papa yiquinla cœpit consolare. Postea vero Robertus de Sperone, episcopus ecclesia Francigenarutn, venit cum Consilio suo simililer, et sicardus Cellarerius ecclesia) Albiensis episcopus venit cum Consilio sìio, et Bernardus Catalani venit cum Consilio suo ecclesia Carcassensis, et consilium ecclesix Arauensis fuit ibi... Post fixe vero papa Niquinta dixit ecclesia; Tolosanx : « Vos « dixistis mihi ut ego dicam vobis consuetudines primitivarum ecclesia- « l'um, sint levés aut graves : et ego dicam vobis .- Septem ecclesix Asia; « Juerunt divisa; et terminata; Inter illas, et nulla illnriim facicbat alili quam rem ad suam contradictionem. Et ecclesia; Romanx et Drogome- « tix, et Melenguiœ, et Bulgarx, et Dalmatix sunt divisx et terminatse, « et una ad alteram non fecit aliquam rem ad contradictionem , et ita « pacem hobent intra se. Similiter et vos facile. »

Samiii Ntcì.ETis, Hist. eccles., IV, 404 : Veniens papa, Nicetas nomine, a Conslantinopoli, etc.

(l)Noiis avons cu occasion d'étudier ce point en particulier, en consultant un grand nombre d'ouvrages, de manuscrits et de procédures. Parmi les Italiens confeniporains, nous citerons avant tout le révérend père .Moneta de Crémone, liomiuo dissolu, qui se convertit en entendant prêciier à Bologne Réginald d'Orli'ans. Fait inquisiteur pour la foi, à Milan, en 1220, il se lança tanqtiam leo rugiens contre les hérésies, et écrivit une somme; théologique , gros volume in-folio publié à Rome, en 1743, par le P. Thomas-Augustin nicchino, sous ce titre : l'en, patris Monetx Cremonensis, ordinis prxdicntoruiii, sancto patri. Dominico xqualis, adverstis Catharos et Valdenses libri quinque. Le moine Ranieri Saccone, après avoir été cathare pendant dixsept ans, se convertit, et persécuta, comme nous le verrons, ses anciens frères. Sa Summa de Cathnris et Leonistis, sive Pauperibus de Lugduno, a été insérée i\An^\\iTiiesuurus novus anecdotorum des PP.Martène et Durand,

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