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les tenaient d'un vulgaire prévenu, nous nous trouvons en présence de doctrines et de méfaits des plus contradictoires : ils au raient proclamé la création tantôt l'œuvre de Dieu, tantôt celle du démon; tantôt ils auraient prêché un Dieu matériel, tantôt soutenu que le Christ n'était qu'une ombre ; les uns prétendent qu'ils admettaient à la foi tous les mortels, et d'autres qu'ils excluaient les femmes de la félicité éternelle ; ceux-ci veulent qu'ils aient simplifié le culte, ceux-là qu'ils aient ordonné cent génuflexions par jour; d'autres leur imputent d'avoir proclamé licites les voluptés les plus grossières; d'autres enfin leur font réprouver jusqu'au mariage.
Il semble, toutefois, que la croyance dans les deux principes fut générale parmi eux; du mauvais seraient sortis le monde et l'Ancien Testament : principe de mensonge, puisqu'il avait été dit à Adam : Si tu manges de ce fruit, tu mowras, et qu'il ne mourut pas après en avoir mangé; principe d'extermination, puisque tant d'hommes périrent dans le déluge, à Sodome, à Gomorrhe, dans les flots de la mer Rouge, et que tant de meurtres furent commandés à Moïse et à David.
Dans le Nouveau Testament, ils n'admettaient que les quatre Évangiles, les Épitres de saint Paul, les sept Canoniques et l'Apocalypse \ s'appuyant sur Vobedire oportet mayis Deo qaam hommibus,i\s s'émancipaient de toute autoritéterrestre, ne reconnaissaient ni pape, ni évêques, ni rites de l'Eglise, ni canons ou décrétales, et rejetaient l'extrème-onction, le purgatoire, et par conséquent les suffrages pour les morts, l'intercession des saints et VAve Maria. A leurs yeux, il suffisait, pour contracter mariage, du consentement des deux parties, sans que la bénédiction fût nécessaire. Le baptême administre aux enfants était sans valeur; Dieu ne descendait pas dans l'hostie consacrée par
t. V, p. 1759. Dans cette sumnia se trouve mentionne un volume de dix caliiers, où Jean de Lugio avait consigné ses erreurs. Bonaccorso, précédemment évèquo des cathares à Milan, les réfuta dans sa ManifesCatio hxreseos Catharorum Bonaccursi, quondam magìstri illorum Mediolani. Elle lait partie du Sjwilegitim du P. d'Acliéry, t. I, p. 308; 1723. Voyez aussi, dans le Thesaurus susdit (Paris, 1717, t. V, p. 1073), une Dissertano inter catholicum et patarinum, et l'ouvrage d'Etienne de Belleviile, inquisiteur.
Comme ce point se rattaclie à des opinions, réveillées de nos jours sur le communisme, on en a beaucoup parlé; Dolinger dans V Histoire ecclésiastique, VUniversité catholique 1847, mars et avril , et une dissertation de Schmid! couronnée par l'Institut de France, méritent surtout d'attirer l'attention.
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un officiant indigne; ils n'admettaient aucune autorité temporelle de la part des prêtres. L'Église romaine, telle qu'ils la voyaient administrée, n'était pas un concile sacré, mais une réunion perverse. Les papes Sylvestre et Laurent n'étaient pas saints; il ne devait point y avoir de résurrection de la chair, et c'était chose risible que la distinction des péchés en véniels et en mortels ; ils ne voyaient dans les miracles que des prestiges du démon ; il ne fallait point adorer la croix, parce que c'était un symbole d'opprobre; on ne devait prêter le serment pour aucune chose, et c'était sans droit que les magistrats infligeaient la peine de mort ou d'autres châtiments corporels.
Ces hérétiques, comme on le voit, enlèvent tout mérite d'originalité aux novateurs du seizième siècle à propos de critique hardie sur les livres saints, et aux novateurs de nos jours sur le fait de combattre toute autorité. Réduits à la raison individuelle, après avoir renié l'autorité, ils devaient nécessairement flotter à l'infini; il est impossible de discerner les nuances de leurs hérésies, attendu qu'ils ne formaient pas, comme les anciens philosophes, autant d'écoles opposées, et qu'ils n'établissent ni principes supérieurs ni symboles, comme ceux qui plus tard se détachèrent de l'Eglise catholique (i). On peut donc consi-
(1) L'inquisiteur Etienne de Belleville raconte que sept évoques de croyantes diverses se réunirent dans la cathédrale d'une ville de Lombardie, pour se mettre d'accord sur les points de leur foi ; mais que , loin de s'entendre , ils se séparèrent , en s'excommuniant réciproquement. Trois sectes dominaient en Lombardie : les cathares , les concoréziens et les baguolais. Les cathares, appelés aussialbanais (d'albigeois probablement, par corruption), se subdivisaient en deux fractions. A la première appartenait l'évoque Balansinanza de Vérone, à l'autre Jean de Lugio, Bergamasquc. Outre les croyances communes que nous avons énumérées, les premiers disaient qu'un ange avait apporté le corps de Jésus-Christ dans le sein de Marie sans qu'elle y eût part; que le Messie était né, avait vécu et souffert, était mortel ressuscité seulement en apiiarencc; que les patriarches avaient été des ministres du démon; que le monde était éternel. Les autres soutenaient que les créatures avaient été formées, celles-ci par le bon principe, celles-là par le mauvais, mais de toute éternité; que la création, la rédemption, les miracles étaient arrivés dans un autre monde, tout à fait différent du nôtre ; que Dieu n'est pas tout-puissant, parce qu'il peut être contrarié dans ses œuvres par le principe opposé à lui; que le Christ a pu pécher, etc.
Les concoréziens ( appelr-s peut-être ainsi du bourg de Concorezzo , près de ."Monza) admettaient un principe unique, mais déliraient ensuite sur l'unité et sur la frinite. Selon eux. Dieu avait créé les anges et les éléments; mais l'ange rebelle, devenu démon, forma l'homme et l'univers visible : le Christ avait été de nature angélicpie.
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dorer comme définition la plus générale de leurs doctrines celle que fit un converti à l'archevêque Arnold de Cologne : Ils re~ gardent comme faux tout ce que V Eglise croit ou fait.
Quant aux rites, ils conservaient quatre sacrements, non sacrements. d'institution divine, mais d'invention humaine. Ils s'approchaient chaque jour de l'Eucharistie, ou, pour mieux dire, ils croyaient s'en approcher, et voici comment : lorsqu'ils étaient réunis pour prendre leur repas, le plus âgé des convives se levait, et, tenant eu main le pain et le vin , il s'écriait : Gratta Domini Nostri Jesu Christi sit semper cum omnibus vobis ! Il rompait ce pain et le distribuait pour accomplir ce précepte de l'Evangile : (f Vous ferez ceci en mémoire de moi. » Le jour de la cène du Seigneur, ils faisaient un banquet plus solennel. Le ministre, se plaçant alors devant une table sur laquelle étaient une coupe de vin et un gâteau azyme, disait : Prions Dieu qu'il nous pardonne nos péchés par sa miséricorde, et quii exauce nos vœux, et récitons sept fois le Pater noster en l'honneur de Dieu et de la très-sainte Trinité. Tous s'agenouillaient alors; puis, l'oraison faite, ils se relevaient; le ministre bénissait le pain et le vin, rompait le pain , qu'il donnait à manger aux assistants, faisait boire ensuite le vin, et le sacrifice était ainsi accompli.
La confession des péchés se faisait par tous à la fois, et l'un des assistants répétait, au nom de tous les autres, la formule suivante : Nous confessons devant Dieu et devant vous que
Les bagnolais (ainsi nommés de Bagnolo en Piémont, ou de Bagnolsen Languedoc ) voulaient que les âmes eussent été créées par Dieu avant le monde, et quVlles eussent alors péciié; que la sainte Vierge fût un ange. Le Christ, selon cu\, avait bien pris un corps humain pour souffrir; mais, loin de le glorilier, il l'avait au contraire déposé lors de son ascension.
Frère Ranieri distingue seize églises de cathares en Lombardie : une des albanais, résidant principalement à Vérone, au nombre de cinq cents ; une autre dos concorcziens, qui, dans toute la Lombardie, se seraient élevés à quinze cents; celle des bagnolais disséminés à Mantoue, à Milan et dans laRomagne, n'excédant p.is deux cents; l'Église de la Marche n'en comptait que cent; il y en avait autant dans celles de Toscane et de Spolète; cent cinquante environ de l'Église de France , résidant à Vérone et dans la Lombardie; deux cents des Églises de Toulouse, d'Alby, de Carcassonne; cinquante de celles des Latins et des Grecs de Constantinople , et cinq cents des autres de riisclavonie, de la Lorraine, de Philadelphie et de la Bulgarie. Mais, remarque l'aiileur, il faut que ces cathares, dont le chiffre monterait à peine à quatre mille, soient entendus dans le sens d'hommes parfaits, attendu que les croyants sont sans nombre.
nous avons beaucoup péché en œuvres, en paroles, par la vue, par la pensée, etc. La confession la plus solennelle avait lieu quand le pécheur, en présence d'un certain nombre de ses coreligionnaires, le livre des Evangiles sur la poitrine, prononçait ces mots : Je suis ici devant Dieu et devant vous pour me confesser et me déclarer en faute pour tous les péchés que j'ai commis jusqu ici, et enrecevoir le pardon de vous. On lui donnait l'absolution en posant sur sa tête les Évangiles. Si un croyant retombait, il devait s'en confesser et recevoir de nouveau l'imposition des mains.
L'élection des chefs tenait lieu du sacrement de l'ordination. La hiérarchie se composait de quatre degrés, l'évéque, le fils aîné, le fils puîné et le diacre. A l'évéque appartenait de préférence le droit d'imposer les mains, de rompre le pain, de réciter l'oraison; à son défaut, il était suppléé par le fils aîné, et ainsi de suite jusqu'au diacre, qui pouvait être encore être remplacé par un simple croyant ou même par une cathare. Les deux fils étaient les coadjuteurs de l'évéque; ils visitaient les cathares, et avaient dans chaque ville un diacre pour entendre les petits péchés une fois le mois; les Lombards, qui ont conservé la distinction des péchés véniels, appelaient cela caregare servitium. Avant de mourir, l'évéque inaugurait le fils aîné , comme son successeur, par l'imposition des mains.
Ils n'avaient point de baptême d'eau, et le remplaçaient par l'imposition des mains, qu'ils appelaient consolation on baptême spirituel, ou bien encore baptême de rEsprit-Saint;on ne pouvait sans cela obtenir la rémission d'un péché mortel, ni la conniuinication de l'esprit consolateur (1). Si l'un des parfaits imposait les mains à un moribond et récitait l'Oraison dominicale, le mourant était certainement sauvé. Les albigeois niaient que cet effet fût le résultat de l'imposition matérielle des mains, une œuvre du diable, comme l'est celle des membres , ne pouvant amener aucun bien; mais ils le disaient produit parla prière. Ils s'accordaient toutefois à reconnaître que la consolation n'avait aucune valeur pour effacer les fautes, si elle était faite par un homme en état de péché, suivant en cela la doctrine déjà professée par les anciens donatistes, que le Saint-Esprit ne peut être conféré par celui qui l'a perdu ; en conséquence, elle était faite par deux
(1) La consolation des all)i;;;eoii> dt'ciila le (inatrièioe concile de Lalran à ordonner de se confesser au moins une fois l'an.