‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 22 sur 102 · ROTSADE CONTRE LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

ROTSADE CONTRE LES ALBIGEOIS

rejoindre le champion de la foi , le nouveau Machabée,qui se prépara à attaquer les Provençaux réfugiés dans les places fortes. Dans le château de Minerve, aux portes de JNarbonne, ils firent une résistance telle qu'on peut l'attendre de gens qui n'ont que la mort en perspective. Eu vain promit-on la vie sauve à ceux qui abjureraient ; pas un n'accepta la condition , et cent quarante d'entre eux s'élancèrent à la fois dans les flammes qu'ils auraient allumées pour les catholiques s'ils eussent été vainqueurs. D'autres châteaux subirent le même sort. On plantait des crucifix au sommet des machines construites p ir Theudis , pour rendre plus coupables les assiégés dont les projectiles venaient frapper la sainte effigie. Si l'on se rappelle les massacres dont la France fut témoin de 89 à 93 , et les tortures infligées à la noblesse des châteaux , on pourra se faire une idée des horreurs de cette guerre sauvage et de la férocité avec laquelle s'exerce la vengeance du pauvre contre le riche , quand on lui persuade qu'il ne doit plus le respecter.

Montfort , tournant ses armes contre Toulouse , promit la paix à quiconque prendrait parti pour les croisés. Daiis cette ville, l'évèque Foulques avait enrôlé les catholiques sous le nom de Compagnie blanche ; à l'approche des croisés, le clergé sortit en chantant les litanies, laissant ainsi la ville sans offices sacrés, et abandonnée à l'anathème. Les amis du comte , tout en lui restant fidèles dans son infortune, étaient frappés d'épouvante; mais les seigneurs des Pyrénées, voyant que Montfort ne ménageait pas plus les catholiques que les héritiques, et qu'il ne s'agissait en réalité que d'une guerre d'ambition , se rangèrent du côté de Raymond , ce qui força les croisés à lever le siège de Toulouse.

Le roi d'Angleterre n'osait se déclarer ouvertement ; celui d'Aragon avait sur les bras Finvasion des Almohades venus d'Afrique ; mais, aussitôt que la victoire de Las-^'avas le laissa libre, il s'interposa auprès du pape. Philippe-Auguste lui-même paraissait désirer la fin des massacres. Innocent , étranger aux passions de ceux qui voulaient abattre la maison de Toulouse , n'était pas néanmoins suftisamment informé de la vérité des choses, et il ne dépendait plus de lui d'arrêter le torrent; toutefois il écrivit que Raymond, tout coupable qu'il fût, n'avaitencore été reconnu ni hérétique ni hom.icide, et qu'on ne pouvait dès lors disposer de ses Etats qu'en faveur de ses héritiers. En conséquence il exhortait Montfort a les restituer, afin de ne pas pa-

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raître avoir combattu plus pour son propre compte que pour la *-'^- loi ; mais un concile réuni à Lavaur rejeta toute espèce de justification de la part du comte de Toulouse , et représenta au pape que l'Église restait en danger si ce seigneur n'était pas anéanti. Montfort, de son côté, agissait en maître, et, convoquant les états à Pamiers , il leur dictait une constitution. Alors don Pedro d'Aragon , qui avait en vain défendu en personne ses amis et ses vassaux dans le concile de Lavaur, recourut aux armes et attaqua Montfort, à la tête de quarante mille fantassins et de deux mille chevaux. Comme il avait écrit, en style chevaleresque, à une dame de Toulouse qu'il prenait les armes uniquement pour l'amour d'elle , Montfort s'écria : iSolre victoire est certaine , puisqu'il n'a pour lui que les yeux de sa belle; à la tête d'un petit nombre de soldats , mais tous bardés de fer et qui avaient reçu la communion avant le combat , il affronte à Bataille Murct Ic prlucc aragouais. Au moment d'engager l'action, il

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13 septembre, déposa SCS armcs sur l'autel, comme s'il eût voulu les recevoir de Dieu même; puis il livra une bataille sanglante , acharnée, dans laquelle fut tué le roi d'Aragon lui-même, vaillant chevalier qui n'avait pas combattu pour l'hérésie , mais pour ses vassaux injustement dépouillés. Raymond, rentré dans les murs de Toulouse , autorisa les magistrats à traiter avec les croisés , et, prenant congé des siens, il rejoignit ses amis en Provence. Innocent, trop mal informé, continuait de prêcher la paix et la modération; il envoya même en qualité de légat à latere le cardinal Pierre de Bénévent pour réconcilier les excommuniés avec l'Église, et constituer Toulouse en république indépendante, à la condition qu'elle se convertirait. 11 donna l'absolution aux comtes de Gomminge et de Foi, au vicomte de Narbonne et de Toulouse ; ayant tiré des mains de Montfort .Tacques d'Aragon, que lui avait confié Pierre II pour faire son éducation militaire, il le rendit aux Aragonais. Raymond remit lui-même ses Etats entre les mains du légat, en promettant de demeurer tranquillement dans le lieu qu'on lui assignerait jusqu'à ce que le pape lui permît d'aller implorer son pardon.

Mais les expéditions armées continuaient contre le Périgord, l'Agénois, le Quercy, le Rouergue, et Simon songeait à se former un royaume indépendant des vastes États qu'il avait conquis 151S. avec l'aide des croisés. En effet, il en fut investi par le concile de Montpellier, et Foulques, le poète archevêque, alla en prendre possession par la force, en chassant Raymond. Innocent refusa

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