‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 24 sur 102 · I.\QUIS'lTIOx · texte numérisé non relu

I.\QUIS'lTIOx

se confondit avec les Westfrisons , ou accepta le gouvernement féodal .

En France, saint Louis demanda l'inquisition à Alexandre IV. En Italie , les hérésies furent aussi variées qu'étendues. Guillelmine, que l'on disait originaire de JJohème , débitait dans Milan qu'elle était le Saint-Esprit incarné (i); que l'archange Raphaël l'avait annoncée à sa mere le jour de la Pentecôte ; qu'elle était venue au monde pour racheter les juifs, les Sarrasins et les mauvais chrétiens ; qu'elle devait mourir, puis ressusciter, et élever au ciel l'humanité féminine. Tant qu'elle vécut, le peuple la vénéra; après sa mort, elle fut ensevelie magnifiquement dans le Clairvaux milanais , et passa pour sainte. Mais enfin l'inquisition se mit à scruter les miracles qu'on lui attribuait; des bruits sinistres coururent bientôt parmi le vulgaire, et l'on considéra les réunions de ses prosélytes comme des rendez-vous de péché ; ses restes furent donc exhumés , pour être jetés aux flammes avec ses principaux sectateurs.

Vers la fin du douzième siècle, Orvieto abondait de manichéens encouragés par le Florentin Diottisalvi, et par un Campanien nommé Girard de Marsano. Ces deux hommes ayant été chassés par révêque, deux femmes, Mélite et Julite , se montrèrent après eux, et séduisirent beaucoup de personnes par leur réputation de sainteté. Un certain Pierre Lombard se rendit ensuite de Viterbo dans cette ville. Innocent III envoya contre lui Pierre de Parenzo, noble romain, lequel, reçu dans Orvieto au milieu des palmes et des branches d'olivier, prohiba les combats qu'on était dans l'usage d'y livrer en carnaval , et qui ne finissaient guère sans effusion de sang ; mais les hérétiques excitèrent la populace à la désobéissance, et, le premier jour de carême, une mêlée terrible s'engagea. Pierre de Paranzo fit abattre les tours d'où les grands avaient tiré sur le peuple, et donna, pour l'avenir, de sages dispositions.

Quand il fut de retour, le pape lui demanda : As-tu bien exécuté nosoi'dres?

(l)La femme Messie a été attendue à diverses reprises. Postel, savant orientaliste du seizième siècle, rendit célèbre, sous le nom de mère Jeanne, ime Vénitienne dont il prétendait que la substance et le corps étaient descendus et tellement confondus en lui, que ce n'était pas lui qui vivait, mais bien ellemême. Il y a peu d'années que mourut Jeanne Soutlicole, à l'àj^e de soixantequatre ans, qui, vierge et enceinte, à l'en croire, se disait la femme de l'Apocalypse, et promettait de ressusciter.

no DOUZIÈME ÉPOQUE.

— Si bien que les hérétiques m'en veulent à l(i mort.

— Eh bien! va, continue de les combaf're, qu'ils ne puissent tuer que le corps; et s'ils te mettent à mort, je t'absous de tout péché.

Alors Pierre, ayant fait son testament et pris congé de sa famille dcsolée, retourna a sou poste (1).

Innocent lui-même se rendit à Viterbe pour sévir contre les nombreux manichéens de cette ville; il ordonna que tons ceux qui seraient trouvés sur le patrimoine de saint Pierre fussent livrés au bras séculier, pour être punis et voir leurs biens conlisqnés (2) et partagés entre le dénonciateur, la commune et le tribunal saisi de l'affaire.

Grégoire IX promulgua des décrets très-sévères contre les cathares et les patarins, voulant qu'ils fussent livrés au bûcher, ou, en cas de conversion, condamnés a une prison perpétuelle ; malheur aussi à ceux qui leur donnaient asile ou ne les dénonçaient pas ! Beaucoup d'entre eux, en effet, furent brûlés, et beaucoup envoyés dans les monastères du mont Cassin et de la Cava, pour y faire pénitence.

Le comte Egidio de Corte-Nova, dans le pays de Bergame, fut assailli comme fauteur d'hérésie, à l'instigation d'Innocent IV, et l'on démolit son château. Yicence (S avait aussi ses hérétiques ; ceux de Brescia étaient tellement audacieux que, tout en lançant de leurs tours des torches allumées, ils excommuniaient l'Église romaine. Honorius III envoya contre eux l'évêque de Rimini, qui démolit un grand nombre de tours et d'églises souillées par leurs sacrilèges. D'autres furent brûlés à Plaisance par le podestat, et Jean Schio, à Vérone, en fit périr soixante dans les flammes. Un peu plus tard, frère Dolcino et Marguerite, sa maitresse, prêchaient dans les environs de ?sovure , déclarant l'union de l'homme et de la femme affranchie de toute entrave, et permettant le parjure dans les choses d'inquisition. Ils traînaient après eux des milliers de prosélytes ; mais, sur les ordres de Clément V, ils furent cernés et mis a mort (4).

Yvon de Narbonne écrivait à Gérard, archevêque de Bor-

(1) BoLLANDisTES, t. X, p. 86, Vit. S. Pétri Parens.

(2) Regesla, n° 123, 124, et p. i:iO, liv. X .

(3) Ep. de Grégoire IX, 20 octobre 1277.

(4) Fil. Ciif.isT. SciiLossuu, .IW/rt/f/ p/ Doiilciti ; Vie et opinions d'un entliousiasteet d'un philosopfie ; Gotlia, 1807.

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