DÉVOTIONS
deaux (l), que, dans un voyafjje qu'il fit en Italie, il feignit d'être cathare, ce qui lui valut dans toutes les villes un excellent accueil. A Crémone, dit-il, ville frès-célcbrc du Frioxd^ je bus (Icsrnnu exquis chez les pafarins, qui me rcfj(dèrent de toute espèce de friandises. Un certain Pierre Gallo, qui était leur évêque, convaincu de fornication, fut chassé de son siège et de la société de ses coreligionnaires.
Saint Antoine de Padoue combattit vivement l'erreur par la parole et des miracles, notamment dans Rimini. Saint Thomas d'Aquin fut surnommé le marteau des hérétiques, et saint Bonaventure ne déploya pas contre eux moins d'ardeur. Pierre de Vérone signala d'abord son zèle dans la Toscane, où Philippe s-tint l'ierrc Paternon , évêque patarin , comptait de nombreux prosélytes ; poursuivi par l'inquisition, il dut son salut à de puissants personnages, ses sectateurs. D'autres chefs les remplacèrent, si bien qu'un tiers de Florence fut infecté de cette hérésie , et suivit la bannière impériale. Pierre de Vérone dirigea activement contre eux les prédications et les poursuites judiciaires ; la placede Sainte- Marie Nouvelle était trop étroite pour la foule qui accourait l'écouter. Une société qu'il institua chantait Marie et le saint sacrement, pour compenser les outrages dont l'un et l'autre étaient l'objet de la part des patarins. Il organisa une compagnie de nobles pour monter la garde au couvent des dominicains, et une autre pour exécuter les commandements de ces moines ; c'est de là que naquit l'ordre des capitaines de Sainte-Marie (2).
Le nombre des procès et des exécutions s'accrut alors , malgré la résistance et les réclamations des seigneurs qui faisaient appel à l'empereur. Le podestat impérial ayant voulu défendre les hérétiques et protesté contre les sentences^ les inquisiteurs l'interdirent avec solennité; les partis s'armèrent en tumulte, les églises furent envahies ; mais enfin les catholiques triomphèrent à la suite d'une lutte acharnée qui joncha de cadavres le Trebbio, la Croix et la place de Sainte-Félicité.
Après avoir déployé tant de zèle, Pierre vint se montrer aux Crémonais et aux Milanais, qui, exaspérés par des combats mal-
(1) Ap. Matth. Paris, ad 12'i3.
(2) Florence conserve plusieurs traces de ces faits, entre antres deux fresques de Tiiaddée Caddi sur la façade de l'office du Bigailo; elles repr(^senlent saint Pierre martyr au moment où il donnea douze nobles florentins IVlendard blanc avec la croix roiij;e, et oii il institue ainsi la milice sacrée pour la défense de la foi.
heureux contre Frédéric II, biasphémaient le ciel, insultaient aux rites de l'Église et suspendaient les crucifix la tète en bas. Il commença la persécution ; mais quelques seigneurs conjurèrent contre lui, et le firent mettre à mort (l). Les patarins avaient traité de même le frère Roland de Crémone, qui fut assassiné sur la place de Plaisance au moment où il prêchait ; Pierre d'Arcagnago, frère mineur, fut égorgé près de Bréar, et le moine Pagano de Lecca massacré avec ses compagnons comme il allait établir l'inquisition dans la Yalteline; d'autres encore eurent le même sort.
A Pierre de Vérone, révéré aussitôt sous le nom de saint Pierre martyr, succéda le frère Ranieri Saccone, cathare converti, qui rasa la Gatta, lieu de réunion des hérétiques, et fit brûler les cadavres de deux de leurs évêques, Didier et Nazaire, pour lesquels ils avaient une grande vénération. Son zèle ne se ralentit pas jusqu'au moment où Martin Torriano le fit chasser.
L'impiété fut combattue plus efficacement par ceux qui s'efforcèrent d'accroître la dévotion pour les objets qu'elle poursuivait de ses outrages. La compagnie des Laudesi (louanges, laudes ) s'était propagée de la Toscane en Lombardie. Jean de Schio commença le pieux salut du Soit loué Jésus-Christ. La vénération envers le saint sacrement s'accrut par des miracles. Ainsi l'on racontait qu'une jument affamée avait laissé l'avoine pour s'incliner devant l'hostie que montrait saint Antoine de Padoue ; que la cour de saint Louis , au moment de l'élévation, avait vu un enfant entre les mains du prêtre ; qu'à Florence, un prêtre ayant oublié dans le calice une partie du breuvage sacré , ce breuvage se trouva le lendemain converti en sang véritable.
Urbain IV, lorsqu'il était archevêque de Liège, y avait vu instituer la fête du saint sacrement ( Corpus Domini) ; devenu pape, il rétendit à toute l'Église, et saint Thomas d'Aquin composa le bel office de cette solennité.
.i"i.K.« ^^ ^^* J^ommage à la Vierge Marie de l'enthousiasme avec lequel les chevaliers révéraient la dame de leurs pensées ; le dogme de son immaculée conception fut vivement discuté entre les do-
(1) U fut enseveli à Saint- Eustorge de Milan, avec cette épitaphe, composée par saint Thomas d'Âquin :
Prseco, lucerna, pugilCkristi, populi, fideique, Hicsilet, hic tegitur, jacet hic mactatiis inique : Vox ovibiis du!cis,gratissima lux animonnn. Et verbi gladius, gladio crcidit catharorum, clc.
septembre.
KBÉDÉRin II. ■ 17.'{
minicains, qui le niaient, et les franciscains , qui le soutenaient; on t.'omposa un psautier en son honneur sur le modèle de celui de David. Saint IJernard, IMerreDamien, Bonaventure , parlèrent de Marie avec une expression passionnée, qui rappelle celle de l'époux du Cantique des cantiques ; ce fut à qui l'entourerait de la poésie du pardon et des exaltations de la tendresse. Saint Dominique introduit le Rosaire, dévotion qui devint bientôt populaire ; ce qui prouve qu'elle était en harmonie avec les besoins du temps et les sentiments de l'homme (1) ; interrompue après la terrible peste de 1350, elle fut renouvelée par un autre dominicain, Alain de la Roche. Plus tard on la rattacha au souvenir de la victoire deLépante, qui décida de la supériorité des chrétiens sur les Turcs, au moment même où tout le monde catholique récitait cette simple formule de salut, de congratulations, de tristesse affectueuse et de prière.
Marie inspire les œuvres d'art de cette époque ; son scapuiaire, propagé par les carmes , orne leur poitrine comme un vœu de sainte résistance aux passions. Aux trois ordres du Carme!, des Servîtes et de la Merci, fondés sous ses auspices , s'adjoint celui des frères Gaudents (2), nés en Languedoc , et qui passèrent en Italie, où ils se lirent particulièrement remarquer. Ils continuaient à vivre dans le monde et le mariage , « avec la seule obligation de haïr et de fuir le vice , de désirer et de suivre la vertu , avec une règle d'une extrême douceur, donnée en signe d'honnêteté, pour la rémission de tout péché, et comme gage de la vie éternelle. » (FnÈRi: GuiTTONE. )