FRÉDÉRIC IL
Plaisance, Vérone, Milan, Brescia, Faenza, Mantoue, Vtneeil, Lodi, Jîeriïaine, Turin, Alexandrie, Vicence, Padoue, Trévise, se jurèrent alliance pour vint^t-cinq ans, «'engageant à s'indemniser réciproquement de tous dommages. Le traité fut exécuté aussitôt, et tout prit un aspect hostile ; chacun fit des préparatifs en armes et en approvisionnements ; les communications avec les villes gibelines furent interrompues, et les citoyens reçurent défense de traiter avec l'empereur, comme aussi d'en recevoir des ordres ou des présents (i).
Alors Frédéric jeta le masque, et, soutenu par Reggio, Modène,
à quelque personne ou place confédérée par (luelqu'im en dehors de la ligue , ou leurs possessions occupées , toutes les villes, places et personnes de celle ligue seraient tenues de les aider, de les soutenir, et de leur restituer les choses enlevées. Et si cela ne se pouvait obtenir, elles seraient obligées de les indemniser elles-mêmes , tant du dommage que de la propriété, à l'arbitrage des recteurs ou de la majorité. Or, cela s'entendait des fiefs ou possessions situés dans le Marche , la Romagne , la Lombardie, et de ces évêchés ou districts, qu'ils fussent ou dussent être de ladite ligue. Si quelque personne était suspecte, et ne résidait pas dans les villes ou places de ladite ligue, les recteurs du lieu seraient tenus de les chasser aussitôt du district, sauf qu'il dépendait des recteurs de modérer les termes du statut , et d'avoir guerre avec quelque ville de la ligue, non confédérée contre Venise ni pour Venise. » Coiuo, II. (I) Serment du recteur delà ligue lombarde, renouvelé à Mantoue en 1226 : « IMoi, recteur, je jure par les saints Évangiles d'exercer avec bonne foi l'office qui m'est confié et les causes de la juridiction à moi soumises en vertu de l'office; d'agir d'accord avec les autres recteurs dans tout ce qui concernera l'état commun et l'utilité de toute ladite ligue et de chaque commune qui y entrera, de contribuer sans fraude à maintenir et conserver cette société et ligue; de ne rien manifester de tout ce qui sera traité, au détriment de qui que ce soit, sans l'autorisation de tous les recteurs ou de la majorité ; de ne rien prendre pour moi , ni directement ni indirectement , sous le présent régime, au détriment de ladite société, et, si quelque offre m'est faite, elle sera manifestée le plus tôt que je le pourrai à tous les recteurs de la confédération. Je prononcerai, dans les quarante jours de l'avis des autres recteurs, sur les plaintes qui seront faites soit à moi , .soit h mes collègues, selon la justice et la bonne coutume , à moins de juste empêchement ou délai ; avant que soit arrivé le moment de ma sortie d'office, je ferai en sorte qu'il soit nommé un autre recteur pour guider avec droiture cette société , et (pie celui-ci jure comme j'ai juré; je m'appliquerai uniquement à conserver le bien de l'universalité, non celui de quelques-uns. Je ferai tous mes efforts pour conserver la liberté de chaque commune de cette ligue, et pour défendre ser, biens contre tous et chacun. J'observerai de môme toute autre condition du statut, sauf le cas où, de comnmn accord entre tous les recteurs, ou par la majorité de ceux-ci, il serait changé quelque chose à mon serment , seul cas où j\'n serai absous; pour ce ((ui aurait été ajouté ou changé, je serai tenu d'observer les actes susdits. » Corio, II.
J84 nOUZIÈME ÉPOQUE.
Parme, Crémone, Asti, Lucques et Pise, il se mit en marche à la tète de toutes ses forces; mais Faenza et Bologne lui fermèrent leurs portes, ce qui l'obligea de dresser ses tentes dans la campagne ; puis des forces imposantes lui barrèrent le passage, et le forcèrent de revenir sur ses pas. Il envoya des propositions aux villes confédérées; mais, sur le refus d'y accéder, il les mit au ban de riempire, et les fit excommunier par le légat du pontife. De plus, il défendit d'aller étudiera Bologne, coup sensible pour une ville qui vivait sur ses douze mille écoliers.
Les confédérés ne se montrèrent pas découragés ; mais le pape Honorius, toujours préoccupé de la croisade, s'interposant 1227. alors dans le conflit, amena la conclusion d'une paix par laquelle Frédéric s'engageait à révoquer le ban publié contre la ligue; la seule obligation imposée aux Lombards fut de se réconcilier avec les Gibelins et de fournir quatre cents hommes pour le passage d'outre-mer.
Honorius ne put voir l'expédition désirée pour laquelle Frédéric l'avait trompé tant de fois, sans jamais lasser sa bonté ; elle était si grande, cette bonté, que, son légat à Constantinople lui ayant écrit qu'on ne pourrait remédier au schisme autrement que par rigueur, il lui défendit d'y avoir jamais recours, ne voulant protéger la foi que par la prière, l'instruction, le bon exemple et la patience.
Mars. Sou succcsseur Grégoire IX, issu des comtes de Sigua, très-
énergique encore malgré ses quatre-vingt-cinq ans, parut rajeunir lorsqu'il fut devenu dépositaire des clefs éternelles. Il se fit couronner avec une pompe inaccoutumée, et en prolongea les fêtes durant sept jours; le septième, après avoir célébré la messe à Saint-Pierre, il fit une grande procession, dans un costume magnifique, deux couronnes en tète, monté sur un cheval ricliement enharnaché, dont le préfet de Rome et le sénateur tenaient la bride. Les cardinaux le précédaient ; à sa suite venaient les juges et les officiers, en brocart d'or, puis une foule de peuple. H entra ainsi dans le palais, au milieu des acclamations, dos palmes et des branches d'olivier, comme s'il eût célébré le triomphe de l'autorité papale, qui jamais en effet n'était montée plus haut.
La longanimité d'Houorius envers un prince fourbe et sans foi comme Frédéric parut intolérable à la fermeté active de Grégoire IX ; ce pape intima aux villes lombardes l'ordre de se maintenir eu paix, et à Frédéric celui de se décider au départ, après
Il août.