‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 28 sur 102 · FRÉDÉRIC II. I · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II. I

lui avoir fait épouser ( car Constance était morte ) Yolande, lille de Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem, dans l'espoir de faire cesser ses temporisations. Frédéric mit alors la croix dans son écusson, prit le titre de roi de .iérusalem, et, ne trouvant plus d'excuses à alléguer, il s'embarqua à Brindes ; mais aussitôt, soit maladie réelle qui aurait éclaté à son bord, soit mauvais vouloir, il se fit remettre à terre, et renvoya l'entreprise à l'année suivante.

Le pape lança alors contre lui l'excommunication. Frédéric, qui s'y était soumis d'avance pour le cas où il manquerait à sa promesse, allégua d'abord des excuses, et partit enfin, mais avec fort peu de monde; puis, arrivé à Saint-Jean d'Acre, il con- ujg. duisit l'entreprise avec lenteur, comme nous l'avons raconté ailleurs.

Grégoire vit un double outrage dans le retard qu'il avait apporté à obéir, et dans le fait d'avoir entrepris une guerre sainte sous le coup d'une excommunication ; il le poursuivit donc de ses interdits jusqu'en Palestine, de telle sorte que personne ne lui obéissait, outre qu'il était contrarié par les évéques elles ordres militaires. L'accord fait par lui avec Malek-al-Kamel parut au pontife une impiété, et son couronnement par lui-même sur le saint sépulcre, une odieuse profanation.

Le pape expédiait des légats en Sicile, plaignant ces peuples qui, sous la tyrannie d'un nouveau INéron, perdaient jusqu'au désir de la liberté; il leur faisait dire que Dieu ne les avait pas placés sous un ciel si riant pour traîner des cbaînes honteuses. Il réclamait eu même temps des secours des confédérés lombards ; ayant, ainsi réuni une armée, il en confia le commandement à Jean de Brienne, qui, sous l'étendard des clefs saintes, entra dans le royaume de son gendre en dévastant le pays.

Frédéric, à ces nouvelles, revient en hâte de la Palestine, et fait prendre les armes à ses fidèles Sarrasins et aux troupes allemandes qu'il a ramenées. A leur tête, il met en déroute les forces pontificales, recouvre les places du royaume, envahit les Etats du pape, tue ses partisans, et lui suscite des ennemis dans Rome même. Les prélats romains se résignaient avec peine à supporter les dépenses de la guerre , et les villes lombardes regrettaient de se trouver entraînées dans une guerre offensive ; on parla d'arrangement, et, après de longues discussions, on annonça , au son des cloches , que l'empereur accordait un

iî3o. pardon général, qu'il révoquait le ban lancé contre les villes ssjuiiict. loml3J^^(|es^ et que, pour obtenir l'absolution, il promettait que les élections aux bénéfices seraient faites couforménaent aux lois ecclésiastiques.

Ce n'était pas une paix, mais plutôt une halte pour reprendre haleine, puisque des deux côtés les ennemis se préparaient à tenter un dernier effort. La tempête grondait plus que jamais en Italie : Venise faisait la guerre à Ferrare, Padoue à Vérone, Mantoue et Milan à Crémone, Bologne à Modène, Parme à Pavie, Florence à Sienne, Gênes à Savone, Prato à Pistole; certaines familles féodales, devenues très-puissantes, guerroyaient, soit entre elles, soit contre différentes villes, et le .nom de l'empereur ou celui du pape servait de prétexte aux haines ou aux ambitions privées.

1231. Frédéric convoqua une diète à Ravenne, où il appela les dé-

putés des villes, en même temps qu'il faisait venir d'Allemagne son fils Henri avec une armée; mais les villes, se tenant sur leurs gardes et ne se fiant pas plus aux promesses de l'empereur qu'à celles du pape , mirent les passages en état de défense, ce qui arrêta Henri au delà des Alpes; alors Frédéric mit de nouveau les villes confédérées au ban de l'Empire, et annula tous les droits qu'elles avaient pu obtenir jusqu'alors.

1233. Le pape s'interposa de nouveau, et, accepté pour arbitre, il se

prononça pour que l'empereur oubliât toute offense, révoquât la proscription prononcée, indemnisât ceux qui en avaient souffert ; de leur côté, les Lombards devaient réparer les dommages causés à l'empereur et aux siens, et, pendant deux ans, entretenir cinq cents chevaux en terre sainte.

Frédéric se récria contre cette sentence, qu'il jugeait partiale et offensante pour la majesté impériale; mais, pour le pontife, les républiques étaient des corps politiques légitimes et reconnus par l'Église; bien plus, celles-ci soutenaient n'avoir porté atteinte à aucun droit impérial en formant une ligne autorisée par le traité de Constance.

Le pape se trouvait, de son côté, dans des circonstances critiques. Les Romains lui refusaient le droit d'exiler un citoyen , exigeaient le payement d'une rétribution que de temps immémorial la cité percevait de l'Église, et voulaient astreindre les ecclésiastiques à paraître devant les tribunaux séculiers ; enfin ils contestaient au pontife la souveraineté temporelle. Dès

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lors celui qui commandait aux rois de la terre se trouva contraint de se réfugier à Pérouse, et Home redevint république; Luc Savelli, sénateur, sonsjea à former une confédération de la Toscane et de l'Italie centrale pour les soustraire à la domination pontificale, ainsi que les Lombards l'avaient fait pour l'autorité impériale.

Dans ce but, on demanda l'appui de Frédéric; mais celui-ci, redoutant plus encore la liberté que le pape, offrit son secours au pontife, et lui laissa un corps de troupes napolitaines pour subjuguer les Romains. En reconnaissance de ce service, le pape s'employa à obtenir des Lombards des conditions plus satisfaisantes pour l'empereur; mais ils laissèrent passer le terme fixé pour accepter sa médiation, et de nouvelles complications la rendirent sans effet.

Le contre-coup de ces événements se faisait sentir en Allemagne. Henri, que Frédéric y avait laissé à la tète du gouvernement, manquait de l'énergie nécessaire , et, flatté dans son ambition, il songeait à s'élever aux dépens de son père. Dans ce but, il cherchait à se concilier le peuple. Une constitution publiée à Worms réduisit en loi ce qui n'avait été jusqu'alors qu'une coutume, savoir, l'obligation pour l'empereur de consulter lescomtes, lesévéques, les ducs et les personnes notables sur les intérêts généraux, ce qui faisait de l'Empire une république; il délivra même d'une entrave les gouvernements municipaux, en supprimant les maîtrises qui s'étaient formées dans les villes.

Frédéric adressa des reproches à son fi!s, qui promit de mieux faire à l'avenir, et plusieurs seigneurs se portèrent garants de sa promesse; mais, bien loin de tenir parole, il en vint à une révolte ouverte, et, mal secondé par les Allemands, il eut recours aux villes lombardes, qu'il excita à ne pas entrer en arrangement avec son père. Il fut salué roi par Milan, Brescia, Bologne, Novare, Lodi et par le marquis de Montferrat , qui lui offrirent cette couronne toujours refusée à Frédéric; ces villes, en retour, obtinrent de lui la confirmation de tous leurs privilèges, et la promesse qu'il aurait pour amis et pour ennemis ceux de la ligue.

Alors éclate une guerre* civile : le pape désapprouve le iiis rebelle, et les villes et les principautés se divisent en factions. Frédéric, quittant la Sicile, où il avait du réprimer les insi'.rrections toujours renaissantes, traverse désarmé la Lombardie, qui ne veut pas profiter de son humiliation, et se rend à Ratisbonne.

Là soixanie-dix prélats et princes déclarent Henri coupable de félonie, et se disposent à le faire rentrer dans le devoir. Ce prince vient alors implorer le pardon de son père, qui le lui accorde par l'entremise du grand maître de l'ordre Teutonique; mais de nouvelles perfidies dont il est convaincu décident l'em-

i2>î- pereur à le faire arrêter et transférer dans le fort de Saint- Félix en Fouille, où il succomba quelques années après.

inéte Frédéric convoqua à Mayence une diète, où se trouvèrent

de Mayt'ncc. '■ '' '

15 août, quatre-vingts princes ou prélats et douze cents seigneurs. Henri fut déposé dans les formes , et la question pendante entre les deux familles guelfe et gibeline reçut une solution définitive, au moyen d'un arrangement par lequel Othon, dernier Guelfe survivant, reçut de l'Empire les terres dont se forma le duché de Brunswick.

Cette diète de Mayence s'est rendue mémorable par la sagesse de ses mesures et par ses lois pour assurer la paix publique, les premières qui aient été rédigées en allemand. Frédéric confirma les constitutions données à Worms par son fils ; il créa un juge de cour [hofrichter, frìjìiianìi) pour juger journellement les différends portés devant son tribunal, à l'exception des causes féodales.

La magnificence qu'il avait déployée dans cette diète éclata bien plus encore à l'occasion de son mariage avec Isabelle, fille de Jean sans Terre, roi d'Angleterre. Un nombreux cortège de chevaliers et de barons alla en grande pompe recevoir la princesse à la frontière ; partout le clergé sortait à sa rencontre, au son des cloches; a Cologne, dix mille bourgeois à cheval, couverts d'armes et d'habits magnifiques, vinrent lui servir d'escorte, tandis que, sur des chars couverts de tapis et d'étoffes de pourpre, des orgues cachées faisaient entendre leurs concerts. Toute la nuit, des chœurs de jeunes lilles chantèrent sous les fenêtres de la royale fiancée. Quatre rois, onze ducs, trente comtes et marquis assistèrent à la cérémonie nuptiale ; les dons furent proportionnés à la dignité des nobles invités. Frédéric, entre autres présents, offrit à son beau-père trois léopards amenés d'Orient, et qui faisaient allusion aux armes d'Angleterre.

fsabelle fut épousée par procuration par Pierre des Vignes, ensuite par le roi lorsque les astrologues déclarèrent le moment favorable; elle apportait en dot 30,000 livres sterling, qui représenteraient aujourd'hui 1,1 «n, 000 Ir. Tout le val de Mazara

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