FRÉDÉRIC IT
Ini fut assigné avec pleine domination; dans son palais , elle était servie par des eunuques maures et siciliens (1).
A Vienne, qu'il avait déclarée cité libre, après avoir humilié le duc d'Autriche, Frédéric le Belliqueux, l'empereur fit élire roi des Romains son fils Conrad, puis se dirigea vers l'Italie; mais les princes de l'Empire fournissaient de si mauvaise grâce des troupes pour des expéditions sans aucun intérêt pour eux, qu'il dut s'en procurer en les prenant lui-même à sa solde. Il associa la pesante cavalerie allemande, toute bardée de fer, à ses escadrons sarrasins, dont les évolutions rapides étaient réglées par les mouvements lents d'un éléphant sur le dos duquel était arborée leur bannière, et qui leur tenait lieu de carroccio.
Les Lombards n'avaient à lui opposer que les milices du pays, milices qui, composées d'artisans et de paysans réunis au moment du besoin, n'étaient pas exercées à la froide constance des batailles régulières. Ils évitaient donc de se mesurer avec l'empereur en rase campagne, préférant l'attendre à l'abri de leurs murailles; or, comme une chaîne de places fortes se prolongeait des Alpes au Pô, il était aussi long et pénible de les prendre l'une après l'autre que dangereux de les laisser derrière soi.
Les villes guelfes resserrèrent leur alliance et formèrent une caisse commune ; Frédéric, de son côté, recherchait l'appui des seigneurs qui avaient établi leur tyrannie sur certaines villes. Au premier rang de ces despotes était Ezzelin de Romano, successeur d'Ezzelin le Moine, son père. Doué d'une fermeté qui 'T2Ï5.' ne s'arrêtait ni devant l'effusion du sang, ni devant la nécessité d'un crime, il était devenu la terreur de la marche de Trévise. Il avait déjà ajouté au domaine paternel Bassano et Trévise ; puis, avec l'aide de sou frère Albéric, il s'était emparé encore de Vérone et de Padoue. Les deux frères avaient pour adversaire Azzo d'Esté, qui, outre le territoire dont il tirait son nom, possédait Montaguana, Badia, Rovigo, avec la Polésìne du Sud, et jouissait en outre de la faveur de tout le parti guelfe.
L'arrivée de Frédéric fut pour Ezzelin, qui avait épousé sa fdle naturelle, une occasion de l'emporter sur son rival ; il ouvrit donc les portes de Vérone à l'empereur, qui, réunissant à ses dix mille Sarrasins les Gibelins de Crémone, de Parme, de Reggio et de Modène, défit les troupes du marquis d'Esté, s'empara
(I) Mathus Pvri.;, Untone rnujlaìse, p. /i02.
Ezzelin.
1237. de Vicence, assujettit Mantoue, et dévasta le Brescian. Les Mis7 novembre. jj^,j^j^^ accourus avec Ics Guelfcs de Brescia, de Bologne et de Vicence, se laissèrent surprendre par l'empereur à Corte-Nova, dans le Crémasque. La journée resta indécise; mais, voyant qu'ils ne pourraient résister à une nouvelle attaque, les Guelfes songèrent à la retraite, en abandonnant le carroccio^ qu'ils n'auraient pu ramener par un sol fangeux, après l'avoir toutefois entièrement dégarni. Frédéric se glorifia de ce trophée, qu'illit traîner dans les villes à la remorque de son éléphant, et déposer ensuite dans le Capitole, où on lit encore l'inscription pompeuse par laquelle il voulut immortaliser sa victoire, tandis qu'il n'éternisait que sa frayeur et la vaillance des Lombards.
Il n'y avait pas eu de victoire en réalité, et, si plusieurs cités perdirent courage, Milan n'hésita point dans sa résistance ; Brescia fit lever le siège que l'empereur avait mis devant ses murailles et qu'il poussait avec acharnement ; d'un autre côté, pour se venger de Frédéric, qui avait fait décapiter le podestat de Milan, fils du doge Tiepolo, la république de Venise se déclara contre lui. Grégoire IX, mécontent aussi de la dureté dont il usait à l'égard des villes lombardes, des prétentions qu'il élevait sur la Sardaigne, de la faveur qu'il montrait pour les Sarrasins, de ses actes arbitraires en Sicile, de son aversion constante pour l'Église et de la violation du compromis, s'allia avec les Vénitiens, en leur cédant tout ce dont ils s'empareraient en Sicile.
Frédéric, bien qu'il dissimulât ses sentiments, conservait une invincible antipathie pour le saint-siége, dont la suprématie, à ses yeux, se fondait sur la crédulité des peuples et l'astuce des papes; c'était pour lui une protection incommode, une puissance rivale, une souveraineté humiliante. Il regardait l'Italie comme son héritage ; il écrivait à un prince italien que tous ses efforts avaient pour objet de soumettre la Péninsule, comprise entre ses États, et de la rendre encore partie intégrante de l'empire, comme le royaume de Jérusalem, héritage de son fils Conrad, et comme la Sicile, héritage de sa mère (1). Ce n'était donc pas seulement le Milanais qu'il voulait assujettir, mais encore l'Etat de l'Kglise; il ne restait au pape qu'à se réfugier à l'étranger, ou bien a se plier aveuglément à la volonté d'un maître qui tantôt en ferait un instrument de sa politique, ou tantôt l'opprimerait par haine contre l'Église.
(1) SiGOKius, De regno ital., livre 1, p. 80.
C'jcommuniu.