‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 32 sur 102 · GRAND INTERRÈGNE · texte numérisé non relu

GRAND INTERRÈGNE

lien de grand dans les cinquante années qu'il fut roi de Sicile , et dans les trente-cinq qu'il réena comme empereur; mais, comme le disait saint Louis , il fit la guerre à Dieu avec ses dons, et , pour employer les expressions du chroniqueur Salimbeni , il aurait été sans égal sur la terre s'il se fût soucié de son âme. Il suffit, en effet, de comparer les premiers temps de son règne, lorsqu'il était non pas seulement ami de TÉglise , mais sous la tutelle du saint-siége, avec les vingt dernières années de sa vie, durant lesquelles il fut hostile à l'autorité spirituelle. Dans un monde qui agissait encore sous l'influence de la foi, il voulut implanter la politique matérialiste, en faisant proclamer par Pierre des Y ignés que l'Empire pouvait disposer des choses humaines et divines. Il visita le sépulcre du Christ comme allié des musulmans , s'entoura d'odalisques et de Sarrasins, et parut se complaire à la civilisation orientale , qu'il préférait à celle des chrétiens.

Cette révolte contre la force vitale du christianisme ne pouvait être tolérée dans un siècle croyant ; dès lors , en lutte contre l'opinion , Frédéric dut s'appuyer sur les hommes les plus détestables, et recourir à des moyens qui répugnaient à sa nature. Il put reconnaitre avec quelle imprévoyance il s'était immiscé dans les affaires de la haute Italie, où, sans pouvoir réussir à faire reculer ni les villes ni les seigneurs, il leur apprit même le secret de ce qui leur manquait pour se soutenir.

Les Allemands l'accusent avec plus de raison d'avoir négligé leur pays pour assujettir l'Italie. Frédéric le considérait presque comme une province, tandis qu'il aurait pu réunir à l'empire tout le nord et l'orient de l'Europe , en répandant la civilisation parmi la race slave , sur laquelle prédominait alors partout la race germanique. Entraîné par le vain caprice de rabaisser les papes , ou pour constituer un royaume à sa famille , il laissa s'éclipser la splendeur de l'empire, laquelle depuis ne se raviva plus.

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