‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 35 sur 102 · FIN D£ LA GUERRE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

FIN D£ LA GUERRE DES INVESTITURES

la forme du conclave; puis il réunit à Lyon le quatorzième con- ,274. Cile général, à l'effet de provoquer une nouvelle croisade et d'ob- 17 juiiiêt. vier au schisme de l'Église grecque.

Othon, vice-chancelier de Rodolphe de Habsbourg, se présenta devant l'assemblée pour terminer le différend qui durait depuis soixante-dix ans. En conséquence, il jura que l'empereur accomplirait les promesses d'Othon IV et de Frédéric II ; qu'il renoncerait absolument aux terres en litige entre l'Empire et l'Église; qu'il n'accepterait aucune tenure ecclésiastique, quand même elle lui serait offerte, ni aucune charge dans l'État romain sans l'assentiment du pape ; qu'il ne troublerait ni le l'oi de Sicile ni les autres vassaux de l'Église, et ne chercherait pointa venger la mort de Conradiu.

Grégoire X, de son côté, promit de faire eu sorte qu'Alphonse de Castille renonçât à l'Empire et au duché de Souabe ; puis, dans une entrevue à Lausanne avec Rodolphe, il obtint de lui la 1275. promesse qu'il prendrait la croix avec sa femme , et viendrait, l'année suivante, se faire couronner à Rome, deux choses qu'il n'exécuta jamais.

La domination réelle du pape sur une bonne partie de l'Italie demeurait donc reconnue ; on a vu cependant combien il avait peu de pouvoir à Rome, où il se voyait tantôt insulté, tantôt chassé, parfois rappelé d'un ton menaçant, ou bien réduit à être témoin de l'accueil fait à ses ennemis. Grégoire X lui-même dut sortir de la ville pour aller s'établir à Arezzo, où il mourut en odeur de sainteté. Alors fut élevé au pontificat le savant théo- 1276. logien Pierre de Tarantaise, qui régna à peine six mois sous le nom d'Innocent V; puis, sous celui d'Adrien V, Ottobon Fieschi, qui abrogea la constitution de Grégoire X sur le conclave, et mourutavantmême d'avoir été ordonné prêtre. Enfin, après lui, Pierre-Julien de Lisbonne, médecin et astrologue habile, qui prit le nom de Jean XXI, ne tarda point à mourir, écrasé sous le plafond de sa chambre.

iNicolas III (Gaétan Orsini), élu après huit mois de débats, s'éleva contre Rodolphe, qui, pendant la vacance du saint-siégc, avait envoyé ses délégués recevoir l'hommage de la Romagne. 1277. Instruit, par l'exemple de ses prédécesseurs, à ne pas combattre pour un royaume éloigné et pour une autorité à peu près nominale, Rodolphe reconnut la souveraineté du pontife par une acte signé des électeurs eux-mêmes, et dans lequel il était déclaré J2«. que Pologne, Imola, Faènza, Forli, Forlimpopoli, Cesène, Ra-

veune, Rimini, Urbin, la Sicile, la Corse et la Sardaigne appartenaient à l'Église. Ainsi disparaissait le germe des dissensions entre l'Empire et l'Eglise, qui, tout en conquérant sa liberté, affranchissait aussi l'Italie des empereurs, dont elle faisait cesser toute prétention a la suzeraineté de la Péninsule, et réalisait la pensée constante du parti guelfe. Nicolas avait en outre conçu le vaste projet de partager l'ilmpire en quatre royaumes héréditaires : le trône d'Allemagne serait resté à la descendance masculine de Rodolphe; le royaume d'Arles aurait appartenu à Clémence, safille, mariée à Charles Martel, la Lombardie et la Toscane à deux neveux du pontife.

Quelles auraient été les conséquences de ce plan? De quel droit répartir ainsi les peuples et les assigner comme un héritage? Avant tout, la chose eût-elle été possible? Nicolas en fit la proposition à Rodolphe; mais sa mort mit fin à toute négociation à cet égard.

L'Eglise, qui, tout en paraissant vaincue à l'époque de sa première guerre avec l'Empire, en était sortie défait extrêmement puissante, commença sa décadence à partir de ce traité de paix ; en effet, on pouvait appliquera sapuissance ce que saint Thomas d'Aquin répondait à Innocent IV quand ce pontife, lui montrant aan trésor bien rempli , ajoutait : Vous voyez qite nous ne sommes plus au tem pu où saint Pierre (lisait ; « Je n'ai ni or « ni argent. * — Oui, répliqua le saint, mais nous ne sommes pas non plus au temps où saint Pierre disait au paralytique : « Lève- toi, et marche. »

L'Église avait pu accumuler de grandes richesses , tant en liiens-fouds, provenant de seigneuries et de pro^inces entières, reçues en don ou achetées aux barons qui passaient outre-mer, qu'en argent provenant des dîmes, qui s'étendaient jusque sur le commerce, sur le butin fait en guerre, que dis-je? sur le misérable gain des meudiaiits et sur le salaire honteux des prostituées.

L'exemption d'impôts dont jouissaient, sous la féodalité, les iiDiBunités. biens des ecclésiastiques, de même que ceux des feudataires, vint à cesser, attendu que le^ communes, obligées de se taxer, appelèrent le clergé a supporter sa part des charges d'un gouvernement dont il recueillait aussi les avantages. On n'y trouva pas d'abord d'incon\énient; mais, soit qu'il y eût injustice dans la répartition, soit que les guerres fréquentes des communes, surtout en Italie, rendissent cette obligation excessivement oné-

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reuse, les ecclésiastiques s'en plaignirent amèrement. Le troisième (U 79) et le quatrième concile de Latran (1215), leur \euant Qi\ aide, défendirent d'asseoir aucunes taxes sur le clergé, lequel ne devait contribuer aux charges publiques qu'autant ((u'i! le jugerait utile à l'intérêt général. Les conciles postérieurs de Narbonne (1227) et de Toulouse (i219) défendirent d'imposer la personne des ecclésiastiques et leurs biens, même ceux, qui provenaient d'héritage, comme aussi d'exiger aucun droit de péage, soit pour eux, soit pour leurs bagages, saufs les objets de commerce.

Mais certains Etats apportèrent des restrictions à une immunité aussi étendue ; or, comme il était établi que les évêques auraient à consulter le pape sur l'opportunité de subvenir aux besoins de l'État , les rois s'adressèrent au pontife pour réclamer les dîmes, et le pape les leur accordait avec moins de difficulté que les évêques, sur qui en retombait le poids. Le saint- siège avait déjà accoutumé le clergé à ces sacrifices durant les croisades, puis à l'occasion de ses propres besoins; il était même arrivé que, les églises d'Angleterre ayant refusé de payer une grosse contribution mise par Alexandre IV, ce pontife s'en fit avancer le montant par des banquiers italiens, au moyen d'une hypothèque proportionnelle sur les biens de chaque église et de chaque monastère. Enfin les rois, après avoir obtenu la faculté de lever des dîmes pour frais de guerre, ne tardèrent point à se passer de l'autorisation pontificale; et c'est ainsi qu'un préjudice perpétuel résulta pour l'Église de ses triomphes momentanés.

Quelques pays assignèrent également des limites à l'acquisition des immeubles par le clergé, comme lit l'Angleterre par le statut de mainmorte. Partout aussi disparut l'usage qui avait prévalu dans l'Eglise, de récompenser certains services par l'investiture de biens ou d'offices, puisqu'ils finissaient par devenir héréditaires, et se trouvaient ainsi perdus pour elle. Les a\ ocats et les vidâmes eux-mêmes , protecteurs laïques des Églises, étaient arrivés a s'en faire les tyrans ; ils s'attribuaient les dîmes inféodées, élevaient des châteaux au milieu des domaines ecclésiastiques, et se livraient impunément à leurs exactions.

Les gouvernements cherchaient à intervenir dans les décisions des cours ecclésiastiques, qui , ne prononçant presque jamais de peines corporelles, réprimaient mal les délits sur les-

quels elles avaient à statuer. Les tribunaux même de l'inquisition mirent l'Église dans une certaine dépendance des laïques, dont il leur fallait réclamer le bras pour l'exécution de leurs sentences.

Discipline. L'intcrveution séculière parut d'autant mieux justifiée que la conduite du clergé était moins exemplaire. Dans les rangs élevés, il conservait les habitudes de l'éducation séculière et un luxe effréné, que nous avons vu servir de texte aux diatribes des Albigeois et des troubadours. Le troisième concile de Latran représente aux prélats combien il est inconvenant de voyager avec un train aussi nombreux, et de consommer dans un repas le produit annuel de l'Eglise qu'ils visitent (l) ; il leur recommande ailleurs la discrétion, afin de ne pas grever démesurément les paroisses en parcourant les diocèses ; il veut que les archevêques se contentent de quarante ou cinquante voitures, les cardinaux de vingt-cinq, les évêques de trente ou quarante, les archidiacres de cinq ou sept, les doyens de deux chevaux : tous d'ailleurs doivent s'abstenir de conduire avec eux des chiens de chasse, des faucons et autres oiseaux de proie. Le quatrième concile de Latran (2) leur défend les habits trop courts qui laissent les membres découverts, ou les habits trop longs qui traînent sur le pavé; il leur interdit l'or, les anneaux ou autres joyaux, à moins que ce ne soit en signe de dignité, et aussi les boucles et chaînes dorées ; il veut que les prélats qui n'appartiennent point à un ordre monastique portent toujours sur leurs habits de laine un surtout blanc.

Plusieurs autres constitutions postérieures limitèrent , au moins sur le papier, le luxe du clergé; un concile de Nantes, (1264) voulait que les évèques se contentassent, dans leurs visites diocésaines, de deux mets seulement, et, que si on leur en servait plus, l'excédant fût distribué aux pauvres (3).

(1) Année 1179, can. IV.

(2) Année 1215, can. XV[. Saint Bernard écrit à Eugène III que son légat a rançonné, des Alpes aux Pyrénées , les églises de France comme aurait pu le faire une horde de Hongrois.

(3) Labbi;, XI, 826. Quatre cents ans plus tard , Lazare Carafino, évéque de Corne, ordonnait que, pour la réception de l'évdque, ou s'abstînt des décharges d'arquebuses et de mortiers, et « même de faire sur le lac ces joutes de barques entre confréries ou autres , en allant à .sa rencontre ; » que le service se composât d'un hors-d'oeuvre de fruits ou autre , d'un potage, d'un ou deux plats au plus, et du dessert, à l'exclusion de tous mets délicats , du sucre et d'épices, sauf le poivre.

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Le clergé inférieur perdait de son côté en considération ; les moines faisaient tous leurs efforts pour se soustraire à la juridiction de l'ordinaire, et le pontife accordait cette dispense nonseulement aux monastères, mais encore aux congrégations, aux chapitres et même aux individus, sans parler des prêtres acéphales^ c'est-à-dire qui n'étaient attachés à aucun titre, mais qui, chapelains ou aumôniers de seigneurs , pouvaient vivre d'une manière plus libre et moins réservée. Alexandre III avait établi que tout évêque qui ordonnerait un prêtre sans titre serait tenu de l'entretenir à ses frais; mais les évêques éludèrent le décret, en se contentant qu'un clerc eut de quoi vivre, fût-ce même avec ses biens patrimoniaux.

L'introduction dans le clergé d'un ordre nouveau, celui des simples tonsurés, nuisit encore à sa considération ; car, comme ils n'avaient d'ecclésiastique que l'habit et le titre, ils menaient une existence toute mondaine.

Robert Grosse-Tête, évêque de Lincoln, l'un des prélats les plus dévoués au saint-siége, défendit cependant contre ses prétentions les droits de son diocèse ; dans le premier concile de Lyon, il présenta un mémoire sur les maux de l'Église, maux qu'il imputait aux mauvais pasteurs, en accusant le pontife de les choisir mal; il s'élevait en outre contre l'abus des exemptions, contre les appels, contre la vénalité de certains officiers pontificaux. Le pape ordonna que ce mémoire fût lu en plein consistoire (l).

L'usage réitéré des excommunications et des interdits en diminua la redoutable efficacité ; si Grégoire VII avait dû adoucir les pénitences imposées aux réprouvés, on reconnut plus tard la nécessité d'encourager au bien par des récompenses spirituelles. Des indulgences furent en conséquence accordées à des actes qui n'étaient pas toujours méritoires, ni même toujours justes.

Nous avons vu et nous verrons encore combien de désordres avaient causés les mariages contractés aux degrés prohibés. Dans l'origine, ils étaient défendus jusqu'au septième degré, d'après le droit civil, c'est-à-dire à partir de la souche commune jusqu'aux contractants , ce qui embrassait les troisièmes cousins. Alexandre H introduisit la manière canonique de compter les générations au lieu des personnes, ce qui étendait la prohibition jusqu'au quatorzième degré civil. Il en résultait que dans certains

(I) Li>c\un, m, 3.

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villages, tous se trouvaient parents ; or, comme on ne tenait pas de registres, et qu'il était difficile de garder un souvenir exact de parentés aussi compliquées, on contractait des unions interdites ; puis, quand l'amour avait fait place à la satiété, les époux faisaient connaître l'empêchement dissimulé d'abord, et les lois ecclésiastiques déliaient des nœuds que l'Église veilla toujours a conserver indissolubles. Ces abus forcèrent le quatrième concile de Latran de revenir à l'ancien mode, qui prohibait seulement le mariage jusqu'au quatrième degré du droit canonique.

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