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CHAPITRE IX

l'itami; Al'lîfS L\ FIN I)i: H MAISON nE SOIABE. — TVKANS.

Au milieu des agitations générales , chaque contrée d'Italie continuait à développer sa constitution particulière, née de la fusion des éléments nationaux avec ceux de la conquête, et de la lutte qu'elle avait soutenue d'abord contre les evéques et les comtes pour se soustraire à leur juridiction, puis contre les armes allemandes et contre les ambitions indigènes, pour défendre sa liberté. Triompher d'un pouvoir guerrier, mettre un frein à une autorité illimitée, restreindre les immunités du clergé et les privilèges de la noblesse, arracher à d'anciennes familles leurs possessions ou leur puissance, affranchir les esclaves, construire l'édifice nouveau avec des ruines cimentées de sang, telle avait été la mission de cette époque, et, pour la remplir, elle dut nécessairement traverser de terribles tempêtes; mais ces orages de la liberté, qui effrayent les âmes timides, sont un noble et grand spectacle pour ceux qui croient qu'une des plus belles tâches de l'histoire est de peindre les hommes dans les circonstances où leur esprit est le plus agité, où leurs passions sont le plus exaltées.

Pressé parla nature de notre travail, nous ne pouvons qu'indiquer les points capitaux qui marquent le passage des républiques aux principautés (1). Comme nous l'avons dit, les républiques ne .wi^nnes. détruisirent pas les fiefs, mais leur enlevèrent une grande partie de leur importance politique, en les réduisant à une forme privilé-

(1) L'auteur divoloppe fous ce^ points dans son Histoire des Italiens, Ira- (l\iite (lar Aiinaml Lacombc, cl qui vient île paraître cliez M. Didot.

l'iTALIE Al'RKS LA MAISON DE SOUABE. Hi'd

giée de possession. Dans quelques-unes, comme à Ciémone, Pervie, Milan, on pouvait les vendre librement sans le eousenteraent du seigneur suzerain, qui était néeessaire à Mantoue,à Vérone et ailleurs. Dans le Piémont et le royaume, les feudataires conservaient même l'entier et double empire, qu'ils attestaient par les potences dressées devant leurs châteaux, dans la hauteur desquelles chacun cherchait a se surpasser, au pointqu'oudut la modérer par des lois. Le patriarche d'Aqnilée, seigneur du Frioul et de l'Istrie, empêcha les communes de s'y former. Les marquis de Finale, en prêtant hommage à l'empire, tinrent dans la sujétion cette partie de la Rivière.

Le titre de marquis n'eut pas en Italie une signification aussi haute qu'en Allemagne; il indiqua des nobles qui acquéraient des titres de comtes sur leurs propres domaines, pour les distinguer des comtes qui étaient fonctionnaires du roi ou des évêques. Azzo il d'Esté, en 1097, avait le titre de marquis et comte de Milan ; Frédéric 1 le transmit à son neveu Obizzo, 1 184, en y ajoutant la marche de Gènes, ce qui (puisque ces villes étaient libres) signiliait qu'il en constituait sou vicaire pour soutenir les droits impériaux. Obizzo lui-même était vassal de l'évêque de Gènes, et son fds Mornello, de la ville; l'un et l'autre formaient une confédération avec les seigneurs de la Luuigiane, les comtes de Lavagna et d'autres.

Les marquis d'Esté possédaient, outre le château et la bourgade d'où ils tiraient leur nom, la seigneurie de Gavello, des domaines considérables sur les territoires de Padoue, de Vicence, Ferrare, Vérone, Brescia, Crémone, Parme, et en particulier dans la Lunigiane, dans les monts de la Toscane, dans la Modénois et le Plaisantin; ils s'avançaient jusque vers Tortone,. où ils confinaient aux terres des marquis de Montferrat. Quelquesuns de ces domaines étaient de francs-alleux; d'autres n'étaient que des fiefs ou des biens ecclésiastiques ; mais la puissance à laquelle la famille d'Esté s'était élevée lui permettait de les considérer comme lui appartenant en propre.

La chute des Ezzelin de Romano contribua à la grandeur de cette maison. Azzo VI enleva Ferrare à Salinguerra ; Modène et Reggio, puis Comacchio se soumirent volontairement ; mais les seigneurs d'Esté sévirent ensuite enlever Ferrare par le pape, et furent réduits à leurs possessions primitive d'Adria et de la Polesine.

On prétend que la maison de Savoie eut pour souche Humbert

desavoie. aux BlaDclies-Mains, auquel on donne pour père le Saxon Bé-

rold; vice-roi d'Arles, il obtint de Conrad de Sahque le Chablais, le bas Valais et Saint- Maurice (l). Ses successeurs y ajoutèrent de nouveaux domaines, entre autres Suse avec Turin, qui avait été soumis à ses propres évêques. auxquels Frédéric 1"" avait accordé l'immunité dans un rayon d'une mille. Voilà comment devint italienne cette famille, qui a beaucoup influé et qui pourra influer davantage sur les destinées de la Péninsule. Le marquisat de Suse tirait une grande importance de sa position. Adélaïde y ajouta le comté de Maurienne, et plus tard son fils Amédée II les réunit tous les deux à la maison de

1076. Savoie.

1226. Frédéric II nomma Thomas de Savoie son vicaire général en

Piémont et en Lombardie jusqu'au Lambro. Il conféra à son successeur, Amédée IV, le titre de duc de Chablais et comte

i23i. d'Aoste, et donna en mariage à son bâtard Manfred, qui fut roi de Sicile, une fille de ce seigneur. Amédée IV tomba de cette 1Î6B-68. haute position à l'arrivée de Charles d'Anjou, qui prit Turin. Pierre, son oncle, devenu baron de Vaud et protecteur de Genève, après avoir été ministre d'Henri III, roi d'Angleterre, prit alors le titre de comte de Savoie ; il reconquit les pays d'en deçà les Alpes, y compris Turin, et fut surnommé le jjetif Charlemagne. Sentant la nécessité d'être fort, il fortifia le pays, prit à sa solde des troupes, régla les finances et la justice.

Toujours ferme à soutenir le principe monarchique, la maison de Savoie comprima constamment les germes de liberté que l'exemple des pays voisins développait dans les villes subalpines; sans être ni guelfe ni gibeline, elle mettait à profit les différends des autres pour se consolider, étendre son autorité, accroître ses possessions et ses forces.

(1) Les généalogistes, pour (lalter la maison regnante de Piémont, ont voulu faire descendre Humbert de Witikind; d'autres, de Bérold de Saxe, petit-fds d'Othon Jll. Jl y a trois siècles , Ludovico della Chiesa prétendit lui assigner une origine italienne , opinion reprise ensuite par Napione , récemment par Cibrario. {Dell origine ilaliana et regia della Casa di Savoja, Turin, 1852.) Selon ces auteurs, Bérold ou Gérold, désigné comme père de Humbert, serait fils dOtlion-Guillaumo, duc de Bourgogne, lils d'Adalbert et pelit-fils de Bérenger, qui furent rois d'Italie, arrière-petit-fds de Gisia , fille de l'empereur Bi-renger l*"' , et deuxième arrière-petit-fiis d'Anscliaire , marquis d'Ivrée, fils de Guy de Spolète, frère de Guy, roi d'Italie. On voit qu'il ne manque à tout cela que Fanneau de jonction ; aussi le cbevalier Cibrario conclut-il en disant que « l'on attend des documents qui en fournissent la preuve directe. »

tyrans; 221

' Il n'est pas possible, dans une histoire générale, de suivre cette famille dans les divisions et les recompositions do ses diverses branches. La branche de Piémont eut à lutter contre la llorissante république d'Asti, laquelle fut donnée, verbalement du moins, par l'empereur Henri Vir, à Amédée V de Savoie, son beau-frère. L'ancienne et puissante république de Chieri, commandée par la famille Balbo, se défendit longtemps contre les seigneurs de Montferrat; puis, en 1347, elle se soumit aux comtes de Savoie, en réservant aux Balbo des droits importants.

La famille du marquis de Montferrat a été célébrée par les poètes, et des traditions romanesques se rattachent à son berceau. Deux nobles époux allemands se rendaient en pèlerinage à Rome, lorsque, arrivés dans le Montferrat, la dame est prise des douleurs de l'enfantement et met au monde un fds, qu'elle laisse dans le pays pour y être nourri. Tous deux meurent dans le voyage, et le jeune Aléram se fait un nom par sa valeur ; étant allé prêter le secours de son bras à Othon contre Brescia, il se fait aimer d'Adélaïde, fdle de cet empereur, et va se réfugier avec elle parmi les charbonniers des montagnes de la Ligurie. Les deux amants restent cachés jusqu'au moment où Othon pardonne au ravisseur, et lui assigne un marquisat entre l'Orbe, le Pò et la mer (i). A un autre siège de Brescia, Aléram tue, sans le connaître, son propre fds Otbon : de ses deux autres enfants, Boniface et Théodoric, seraient issues les familles de Bosco, Ponzone, Occimiano, Caretto, Saluées, Lancia , Chiavesaua , Ceva , Incisa ; un quatrième fils, nommé Guillaume, aurait été la souche des marquis de Montferrat.

Nous avons vu ces derniers prendre part aux vicissitudes de l'Italie supérieure ainsi qu'aux croisades; devenus les princes les plus illustres de ces contrées, leur alliance fut recherchée, leur inimitié redoutée. Le fjrand marquis Guillaume VII , fils de Marguerite de Savoie, marié à Isabelle de Glocester, puis à Béatrix de Castillo, donna la main de sa fille Yolande à l'empereur grec Andronic Paléologue ; selon le parti qu'il favorisait, il faisait pencher ia balance en faveur des Guelfes ou des Gibelins.

Thomas III de Savoie, pour le contraindre de renoncer à ses droits sur Turin, s'empara de lui par trahison. Lorsqu'il eut recouvré sa liberté, il vit plusieurs villes se révolter contre son

(1) 11 est certain qu'aiic\inc fiHc d'Odion n'eut un /-poux de ce nom.

pouvoir, et même il fut pris par les habitants d'Alexandrie, qui le gardèrent, tant qu'il vécut, renfermé dans une cage de fer. Alors les communes du Montferrat consolidèrent leurs franchises ; les Visconti s'emparèrent d'une grande partie du pays, et Jean II, fils de Guillaume, n'hérita que de ses domaines primitifs. H mourut sans laisser d'enfants, et Théodore Paléologue, second fils de l'empereur Andronic, dut conquérir son héritage contre divers compétiteurs des autres branches ; pour se consolider conti-e les Visconti, il exigea des hommes et de Targent de ses vassaux, au mépris de leurs privilèges.

Quand la Savoie, qui jusqu'alors ne s'était étendue que de l'autre côté des Alpes, tourna ses vues vers l'Italie, elle se trouva en lutte avec les marquis de Montferrat ; la possession d'Ivrée fut une cause continuelle de guerre jusqu'au moment où Amédée VI de Savoie, surnommé le conile Vert, et Jean Paléologue conclurent la paix, en se partageant cette possession. L'acquisition de 1.1 puissante république d'Asti apporta une grande force aux seigneurs de Montferrat; mais, resserrés comme ils étaient entre les ambitions rivales des princes de Savoie et des Visconti, ils ne purent s'étendre autour de leur domaine primitif, d'autant plus qu'une noblesse qui se vantait d'avoir la même origine que la famille régnante les contrariait à l'intérieur, empêchant ainsi le pays de s'organiser, soit sous la forme monarchique, soit sous la forme populaire.

Cette famille et un petit nombre d'autres s'élevèrent grâce à l'ancienne féodalité, tandis que beaucoup d'autres durent leur élévation au peuple, et finirent par dominer ceux-là qui d'abord avaient constitué un gouvernement républicain (i).

Alors que les nobles restaient en armes autour des villes et

(1) Tyrans :

Les Ezzelin, dans la Marche de Trévise. Les Manfredi, à Faenza.

Lesd'Esle, dans le Padouan et dans la Les Vitelli, à Civita di Castello.

Polesine de Rovigo, puis à Ferrare, à Les Camino, à Feltre et à Bellune.

Modène, à Reggio. Les Della Scala, à Vérone.

Les P(!llavicini,à Crémone. Les Pii;, à la Mirandole.

Les San Bonifacio, à Mantoue. Les Malaspina, à Massa.

Les Scotti, à Plaisance. Les Grimaldi, à stonaco.

Les Langnsclii, à Pavie. Les Polenta, à Ravenne.

Les Vignati, à Lodi. Les Malatesla, à Riniini.

LesRiisca, à Còme. Les Pepoli, à Bologne.

Les Raglioni, à Péionse. Les Monlefeltro, à Urbin.

Les Corregio, à Parme. Les Varano, à Camerino.

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