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dans leurs murs, et que les familles, les maîtrises, les associations se soutenaient mutuellement, comment aurait-il été possible de rendre la justice avec calme, à l'aide de tribunaux et de magistrats? Il fallait donc dompter la violence par la violence, en investissant le magistrat suprême d'une large autorité, pour qu'il pût, ala tétedu peuple etdes milices, faire laguerre aux perturbateurs, et recourir même à l'arbitraire quand le droit faisait défaut. Ce magistrat était dès lors haï et redouté des grands; le peuple s'habituait à le considérer comme son seigneur et se façonnait à des formules servîtes, tandis que lui-même se trouvait amené à abuser du pouvoir qui lui était confié : tout cela constituait autant d'obstacles à l'établissement de cette liberté réglée, de cette sujétion raisounée qui font prospérer les Etats,
Le peuple, victorieux dans ses démêlés avec les nobles, mais se sentant incapable de gouverner par lui-même , confiait le pouvoir à quelque personnage éminent, noble le plus souvent, et cependant chargé de réprimer les nobles. Partagés entre le regi*et du passé et l'envie contre les parvenus, les grands ne savaient ni fraterniser avec les communes, ni s'associer entre eux avec cet accord qui, dans d'autres pays, rendit leur opposition si redoutable à la monarchie naissante.
Nous avons dit que chacun avait dû nécessairement se donner à une faction ; or les factions, à leur tour, se donnent facilement à un homme , lequel se trouve le maitre de tous ceux qui se sont livrés à elles, et qui ne lui demandent que de les faire triompher. Chaque parti avait donc un chef, de même que les ambitieux avaient besoin d'un parti pour s'élever. Le parti qui l'emportait, afin d'assurer son triomphe, conférait tous les pouvoirs à un seul individu, lequel s'intitulait le défenseur du peuple; ces pouvoirs étaient prorogés pour trois, cinq ou dix ans. C'est ainsi que ce défenseur s'habituait à trancher du prince, et les citoyens à obéir (l).
Les Colonna, à Préneste. Les Aidobrandini , au sud-est de la
Les Savelli, dans le Latiuni. Toscane.
LesFrangipani, dans les marais Pontins. Les de! Pecora, à Montepnlciano. Les Farnese, près du lac de Bolsena. Etc., etc.
(1) Macliiavel décrit magistralement, à sa manière, les différents modes h l'aide desquels se consliluaient les seigneuries, c'est-à-dire la domination d'un seul, et la conduite que devaient tenir ensuite ceux qui y itarvenaient.
« On s'i'lève au rang de priuce ou par la l'avcui- du peuple ou par celle d<!s grands. Danschaqne cité .se trouvent ces deux inclinations divcr.ses : le peuple
Une fois le péril de la domination étrangère passé, les citoyens, dont les richesses et le bien-être s'étaient accrus, dépo-
désire n'être ni commandé ni opprimé par les grands, et les grands désirent commander et opprimer le peuple. Celle divergence de voionlé fait naître dans la cité un de ces trois effets : ou la principauté, ou la liberté, ou la licence. La principauté est donc introduite ou par le peuple ou par les grands, selon que l'un ou l'autre de ces deux partis en a l'occasion; en effet, quand les grands voient qu'ils ne peuvent résister au peuple, ils commencent à mettre en réputation l'un d'entre eux, et le font prince, afin de pouvoir, sous son ombre, satisfaire leur ambition. Le peuple aussi, quand il se voit hors d'état de résister aux grands, cherche à mettre un des siens en crédit, et le fait prince, afin d'ôtredéfendu par son autorité. L'homme qui arrive à la principauté avec l'aide des grands se maintient plus difficilement que celui qui y parvient avec l'aide du peuple, parce qu'il se trouve prince, ayant autour de lui beaucoup de gens qui se considèrent comme ses égaux; par suite, il ne peut ni les commander ni les diriger à son gré. Mais celui qui arrive à la principauté par la faveur populaire s'y trouve seul, et il n'y a personne autour de lui , ou c'est le tièspetit nombre, qui ne soit prêt à lui obéir. Outre cela, on ne peut avec honnêteté satisfaire les grands sans faire injure à autrui; mais il n'en est pas ainsi du peuple, parce que le but du peuple est plus honnête que celui des grands, ceux-ci voulant o[iprimer, et celui-là ne pas être opprimé. Ajoutez à cela qu'un prince ne peut jamais être en sûreté quand il a le peuple pour ennemi, attendu que le peuple est trop nombreux, tandis qu'il peut se mettre en sûreté contre les grands, qui sont en petit nombre. Le pire qui puisse arriver à un prince qui a le peuple pour ennemi , c'est d'en être abandonné, au lieu que, s'il a les grands pour ennemis, non-seulement il doit craindre d'en être abandonné, mais encore de les voir marcher contre lui, parce que ceux-ci, ayant plus de pénétration et d'astuce, devancent toujours le moment pour se sauver, et cherchent à obtenir des grades de celui qu'ils espèrent devoir être vainqueur. Il est nécessaire, de plus, que le prince vive toujours au milieu du même peuple; mais il lui est facile de se passer des mômes grands, puisqu'il peut en faire ou en défaire journellement, hur donner ou leur olerà son gré la considération. Afin de rendre ceci plus clair, je dis que les grands doivent être envisagés principalement sous deux rapports : ou ils se conduisent de manière que, par leurs actes, ils s'obligent entièrement à suivre la fortune du prince, on il n'en est pas ainsi. Ceux qui s'obligent et ne sont pas rapaces, on doit les honorer et les aimer ; ceux qui ne s'obligent pas sont à considérer sous deux rapports ; ou ils agissent ainsi par pusillanimité et manque nature! de courage , et alors on doit se servir d'eux, de ceux surtout qui sont de bon conseil , pour s'en faire honneur dans la prospérité, sans avoir rien à craindre d'eux dans l'adversité ; ou ils ne s'obligent pas par calcul et par motif ambitieux, et c'est signe qu'ils songent plus à eux qu'au prince. Le prince doit se garder de ceux-là et les craindre, comme sils étaient ses ennemis déclarés , parce que toujours, dans les circonstances difficiles, ils aideront à sa ruine. Celui qui devient prince par la faveur du peuple doit donc se le conserver ami ; ce qui lui ^era facile , le peuple ne demandant qu'à ne pas être opprimé. Mais celui qui devient prince contrairement au peuple, avec la faveur des grands , doit, avant toute chose, chercher à se concilier le peuple, ce qui lui
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sèrent les armes et s'appliquèrent à l'industrie. L'importance des nobles s'en accrut; car, élevés dès l'enfance aux exercices guerriers, habitués à porter une armure de fer complète, sous laquelle ils étaient invulnérables aux piques de la milice bourgeoise, ils triomphaient presque sans péril : l'assurance de vaincre les encourageait aux tentatives audacieuses, et ils se flattaient aisément de dominer sur des gens incapables de résister. Ils s'engagèrent surtout dans cette voie à l'époque où furent introduits les capitaines d'aventuriers, qui mettaient leur valeur au service d'une ville ou d'une faction, et traitaient avec les petits tyrans pour les soutenir de leurs armes, ou aspiraient pour eux-mêmes au premier rang.
L'agitation orageuse des guerres civiles avait engendré la lassitude ; or celui-là est toujours le bienvenu qui arrive à la lin d'une révolution pour réorganiser les choses, lors même qu'il substitue au tumulte l'obéissance servile et l'engourdissement. Le menu peuple se trouvait beaucoup mieux sous un seul maitre, intéressé à le faire prospérer, que sous la direction d'une oligarchie plus ou moins nombreuse^ aux appétits immodérés; il en attendait cette justice qui, si elle ne compense pas la privation de la liberté, en dédommage jusqu'à un certain point. Les lettrés et les légistes, qui augmentaient de nombre et d'importance, apprenaient, dans le Code romain, les règles de la servitude , et ils avaient toujours quelque harangue prête pour démontrer aux assemblées populaires les avantages de la tyrannie (i).Les nobles, au préjudice desquels tournait cette révo-
sera facile en le prenant sous sa protection. Or, comme les hommes, quand ils reçoivent du bien de qui ils attendaient du mal, n'en sont que plus obligés à leur bienfaiteur, le peuple devient soudain plus bienveillant pour lui que s'il etìt été porté par sa faveur à la principauté , et le prince peut se le gagner de beaucoup de manières. Je conclurai en disant qu'il est nécessaire à un prince d'avoir le peuple pour ami; sinon, il reste sans ressources dans l'adversité. » Le Prince, IX.
(l) Le jurisconsulte Nicolas Duc représentait aux citoyens d'Asti combien il leur serait profitable de se mettre sous la dépendance de Philippe de Piémont. Messire Ugolin de Celles, docteur es lois, persuadait aux Lucquois d'élire Caslruccio pour leur seigneur : Cum magnificus vir Castrucclus, sua industrio, sapienlin, virluie, sollicitudine et vigore, et non sine magno risico sr(x personci , iuitltos vicarios , castra, terras, jura et jurisdicliones Lucani communis, diu in damnum et prxjudicium Lucani communis perquosdain nobiles et magnâtes delenta, occupata, recuperaverit, etfecerit , et ordinare , faccre, et crecutioni mandare in honorem et servitium Lucani communis continuo sif parât us in octit, et prosecufurus ; et ipsam
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lution, se mettaient à courtiser le nouveau seigneur, pour obtenir une part d'autorité, de jouissances, ou bien ils se jetaient dans des machinations qui fournissaient au despote de justes motifs pour les exterminer ou les comprimer.
Les tyrans (c'était le nom que les Italiens donnaient, à l'exemple des Grecs (i), à ceux qui acquéraient l'autorité suprême dans une ville libre, les tyrans avaient soin de se faire décréter solennellement par les anciens ou l'assemblée du peuple le titre et les pouvoirs de seigneurs généraux pour un certain nombre d'années, et de recevoir l'investiture par la remise de l'étendard et du carroccio. On pourrait voir dans ce fait un acte de déférence pour la souveraineté du peuple, afin de mettre obstacle au despotisme par des formes constitutionnelles, ou des magistratures populaires destinées à modérer l'action des seigneurs , et de les protéger par les lois et la garantie nationale; mais, de même que nous avons vu dans Rome les empereurs, maîtres absolus comme représentasits du peuple souverain, de même ces petits tyrans exerçaient sans limites le pouvoir que leur conférait le peuple. Et le peuple les aimait ainsi, satisfait de jouir de la tranquillité intérieure, des spectacles, des pompes de la cour, et de voir les nol)les tenus en bride ; c'est pour cela que nous voyons si rarement des soulèvements populaires contre ceux que l'on nous représente pour les plus féroces , mais plutôt des conjurations de quelques individus qui, en échouant dans leurs tentatives, consolidaient la puissance qu'ils avaient eu pour but d'anéantir.
Les révoltes n'amenaient donc pas la liberté , mais un changement de seigneur, et le gouvernement restait toujours militaire
civitalem Lucanam muUimodo dlssolulam reduxerït, et conservet continuo in piena juslilia, pacifico et tranquillo stala : et digniim sii quod ex tantis beneficiis et honoribus, quse Lucano communi acquisivit,et quibus ipsam civitalem sua virlule promovil, tneiitum consequalitr ; si placet ordinare , consuhrc et re/ormure quod ipse Castruccius sit cl eligatur, et electus intelligalur, et sit vigore praesentis consilii dominus et generalis capitaneus civitatis Lucana', et ejus comitotus, districtus ct/ortiae, cum ornili et Iota haijlia et auctoritate Lucani communis, qun buylia et auctoritas vigore prasenlis consilii eidem attrtbuta sit, et intelligatur super omnibus et singulis nego/iis cjusdem communis pro tempore vitaipsius Custruccii, elc. Mémoires de Luc'iiies, I, 249.
(l) Cornélius Nepos dans Miltiade : Omnes et haberi et dici tyrannos qui polestnte sunt perpetua in en civitate qua liberiate usa est.
.Ie\n Viix\m,1X, 154 : Maffeo Visconti fu ttn savio signore e tiranno.