TOSCANE
ville, d'interjeter appel des jup:ements criminels, d'accuser un plébéien à moins d'un délit commis contre sa personne ou un membre de sa famille; de porter témoignage contre un bourgeois sans le consentement des prieurs; enfin ses parents jusqu'au quatrième degré étaient solidaires des amendes qu'il encourrait.
Les nobles, indignés contre Giano, d'autant plus qu'ils le considéraient comme un déserteur, trouvèrent moyen de le rendre suspect aux corporations d'arts ; sur son refus « de détruire « toute liberté par une lâche tolérance, » ils le rendirent responsable des violences des bouchers, gens farouches et toujours mal disposés, et de la conduite des juges, qui faisaient traîner les procès trois et quatre années. Comme il voulut réprimer ces abus, il fut chasse.de Florence, et mourut en exil.
Les nobles, placés ainsi par la loi dans un état d'infériorité, s'éloignaient de la ville, et, retirés dans leurs châteaux, sur les hauteurs de l'Apennin, entre Lucques, Modène et Jîologue, ils exerçaient leur domination comme autant de petits tyrans. La ville cependant prospérait : elle comptait trente mille hommes en état de porter les armes, et quatre-vingt mille sur sou territoire; les impôts étaient très-légers, et, quand on avait besoin d'argent, on vendait des terrains à ceux qui voulaient construire des maisons ; l'enceinte des murs avait été agrandie de manière à embrasser le faubourg appelé Borgognisanti et le Prato.
La loge des Lanzi, Sainte-Marie-del-Fiore, Sainte-Croix, destinée à être le panthéon des Italiens illustres, furent édifiées de 1284 à 1300. Cette même année, Florence avait un revenu de trois cent mille florins, dont elle dépensait trente-neuf mille cent dixneuf. Sur ses cent cinquante mille habitants , dix mille fréquentaient les écoles pour apprendre à lire et à écrire , douze cents apprenaient Tarithmmétique, et six cents la grammaire et la logique. La ville renfermait cent dix églises, dont cinquantesix paroissiales, cinq abbayes, deux prieurés avec quatre vingtsdeux réguliers, vingt-quatre monastères de femmes avec cinqcents religieuses, sept cents moines d'ordres divers, plus de deux cent cinquante chapelains trente hôpitaux avec mille lits. De quatre-vingts à cent personnes composaient le conseil des juges, et six cents celui des notaires ; il y avait soixante médecins ou chirurgiens, mille droguistes, cent quarante six maîtres maçons et menuisiers, cinq cents cordonniers, un nombre infini de marchands ambulants, quinze cents étrangers.
Deux cents fabriques de laine donnaient de soixante-dix à quatre-vingt mille pièces d'étoffe de la valeur d'un million et demi de florins, dont un tiers servait à payer trois cent mille ouvriers. La compagnie de Caliraala se composait de vingt marchands d'étoffes étrangères, qui débitaient dix mille pièces au prix de trois cent mille florins ; vingt-quatre maisons se livraient aux opérations de banque. Trente années auparavant, on y comptait cent fabriques de plus, qui produisaient jusqu'à cent mille pièces d'étoffe de laine, mais plus grossière , pour laquelle on n'employait pas les laines d'Angleterre , et qui valait la moitié des autres. Les alentours offraient le plus beau spectacle : « C'était une chose si magnifique à voir que les étrangers « venus du dehors croyaient que les riches habitations et les « beaux palais qu'on apercevait à trois milles autour de Flo- « rence, faisaient tous partie de la même ville, sans parler des « maisons, tours, châteaux, cours et jardins entourés de murs « qui s'étendaient plus au loin; aussi, estimait-on qu'il y avait « à six milles aux environs tant de riches et nobles demeures « que deux Florences n'en contiendraient pas autant. »
Les Florentins prenaient de temps en temps les armes pour faire prévaloir la faction guelfe, ou s'immiscer dans les querelles des villes voisines. Les Gibelins de toute la Toscane s'étaient réfugiés à Arezzo, de telle sorte que le parti noble se relevait sousl'évèque Guillaume des libertini ; les Guelfes de Florence voulurent aller les réprimer ; toute la Toscane prit parti pour ou contre, et les forces rivales en vinrent aux mains a Carapaldiuo près de Baïauie de Bibiena. 11 était d'usage dans les républiques italiennes de choisir, 1^*9- au moment d'engager le combat, douze champions ou paladins pour charger l'ennemi, comme enfants perdus, à la tête de la cavalerie, qu'encourageait leur exemple. Dans cette circonstance, Vieri des Cerchi, bien que malade, se désigna lui-même avec son fils, sans vouloir désigner les autres; mais il n'en fallut pas davantage pour que chacun à l'envi tint à honneur de se proposer, et cent cinquante champions, au lieu de douze, se présentèrent pour engager l'action. Les Florentins remportèrent la victoire, mais sans obtenir la paix (l).
(1) « L'évêque ( d'Arezzo), qui avait la vue courte", demanda : Quels sont ces murs là-bas P II lui fut répondu ; Ce sont les pavois (l)oucliers) des ennemis.
n Messine Baron des Mangiatori de San-Miniato, brave clievaiier et expert en fait d'armes, ayant réuni les hommes d'armes , leur dit : Messieurs, dans