‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 40 sur 102 · TOSCANE · texte numérisé non relu

TOSCANE

Les Biauchi [Blancs] et les iNéri (Noirs) de Pistole , apparte- tes Biancs nant à deux branches de la famille isuelfe des Cancellieri, les *^^ '^'^ '^'""• uns plus nobles, les autres plus riches, en étaient venus aux querelles et aux coups. Un des JNéri, assidili par un des Bianchi, lui coupa la main; le père de l'offenseur l'ayant envoyéaux offensés pour qu'ils le châtiassent, ceux-ci eurent la lâcheté de lui abattre le poing sur la mangeoire des chevaux. Le sang demanda du sang, mo. et les Florentins, craignant qu'au milieu du tumulte l'une des factions ne se rapprochât des Gibelins, intervinrent en ordonnant aux chefs de toutes deux de se rendre à Florence.

Ils importèrent dans cette ville le germe des discordes civiles. Les Bianchi furent accueillis par les Cerchi, famille bourgeoise aux manières rudes , parvenue par le négoce , tandis que les Donati, ses rivaux, aux mœurs guerrières et chevaleresques, donnèrent asile aux Négri. Les uns et les autres, adoptant les noms de leurs hôtes, devinrent ennemis comme eux , et se firent la guerre avec les vicissitudes accoutumées. Comme leurs maisons ' étaient voisines, et leurs champs limitrophes, dans les bals, aux mariages, aux funérailles, les scènes de violence se renouvelaient sans cesse. La chose fut rapportée à Boniface Vili, « et les paroles de Florence faussement redites « furent plus dangereuses noi. que la pointe du fer (l). » En effet, le pape, après avoir tenté vainement de réconcilier les adversaires, envoya à Florence

ies guerres de Toscane on était vainqueur d'ordinaire lorsqii'on atta.quait bien; elles duraient peu , et peu d'hommes y périssaient , attendît qiCon n'avait pas coutume de les tuer. A présent on a changé de tactique, et le vainqueur est celai qui se tient le plus ferme ; c^est pourquoi je vous conseille de rester sans bouger, et de les laisser commencer l'attaque. C'est ce qu'ils résolurent de faire. Les Arétins assaillirent le camp si vjooureusement et d'une telle (orce que le corps des Florentins recula consiilérablenient. La bataille fut rude et acharnée. On avait fait d'un côté et de l'autre de nouveaux chevaliers. Messire Corso Donati, à la téle de l'escadron de l'istoie, chargea les ennemis en (lane. Les carreaux ( (lèches) pleuvaient; les Arétins en avaient peu, et ils se trouvaient criblés du côté où ils étaient découverts. L'air était chargé de nuages, et la poussière très-grande. Les piétons des Arétins se glissaient sous le ventre des chevaux avec le couteau à la main , et les éventraient. Lems champions d'attaque s'avancèrent tellement qu'il y eut beaucoup de morts des deux côtés au milieu du corps de bataille. Dans cette journée, plusieurs qui étaient réputés pour leur grande prouesse se montrèrent lâches , et plusieurs dont on ne pariait pas se firent estimer. Le bailli du capitaine y acquit grand honneur, et y (ut tué. » UiNo Compagni.

(1) Dino Comi'ac.ni.

avril.

240 DOUZIÈME ÉrOOLE.

Charles de Valois, qui se rendait alors en Sicile pour s'entremettre comme pacificateur; mais ce prince vint enlever aux citoyens des droits plus précieux que la paix (l). Comme les Bianchi penchaient vers le parti gibelin, il s'unit aux Négri, qui l'emportèrent, et il les laissa saccager durant cinq jours les maisons et les possessions de leurs ennemis, épouser les héritières, incendier les bâtiments, tuer et bannir les principaux citoyens du parti contraire. Dans le nombre figuraient notamment l'historien Dino Compagni, Guido Cavalcanti, philosophe et poète, Dante Alighieri, son ami, qui, avec Petrarco de l'Ancisa, père de Pétrarque, fut frappé d'une sentence de bannissement par le terrible podestat Cante des Gabrielli.

Charles, « seigneur de grande et désordonnée dépense, » voulait de l'argent, et, lorsqu'il en eut beaucoup extorqué, il alla encore en demander au pape, qui lui répondit ; Hé quoi! ne Vainns. je pas envoyé à la source de l'or? Ce fut tout le profit que Piome tira de son entremise ; il repartit, emportant les trésors et les malédictions des Toscans. Corso Donati, le chef des Négri, toujours entouré d'une escorte nombreuse et soutenu par les grands, qui espéraient monter au pouvoir avec lui, avait fait son entrée dans la ville aux cris de vive le baron! Il délivra les prisonniers d'État, chassa la seigneurie, et s'allia avec Uguccione de la Fagiuola, redoutable chef des Gibelins de la Romagne. Le peuple en conçut des soupçons contre lui ; s'assemblant en tumulte au son des cloches, il l'eut bientôt cité en jugement et condamné dans le délai de deux heures, par contumace, « comme rebelle et n traître envers sa commune. Aussitôt sortirent de la maison des « prieurs (l'hôtel de ville), le gonfalon de justice avec le podestat, • le capitaine, l'exécuteur et leurs gens, suivis des gonfalons des « compagnies, du peuple en armes, des bandes à cheval, pous- " sant de grands cris pour se rendre aux maisons où habitait « messire Corso (2) ; » celui-ci se barricada, dans l'espoir que

(1) <i O bon roi Louis, qui tant craignis Dieu, où est la foi de ta royale maison de France , déchue par mauvais conseil jusqu'à ne pas craindre la honte ? O mauvais conseiller», qui avez fait d'un prince du sang de si haute couronne, non un soldat, mais un assassin, emprisonnant les citoyens à lori, manquant à sa foi, et faussant le nom de la royale maison de France ! Maitre Ruggeii, attache'' à indite maison, étant allé le trouver, lui dit : Sous toi périt une noble, cité; ce à quoi il répondit </?<')/ ?j'y était pour rien. » Dino Compagni .

(2) ViLr.wi.

Page 1