GENES
Régulus, ils les détournaient d'abandonner pour leur rançon Castro, en Sardaigne, place forte construite par leurs aïeux et défendue au prix de tant d'efforts; ils juraient que, s'ils recouvraient la liberté à ce prix, ils se déclareraient les ennemis des êtres pusillanimes qui auraient sacrifié l'honneur national à l'intérêt particulier.
L'humiliation de Pise laissa l'avantage aux Guelfes de Toscane; la république aurait entièrement succombé si l'habileté d'Ugolin, seigneur de la Gherardesca , petit pays situé dans la montagne, le long de la mer, entre Livourne et Piombino, n'eût réussi à dissoudre leur ligue. Il sut se maintenir pendant dix ans à la tète des affaires de la république, et il réussit à conclure la paix entre les Lucquois et les Florentins , mais en livrant à ces derniers les places fortes du territoire; puis, afin d'étouffer les plaintes provoquées par ces sacrifices, il poussa à l'excès la tyrannie, et se rendit tellement odieux qu^il fut renversé , fait prisonnier, et enfermé avec sa famille au fond d'une tour où on les laissa périr de faim.
Plus tard Gènes conquit avec vingt-deux mille combattants, dont « cinq mille avaient des cuirasses blanches comme la neige (1), » l'ile d'Elbe, et détruisit le port Pisan, où ses vaisseaux pénétrèrent, en brisant les chaînes qu'on voit encore suspendues dans ses murs : déplorable monument de guerres fraternelles, mène après la destruction des trophées et des fruits de la liberté. A la paix de 1296, Pise renonça à ses droits sur la Corse et à Sassari en Sardaigne.
Ugo lin.
Gênes s'était toujours gouvernée comme une société marchande. Des compagnies se formaient pour équiper une flotte, ou entreprendre quelque grande affaire, qui durait deux, six et jusqu'à vingt années ; les consuls de commerce étaient souvent en même temps ceux de la cité : gouvernement d'apprentis, mais qui pourtant exécuta les nombreuses entreprises dont nous avons parlé, acquit les deux Rivières, des possessions dans le Levant et la prépondérance dans les affaires d'Italie. L'administration de la cité ne put rester alors confondue avec celle d'intérêts particuliers; elle fut donc confiée à des chefs annuels, distincts des consuls marchands, bien qu'élus encore par les compagnies, qui subsistèrent toujours et devinrent presque le moyen à l'aide du-
(1) Cafxro.