‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 44 sur 102 · IG · texte numérisé non relu

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quel les citoyens exerçaient des droits dans l'Etat. Lorsqu'une compagnie .s'était formée, quiconque se présentait pour en faire partie dans le délai de onze jours se trouvait apte aux emplois publics; ceux qui s'en abstenaient ne pouvaient comparaître en justice à moins d'être cités , et aucun membre de la compagnie ne devait les servir sur les galères, ou les assister devant les tribunaux. Les quatre consuls, élus par le peuple, en qui résidait la souveraineté, juraient de ne faire ni la paix ni la guerre sans son consentement ; de ne point permettre l'entrée des marchandises étrangères, sauf les bois de construction et les munitions navales, et de rendre exactement justice (l). Ces consuls devinrent annuels en 1 m , et l'administration de lÉtat fut, en 1 1 30, séparée de la juridiction confiée alors a plusieurs autres consuls.

Par suite des guerres étrangères, et les magistratures se perpétuant dans les familles, il se forma une noblesse citoyenne, qui tirait son lustre des charges remplies dans les huit compagnies entre lesquelles étaient répartis la ville et le bourg qui se partageaient le gouvernement. Lorsqu'une noblesse se fut ainsi formée, elle donna naissance à des factions et à des brigues; entourée de nombreux clients, elle éleva des tours et livra des combats dans l'intérieur des murs, désordres mal réprimés par la religion et les consuls. Ou eut donc aussi recours à un podestat étranger (1 194), et chaque compagnie élut uu noble pour former le conseil ùes clavigeri (porte-clefs), gardiens et administrateurs du trésor, qui bientôt acquirent une grande importance. Il ne parait pas que la totalité du peuple assistât au conseil général, mais seuleïTient les plus considérés d'entre les membres de chaque compagnies : ils se réunissaient dans l'Église de Saint-Laurent, non pour délibérer, mais pour émettre des avis. Le conseil de créance {silentiarii] devait être moins nombreux et plus régulier. Chaque quartier avait un tribunal, où se rendait la justice.

Gênes avait aussi ses factions de Guelfes et de Gibelins, qu'on appelait encore Masqués. Les premiers étaient soutenus par les Fieschi et les Grimaldi, et les seconds par les Doria et les Spinola, familles qui avaient conquis de grands avantages sur les autres et possédaient des châteaux dans les Apennins et sur les bords de la mer. Ces factions bouleversaient la république, méconnaissaient

(1) Le serment rapporté par .Serra (I, 277) comme (îtant do l^annc'-e 950 paraît devoir t'tre placé entre les années 1 121 et 1 liJO. Voy. Vincf.ns, Hist. de In rop. (le Ci'-nes ; Paris, 1S42.

l'autorité des magistrats, et portaient tour à tour leurs créatures aux fonctions de podestat, d'abbé, de capitaine de la liberté. Nous passons les mille petites guerres et les expéditions que l'esprit de parti fit entreprendre, de même que l'élévation et la décadence alternative des factions, amenées par le contre-coup des événements généraux dé l'Italie, qui entraînaient aussi des changements dans le gouvernement intérieur de la république.

De temps à autre surgissait un de ces hommes qui savent flatter les passions du peuple, et qui s'emparait en son nom de l'autorité suprême. Tel fut Guillaume Boccanegra, de famille Boccanrgra. plébéienne, qui, nommé capitaine du peuple par les nobles de la cité, fit échouer les tentatives dirigées contre lui par les patriciens, et acquit une grande puissance en s'entourant d'hommes nouveaux et en caressant la multitude; mais une trame qu'il avait ourdie pour emprisonner les principaux citoyens fit naitre un soulèvement qui le renversa , et ce fut avec beaucoup de peine qu'il obtint la vie sur les instances de l'archevêque. On en revint alors à l'administration d'un podestat étranger; mais le poste de capitaine du peuple et de la commune génoise devint le but de l'ambition des nobles, et fut la source de querelles incessantes.

Les Génois crurent obvier à ces rivalités en corrigeant le mode arbitraire qui présidait à la formation du grand conseil. Chaque compagnie eut donc à élire cinquante membres, qui à leur tour nommaient quatre conseillers, et ces trente-deux citoyens désignaient les conseillers urbains et les Huit {Otto); mais les prétentions ambitieuses des familles ne laissaient pas un moment ^-^-■ de calme à la cité.

Robert Spinola parut un moment sur le point d'acquérir l'autorité suprême; mais les mille ambitions que la lutte faisait éclore mettaient obstacle à la tyrannie d'un seul. Plus tard, en 1339, la domination des nobles fut renversée, et on leur substitua les familles populaires des Adorno et des Fregoso. Les grands, toutefois, obtinrent une large part dans les magistratures, dans l'administration, sur les tlottes; or, comme ils se rangeaient tantôt avec l'une des familles dominantes, tantôt avec l'autre, ils produisaient une instabilité qui ne pouvait se résoudre en tyrannie.

Gènes possédait au dehors des établissements de grande importance, entre autres ceux de Gaffa et d'Azov: elle avait obtenu de l'empereur grec Smyrne , Ténédos, Métediin et le fau-

bourg de Péra. Chios,dans les Sporades, fut conquise par les galères qu'avaient fournies neuf familles, qui formèrent ensuite V Albergo des Justiuiani ; la république leur en laissa la domination, qu'elles conservèrent jusqu'en 1.5.^6 (l). Tripoli de Syrie fut enlevée aux Génois par les Egyptiens; mais ils la recouvrèrent par un traité avec le roi d'Arménie. Ils avaient à Tunis le comptoir le plus important de l'Afrique, de même qu'à JNiraes, à Algues-Mortes, à Majorque pour l'Europe occidentale. Chaque année il partait des rivages liguriens cinquante à soixante-dix gros navires, portant des drogues et autres denrées sur les cotes de la mer Noire, en Sardaigne, en Sicile, en Provence; beaucoup d'autres étaient chargés de laines et de peaux, et cet accroissement continuel de richesses rendait cette cité belle, heureuse et redoutable. De 1276 à 1283, on termina les deux darses et la grande muraille du môle; le magniflquc aqueduc, qui traverse d'âpres montagnes, fut achevé en 1295.

Venise travaillait à développer, suivant les circonstances, les germes qu'elle possédait dès son berceau. Le doge n'était plus élu par le peuple, mais à l'aide de ce mécanisme compliqué que nous avons exposé. La seule part qui fût restée à la plebe, c'était le privilège qu'avaient les maîtres ouvriers de l'arsenal de porter en chaise sur leurs épaules le nouveau chef de l'État, pour lui faire faire, trois fois par an, le tour de la place Saint-Marc. A la mort de Vital Michiel II, il avait été établi que chaque quartier nommerait, tous les ans, douze électeurs qui se réuniraient pour choisir quatre cent quatre-vingts membres, appelés à former un grand conseil qui tiendrait lieu des assemblées générales. Au milieu du treizième siècle, il fut décidé que ce conseil ne se renouvellerait plus par douze électeurs, mais qu'un collège de quatre membres nommerait, tous les ans, cent nouveaux conseillers, les trois cent quatre-vingts autres restant en fonctions ; enfin qu'un autre collège do trois membres élirait les successeurs de ceux qui viendraient à mourir ou laisseraient, de quelque manière que ce fût, un vide dans l'assemblée.

Le doge ne devait prendre aucune résolution sans le concours

(1) Chios rendait par an environ 120,000 écus d'or, qiie les lainilles associées se partageaient en raison des sommes qu'elles avaient fournies. Les suffrages même pour le gouvernement étaient en proportion de la fortune : forme singulière, unique même. Les familles niunies éiisaitint un prince absrdu ; l'île se Irouvart partagée entre treize gouverneurs, dont i"avi> était nécessaire dans les choses importantes.

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