‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 50 sur 102 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

été niée postérieurement par un ^rand noml)re, et surtout de nos jours, avec plus de résolution.

Louis, ayant ouï dire qu'un émir de Syrie réunissait des livres, voulut l'imiter; il fil copier un jzrand nombre de manuscrits dans les monastères, et les déposa dans la Sainte-Chapelle, sous la garde de Vincent de Beauvais. 11 se plaisait encore à recueillir des récits, et les chevaliers de son armée se répandaient à la ronde pour s'instruire des mœurs, des forces, du gouvernement des peuples étrangers, et venir lui raconter ce qu'ils avaient appris. Il recherchait curieusement les raretés naturelles, et surtout ce qui concernait la chasse ; aussi , de même qu'il orna ses jardins de la renoncule, il ramena de sa captivité une race de chiens de chasse des plus belles. Mais, lorsqu'un ambassadeur lui demanda à voir ses lévriers, il leconduisit dans un réfectoire rempli de pauvres, en lui disant : l'oilà les chiens que je nourris, et avec lesquels f espère gagner la vie éternelle,

11 fonda, dit-on, l'hospice des Quinze-Vingts pour trois cents croisés revenus aveugles de l'expédition d'Orient ; il ramena de la Palestine les premiers carmélites, et établit plusieurs autres ordres dans sa capitale. Le monastère des Filles-Dieu reçut les dames et demoiselles dont l'honnêteté encourait quelques dangers ; d'autres établissements utiles ou pieux furent aussi fondés alors ; Robert Sorbon , chapelain du roi, contribua grandement à l'ouverture du collège qui conserve son nom, et dont les docteurs s'appelèrent d'abord les pauvres maîtres.

Souvent Louis lavait les pieds aux pauvres, et de préférence aux aveugles, afin qu'ils ne le connussent pas. Un jour il demanda à Joinville : Ne lavez-vous donc jamais les pieds aux pauvres le jeudi saint? — Fi donc, sire, répondit le sénéchal, à la malheure l jamais je 7ie laverai les pieds de ces vilains. — Vraiment? reprit Louis : ce fut mal dit; car ne devez mie avoir en desdain ce que Dieu fit pour nostre enseignement. Si voius priai-je, pour amour de Dieu et de moi, que vous vous les accoutumiez à laver. Auriez-vous doiic respugnance à faire ce que fait mon cousin d'Angleterre, qui lave les pieds aux lépreux et les baise?

D'autres fois, cherchant à faire passer dans l'àme du sénéchal la conviction dont la sienne était remplie : « 11 faut croire, lui « disait-il , les articles de foi si fermement, qu'on soit prest à les « soutenir en paroles et en faicts, au prix de mésaventures et « de mort; il faut croire mesme ce qui ne se sait que par onï-

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« dire. Coiriment s'appeloit \ostre père? — Simon. — Et com- « ment le savez-vous? — Je crois en estre certain, et ma mere « me l'a toujours attesté. — Vous devriez croire avec la mesme « fermeté les Actes des Apostres et ce qui est dans le Credo; « ainsi faisoit le noble comte de Montfort. Les Languedociens, cf durant la guerre des Albigeois, vinrent l'appeler pour voir le « corps de Nostre-Seigneur, devenu chair et sang dans la main « du prebstre. Or le guerrier respondit : Allez- y, vous qui « doutez ; quant à moi, je crois fermement comme la sainte « Église nous l'enseigne, parce que, en croyant ainsi, f espère (( en avoir une couronne de plus au ciel que les anges qui voient « Dieu face à face ; par quoi il faut bien qu'ils le croient. »

Une autre fois, le roi se trouvait après diner avec Joinvilie et deux religieux de sa chapelle, tenant un manuscrit à la main : (( Seneschal, dit il (c'est toujours Joinvilie qui raconte), je n'ose « parlera vous, pour le subtil sens dont vous estes, de chose « qui touche à Dieu ; et pour ce ai-je appelé ces frères qui sont « ici , parce que je veux vous faire une demande. Quelle chose « est Dieu ?

(( Sire, c'est si souveraine et bonne chose, que meilleure ne « peut estre. »

« Vraiment c'est moult bien respondu, car cette response est « écrite en ce livret que je tiens eu ma main. Autre demande « vous ferai-je , savoir : Lequel vous aimeriez mieux estre (f lépreux et ladre, ou avoir commis et commettre un péché « mortel ? î>

« Et moi, continue Joinvilie, qui oncques ne lui voulus meu- « tir, je lui respondis que j'aimerois mieux avoir fait trente péchés « mortels que d' estre lépreux. »

Le roi ne répliqua rien pour le moment ; mais, « quand les R frères furent despartis, il me rappela tout seul, et me fit seoir (( à ses pieds, et me dit : Comment avez-vous osé dire ce que « vous avez dit? Et je lui responds que encore je le dirois. Et « il va me dire : Ha! fou musart, musart, vous y estes desçu; « car vous savez qu'il n'est lèpre si laide que d'estre en péché « mortel. Si l'homme meurt, il est guéri de la lèpre du corps; « mais, quand l'homme qui a fait le péché mortel quitte cette vie, « il ne sait et n'est certain d'avoir eu telle repentance que Dieu « lui ait pardonné. »

Puis le regardant affectueusement : « Par ainsi je vous prie « tant que je puis de changer vostre cosiir, et d'aimer mieux ([uc

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