‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 51 sur 102 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

« tout mal de lèpie et tout autre maladie advienne à votre corps, « plustost que le péché mortel advienne à votre âme. » Dans une autre circonstance, il lui disait : « Voulez- vous estre honoré en ce « siècle, et avoir le paradis après?

« — Oui bien le voudrois-je?

« — Gardez-vous de faire ni dire chose vilaine que vous ne puis- « siez confesser, et que, si le monde la connoissoit, vous eussiez « vergogne à dire : T ai fait et dict ainsi. Puis il faut prier sou- « vent iessaincts, qui sont au roi les officiers de la couronne; « et toujours il faut prendre interest pour les victimes des gens « puissants. Quant à moi, grande compassion ai-jedes pauvres « hommes tués, parce que personne n'est pour les morts, et tous « veulent estre pour les vivants. »

Rien ne fait mieux connaître l'homme et le roi que ces entretiens intimes entre Louis IX et son fidèle serviteur; nous ne pensons donc pas qu'on nous reproche d'avoir prolongé la citation (l).

(1) Nous voulons cependant extrain; encore quelques détails de ce peintre naïf du saint roi.

Louis setrouvait avec une centaine de clievalieis à Corbeil le jour de la Pentecôte, où il était d'usage de chausser les éperons d'or à plusieurs nobles écuyers. Après le lianquet accoutumé, le roi, étant descendu dans le préau, sous la chapelle, se mit à s'entretenir avec le comte duc Jean de Bretagne. Kn ce moment, maître Robert Sorbon, apercevant le sénéchal de Champagne, s'approcha de lui, et, l'ayant pris par son manteau, l'emmena jusqu'auprès du roi, plusieurs barons les suivant par curiosité. Que me voulez-vous , maïstre /^oôer^ .-^ demanda Joinville, étonné de cette familiarité. —Je voulois vous demander : S'il venoit en pensée au roi de s'asseoir dans ce pré, et que vous alliez vous asseoir sur son banc plus haut que lui , ne devroit-on pas vous en blasmer ? —Qui en double? — Or, donc, reprit le docteur, moult estes-vous à blasmer, vestu comme vous voilà de vair et de verd, plus noblement que le roi. — Sauf vostre grâce, repartit vivement Joinville, je ne suis à blasmer. Ces habits de vair et de verd me furent laissés par mes père et mère. En pourra-ton dire autant de vous,Jils de vilain et de vilaine, qui avez quitté là les habits de vos parents, pour vestir plus riche camelin que le sire nostre roi .^

Prenant à ces mots le bord de l'habit du docteur, il ajouta, en s'approcliant de celui du roi : Voyez si je dis vrai.

Les chevaliers présents n'osaient se regarder en face, pour ne pas éclater de rire; maitre Robert se mordait les lèvres de dépit, faute de trouver une bonne repartie. Le roi, qui s'aperçut de son embarras, se mit à prendre sa défense , en affectant de croire que le sénéchal était vêtu trop fastueusement. La plaisanterie en resta là ; mais peu après le moniirque, étant retourné au palais, appela son lils Philippe , ainsi que le roi de Navarre, son gendre, s'assit sur le seuil de l'oraloire, la main en terre, et leur dit : Asseyez-vous là

292 DOUZIÈME ÉPOgUE.

Joinville, d'un bout à l'autre, est rempli d'une admiration comme jamais il n'en fut inspiré par des vertus humaines. Bon chevalier mais sensuel et hautain, croyant mais agité par des doutes, plus ami de l'existence agréable que de la vie sainte, il regarde son roi comme un modèle de sainteté; il recueille chacune de ses paroles comme un testament sacré , et décrit comme des reliques jusqu'aux vêtements les plus humbles au moyen desquels Louis s'efforçait de tempérer l'éclat du rang suprême; on le voit dominé et transformé par cette créature extraordinaire qu'il a le bonheur de contempler de près, is*». Il y avait eu trêve avec l'Angleterre, mais jamais de paix.

Lorsque Henri III s'aventura sur le sol français, il se vit serré de si près à Taillebourg qu'il aurait été fait prisonnier si Richard, son frère, n'eût obtenu un armistice ; il fut ensuite battu de nouveau près des Saintes par Louis 1\ en personne, qui combattit avec la valeur d'un chevalier. Enfin, lorsque ce roi revint de Palestine, il alla le trouver, et, après avoir passé huit jours avec lui, il conclut la paix.

bien près , que personne ne nous entende. — 0 sire , répondirent-ils en se tenant <Jel)oul, nous placer aussi près? — Seneschal , poursuivit Louis en se tournant vers Joinville, viettez-vous là aussi. Et le sénéchal s'assit tellement près de lui que leurs robes se touchaient. Alors Louis, obligeant les deux princes à en faire autant : Ce n'est pas bien à vous de ne Savoir fait de suite ; que cela n'arrive plus .' Puis continuant -. Je vous ai appelés pour confesser à Joinville qu'à tarifai défendu maistre Robert ; inais je le vis si esbahi qu'il avait bien vicstier que je lui vinsse en aide. Partant, sire de Joinville, ne vous en tenez pas à mes paroles pour descendre maistre Robert; vous devez, comme vous l'avez dit , aller bien vestu et nettement, parce que vostre femme vous en aimera mieux, et que vos yens vous en priseront plus.

Une autre fois Joinville, voyant son frère avec des vêtements brodés qui coûtaient iiuit cents sous parisis (13,000 fr.), lui en fit reproche, en disant : Feu Siiuon de Joinville, nostre noble père, se coutentoit dhinefine estoffe de bon taffetas, armorié de son escusson. Et le roi reprit : Chacun doit estre vestu selon son rang et son d'je.

C'est ce qu'oublia une dame de la cour, qui, bien que surannée, se présenta à l'audience de saint Louis avec une parure qui aurait beaucoup mieux convenu à une jeune fille. Admise dans le cabinet où il se tenait seul avec son confesseur, il l'écouta, puis lui répondit en ces termes : Madame , je prendrai vostre affaire à cœur; mais j'y mets une condition : c'est que vous-mesme prendrez plus cure de vostre salut. La beauté du corps n'a qu'un jour, et passe comme la /leur des champs; on a beau faire , on ne saurait la rappeler. Poisons donc à la beauté de l'aine, Jleur immortelle qui jamais nesejlélrit. Touchée de cette remontrance, la dame s'adonna depuis aux pratiques d'une piélc sincère.

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