‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 53 sur 102 · TXRTARES ET MONGOLS — C.ENGIS-KAN · texte numérisé non relu

TXRTARES ET MONGOLS — C.ENGIS-KAN

Les savants du dix-huitième siècle, poussés d'un côté par le besoin de faire dériver d'une source unique les connaissances humaines et de l'autre par la manie d'infirmer la vérité, de la P>ible, ont placé le berceau delà civilisation sur le plateau central de l'Asie. "Tous les peuples , selon eux , seraient issus des Tartares, nom sous lequel ou désigne les hordes errantes dans la vaste plaine circonscrite par la triple chaîne des Altaï, des Himalaya et des montagnes de la Chine (2). Cette opinion fut ac-

(1) Ce qui ne s'est pas toujours vérilié. — A la mort de saint Louis, la famille royale possédait directemenl les duchés de France , de Vermandois , de Valois, de Normandie, de Touraine , du Maine, de Berry, les comtés de Macon et du Lan2(uedoc occidental ; indirectement , par huit hranches de la famille royale, la Hourgogne, la Bretagne, Boulogne, l'Artois, le Poitou, l'Auvergne, Touliiuse, l'Anjou, la Provence, le Nivernais et le Bourbonnais.

(2) Quehiucs lecteurs auront peine à nous pardonner de dire encore Tai-tares au lieu de Tafars. Naus avons |)ourtant de honnes raisons pour cela. Tatar.% est le nom particulier d'une tribu ; on appela Tartares en général, au moyen âge, cette masse de peuples errants dans l'Asie centrale , réunis en-

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cueillie parce qu'elle était paradoxale, et qu'on se trouvait à une époque où le manque de documents empêchait de la démentir. Mais depuis , malheureusement pour les arrangeurs de systèmes, on a appris à lire dans les livres chinois, où l'on a trouvé l'histoire des Tartares, en tout opposée à des assertions téméraires ; or rien ne lait supposer que la demi-civilisation de ces peuples soit antérieure au second siècle avant Jésus-Christ. Alors seulement des missionnaires indiens , venus dans la Tartarie méridionale, y répandirent les rudiments des sciences et des arts, avec l'écriture indienne et la religion de Bouddha , qui se propagea beaucoup plus tard parmi les Thihétains et les nomades du Nord , sans pourtant convertir tous les habitants , dont un grand nombre conservèrent leurs rites grossiers; puis on vit successivement s'y implanter le bouddhisme primitif, la philosophie deConfucius, le magisme, les doctrines des manichéens et des nestoriens, ensuite l'islamisme, et en dernier lieu le lamanisme.

Bien loin donc que les Tartares fussent civilisés avant la Chine et rinde, ils furent dégrossis par un petit nombre de familles disséminées dans leur immense pays, dont Buffon et Baillj' prétendaient faire le foyer de la sagesse humaine. Maintenant que nous avons à arrêter nos regards sur ces populations , nous suivrons les indications d'écrivains plus modernes, qui ont pu consulter et mettre à profit les livres chinois (l ).

semble par Gengis-khan , et poussés tant sur l'Orient que sur l'Occident. Ou peut appeler Tartares les Mandchoux , les Thibétains , les Turcs , qui ne sont pourtant point Tatara; ce nom ne conviendrait qu'aux Mongols, qui ont succède^ à ces derniers. Selon Abel de Rémusat, «< on entend par Tartares les peuples liabitant dans les vastes contrées de la haute Asie, entre l'Indo, la Clune, \a Perse au midi, la mer du Japon à l'orient; à l'occident, les fleuves qui se jettent dans la mer Caspienne et dans l'Euxin ; au nord, la mer Glaciale.

(1) VisDF.LOC, Hist. de la Tartarie , àm?. la Bibliothèque orientale.

GKiBn.,Hist. de Gentschiscan et de toute la dynastie des Mongous, etc.

Dk GncNES, Hist. des Huns.

Smnt-Martin, Mém. stcr l'Arménie.

ScHMim-, Gesrh. der Ost Mongolen.

Le iî\ron d'Ousson, Hist. des Mongols depuis Tchinguiz-kan , jusqu'à Tiviourbeij ou T avieri an ; Amsterdam, 183.5

Pallas, Sumlungen historischcr Aachrichten mongolischen Votkerschaften ; Pétersbour?; , 1770.

Vi?.'RG\\K\s, Nomadisehen .■ifrei/rreyen unter dcn Kalmuticn ; i\i.ia, 180'i.

Hammec, Gesch. der goldnen Mordo von Kiptschacf, ; Pesth, 1840.

Les écrivains chinois mentionnent souvent, sous le nom de barbares du Nord, trois races distinctes : la toungouse ou ichouche, la turque et la tatare. Nous avons raconté ailleurs comment la puissance des Turcs s'étendit sur la Chine , et finit par être abattue par les Chinois de concert avec les Ouigours. Les Tchouvhé, qui habitaient aussi dans la Tartarie orientale, conquirent un tiers de la Chine, où ils fondèrent, eu 1115, l'empire de Kin ou d'Or, qui eut pour tributaires les hordes turques de la Tartarie, où elles menaient une existence nomade.

Au midi du lac Baïkal, la nation mongole, divisée en plusieurs tribus, habitait au milieu de hautes cimes où ne végètent que la mousse et quelques maigres arbustes s'élançant des fentes des rochers : contrée sauvage , dont les montagnes sont couvertes de glaces éternelles , les vallons de sable, et qui n'offre des prairies et des forêts de pin et de bouleau que le long des fleuves. L'élévation du sol rend le climat plus rigoureux qu'il ne l'est d'ordinaire dans nos pays , sous la même latitude , si bien que le lac Baïkal reste gelé quatre ou cinq mois de l'année.

Cette nation a de la ressemblance avec les Chinois : les yeux bruns, fendus obliquement et demi-fermés, avec les sourcils très-saillants; les joues protubérantes, le nez camus, les lèvres grosses, la tète et le \isage ronds, la barbe rase, la stature moyenne , la taille mince et les épaules larges. Ils se coupaient les cheveux sur le sommet de la tète et à la nuque , en forme de fer à cheval; le surplus, réuni en tresse , leur tombait derrière les oreilles. Ils se coiffaient d'un bonnet de forme basse à bord fourré , derrière lequel se rabattait une bande de dix-huit pouces de long sur autant de large ; deux cordons se liaient sous le menton, et restaient flottants. Ils croisaient leur tunique sur leur poitrine, en l'attachant au corps avec une ceinture; en hiver, ils portaient deux vêtements en fourrure, l'un le poil tourné en dedans, l'autre en dehors. Les jeunes filles ne s'habillaient pas autrement que les hommes, et les femmes ne s'en distinguaient que par un bonnet plus élevé. Des claies circulaires, soutenues par des perches convergentes à un anneau de fer,

Qlatuf.mkre, hist. des Mongols de la Perse, écrite en persan par Raschid-Eldin, publiée, traduite en français, accompagnée de notes et d'un mémoire sur la vie et les ouvrages de Fauteur; Paris, 1836. F.lle est précédée de la vie de l'aiilciir, suivie dii texte persan avec la version en face; cet ouvrage remonte à Tan 700 de l'ègire, au temps d'Olgaïtou.

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