TARTARES ET MONGOLS
telle était leur habitation, qu'ils recouvraient de feutre , et d'où la fumée s'exhalait par le milieu du toit , sous lequel le feu était allumé.
Des troupeaux de bœufs, de chameaux, de moutons, de chèvres, leur fournissaient la nourriture ; la chair de cheval était pour eux un régal, bien qu ilsman;;eassent aussi de celle des autres animaux , soit fraiche , soit salée , et même des animaux morts de maladie; ils s'enivraient avec du lait de jument fermenté [coumiz]. Les peaux de leur bétail servaient à les vêtir, la laine et le crin à fabriquer du feutre et des cordes, les tendons à garnir leurs arcs et à coudre , les os à armer les flèches; ils brillaient le fumier, faisaient des outres avec le cuir de Varlac, et des coupes à boire avec ses cornes.
Ils erraient de contrée eu contrée pour trouver de la pâture à leurs troupeaux, et, quand les fourrages étaient épuisés dans un lieu, ils démontaient la hutte, la chargeaient sur leurs animaux , avec les ustensiles de ménage et leurs enfants; puis ils allaient chercher ailleurs un campement où l'herbe fut intacte. Le bétail de chaque tribu était distingué par une marque. Durant l'hiver, il n'avait pour se nourrir que le peu qu'il parvenait à trouver en grattant la neige avec ses pieds, et, si la saison devenait par trop rigoureuse , il en périssait beaucoup. Les chevaux n'en avaient que plus de prix , parce qu'ils étaient plus capables de résister aux intempéries du climat.
Chaque Mongol épouse autant de femmes qu'il peut en entretenir, achetant la jeune fille qui lui plait moyennant un nombre plus ou moins grand de tètes de bétail ; mais chaque femme a son habitation séparée. Après la mort du père, le fils prend souvent ses femmes , à l'exception toutefois de sa mère. La femme s'assujettit à toutes les fatigues réservées ailleurs à l'homme, soignant les troupeaux, faisant les habillements et les feutres, traînant les chariots, montant à cheval, chargeant les chameaux. Les hommes, livrés à l'oisiveté quand ils ne chassent pas , sont rusés, rapaces, malpropres et adonnés à l'ivrognerie. Tombent-ils malades, une lance, plantée devant la hutte, indique que personne ne doit y entrer, hormis ceux qui ont à lui donner des soins. Si le malade meurt, ses parents et ses amis poussent des gémissements et se hâtent de l'ensevelir, le croyant déjà en proie aux esprits malins : on lui sert de la viande et du lait; son cheval favori est immolé sur sa tombe, dans laquelle on a soin de mettre son arc, ses flèches, ses ustensiles de ménage,
pour son usage dans l'autre monde. Le Mongol qui avait inhumé un cadavre devait se purifier en passant entre deux brasiers; la hutte du mort et tout ce qui lui appartenait devaient aussi être purifiés, et la cérémonie funèbre se terminait par un banquet. Le prince était placé, après sa mort, au milieu de sa demeure , avec une table devant lui, couverte de mets et de lait; on ensevelissait avec lui tout ce qui se trouvait dans sa chambre, outre une jument avec sou poulain , un cheval sellé et autres objets de prix. Son habitation était abattue, et son nom ne devait pas être prononcé jusqu'à la troisième génération.
Les Mongols vénéraient Tangri ( le ciel ) comme Dieu suprême ; mais ils rendaient aussi un culte aux astres principaux et aux forces de la nature. Vers midi, ils faisaient des génuflexions au soleil , et offraient une partie de leurs boissons en libations aux corps célestes et aux éléments. Ils suspendaient à leurs huttes des ongons, figures de bois ou de feutre représentant des divinités , dont ils frottaient la bouche avec de la viande et du lait avant de s'en repaître eux-mêmes; ils cherchaient à détourner la colère des génies malfaisants par des offrandes et par les prières des carni, ministres du culte et tout à la fois magiciens , interprètes des songes, médecins, astrologues, connaissant tous les secrets à l'aide d'esprits familiers qu'ils évoquaient au son du tambour, et rendant des oracles au milieu de contorsions et de gambades.
La nation était organisée en groupes de dix mille individus, puis de mille, puis en compagnies de cent et en pelotons de dix; s'il survenait une guerre, on levait un ou plusieurs hommes par peloton. L'obéissance était absolue. Si le thef de cent mille individus recevaità l'extrémité du territoire, et de quelque courrier, si vulgaire qu'il fût, un message du monarque, il devait obéir et se prosterner jusqu'à terre, pour recevoir la bastonnade ou tendre sa tète au tranchant du fer. Les noijans ou iaischis^ gouverneurs des, tribus, étaient héréditaires et relevaient du roi, qui recevait d'eux annuellement un certain nombre de tètes de bétail ; ils étaient , du reste , maîtres de disposer à leur gré de hi vie et des biens de leurs sujets.
Admirablement doués sous le rapport de la finesse de l'ouie , de l'odorat et de la vue, habitués dès fenfance à monter à cheval, à tirer de l'are, à vivre dans les camps et à endurer les privations les plus cruelles sous un ciel extrêmement rigoureux, les JMonirols étaient particulièrement propres à la guerre* Faisant usag(