TARTARES ET MONGOLS
de chevaux petits de taille, mais aussi patients que dociles, sans même se servir d'étriers de fer, qui , pour quelques-uns-, étaient un objet deluxe, ils combattaient généralement à coupsde flèches; leurs expéditions commençaient en automne , alors que les chevaux sont le plusvitïoureux, couverts d'uno armure et d'un casque en cuivre, munisd'un arc, d'un bouclier, d'un sabre, d'une lance, et suivis chacun de plusieurs chevaux. Ils emportaient une tente, une outre pour le lait , et une chaudière ; souvent aussi ils traînaient à leur suite une portion de leurs troupeaux , pour leur fournir des vivres. S'ils avaient une rivière à traverser, ils attachaient à la queue de leurs chevaux un sac rempli de leurs harnais, et, s'en servant comme d'un point d'appui , ils passaient ainsi le fleuve.
Tels étaient les peuples, et tels sont encore leurs débris, qui , sous le nom de Mon2,ols , fondèrent en très-peu de temps l'empire le plus vaste qui ait existé sous le soleil ; d'un autre côté , le rapprochement de deux nations qui habitaient aux extrémités opposées du monde exerça une grande influence sur les usages, la politique, le commerce et les sciences. Mais , avant l'époque où leurs gestes se trouvèrent rapportés dans les annales des peuples nombreux qu'ils assujettirent, leur histoire est tout à fait obscure, leur origine controversée, et leur nom même incertain ; c'est donc avec peu de raison qu'on a voulu appliquer ce nom , comme une dénomination primitive , pour désigner une des variétés de l'espèce humaine , celle qui se distingue par des paupières gonflées et remontant vers les tempes , une face écrasée , des joues saillantes, des cheveux noirs, lisses et rares. On ne trouve ce nom mentionné qu'au dixième siècle par les Chinois , qui l'écrivent Morig-oii ou Monçi-ko'Szu ; or, selon les traditions indigènes, ils ne le prirent que sous Gengis-khan, en 1189 ; ils s'appelaient auparavant Bida. Le nom de Mongols sert aujourd'hui à désigner ceux qui parlent un même groupe de langues à l'est et à l'ouest de l'Altaï, c'est-à-dire les Mongols proprement dits ou Kalsa , les Éleuths ou Kalmouks, les Tourgants, Les Zungars , les Bouriats de Sibérie.
Mais ne font-ils qu'un avec lesTartares, dont souvent on leur donne le nom? Quelques-uns le nient tout à fait, en se fondant sur les caractères des tribus mongoles, encore existantes, et qui diffèrent des Tartares complètement sous le rapport physiologique, bien qu'ils s'en rapprochent pour le langage. D'autres les croient une tribu de Tartares confondus d'abord avec les Tung-nou dans les annales chinoises , puis , dans le neuvièmç
siècle^ distingués par le nom de Mo- ho , et supposent que des Mo-ho septentrionaux sortirent les Tartares modernes et les Mongols ; des Mo-ho méridionaux les Toungouses , tels que les You-tchin et les Mandchoux , qui aujourd'hui dominent en Chine (l). A l'époque où les Kitans s'agrandirent, les Mo-ho furent dispersés , et se partagèrent en trois hordes (2) : l'une d'elles se soumit aux vainqueurs; une autre s'enfuit au nord de la Corée, chez les Fou-he ; la troisième se réfugia sur le versant méridional des monts Jnscham au nord de la Chine , et dans le Tangut, à l'ouest de l'Hoang-ho supérieur, sous le nom de Tatars.
Le dernier jour de chaque année , les descendants de Gengiskhan faisaient battre en leur présence un fer chaud , en remerciant Dieu; en effet, leurs traditions disaient que, deux mille ans auparavant , les Mongols avaient été vaincus et tous exterminés, sauf deux couples qui se réfugièrent dans la vallée d'Erguène coun. Ilsy multiplièrent à ce point que, ne pouvant plus tenir dansées étroites limites, leurs descendants amoncelèrent dans une mine tant de bois et de charbon que tout le fer qu'elle contenait se fondit , et laissa ouvert un large passage , d'où sortirent plusieurs tribus pour aller s'établir sur les rives de l'Houan, du Kéroulan et du Toula. Dunbun-Bayan , l'un de leurs chefs, laissa une jeune veuve nommée Alung-Goa, qui , devenue enceinte quelques années après, assura qu'un rayon de soleil, en pénétrant pendant son sommeil par le toit de sa chambre, s'était transformé en un beau jeune homme qui l'avait rendue mère de trois fils. De cette souche sortit une série de rois et de héros, parmi lesquels leurs chantres célèbrent particulièrement Koubilaï, la terreur des Chinois. Sa voix résonnait comme le tonnerre dans les montagnes ; avec ses mains , aussi fortes que les pattes d'un ours, il brisait un homme en deux , comme on le
(1) Voyez à ce propos Ritter, Géolog. en rapport avec la nature et l'hist. des hommes, part. II, liv. II, Asie.
PRiTr.iivnn, Recherches, etc., II, p. 283. Klai'roth, Asie polyglotte, p. 235.
ViuicY, ()ui croit les Tartares de famille mongole , et BuMENBvr.ii, qui les croit Caucasiens.
(2) Ordoti, dont nous avons formé horde , signifie proprement la réunion de huttes et de tcntp^ où habite Iv. prince avec sa famille. Ils appellent yourte le territoire particulier soit d'un prince , soit d'un chef de trihu on de famille.