GENGIS-KHAN
ferait d'une flèche ; durant l'hiver, il se couchait nu près d'un foyer embrase , sans rien sentir dos étincelles ou des tisons qui s'en élançaient sur son corps, et le matin il croyait avoir été piqué par quelque insecte. A son retour de la Chine, il fut assailli par les Mongols de la tribu de Dourban ; le peu d'hommes qui le suivaient furent dispersés, et lui-même dut fuir vers un étang, où son cheval s'enfonça jusqu'au cou. Koubilaï s'élança de la selle, et sortit du marais; alors les Dourbans, dédaignant de le poursuivre , s'éloignèrent en disant : Que peut faire un Motiyol désarçonné? Le hrmt de sa mort se répandit; mais à à peine les ennemis furent-ils retirés que, saisissant son cheval par la crinière, il le tira hors de la fange, et revint parmi les siens en chassant devant lui une troupe de chevaux qui appartenaient à la tribu ennemie.
D'un descendant de Koubilaï naquit Témudjin , qui , à l'âge oengis.khan. de treize ans , succéda à son père dans le commandement des hordes mongoles. Quelques-unes cependant trouvèrent indigne d'elles d'obéir à un enfant, ce qui , malgré le courage de sa mère, le réduisit à de pénibles extrémités; il fut même enlevé par les ennemis , et ne parvint à se sauver qu'à grand'peine en se plongeant dans un étang , sauf les narines qu'il tint hors de l'eau. Une autre fois il tomba, la bouche et la gorge traversées d'une flèche ; mais un ami , en faisant fondre de la neige sur des pierres rougies, dégagea le sang caillé dans ses plaies, et lui rendit la respiration , tandis qu'un autre tenait , pendant toute une nuit , son manteau étendu , avec ses bras, au-dessus du blessé, pour le garantir de la neige qui tombait à flocons. Ces deux amis obtinrent le privilège de terkan, en vertu duquel ils étaient exempts de toute charge , pouvaient librement s'approcher du prince, et commettre impunément huit délits.
La valeur personnelle de Témudjin ne tarda point à lui pro- rrotre Jean, curer des alliés et des sujets; s'étant confédéré avec Ong-khan, chef des Kéraites et chrétien [le prêtre Jean), il remporta plu- iïo3. sieurs victoires sur les hordes tartares , qui se liguèrent en vain pour s'opposer à leurs progrès. Témudjin soumit ensuite les Kéraites eux-mêmes , et le crâne de leur chef, converti en coupe, épouvanta ses ennemis. Ce fut alors le tour des Tartares , la plus ricbe des nations au nord de la Chine, qui furent exterminés sans distinction , Témudjin ayant défendu d'accorder merci à qui que ce fût. Ce nom de Tartares survécut pourtant, et il fut même appliqué à leurs vainqueurs , à l'imitation des Chinois ,
qui appelaient Tatars tous les nomades du Nord ; ce nom se propagea aussi en Occident , bien que les Mongols le répudiassent comme appartenant aux vaincus.
Témudjin sut employer avec un égal succès les deux principaux moteurs des actions humaines : des récompenses à ses amis, des châtiments à ses ennemis ; 11 promettait aux uns une part du butin, tandis que des chaudières d'eau bouillante attendaient ceux qui osaient lui résister. 11 put alors jeter un regard avide sur la Chine, contrée aussi riche par la nature que par l'industrie; mais, avant d'entreprendre de nouvelles conquêtes , il résolut de prendre un nom digne du chef de tous les Tartares nomades ; il convoqua donc tous les chefs des tribus près des sources de l'Ho-nan , et fit arborer un étendard formé de neuf queues de bœufs blancs. Ghoukdjou, devin (/<a?n), qui jouissait parmi ces hordes d'une grande réputation , annonça , au nom du ciel , que le titre de Gour-khan, c'est-à-dire grand khan, n'était plus assez pour Témudjin , et qu'il devait prendre celui de Gengiskhan, ou khan des khans. Il accomplissait sa quarante-quatrième année quand il fut salué de ce nom.
Ce devinse flattait sans doute d'accroître son crédit et son autorité; mais il ne connaissait guère combien la gratitude des grands dure peu une fois que le besoin est passé. Gengis-khan, ennuyé de ses prédications, îe lit chasser et tuer ; puis il continua ses expéditions dans leTangut, c'est-à-dire au nord de Ghen-si, en soumettant les Kirghiz, les Kem-kemdjoutes , les Oirates et les Oïgours. Enhardi par ces succès, il envahit la Chine septentrionale ; quatrevingt-dix villes furent prises d'assaut ou par famine, et, comme il connaissait tout le respect des Chinois pour leurs ancêtres, il plaça a la tête de ses colonnes les vieillards prisonniers. Bientôt ii conila la suite de cette entreprise à un général qui, ainsi que nous le verrons bientôt, soumit tout l'empire; quant à lui, il se dirigea vers l'occident.
Ses conquêtes avaient étendu son territoire jusqu'aux contins de l'empire kharizmien, qui s'était élevé sur les ruines des Seldjoucldes. On appelle Khovaresm ou Kharizm cette contrée assez resserrée qui s'allonge en serpentant entre l'Oxus et la mer Caspii^nue, du Khorassan au pays des Turcoraans : pays tantôt libre, tantôt dépendant des Seldjoucides, jusqu'au monicnt ou l'esclave .Noustékin, élevé aux premières dignités, puis au gouvernement du pays, s'en était fait prince indépendant. Âladiu ïékesc, son petit-llls, arbora le premier sur sa ban-