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niere le croissant, qui tut adopté ensuite par itt. Ottomans, avec lesquels il ne faut pas confondre la nation intrépide qui osa résister à Gengis-khan. Il était d'usage, sous les monarques seldjoucides, que la musique militaire jouât cinq fois à l'heure des cinq prières ; vingt-sept princes, qui en faisaient partie, battaient sur des tambours dorés, avec des baguettes incrustées de perles. Aladin ordonna que cet usage continuât sous ses descendants, mais deux fois par jour seulement, au lever et au coucher du soleil. En 1187 il conquit la Perse; mais la prospérité dont ce pays jouissait sous les califes avait déjà disparu sous l'invasion des Ogouscs, race de Turcs.
Aladin Mohammed, se trouvant maître de tout le Kharizm, refusa le tribut qu'il payait à l'empire de Gara-kitaï, subjugua quelques idolâtres du Turkestan, et ensuite la Tran.soxiane ; en 1 197, il transféra sa résidence à Samarcande, et occupa la principauté des Gourides ou Ghaurides de ITnde, en pénétrant jusqu'au Gange.
Nasser, calife de Bagdad, avait employé tous ses efforts à opposer une digue aux Kharizmiens, non avec ses propres armées, car il ji'en restait plus au successeur du prophète, mais avec celles des princes musulmans ; afin de s'en venger, Aladin songea à enlever le pontificat aux Abbassides, et les raisons ne manquèrent pas aux ulémas pour justifier l'entreprise. Le nom de Nasser fut banni des prières, et les descendants d'Ali crurent qu'enfin était venue l'heure d'un triomphe longtemps attendu. Le sultan répondit aux ambassadeurs du calife, qui lui répétaient les paroles par lesquelles le prophète ordonne de respecter la famille d'Abbas, que les plus grands maux endurés par cette famille étaient l'œuvre de ses propres membres, dont la plupart naissaient en prison et y passaient leur vie ; qu'il n'apercevait dans Nasser aucune des vertus propres à le rendre digne de ce rang sublime, et que celui qu'il y mettrait les posséderait réellement.
Mais il fut détourné du projet d'assiéger Bagdad par les expéditions menaçantes des Mongols; il dut même, pour conjurer le péril , partager entre ses quatre fils les provinces de la Perse, conquête récente, et par conséquent encore mal affermie.
Dans ce pays, de graves mécontentements avaient été provoqués par l'arrogance et les excès des Tiircomans. Ce nom, qui signifie semblable aux Turcs, fut donné en persan aux soldats de Mohammed, qui étaient Turcs en effet, mais dont le langage et les
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mœurs avaient subi de graves modifications ; la même répulsion s'attachait aux Kancals, qui, des plaines sablonneuses situées près de la mer Caspienne, s'étaient transplantés dans l'empire du Kharizm, où ils avaient acquis de l'importance par leur valeur, et dont l'orgueil se croyait tout permis. De cette nation était issue Turcan-Katouna, mère de Mohammed , femme d'une volonté énergique, qui s'intitulait souveraine du monde, reine de toutes les femmes, et dont les ordres n'étaient pas moins obéis que ceux de son fils.
Gen gis -khan envoya en présent à Mohammed de l'argent en barres, des vessies de musc, des morceaux de jaspe, des habits d'une laine blanche très-fine, en lui demandant la liberté du commerce et le vasselage. En effet, ils commencèrent à entretenir des relations amicales; mais Mohammed fit mettre à mort quatre cent cinquante individus venus en qualité de marchands, parce qu'il les croyait des espions de Gengis-khan; à cette nouvelle, le chef des Mongols en pleura de rage, et, gagnant le sommet d'une montagne, il se prosterna la face contre terre, ses habits flottants, la tète nue, en implorant la vengeance du ciel ; là il passa trois jours et trois nuits en prières et en mortifications. Mohammed l'exaspéra par de nouveaux actes de perfidie, se vantant d'être élu de Dieu pour exterminer les idolâtres; afin que les faits suivissent les menaces, il rassembla des troupes supérieures en nombre et en discipline à celles du Mongol ; mais, bien qu'il fût en état de se promettre une victoire à la première rencontre, il comprit quels terribles ennemis il avait provoqués.
Gengis-khan, ayant réuni les membres de sa famille et ses principaux officiers, résolut d'entreprendre une nouvelle guerre contre Mohammed, et d'en finir avec lui. En vain son adversaire lui opposa quatre cent mille Persans; il les écrasa à la tète de sept cent mille Mongols, accoutumés à une obéissance aveugle. Gengis-khan occupa en vainqueur la Transoxiane, et prit Boukhara. A son entrée dans cette ville, comme il passait devant la mosquée, il demanda s'il voyait le palais du sultan; quand il apprit que c'était la maison de Dieu, il y entra, monta dans la chaire, et dit : La cainpagne est dépoitrvite, donnez à manger ù vos chevaux. On en amena aussitôt ; les livres saints servirent dentière et leurs caissons de mangeoires; après qu'on eut apporté du vin, les barbares firent venir des danseuses, des cantatrices, et se livrèrent a la joie et à la débauche, tandis que les docteurs scandalisés étaient obligés de soigner les chevaux.
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Après avoir lait réunir les habitants de la ville dans une plaine, Gengis-khan, monté sur une estrade, demanda quels étaient les plus riches parmi eux; lorsqu'on lui en eut indiqué deux cent quatre-vingts, il leur reprocha les perfidies du sultan, en ajoutant : Je suis te fléau de Dieu, et, si vous n'étiez pas bien chargés de î)échcs, Dieu ne ni' eût pas lancé sur vos têtes. Je ne vous demande pas les richesses qui sont sur terre, car celles-là nous saurons bien les trouver nous-mêmes ; mais je vous demande celles qui sont enfouies.
La ville fut mise à sac; les habitants, après avoir été témoins du déshonneur de leurs femmes et des tortures des riches, furent partagés entre les Mongols; enfin le feu dévora les édifices.
Bientôt après, cette horde farouche, suivant la délicieuse vallée de Sogd, remplie de jardins et de somptueuses maisons de campagne, assaillit Samarcande , en poussant devant elle ses prisonniers. Mohammed Aladin , dont toute l'arrogance avait fait place au découragement, ne savait plus que résoudre; comme il voyait les citoyens creuser un fossé autour de Samarcande, il secoua la tête, en s' écriant : Que les Mongols y jettent seulement leurs fouets, et cela suffira pour le combler. Si quelque courage restait encore aux habitants, ils le perdirent à ces paroles de désespoir, et se décidèrent à capituler. Aussitôt la ville fut démantelée, pillée, et mise à feu et à sang. Trente mille guerriers kancals périrent égorgés de sang-froid, et une foule d'habitants eurent le même sort. Les autres furent partagés entre les vainqueurs ou cruellement rançonnés, et cette riche province souffrit une entière dévastation. Aboulfarag al-Sandjari, poète persan, qui parvint à écliapper aux Tartares, s'écriait : Ze soleil ne se lève plus que de foceident. Toute allégresse est bannie de l'univers, et les hommes ne paraissent nés que pour souffrir. Dans tant de pays que f ai parcourus , je n'ai trouvé âme vivante, et si par hasard j'ai rencontré quelques humains, je n ai vu en eux que deux sources de larmes.
La terreur que répandaient ces sauvages destructeurs était telle que la population abattue, découragée, n'osait même résister. « J'ai entendu raconter, dit Ibn al-Éthir, beaucoup de faits « (jui sont à peine croyables, tant Dieu avait répandu d'épou- '< vante dans les cœurs. On dit qu'un cavalier tartare entra tout « seul dans un village très-peuplé de la Mésopotamie, et se mit « à massacrer les habitants l'un après l'autre sans qu'aucun « d'eux fit mine de so défendre. Un autre, n'ayant point d'arme
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« pour tuer un prisonnier, lui ordonna de se couclier à terre « pendant qu'il irait chercher une épée , et il égorgea le mal- « heureux, qui l'avait attendu sans bouger. Voici ce qu'un autre « m'a raconté : étant en voyage avec dix-sept personnes, nous « vîmes arriver un cavalier tartare, qui nous ordonna de nous lier « les uns aux autres les mains derrière le dos. Mes compagnons « firent ce qu'il commandait; je leur dis : Il est seul, tuons-le et « fuyons ; mais ils répondirent : Nqus avons peur. Et moi : // « vous égorgera^ tuons-le, et peut-être que Dieu nous aidera à « nous sauver. Sur ma foi, aucun n'osa le faire ; mais je le « frappai d'un coup de poignard, et nous nous enfuîmes tous. » Turcan-Katouna, ne croyant pas aux promesses insidieuses de Gengis-khan, s'enfuit après avoir fait égorger tous les princes dépossédés par Mahoramed; mais elle fut prise avec le sérail du sultan. Les Mongols tuèrent les fils de Mohammed, et se partagèrent ses femmes. Turcan-Katouna fut envoyée en Tartarie, où elle mourut, et Alohammed, toujours fuyant devant l'orage qu'il avait provoqué, ne parvint qu'avec les plus grands efforts à échapper à ceux qui le poursuivaient. Réduit à manquer du nécessaire après avoir été l'un des plus puissants monarques d'Orient, il mourut dans une île inhabitée de la mer Caspienne, où l'on ne trouva pas même un linceul pour ensevelir celui qui avait dépouillé tant de princes.
Le Kharizm fut traité avec la même férocité que les autres provinces. A Baikh, ville enrichie par le commerce, les Mongols firent sortir les habitants sous prétexte de les compter, et les égorgèrent tous jusqu'au dernier; puis ils mirent le feu à la ville. Nichapour, qui avait été la métropole du Kharizm sous la descendance de Chosroès, déjà détruite en 1153 par les Turcs Ogouses, puis en 1208 par un tremblement de terre, avait relevé ses fortifications et s'était repeuplée; trois mille balisteset cinq cents catapultes défendaient ses remparts. Mais les Mongols l'assaillirent avec un nombre égal de balistes, trois cents catapultes, sept cents machines à projectiles incendiaires, quatre mille échelles, deux mille cinq cents charges de pierres. Bientôt ils l'eurent forcé, et, pendant quatre jour?, ils massacrèrent tout, jusqu'aux chiens. Le vainqueur, instruit que quelques malheureux avaient échappé à cette boucherie en se couchant parmi les cadavres, ordonna de décapiter tous ces corps gisants; alors des pyramides distinctes de tètes d'hommes, de femmes, d'enfants, s'élevèrent aussitôt, horrible monument de la ruine définitive de
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l'ancienne capitale de Sapor. Ailleurs l'ordre était donné d'anéantir tout, 2;ens et biens. Dans Hérat il périt , dit-on, seize cent mille personnes; le fils de Gengis-khan s'excusait auprès de lui d'avoir épargné quelques noalheureux par compassion : Je te défends, lui répondit-il, d'avoir de la compassion; cest un signe de faiblesse. Et comme lespectacle de ces massacres était pour ces barbares un objet de triomphe, à chaque millier de cadavres qu'ils entassaient, ils en plaçaient un les pieds en haut et la tête en bas, pour les compter facilement.
Avant d'envahir une contrée, Gengis-khan envoyait dire au prince qui la gouvernait : Si tu ne te soumets pas, Dieu seul sait ce qui adviendra de toi. Quand le prince se déclarait vassal, il devait donner des otages, recevoir des gouverneurs mongols, payer un gros tribut, qui le plus souvent était du dixième de toutes les productions, y compris les hommes ; ainsi s'accomplissait lentement la ruine du pays, tandis que la destruction était instantanée dans ceux qui n'avaient cédé qu'à la force. Les Mongols n'y entraient pas en un seul corps, mais par bandes détachées, qui, sans s'occuper de l'armée ennemie ni des forteresses, se débandaient en égorgeant tout; le seul moyen de salut était d'échapper à leurs regards. Lorsqu'ils envahirent la Hongrie, ils entouraient des villages entiers, et les brûlaient avec tout ce qu'ils contenaient. Dans les villes, ils réunissaient tous les habitants sur la place, et, les mettant dans la plus complète nudité, les égorgeaient l'un après l'autre. Pour amuser leurs enfants , ils leur donnaient à briser à coups de marteau la tète des enfants ennemis. Les plus robustes étaient gardés pour être esclaves, après qu'on leur avait coupé les narines et les oreilles. Les femmes exerçaient leur colère sur les femmes, massacraient les plus belles, dont elles donnaient la chair à manger aux maris, et laissaient la vie aux laides pour s'en servir comme d'esclaves. 11 semblait, en un mot, que ces barbares voulussent réduire le monde en une vaste steppe pour y faire pai tre librement leurs troupeaux.
De redoutables catapultes , manœuvrées par des prisonniers , battaient les murailles des forteresses qui ne s'ouvraient pas immédiatement devant les Mongols; ils employaient aussi le feu grégeois, l'eau des fleuves, les mines, les stratagèmes les plus subtils et les plus perfides. Les Chinois surent pourtant faire usage contre eux d'une arme terrible, que les Européens ne connurent que plus tard. On rapporte en effet que, lorsque Gengis-
khan assaillit Kai-fung-fou, les assiégés se servirent contre les Mongols de " pao a feu qui lançaient des morceaux de fer, en n forme de ventouses, remplis de poudre; quand le feu s'y « communiquait, ils éclataient comme le tonnerre, au point que « le fracas s'entendait à cent H. L'endroit où ces projectiles « tombaient se trouvait brûlé, le feu s' étendant à plus de deux " mille pieds à la ronde, et les cuirasses qu'ils atteignaient étaient « traversées départ en part. » Les Mongols, pour s'en garantir, se creusaient des chambres souterraines; mais les assiégés, afin de les débusquer, attachaient ces globes avec des chaînes de fer, pour les descendre du haut de la muraille; puis, lorsqu'elles étaient arrivées aux chambres souterraines, ils y mettaient le feu au moyen d'une mèche, et foudroyaient les travailleurs.
Aussi dénués de sentiments chevaleresques qu'ils l'étaient d'humanité, les Mongols fuyaient sans honte, trahissaient sans remords. La campagne finie, ils entraient dans leurs quartiers pour quelques mois, afin surtout de reposer leurs chevaux; ils commençaient par ravager le pays à plusieurs milles à la ronde, puis s'abandonnaient à de grossiers plaisirs.
Les esclaves qu'ils faisaient par milliers étaient plus à plaindre que ceux auxquels ils donnaient la mort : nus, sans nourriture, les hommes se voyaient contraints aux plus rudes fatigues; les femmes, arrachées aux cloîtres des chrétiens ou aux retraites voluptueuses des mahométans, restaient exposées au libertinage effronté d'une soldatesque immonde. Gengis-khan demanda un jour à ses officiers quel était le plus grand plaisir qu'un homme put goûter. On lui répondit : Aller à la chasse au printemps sur un beau cheval, avec un bel autour au poing, et le voir saisir la proie.
Le chef secoua la tête, et reprit : ]\on; la pins grande jouissance est de vaincre ses ennemis, de les chasser devant soi , de leur ravir ce qu'ils possèdent, de voir en larmes tous ceux gui leur sont chers, de monter leurs chevaux, d'embrasser leurs filles et leurs feinmes.
Djelaleddin Munk-bezni, le plus résolu des fils de Mohammed et le seul qui lui eût survécu, s'était échappé du Kharizm et sauvé vers le Khorassan. Arrivé à Gazna, où s'étaient ralliés beaucoup de Turcomans , il se vit bientôt obéi d'un corps de soixante à soixante-dix mille cavaliers. A leur tête, il surprit et battit plusieurs fois des détachements mongols; mais, ayant osé affronter fîengis-khan lui-même, il fut vaincu, malgré des