‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 58 sur 102 · GENGIS-KHAN · texte numérisé non relu

GENGIS-KHAN

prodiges de valeur. Toutefois, il parvint à s'ouvrir un passage sur les cadavres ennemis; après avoir jeté sa cuirasse, il courut vers le Sind,où il se précipita d'une hauteur de vingt pieds, le bouclier sur l'épaule, l'étendard àia main, et le traversa à la nage, tandis que Gengis-khan, émerveillé, le montrait en exemple à ses fils. Rejoint sur l'autre rive par un petit nombre des siens, mais manquant de tout, il se dirigea sur Dehli, où dominait un Turc qui, avec le roi de Lahor, était le plus puissant des petits princes devenus indépendants après la chute de l'empire des Gourides.

Les Mongols ne tardèrent pas à porter la désolation dans le cœur de l'Inde, tandis que Gengis-khan finissait de soumettre et de ravager le Khorassan ; puis, soit caprice, soit satiété, après tant de sang répandu, il résolut de retourner dans la Mongolie, par l'Inde et le Tliibet. 11 ordonna de faire nettoyer par les prisonniers, dont le nombre s'élevait jusqu'à vingt et trente pour chaque tente, une énorme quantité de riz ; puis il les fit tous égorger dans une nuit. Voyant ensuite qu'il lui serait extrêmement difficile de passer par le Thibet, il reprit la route qu'il avait suivie pour entrer en Perse, massacrant les quelques malheureux qui étaient revenus parmi les ruines des cités, et détruisant les blés sur son passage; ce qui réduisit à périr de faim les habitants réfugiés dans les bois, tandis que les troupeaux qui suivaient l'armée suffisaient à sa subsistance.

Il avait eu pour compagnons dans ses expéditions ses fils et ses neveux, aguerris au massacre par ses exemples, tandis que ses généraux portaient l'épouvante jusqu'en Europe. Djou-chi soumit le Kaptchak, c'est-à-dire les immenses vallées méridionales du Volga et de l'Oural, appelées par les anciens Scythieen deçà de l'Imaùs et Sarmatie asiatique. Cette contrée avait pour habitants des peuplades qui avaient survé(!U à l'empire turc, les Petchenèques, les Uzes, dits ensuite Polowtzes par les Russes, c'est-à-dire habitants des plaines, Cumans par les Hongrois et les Grecs ; de là le nom de Cumanie resté à ce pays, d'où émi grèrent alors dix mille familles qui furent accueillies par l'empereur Jean Ducas, et d'autres qui se réfugièrent en Russie, Après avoir fait le tour de la mer Caspienne , franchi le Caucase et traversé les gorges de Derbend, Djou-chi défit un reste d'Alains, et se mit à la poursuite des Uzes, qui souvent infestaient le territoire des populations slaves et inquiétaient Kiev ; mais, se réu-

nissaot alors aux Russes, ils tentèrent d'arrêter les Mongols, et furent vaincus à Kalkha. 1222. Quand les Polowtses , assaillis sur le Don par les Mongols , ré-

clamèrent l'assistance des Russes, les princes assemblés à Kiev, comprenant bien que, leurs voisins une fois écrasés, le même sort les menaçait , résolurent de faire cause commune avec eux contre les Mongols ; or, bien que ceux-ci protestassent n'avoir point d'intentions hostiles à leur égard , ils tuèrent leurs ambassadeurs. Une bataille fut livrée à Kalkha , où les Russes furent défaits, et leurs débris poursuivis jusqu'au Dnieper ; mais là un ordre de Gengis-khan rappela les Mongols pour de nouvelles entreprises.

Souboutaï , qu'il avait chargé de poursuivre les Kharizmiens , s'empara de leurs immenses trésors , et reçut la soumission du prince chrétien de la Géorgie résidant à Tauris, qui avait en vain 1221. tenté de lui résister en s'alliant avec les princes de l'Aderbidjan et de la Mésopotamie ; puis il établit son camp dans la plaine de Mougan , qui devint ensuite la résidence habituelle des généraux mongols et des descendants d'Houlagou.

Après avoir détruit en six ans l'empire qui embrassait Balkh , Bokhara , Samarcande, le Turkestan, le Khorassan, le Kharizm, le Mawaraunahar et une grande partie de la Perse, jusqu'à l'Inde, Gengis-khan choisit Karakorum pour capitale de ses États. Cette ville, appelée Holin par les Chinois, est située presque au même degré de latitude que Paris, entre les fleuves Toula Mort rie Gen- et Ougou. Letcrriblc Mongol était rentré en Chine pour renverser gis-kiian. j^ dynastie des Kin, quand la mort le surprit au milieu des massacres et des victoires. Il dit à ses fils avant d'expirer : Je vous ai conquis, avec l'aide de Dieu, un empire si vaste que, dans un an., on ne peut arriver du centre à ses extrémités. Voulezvous le conserver, restez unis; opérez de concert pour écraser vos ennemis et élever vos amis. Un seul de vous doit occuper le trône , et je désigne pour y monter le troisième, Oktai. Après avoir indiqué ce qu'il fallait faire pour obtenir la victoire , et ordonné de tuer le roi des Tongouses dès qu'il aurait capitulé . il rendit le dernier soupir à l'âge de soixante-six ans , dont il avait 18 août. régné vingt-deux.

Comme il avait recommandé de cacher sa mort , il fut transporté secrètement dans la Mongolie, et l'on tua tous ceux qui rencontrèrent le convoi dans ce long trajet. Des qu'on fut arrive

GENr.lS-KUAN. ^Ml

à la «grande horde, ou annonça la mort du khan; les chefs de sou immense empire accoururent pour le pleurer , puis il fut enseveli dans les montagnes du Bourkan-Galdoun , et la forêt qui s'éleva autour de sa tombe devint la .résidence royale de ses successeurs,

G engis-khan fut considéré comme un dieu par la nation mongole, qu'il avait tirée de la misère et de l'obscurité pour l'élever à une puissance formidable. Il voulait, disait-il, soumettre à ses armes le monde entier, dont Dieu lui avait donné l'empire ; ne pouvant terminer la tâche qu'il avait commencée, il la transmit à ses fils. Il dut ses triomphes à la valeur la plus audacieuse , jointe à l'astuce la plus profonde; ses exploits nous représentent moins un homme qu'un fléau dévastateur, peste, incendie, tremblement de terre , une de ces forces de la naturcqui , sourdes aux gémissements des victimes, consomment irrésistiblement leurœuvrede destruction. Gengis-khan fut puissamment secondé par l'obéissance absolue des siens ; il voulait que ses officiers tinssent toujours leurs hommes prêts à sauter à cheval au premier signal : Celui qni commande bien une dizaine d'hommes, disait-il, mérite que je lui en confie un mille; mais, si un chef de dix conduit mal les siens, je le punis de mort avec sa femme et ses enfants, et j'en choisis un autre dans la dizaine. J'en fais autant avec les chefs de cent, de mille, de dix mille.

Il ajoutait : J'ai conile le commandement à ceux qui réunissaient le talent et la valeur , les bagages à ceux qui étaient adroits et diligents ; aux gens lourds, je leur mettais un fouet à la main, et leur faisais garder les troupeaux. En occupant ainsi chacun selon sa capacité , et en mciintenant l'ordre et la discipline, j'ai vu ma puissance s'accroître de jour en jour comme la nouvelle lune.

Ce conquérant, doué du génie de la destruction , fut pourtant le législateur de son peuple. L'Ouloug yassa , recueil de ses lois, écrit en langue mongole avec des caractères oïgoures , était consulté avec vénération dans les circonstances importantes, Nonseulement il nettoya les routes de la Tartarie des tribus nomades , mais encore il institua des postes comme en Chine. Il se vantait d'avoir établi l'ordre et la justice parmi les siens , chez lesquels régnaient avant lui l'insubordination et la défiance; il punissait de la peine capitale l'homicide, le vol, l'adultère, la sodomie, celui qui laissait périr pour la troisième fois les capitaux qu'on lui avait confiés, celui qui recelait les esclaves fugitifs,

les objets volés ou l'arme qu'un autre avait laissée tomber en combattant, celui qui usait des sortilèges pour faire du mal, ou celui qui dans les duels favorisait l'un des adversaires contre l'autre. Quant aux vaincus, leur vie était tarifée; celle d'un musulman coûtait quarante balisks d'or ; celle d'un Chinois, la valeur d'un âne, etc.

Dans l'opinion des Mongols , nul ne devait au printemps et en été se baigner dans une eau courante , y plonger ses mains ou y puiser avec un vase d'or ou d'argent , ce qui , selon eux , attirait la foudre , dont les éclats sont fréquents dans ces régions. Si quelqu'un d'entre eux était atteint du tonnerre, on éloignait sa hutte et sa famille ; lorsqu'un prince venait à mourir, aucun des siens , pendant trois ans, ne pouvait entrer dans sa tente; tout ce qui lui avait appartenu devait être purifié entre deux feux. Conformément à ces idées, Gengis-khan défendait sévèrement de répandre de l'urine dans l'eau ou sur les cendres, de jeter dans un courant les tisons du foyer , les restes d'une table ou d'un plat, d'y laver ses mains ou ses vêtements. L'individu qui égorgeait des animaux à la manière des musulmans devait être égorgé lui-même; il fallait leur ouvrir la poitrine , y introduire la main, et leur arracher le cœur. Quiconque se présentait pouvait s'asseoir dans les banquets, et devait avoir part aux mets servis sur la table; mais les Mongols composaient leurs mets avec les choses même les plus repoussantes (l).

Gengis-khan recommandait de ne pas favoriser une religion plus qu'une autre, mais de les traiter toutes également, la Divinité ne s'inquiétant guère de quelle manière on l'honorait ; il exempta de contributions et de charges publiques les ministres de tous les cultes, ainsi que les pauvres, les médecins et les savants.

Il avait cinq cents femmes et concubines, l'élite des beautés mongoles et des captives ; chaque capitaine devait passer en revue les femmes tombées aux mains de sa compagnie, pour faire présent au roi et aux princes de celles qui réunissaieut le plus d'attraits.

(1) Cibi eonim sunt omnia qux mandi possunt; vidimus eos etiam pediculos mandticare. Jea> Caiu'Ino.

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