‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 59 sur 102 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LES GENGISKHANIDES.

Gengis-khan avait partagé ses Étals et son armée entre ses fils; mais, les rivalités n'ayant pas tardé à éclater entre eux, ils convinrent d'élire, conformément à son intention , un empereur, qui fut Oktaï. Alors tous , la tète découverte et la ceinture rejetée oktaï. sur l'épaule , firent devant lui neuf génuflexions et célébrèrent le banquet solennel , en prononçant le serment : Tant que reniera de ta postérité le moindre brin de chair qui, jeté dans l'herbe, empêche le bœuf de la manger, et qui, mis dans sapâtée, empêche le chien d'y goûter, nous ne placerons sur le trône aucun prince d'un aidre race. Le nouvel empereur distribua généreusement de riches présents, honora l'ombre de son père d'un festin magnifique, et, faisant choix de quarante jeunes filles parmi les plus belles , il les envoija le servir dans l'autre monde.

Il commença par mettre quelque ordre dans les finances, et limita le pouvoir des gouverneurs d'après les conseils de Yé-lioucoutsaï , qui lui dit : L'empire a été conquis à cheval; mais il ne peut se gouverner à cheval.

Il fit partir alors trois armées pour conduire à fin les conquêtes paternelles. L'une d'elles se dirigea vers la Perse, contre Djelaleddin, qui, de retour de l'Inde, avait reconquis plusieurs provinces; une autre, contre les Kaptchaks et les Bulgares; lui-même, avec la troisième, marcha sur la Chiue,où il eut bientôt exterminé 1234. la dynastie des Kin. Ses courtisans lui ayant remontré qu'il ne lui convenait pas de s'exposer aux fatigues et aux périls de la guerre, il se rendit à leurs raisons , et laissa triompher ses généraux. Il se mit alors à construire des édifices avec une partie des sommes considérables versées au trésor par Yé-liou-coutsaï , qui administrait les finances avec habileté , émettait des billets de banque, et cherchait à introduire parmi les Mongols la civilisation chinoise avec ses collèges et ses concours.

L'armée destinée à conquérir les pays à l'ouest du Volga s'avança sous le commandement de Batou, et soumit les Bulgares, les Kaptchaks, la Russie, la Circassie, la Galicie et la Pologne. m^. Gengis-khan avait imposé à ses quatre fils l'obligation de fournir chacun un régiment pour garder l'Inde ; cette force fut employée

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à envahir la partie du nord et à prendre Lahor , qu'on livra au pillage. Alors Delhi se révolta contre le sultan Moezeddin-Baram-Schah, à l'instigation d'un ministre perfide, Nisaraal-Mulk, qui tua son maitre Alaeddin-Massoud-Schah, tandis que les Mongols envahissaient par le Kaudahar la contrée du Sind.

Oktaï meurt; les. plaisirs de la chasse et de la tahle avaient abrégé ses jours. Bien différent de son père, il était d'un cai-actère doux et libéral à l'excès. Si ses officiers voulaient faire quelque réduction sur les sommes énormes dont il rétribuait des services minimes, il leur disait : Vous êtes mes plus grands ennemis en m'empèchant (racquérir la seule chose durable au monde, vnbon renom. Ayant trouvé nn jour le trésor rempli , il s'écria que c'était un véritable ennui que d'avoir à garder tant d'argent, et il invita tous ceux qui en avaient besoin à y puiser librement. Après le diner, il s'asseyait hors de sa tente, et distribuait des dons à tout venant; s'il achetait quelque chose d'un marchand , il lui faisait payer un dixième en sus du prix convenu. Il trouvait des excuses en faveur des musulmans qui se baignaient dans l'eau courante, ou qui tuaient des animaux à leur mode; un fanatique étant venu lui dire que Gengis-khan lui était apparu en songe pour lui enjoindre d'ordonner de sa part à son successeur d'exterminer les musulmans, race perverse : Sais-tu le mongol ? lui demanda Oktaï; sur sa réponse négative : Eh bien! tu es un menteur , reprit-il , car Gengis-kan ne parla jamais d'autre langue., et il le lit mettre à mort.

Zagataï , son frère aîné, qui avait hérité de la Transoxiane et du Turkestan , et qui était désigné comme son successeur, mourut peu après lui , et sa descendance conserva la domination de ces pays jusqu'à Tamerlan.

L'impératrice Tourakina, veuve d'Oktai, prit la régence comme tutrice de son fils Cajouk , et confia les finances au mahoraétan Abd el-Rhaman , qui remplit le trésor à force de pressurer les peuples, dont il aliéna l'affection. Yé-liou-coutsaï en mourut de chagrin , et, rare exemple dans sa position, on ne trouva dans sa demeure que des livres, des cartes géographiques, des instruments de musique, des médailles et des inscriptions antiques ; il est compté parmi les ministres les plus remarquables non-seulement de l'Asie, mais encore d'autres contrées. i\é Tartare, il adopta les idées et la culture de la Chine, ne cessa de s'interposer entre les opprimés et les oppresseurs , et plaida toute sa vie pour les vaincus avec tant de chaleur qu'Oktaï lui dit un jour :

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// nous reste à le voir aussi pleurer pour le peuple. 11 tâcha de faire pénétrer la justice et quelque sentiment d'hunianité parmi une nation féroce qui ne connaissait que le droit de l'épée , et de substituer au pillage les impôts , à l'extermination les tributs. Il avait évalué les revenus de la Chine à cinq cent mille onces d'argent par an (1), lorsqu'elle ne comprenait que les pays situés au nord du fleuve Jaune; ils s'élevèrent à un million cent mille onces après la conquête de l'Ho-nan. Le musulman Abd el-Rhaman offrit le double pour en avoir la perception à ferme; Yé-liou lui répondit : Vous pourriez même en tirer cinq millions , mais en épxiisant les contribuables et en excitant le mécontentement. Comme on proposait de faire passer les troupes chinoises en Occident, et les forces mahométanes en Chine, Yé-Iiou s'y opposa , en représentant que la différence de climat tuerait plus de soldats que la guerre elle-même : généreuse préoccupation qui n'arrête pas toujours des nations que Fou appelle civilisées (2) et dont nous devons lui tenir compte, quoique ses conseils fussent peu suivis. Aussi sa mémoire est-elle restée en vénération parmi les Chinois ; un siècle après, un empereur lui décerna le titre posthume de roi. D'autres personnages puissants sous Oktai déchurent aussi sous son successeur. La diète ayant été convoquée , on vit accourir de toutes parts , à l'exception de Batou , peu bienveillant pour la régente, les princes du sang et les généraux, dont la magnilicence faisait ressortir davantage la simplicité de deux moines européens , venus au milieu de guerriers farouches pour leur apporter l'Évangile. L'assemblée se tint dans un pavillon entouré i24b.

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