‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 6 sur 102 · HENRI VI. PAPES. CD · texte numérisé non relu

HENRI VI. PAPES. CD

adhérèrent à ces propositions séduisantes; mais elles furent rcpoussées par Conrad de Wittelsbach, archevêque de Mayence, et par les princes saxons (l).

Le projet de Henri pouvait offrir l 'avantage de mettre un terme aux querelles renaissantes entre les familles qui aspiraient au trône, et de réunir l'Empire entier sous des lois uniformes; mais était-il possible d'espérer que le pape y consentit jamais, alors qu'il devait perdre un droit précieux, et dénaturer une dignité fondée non sur le droit de naissance, mais sur le mérite personnel? Puis il eût fallu, pour réussir, bien plus d'habileté politique que n'en possédait Henri , et un caractère plus estimable que le sien ; il lui manquaii, en effet, jusqu'à ce fond de bonhomie qui se retrouve encore dans les empereurs allemands, même les moins bons. Orgueilleux , parce qu'il se considérait comme le successeur des empereurs romains ; cruel et d'un esprit borné, il prenait pour de grands desseins les velléités de son ambition ; il promettait aux républiques de leur accorder des privilèges , au pape de former une croisade , aux princes de favoriser leur ambition, et se parjurait effrontément avec tous ; puis, se trouvant dans l'impuissance de réaliser ses projets, il entrait en fureur, et méritait assez bien le surnom de Cyclope, que lui avaient appliqué les Siciliens.

Si sa demande relative à l'hérédité échoua dans l'assemblée de tm. Mayence, il obtint du moins que son fils Frédéric, qu'il avait eu de Constance deux ans auparavant, reçût le titre de roi ; puis, changeant de point de vue sans changer de dessein, il médita de relever à son profit l'empire d'Orient. Son intention était donc de l'assaillir comme avaient fait Robert Guiscard et le roi Roger, ses prédécesseurs; de monter sur le trône de Constantinople , de revenir de là triomphant, de réunir les deux Églises et de réduire le pape à la docilité des patriarches grecs.

La mort , qui le surprit à Messine , âgé seulement de trente- ujtrois ans, mit ses projets au néant. Le bruit courut que sa "s«P''^ra''r'=femme avait accéléré sa fin, pour venger sur lui sa patrie, dont cette conquête faisait le malheur : conquête déplorable, car elle devait encore attirer sur l'Italie une foule de maux. Toute-

(l) Henri avait été en guerre avec Henri \e Lion, duc de Saxe, dépossédé; ce'ui-d, durant celle guerre, recouvra une partie des domaines qui lui avaient clé enlevés, vl ne mit (in aux iiostilités (]ii'a|)ròs avoir ol)tt"nu de son rival des conditions très-avantauTuses pour lui-même, et , en outre, le jialalinat du Rhin pour ses (ils.

57 novembre

Papes.

fois, en y retenant Henri et ses successeurs continuellement occupés, elle eut pour résultat de laisser grandir en Allemagne les factions qui finirent par amener la ruine de la maison de Souabe.

1198. Constance suivit de près son époux au tombeau, ne laissant

qu'un fils en bas âge, qui devait ensuite se rendre célèbre sous le nom de Frédéric II. Ce jeune prince, qui n'avait alors que quatre ans, haï de ses sujets, en butte aux embûches de ses rivaux et des partisans même de son père, empressés d'usurper quelques lambeaux d'autorité, ne devait trouver d'abri que sous le manteau du pontife, auquel Henri l'avait recommandé en mourant.

Ce pontife était Innocent III, l'un des plus illustres personnages qui aient porté la tiare.

jNous avons vu, dans le siècle précédent, Calixte II mettre (in au premier conflit des papes et des empereurs au sujet des investitures ; puis les entreprises d'Honorius II et d'Innocent II {Gre(/orio de Papi), sous qui commencèrent les démêlés du saint-siège avec la noblesse et le peuple de Rome pour la sou- 1143-11W. veraineté. Sous les règnes très-courts de Célestin II et de iiio-iiis. Luce 11, comme aussi sous ceux d'Eugène III et d'Anastase IV, les dissensions continuèrent, excitées principalement par Ar- ,i,s9. naud de Brescia, qui fut brûlé sous Adrien IV. JNous nous sommes étendu davantage sur Alexandre III, le promoteur de la ligue lombarde, qui, après de longues querelles avec Frédéric Barherousse, vit enfin sa cause triompher. Ce grand homme, informé que les Suédois, par excès de dévotion, laissaient tous leurs biens aux églises, défendit à ceux qui avaient un enfant (le léguer plus de la moitié de leur avoir, et plus du tiers à ceux qui en avaient deux.

Dans le onzième concile général qu'il convoqua àLatran,afin s-ig'mars de prévenir les élections schismatiques, il décréta que, pour être pape légitime , il faudrait avoir réuni les suffrages des deux tiers des cardinaux, et que, dans le cas de contestations, personne n'aurait mission d'intervenir pour les résoudre. Déjà, en 1059, Nicolas II avait restreint le droit d'élection aux cardinaux prêtres et évcques, laissant au clergé et au peuple l'influence extérieure. Alexandre appela en outre dans le sacré collège les chefs du clergé romain, dont il lit les cardinaux diacres, et il en exclut les autres ecclésiastiques ; il mit encore la canonisation des saints

AlexandrcUI.

INNOCENT III

au nombre des causes majeures réservées au souverain pontife, tandis que précédemment les métropolitains y intervenaient quelquefois.

Luce III (Ubald AUungliide Lucques) fut élu d'après la nouvelle forme ; mais , mécontent de la populace de Rome, qui, turbulente et querelleuse, avait assailli à coups de pierres le cadavre de son prédécesseur, et crevé les yeux à tous les clercs trouvés lors de l'assaut de Tusculum, il établit sa résidence à Vellétri, puis à Vérone (i).

La nouvelle de la prise de Jérusalem par les infidèles avait hâté la fin d'Urbain IIF (Uberto Crivelli Milanais). Grégoire VHI (Albert de Morra de Béoévent) s'employa , durant son règne trèscourt, à réparer cette perte cruelle. Clément III (Paulin Scolaro Romain), qui lui succéda, put enfin conclure la paix avec les Romains, en abandonnant toutefois à leur vengeance Tivoli et Tusculum, que Henri VI leur avait permis de démolir. Le nouveau pontife, Célestin III (Hyacinthe des Orsini), n'avait pu empêcher Henri VI de disposer de l'héritage de la comtesse Mathilde et d'assigner à ses barons plusieurs places de la Romagne; mais son successeur devait déployer un caractère bien autrement énergique.

Innocent III sortait de l'illustre famille de Signa ; c'était un des hommes les plus érudits de sou temps, et remarqué comme écrivain. Il avait composé, dans sa jeunesse, un traité (/îf Mépris du monde et des misères de la condition humaine, non comme un sceptique qui, dégoûté des choses terrestres, en prêche la vanité sans reporter sa pensée vers les choses d'en haut, mais en dirigeant les aspirations de son âme vers les biens impérissables ; il s'était ensuite appliqué longtemps aux affaires , joignant à la prudence dans les desseins la fermeté qui les exécute, et l'habileté qui sait trouver les moyens d'exécution.

Appelé au trône dans toute la vigueur de l'âge , à trente-sept ans, c'était avec les idées de Grégoire VII qu'il acceptait les charges pesantes qu'un pontife avait à subir alors. Ces charges étaient nombreuses : concéder, selon le besoin , des privilèges

Luce HI.

Clément HI.

Innocent III.

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