‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 61 sur 102 · CHINE. — DYNASTIE \IV, XV, XVI, XVU, XVIII, XIX, XX · texte numérisé non relu

CHINE. — DYNASTIE \IV, XV, XVI, XVU, XVIII, XIX, XX

On appelle petites dynasties les cinq dynasties des Li-ang, des Tang , des Tsin , des Han et des Tchéou postérieurs , qui régnèrent en Chine de 907 à 960; ce fut une époque de guerres civiles entre les divers prétendants au tronc, dont la domination durait assez pour exercer des persécutions et la tyrannie, mais non pour faire le bien du peuple. L'aventurier turc qui avait fondé u ans la dynastie des Li-ang postérieurs (i) exterminales débris de la famille détrônée ; mais les torrents de sang qu'il versa ne l'einpécherent pas d'être lui-même assassiné par un de ses fils.

Ici vient une série d'usurpateurs qui , troublés à l'intérieur par les eunuques, au dehors par les courses des Tartares, ne purent jamais se consolider jusqu'à Tavénement de Taï-tsou III; celuici commença la dix-neuvième dynastie , dont les huit empereurs résidèrent dans les provinces septentrionales , sans doute pour

(l)Voyez t. YIII, p. 447.

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Taï-tsou. 91*.

mieux s'opposer aux Tartares. La durée plus longue de cette dynastie procura quelque repos à l'empire , et substitua a l'anarchie le règne de la loi.

Tai-tsou, habile à la guerre et dans l'administration, ordonna que les quatre portes de son palais restassent toujours ouvertes , « comme son cœur l'était à tous ses sujets. » Durant un hiver rigoureux , pensant combien avait à souffrir ceux de ses sujets qui faisaient la guerre dans le Nord, il envoya sa propre pelisse au général , en exprimant le regret de n'en pouvoir donner une à chaque soldat. Au siège de Nan-king , entraîné par le désir de prévenir les massacres qui accompagnent d'ordinaire la prise des villes, il feignit d'être malade; ses officiers étant accourus pour le visiter, il leur dit : Le remède le plus sûr dépend de vons ; jurez-moi que vous ne verserez pas le sang des citoyens . Le serment fait, il reparut en parfaite santé. On ne put empêcher, malgré toutes les précautions, qu'il n'y eût quelques victimes; aussi s'écria-t-il : Quelle triste nécessité que la f/uerre , où il fcmt toujoîirs répandre du sang innocent! Il disait encore : La vie de l'homme est le plus grand trésor qu'il y ait sous le ciel, et l'on ne prend jamais trop de soins pour empêcher qu'elle ne soit ravie à qui que ce soit quand les lois et la nécessite ne Vexigent pas absolument. En conséquence il défendit aux gouverneurs des provinces et aux magistrats particuliers d'envoyer personne au supplice avant que la sentence eût été revisée par le tribunal suprême et soumise à l'empereur.

Il voulut que l'avancement dans la carrière militaire ne fût obtenu , comme dans la carrière civile, qu'à la suite de concours, et que tout officier fit preuve de connaissances théoriques et pratiques dans l'art de la guerre. Il remit Confucius en honneur et protégea les lettrés ; il les accueillait avec bienveillance lorsqu'ils avaient quelque chose à lui demander, et les interrogeait sur les kings; l'un d'eux, consulté par lui sur la meilleure manière de se conduire et de diriger les autres, lui répondit : Pour améliorer un empire, rien n'est aussi profitable que d'aimer le peuple; pour s'améliorer soi-même, rien n'est aussi utile que de réprimer ses jjassions. Ces maximes plurent tant à Taï-tsou qu'il voulut les avoir sans cesse devant les yeux. Il créa des charges lucratives et honorifiques pour les lettrés , réunit une bibliothèque de quatre-vingt mille volumes, réorganisa les ancienscolléges, en institua de nouveaux, chacun avec une salle

remplie de portraits de personnages illustres, et lui-même assistait quelquefois aux leçons. Il fit ainsi refleurir les lettres, qui devinrent le chemin des honneurs et des richesses.

Quoiqu'il ne fût pas toujours heureux dans ses guerres, il put du moins repousser les Tartares. L'apparition d'une comète lui fit alléger les impôts, et, par une proclamation, il invita chacun de ses sujets à l'avertir des fautes par lesquelles il avait pu mériter les fléaux dont cet astre menaçait l'empire.

Tchin-tsoung ordonna la réimpression des livres anciens , et fit rechercher les ouvrages inconnus ou précieux. Le dénombrement de la population agricole fait sous son règne donna vingt et un millions neuf cent soixante-seize mille individus, payant le tribut eu denrées, sans compter les femmes et les mineurs de vingt ans. A la guerre il préféra les traités , et s'obligea de payer annuellement aux Tartares-Khitans cent mille onces d'argent et de plus deux cent mille pièces d'étoffes.

Djin-tsoung , sou sixième fils et son successeur, fut gouverné d'abord par sa mère, ensuite par sa femme ; désireux de conserver la paix , il augmentait le tribut payé aux Khitans, qui ne s'en montraient que plus disposés à lui faire la guerre. Plein, du reste, de compassion pour ses sujets souffrants, il favorisa les lettres et accrut le nombre des collèges, dont il régla la discipline et les examens ; voulant connaître ceux qui, parmi ses sujets, étaient les plus capables de bien administrer, il réunit dans son palais les lettrés de plus grand renom , et leur ordonna d'écrire en sa présence les noms des personnes qu'ils jugeaient les plus dignes des emplois publics , dans la pensée d'échapper ainsi aux dangers de la corruption ou de la faveur.

La bonté de l'empereur donna de la hardiesse aux lettrés , qui, fortifiés par leur union , ne craignirent pas de s'attaquer aux grands et de diriger contre eux des satires. L'empereur, auprès duquel ils furent accusés comme criminels, dit à ses ministres : fui souvent entendu parler de factions formées par des gins de bas lieu, naijant ni mérite ni vertu ; mais les personnes honorables qui occupent des emplois et possèdent inerite et vertu ne se compromettent pas dans de pareilles machinations.

Un de ces lettrés , plus particulièrement accusé , se disculpa en ces termes : « Prince , on a voulu de tout temps confondre « astucieusement les associations honnêtes et utiles avec les « conciliabules indignes et dangereux. Les premières tendent à « la vertu et au bien public, les autres se fondent sur le seul

« intérêt; quand l'intérêt n'existe plus, les associés s'abandon- « nent et se trahissent mutuel lenaent. Il n'en est pas ainsi des « associations qui , ayant un but élevé , se proposent de garder « inviolablement les règles de la plus droite raison et de l'équité « la plus rigoureuse. Leur conduite est la droiture et la fidélité; « ils n'ont d'autre crainte que de perdre leur réputation ; ils ten- « dent a améliorer et à perfectionner l'individu , et pour ce motif « s'identifient avec la droite raison et se soutiennent les uns les « autres. Quand il s'agit de servir l'État, ils unissent leurs cœurs, o et se dirigent d'accord ou ils peuvent être utiles. Telle est l'as- « sociation des hommes honorables , telles sont les factions qu'ils

« forment Le Chou-King dit : Le tyran Tchéou-sin avait

« sous lui des millions de personnes; mais autant d'hommes, « autant de cœurs. Wou-W^ang, lorsqu'il allait combattre, était « à peine suivi de trente mille hommes , mais ils n'avaient tous « qu'une âme. Sous le tyran Tchéou , il n'y avait ni union ni « intelligence; aussi il périt et perdit l'empire. Wou-Wang fut « redevable de ses heureux succès à ce qu'on appelle des conci- '< liabules. Au temps des derniers Han , sous prétexte de partis « et de conspirations , les lettrés les plus renommés furent re- <t cherchés, arrêtés, emprisonnés. La rébellion des bonnets « jaunes survint, et ceux dont le zèle et la prudence auraient « pu prévenir le mal ou y remédier étaient dans les prisons, ce « qui fit que l'empire fut en désarroi. La cour reconnut sa faute, « et, repentante, mit en liberté les prétendus conspirateurs; " mais il était trop tard , et le mal ne put être réparé. Des accu- '< sations semblables se firent entendre vers la fin de la dynastie - des Tang ; Tchao-tsoung envoya au supplice , sans autre « motif, dfi célèbres docteurs, et des personnes de mérite furent " précipitées dans le fleuve Jaune; on disait qu'il fallait donner « à boire de cette eau fangeuse à ceux qui se vantaient d'être « purs et sans tache. La conséquence fut la ruine de cette

« dynastie »

Sous cet empereur fleurit le grand historien Sse-ma-kuang, gouverneur de la capitale de l'Ho-nan , puis censeur public et historiographe du palais. Sa franchise à dire la vérité , et les remontrances restées célèbres qu'il rédigea comme censeur (i), lui nuisirent auprès des successeurs de Dijn-tsoung; il se retira de la cour pour s'appliquer entièrement à son grand travail , qui

(I) Voypz IP ilisrours à la lin du \ III.

devait embrasser les actions des princes et des sujets, et tout ce qui pouvait profiter à un gouvernement équitable. Il recueillit, à cet effet , tous les matériaux qu'il put se procurer, comparant les opinions, rectifiant les erreurs , éclaircissant les doutes, et composa le Miroir universel 2)our ceux qui gouvernent , histoire des différentes dynasties, à partir des premiers Tchéou jusqu'cà celle qui régnait alors (i).

Mencius et Gonfucius occupaient le premier rang dans l'estime des lettrés; Lao-tséou était l'idole des Tao-tsée. Une philosophie nouvelle fit alors son apparition : on pourrait l'appeler philosophie de la nature ; car elle se proposait d'en expliquer les lois et d'en interpréter le langage , si bien qu'elle parut à quelquesuns entachée d'athéisme. Tchen-lien-ki en fut le promoteur; ses prosélytes obtinrent de l'empereur Yn-tsoung des honneurs et des emplois. Wang-an-schi , ministre d'État, qui méditait une réforme, les protégeait et les favorisait ; cette conduite lui suscita une opposition énergique de la part de l'historien Ssé-ma-kuang. Le premier voulait bouleverser et régénérer tout; l'autre rappelait sans cesse le souvenir des traditions antiques et les exemples du passé, dont il se servait pour appuyer les institutions utiles aussi bien que les préjugés vieillis.

Des épidémies , des tremblements de terre et la sécheresse désolaient le pays; les censeurs, selon la coutume, invitèrent l'empereur Tchin-tsoung à examiner sa conduite et à réformer sa manière de vivre ; ce qu'il fit en se refusant le plaisir de la musique, de la promenade et des divertissements. Il fut désapprouvé par Wang-an-schi , qui lui dit : Les calamités présentes proviennent de choses fixes ^ immuables, et qui n'ont aucune connexion avec les œuvres des liommes. Espérez-vous changer le cours ordinaire des choses, ou prétendez-vous que la nature s'impose d'autres lois ?

A ces paroles, Ssé-ma-kuang s'écria : Malheureux les princes dans Cordile desquels on insinue des maximes semblables/ Si on leur enlève la crainte du ciel, quel frein rester a-t-il pour empêcher leurs excès? Maitre de tout, pouvant tout faire impunément, ils s' abandonneronl sans remords à fous leurs caprices; il n'y aura plus moyen, pour leurs serviteurs les plus affectionnés, de les ramener au devoir,

Wang-an-schi profita de la confiance que l'empereur mettait

(I) Voyez t. III, p. 401.

en lui pour introduire des coutumes et des lois nouvelles. Selon son système, le premier devoir d'un souverain, le plus essentiel, est d'aimer son peuple de manière à lui procurer l'abondance et le contentement, avantages réels de l'existence. Il suffirait, dans ce but, d'inspirer à tous" les règles inviolables de la justice; mais, comme on ne peut espérer que tous la pratiquent avec exactitude, le priuce doit y pour\oir avec sagesse. Il rétablit en conséquence les tribunaux de police institués par les Tchéou, qui, veillant sur l'achat et la vente des objets les plus usuels, déterminaient les prix jour par jour, et n'imposaient de taxes qu'aux seules personnes riches; le produit était joint aux épargnes des princes, et servait à nourrir les vieillards, les pauvres et les ouvriers sans travail.

D'autres officiers étaient cbargés de répartir les terres en friche entre les cultivateurs et de leur donner des grains pour les ensemencer, àia condition qu'ils restitueraient en denrées la valeur des avances qu'on leur faisait. Les magistrats décidaient quel genre de culture convenait à chaque terrain, mesures qui seraient désastreuses sous un gouvernement moins puéril que celui de la Chine, où tout est réservé à l'autorité publique, et rien au bon sens privé.

Dans chaque ville, des bureaux furent établis pour la perception des droits royaux, dont la quotité était déterminée proportionnellement à la récolte. Chacun pouvait battre monnaie, pourvu qu'elle fût de poids, ce qui produisait une variété infinie dans l'espèce et le taux ; \Vang-an-schi en fixa la forme et la valeur, et réserva à un tribunal institué dans chaque district le droit d'eu frapper selon les besoins. Il souleva beaucoup plus de haines par les innovations qu'il voulut introduire dans la classe des lettrés, innovations qui changeaient la forme ordinaire des examens pour les différents grades, et faisaient une obligation d'expliquer les King selon les commentaires dont il était l'auteur, et d'interpréter les caractères conformément à son Dictionnaire iiniverseL

Sous le règne de ses faibles et superstitieux successeurs, les Tartaresde ïchou-tché vainquirent les Khitans, et fondèrent au nord de la Chine l'empire de Kin. Taï-tsoung, souche de cette dynastie, ne tarda point à venir en lutte avec l'empire du Milieu, et s'empara des provinces septentrionales de Pe-tchi-li et de Sclien-si. Ils étendirent leurs conquêtes, prirent la capitale, incendièrent Nan-king, et, sous Ning-tsoung, menacèrent plus que

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