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356 DOrZIÈME ÉPOQUE.
(le livrer les fugitifs. Alors Baschou pensa que le moment était venu d'écouter !e vœu des chrétiens de Syrie, qui l'invitaient a les affranchir de l'oppression des musulmans ; il enjoignit donc au prince d'Antioche de démanteler ses villes et ses châteaux, de lui céder tous les revenus de son Etat en or et en argent, d'expédier enfin à son camp trois mille jeunes filles. Vive Dieu^ et 5e.ssa/rt/ò/ s'écria d'abord Bohémond V : des trois commandements je n'en exécuterai pas un. Que la chose se décide plv tôt avec le sang, et que de la face du Seigneur vienne le jugement de cette gent ! mais, quand il apprit la marche triomphale des Mongols à travers la Mésopotamie et la terreur qu'ils répandaient, à ce point que les femmes avortaient en entendant prononcer leur nom (i), il se résigna a payer le tribut avec beaucoup d'autres princes musulmans et chrétiens (2). Kelat, Amide, INisibe, Édesse et plusieurs places de la Mésopotamie furent prises par les Tartares ; mais l'été fit éclater parmi eux tant de maladies qu'ils durent battre en retraite en semant sur leur route l'épouvante et le carnage.
Les Mongols étaient en guerre avec les Seidjoucides d'Iconiura et les autres princes musulmans, contre lesquels les Francs combattaient de leur côté; cette communauté d'intérêts détermina les derniers à se rapprocher des Mongols pour mettre a profit leur alliance inattendue. Le pape Innocent IV, qui comptait au nombre de ses adhérents les adversaires de ses ennemis, entra dans l'idée de les convertir au christianisme : magnifique conception et moins illusoire qu'elle ne le semble au premier abord. Le bruit courait que les Mongols ne reconnaissaient pas Mahomet et persécutaient les musulmans, qu'ils protégaient les chrétiens et leur accordaient le libre exercice de leur culte; on savait^ encore qu'ils admettaient un seul dieu [Tangri , le Ciel), et qu'ils avaient peu de superstitions (3;. A cela se joignait
(1) Toutes les gens de Orient en eurent si grant pnour et si grand hide (lue le seul nom de Tartres , et la ftideur de t'es oyr nommer jior les villes et les chasteaulx,faisoilles dames enchaintcs abortir de peur et de hide. Pèlerinage <lii frère Biellt, manuscrit de la Bibliothèque royale.
(2) IMatth. Paris, p. 875 et 937.
(3) Tartari tinum Deum colunt,factorem omniutn honorum, et pœnarum i)i fioc mundo datorcm. Marin. Samt. Ili, p. XllI, c 9. — C'e-^t ce qiieili^ent Pif.rre, arclicvèqne do Russie, a[i. Mattii. Paris, Ribriqus, Jean CAr.piNO, Marco Poi.o. Oan> le Pélninage du frère IJieult, cité ci-ilessus, on lit : Un maniere de vivre de créance, difjerent-ils de toutes aultres nations du monde; car ils ne se vantent point d'avoir loy baillie de Dieu,
MONGOLS ET CHUETIENS. 00/
l'histoiie miraculeuse d'un prêtre Jean, leur souverain, qui s'était converti (1), avec une grande partie de ses sujeîs. Il n'en fallait pas davantage, au milieu d'un âge crédule, pour les supposer bien avancés dans la foi. Dans des siècles raisonneurs, on aurait fait la réflexion que Gengis-kan n'avait, par sa loi, déterminé leur préférence pour aucune croyance positive; qu'ils étaient dès lors disposés à recevoir la première venue ; en effet, partout où ils s'établirent, ils adoptèrent celle des vaincus. Bouddhistes à la Chine, musulmans en Perse, peut-être seraientils devenus chrétiens en Italie, et le prodige de la conversion des Septentrionaux se serait renouvelé avec les Orientaux.
Au moment donc où le monde entier ne voyaitdans les Mongols qu'une race à exterminer, si l'on ne voulait être exterminé par eux, les pontifes se flattaient de la gagner à la civilisation. Dans le concile de Lyon, Innocent IV décréta l'envoi de missionnaires aux Tartares, et en écrivit au prieur des dominicains à Paris. Lorsque la lettre eut été lue en chapitre, les religieux s'offrirent avecempressement pour cette tâche aventureuse, et les élus furent considérés avec envie (2). Trois frères mineurs, Laurent de Portugal, Jean Piano de Carpi, et Benoît de Pologne, furent expédiés àBatou, campé alors sur les rives du Volga, avec ordre de se
comme plusieurs auUres nations mentent, mais croient en Dieu, et ce bien tenumentet bien simplement, par ne scayqiiel mouvement de nature que notre nature leur mo7istre, que, sus toutes choses du monde, est une chose souveraine, qui est Dieu.
(1) Les nesloiiens , qui {(ropagèrent le cliristianisme dans l'est de l'Asie, racontèrent de grandes merveilles d'un prince chrétien , tout ensemble roi et prêtre, qu'ils appelaient le prêtre Jean. L'idée d'avoir en lui un allié fit que les croisés s'enquirent de lui de tous côtés, sans pouvoir en trouver de trace. Quand ils furent entrés en relation avec les Tartares, ils es|iérèrent bien davantage arriver à le découvrir, et Rubruquis dit : « Il était renommé partout , bien que personne, quand je passai dans son pays, ne sût rien de lui, hormis quelques nestoriens qui en racontaient merveilles, et bien au delà du vrai , comme c'est leur coutume. » (Ch. \ix.) Les Kéraïtes avaient, en effet, connaissance du christianisme; le nom de leur roi Hong-khan fut interprété Jolian ou Jehan par les lùiropéens, qui ne doutèrent pas alors d'avoir trouvé le prêtre Jean.
L'opinion se perpétua en Europe de l'existence de deux prêtres Jean, l'un en Abyssinie, et l'autre dans la Tarlarle.
(2) Voyez Onon. Ravn., Ann. ceci.