CHAPITRE XIX
l'eSPAGNE, le MAGHREB, LE l'OIlTUGAL.
En Espagne, la croisade perpétuelle n'était pas loin de triompher. La forte et vivace dynastie des Ommyadesune fois éteinte, la monarchie arabe se décomposa. Dans les provinces septentrionales dominaient les Atégibes, puissante tribu arabe ; les Algarves et la Lusitanie formaient une confédération sous le roi de Badajoz; Tolède , toujours rebelle à la domination des Kaiifes, se donna une organisation propre sous le vasselage d'Ismaël-ben- Dilnum, qui, lier de son courage et de l'ancienneté de sa race, aspirait a la prééminence sur les rois de Cordone et deSéville; Saragosse, Huesca, Valence, Grenade, Algéziras, Alméria, Dénia , Carmone , Murcie et Majorque obéissaient à des princes particuliers ; en outre, Gibraltar, Huebla, Lérida, Tudela et Tortosa formaient de petits États.
Ces subdivisions , loin de ressembler à la féodalité européenne, ne rappelaient que l'état de guerre continuel dans lequel s'agitaient les fils d'Ismael avant de sortir de l'Arabie, se soutenant les uns les autres et s'unissant au\ plus faibles pour réprimer les plus forts. Le récit de ces combats incessants et des guerres soutenues par les trois royaumes chrétiens de Navarre, de Castille et d'Aragon contre la principauté de Barcelone, serait pour nous sans profit ; attachons-nous donc aux faits principaux et au spectacle plein d'intérêt d'une nation occupée à recouvrer laborieusement son indépendance.
Les vizirs de Cordoue élurent pour kalife Géwar, fils de Mohammed , ministre du roi précédent, homme d'un grand sens , et qui s'était noblement conduit pendant la guerre civile. Pour se décharger d'une partie de l'autorité, Géwar forma un conseil des principaux chefs des tribus, auquel il confia les affaires les plus importantes ; lorsqu'on lui demandait une grâce , il répondait
/l2t; DOUZIEME EPOQUE.
qu'il ne pouvait rien par lui-même , et qu'il n'avait qu'une voix dans le conseil. TI supprima dans la cour les serviteurs et les ornements inutiles, et bannit les espions avec les médecins non autorisés; il remplaça les avocats par d'autres qu'il rétribua; il bâtit des magasins, régla la justice, et il aurait sans doute joué un grand rôle si les temps eussent été moins difficiles.
Les walis , depuis la chute des Omrayades , se croyaient affranchis de toute obéissarice ; neuf princes , au détriment du prestige nécessaire à l'autorité suprême, s'étaient succédé dans l'espace de trente-deux ans; aussi peut-on dire que le kalifat d'Occident n'existait que de nom. D'autre part, on avait à redouter Mohammed-ben-Abad , roi de Séville, qui réunit Cordoue sous sa domination, et commença la célèbre dynastie des inio-1041. Beni-Abad. Al-Mamoun-Yahia , roi de Tolède , soutenu par Alphonse de Léon, arma contre les deux royaumes, et prit les deux capitales. A sa mort non-seulement ses conquêtes furent perdues, mais les habitants de Tolède, mécontents, appelèrent Alphonse VF, roi de Léon et de Gastille, qui s'empara du loss. royaume.
Abad m, roi de Séville et de Cordoue, en conçut de l'ombrage, et, pour conjurer le danger, il convoqua les princes en assemblée; c'est là que fut prise la funeste résolution de faire un appel aux Aiiiiuravidcs. Maures Almoravides d'Afrique.
Vers la moitié du onzième siècle , les deux tribus arabes imyarites de Goudala et de Laratounah , qui étaient sorties dtî l'Arabie à la suite de discordes intestines , vivaient dans les déserts au delà de l'Atlas, sans autres biens que leurs chameaux et la liberté. Yahia-ben-lbrahim , de la tribu de Goudala, rencontra, dans un pèlerinage à la Mecque, Abn-Amram (al-faki très-renommé } , auquel il apprit l'ignorance et la grossièreté de sa tribu; Abn-Amram se proposa d'y envoyer des missionnaires, et Abdallah-ben-Yassim fut chargé de cette tâche; mais, fort mal accueilli lorsqu'il parla de pratiquer des abstinences et de renoncer à des vices enracinés, il se retira dans un ermitage, où il fut suivi par sept disciples ; leur nombre s'étant bientôt éle\ é à plusieurs milliers, il les envoya prêcher chacun dans leur tribu, avec ordre d'employer la force là où la persuasion serait inefficace. ,045. Abdallah l'ut donc promptement reconnu chef ; il subjugua la tribu de r-amtounab et les Berbères voisins, auxquels il donna, pour les récompenser de leur courage infatigable , le nom de Mo-