LES ALMOHADES
Abou-Abdallah, homme obscur, qui avait étudié dans les écoles célèbres de Cordone et du Caire, et s'était perfectionné en Orient , eut pour maitre, à Bagdad, Abou-Hamed Al-Gazaii, de cette ville, auteur d'un livre condamné comme hétérodoxe par le cadi et l'académie deCordoue , et qu'Ali avait fait brûler; il n'en fallut pas davantage pour inspirer le désir de lire cet ouvrage à ceux qui, sans cette circonstance, n'y auraient pas même songé. Al-Gazali pria Dieu de le venger d'une condamnation injuste , et Abdallah ajouta : El puisse- je êlre l'instrument de cette vengeance!
De retour en Afrique, Abdallah prêcha la doctrine réprouvée ; il entra dans la mosquée au moment où elle était remplie de peuple, monta dans la chaire, et, donnant l'ordre à l'iman de se retirer, il dit : Les temps sont de Dieu , et ne sont que de Dieu, avec le reste de ce chapitre du koran. Le peuple l'écoutait étonné, quand survint le, roi ; tous se levèrent, excepté Abdallah, qui, s' adressant à Ali : Trouve un remède, dit-il , aux maux de ton peuple , parce que Dieu te demandera raison de ses souffrances. Le roi lui demandant s'il avait besoin de quelque chose : D'aucune de ce monde, répondit-il; mais je suis destiné à prêcher la réforme et à corriger le's abus.
Le peuple accueillit ces paroles avec faveur; Ali, obligé de les •respecter, ordonna que la nouvelle doctrine fiit examinée par les docteurs. Les uns virent dans Abdallah un homme qui cherchait à jeter le trouble dans le pays ; les autres le dédaignèrent. Bientôt il sortit de Maroc, et, déjà puissant par la persécution , il déclama contre les vices des Almoravides, rappela les Maures au culte de Dieu dans sa pureté et à l'extirpation de l'idolâtrie. Ali voulut alors le faire arrêter; mais il se mit en sûreté, et ses partisans, lui formant une armée, le proclamèrent Al-Màhdi , c'est-à-dire maitre. Il choisit pour son vizir Abdel-Moumen , le plus ardent de ses dix premiers sectateurs, institua un gouvernement, et forma trois conseils, le premier composé de ces dix derniers , le second de cinquante membres, et le troisième de soixante-dix. Il continua de prêcher contre les Almoravides, arbora l'étendard blanc, et se mit en marche avec dix mille hommes pour les abattre les armes à la main; une multitude infinie le suivit, animée de l'ardeur intolérante de prosélytes qui ne doutent point de la victoire.
Ali revint d'Espagne pour faire face à l'orage; mais, malgré sa puissance et les bénédictions dont son nom était l'objet
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daus trente mille mosquées, il lut vaincu plusieurs fois par les Almohades; c était le nom que prenaient ces sectaires |1), au milieu desquels combattait Al-Màhdi lui-même, en leur criant : Vous défendez la véritable loi; si vous êtes frappés en combattant, songez aux récompenses éternelles qui vous attendent. Après sa mort, il eut pour successeur Abd-el-Moumen, qui se rendit maître de Tedia, Darah, Salé, Oran, Fez, Tlemcen et Ceuta.
Tasfm , fils et successeur d'Ali, fut assiégé dans Oran ; au moment où il tâchait de s'enfuir à la faveur de la nuit, il fut précipité dans la mer par son cheval. Sous le règne d'Isaac, Abd-el- Moumen mit le siège devant Maroc, dont la défense obstinée fit, dit-on, périr dans ses murs deux cent raille personnes , soit par la famine ou le fer, sans compter soixante-dix mille lorsque la place fut emportée. Le carnage dura trois jours; la ville fut ensuite tenue fermée trois autres jours , et purifiée selon le rit du Mâhdi ; les mosquées furent abattues , d^autres reconstruites , et de nouvelles maisons s'élevèrent , que vinrent habiter les tribus du désert. Isaac fut pris et tué avec tous les grands. La vengeance d'AI-Gazali était accomplie. Ainsi finit la courte dom.ination des AIraoravides, dont les débris se retirèrent dans le Saar, où l'on rencontre encore des tribus entières de Marabouts (2).
Abd-el-Moumen enleva Bougie aux Amalides, chassa les Siciliens de Tunis , de Tripoli et de Mahadia, où Roger les avait établis , et fonda la dynastie des Almohades. Terrible envers ses ennemis , bienveillant pendant la paix , il protégea les lettres et favorisa, comme une distraction agréable , les romans de chevalerie ainsi que les nouvelles, prohibées par les Almoravides. Il ouvrit plusieurs collèges pour instruire les jeunes gens dans les sciences, et les former aux exercices du corps (3).
(1) Al-mowaedayn, unitaires.
(2) Voici la liste des Almoravides :
1030. Yahia I ben Ibrahim. 1106. Ali ben Yousouf.
1045. Yahia II ben Omar. 1143. Tasfm ben Ali.
1056. Aboij-Dekr ben Omar. Ii4j. Isaac ben Tasiin. 1061. Yousonf ben Tasiin.
(3) Liste des Almohades •
1121. Mohammed el-Mâhdi. 1199. Mohammed II el-Nasir.
\i?A. Abrl-el-Moiimcn. 1213. Yousouf II.
1163. Yousoufel-Mansor. 1224. Abd-el-Uahed.
1184. Yacoub-el-Mansor. 1224. Abd-Allah.