ESPAGNE
Les revers des Almoravides avaient enhardi les mécontents d'Espagne, et les doctrines d' Al -Gazali y trouvaient des partisans; la religion servit donc de prétexte aux ambitieux ou à ceux qui haïssaient les nouveaux conquérants africains, pour t'oimer autant d'États quii y avait de villes. Les chrétiens protitérent de ce désordre, grâce à l'habileté et à la vaillance d'Alphonse le M
Grand , qui, par la conquête de Calatrava, d'Alméria et de Lisbonne, devint maitre du cours du Tage, Les dépouilles des Maures ajoutaient peu de chose au royaume de Navarre, resserré qu'il était entre trois États chrétiens auxquels il passait alternativement par les femmes (i).
Alphonse VI, roi de Castiile et de Léon, avait huit filles sans Alphonse vr. un seul héritier mâle; il donna Elvire en mariage à Raymond de Toulouse, et Thérèse à Henri de Bourgogne, avec le titre de comte de Portugal, Urraque, l'aînée de toutes et son héritière présomptive, veuve de Raymond de Bourgogne, épousa Al- hoc phonse, roi d'Aragon, dit le Batailleur ; mais ce qui aurait dû avancer de trois siècles la réunion des deux royaumes devint une cause de discordes. Dona Urraque, princesse hautaine et impé- nôo. rieuse autant que relâchée dans ses mœurs, ne laissa à son mari, qu'elle n'aimait point, que le titre de roi ; il perdit enthi patience; se fit un parti, et enferma la reine dans un château fort. Délivrée de vive force parles Castillans, elle demanda la dissolution de son mariage pour cause de parenté. Alphonse la répudia, mais sans ^^^^ vouloir renoncer à ses États. Pour la venger, les comtes Gomez et Pedro de Lara, ses amants, déclarèrent la guerre à Alphonse; mais il tua le premier à Sepulveda, mit l'autre en fuite, et ravagea le pays. Dona Urraque fit alors proclamer en Galice Raymond, sou fils du premier lit, et, soutenue par Henri, comte de Portugal , elle contraignit son mari de renoncer à tout droit sur la Castiile et de retourner en Aragon.
Elle ne profita pas longtemps de ce triomphe ; Pedro de Lara , sou confident , s'attira la haine des grands de Castiile , qui le ren-
1227. Yahael-Motasem. 1242. Aly el-Sayrl.
— Ediisel-Mamoun. 1248. Omar el-Mortaday.
1232. Abd-ei-UahedlIel-Raschid. 1266. Ediis eUUatseg.
(1) En 1234, il passa à la maison de Champagne; en 1274, à celle des Capets; en 1328, à celle d'Évreu\, brandie de la précédente; en 1425, à celle d'Aragon ; en 1479, à celle de Foix ; en 1483, à celle d'Albret; en lûâS, àcelle de bourbon.
Alphonse
fermèrent dans une forteresse, et proclamèrent roi Alphonse II ( i ), fils de Raymond, malgré l'opposition de sa mère; elle-même fut confinée à Saldagne , dans un monastère.
Le roi d'Aragon, par force d'abord, puis par arrauge- ^^^"'se''" n^ent, se désista de ses prétentions. Alphonse Raymond épousa, par politique, la fille du comte de Barcelone et de Provence, éleva des prétentions sur la JNavarre et sur l'Aragon, et contraignit le roi de la première a se déclarer son vassal; il voulut même se faire couronner empereur, en sa présence, par l'archevêque de Tolède. Loin de reconnaître cette dignité nouvelle, les autres princes s'armèrent pour la lui disusa, puter. Il les amena cependant à faire la paix ; mais le comte de Portugal prit le titre de roi, celui de Navarre secoua toute dépendance, et l'empereur ne put les faire rentrer dans le devoir.
Il dirigea contre les Almoravides des expéditions plus pompeuses qu'utiles. Trompé par l'espoir quii avait conçu d'occuper Grenade avec l'aide des ^Mozarabes, il ravagea le pays, poussa jusqu'à la mer, fit construire un bateau , jeta le filet et se fit servir sa pèche en disant qu'il avait fait vœu de manger du poisson sur les plages de Grenade; mais il ne tira d'autre fruit de cette prouesse que d'exciter une persécution contre les chrétiens restés dans cette ville. Il réussit mieux contre Alméria, d'où sortaient les flottes arabes pour entraver la navigation des chrétiens.
Pendant qu'il assiégeait Oréja , les ^valis de Séville, de Cordone et de Valence assaillirent Azéca, ou Berengère, femme de l'empereur, était renfermée. Elle leur envoya dire : Comment ne trouvez-vous pas discourtois d'attaquer une ville occupée par des femmes, quand vous pourriez- recueil! ir de la gloire au milieu des périls d'Oréja? Touchés du reproche , ils demandèrent à la saluer; ils furent reçus au nailieu d'une cour splendide, et la quittèrent remplis de respect. Fiction poétique peut-être, mais conforme aux idées chevaleresques du temps.
Alphonse II, selon l'usage mal entendu des rois espagnols ,
( I ) La numéiatiou de ces rois, qui varie selon le royaume dont ils prenaient leiirtitre, nelaisse pas que d'embarrasser. Alphonse Vil de Léon est Alphonse I"" d'Aragon et de Navarre; Aipiionse, (ils de Raymond, est Alphonse II pour ceux qui comptent le (ils de Ferdinand I" (Alplionse VI) pour premier roi de Castine et de Léon , en excluant le mari de dona Urraque ; il est Alphonse VII pour ceux qui nomment Alphonse VI le père d Urraque; il est Alphonse VIII pour ceux qui comptent tous les rois de Léon. D'autres l'appellent du nom de son père Alphonse Haymond.
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divisa ses États entre Sancho et Ferdinand, assignant au premier la Castille, et au second Léon avec les Asturies et la Galice. Sancho ili régna peu de temps, et laissa le tiòne à Alphonse 111 (ou Vlll).
Vers cette époque, les musulmans , qui s'apercevaient de leur décadence, envoyèrent réclamer l'assistance de l'empereur de Maroc Abd-el-Moumen ; celui-ci, en effet, attaqua plusieurs fois l'Andalousie et préparait contre elle une expédition formidable, pour laquelle il avait réuni quatre-vingt mille hommes de cavalerie régulière, trois cent mille Bédouins irréguliers et cent njlle fantassins, quand il mourut. Son fils et son successeur Saïd- Yousouf marcha sur ses traces ; mais il fut tué au siège de Santarem. Ses victoires lui avaient valu le surnom (ïAl-liJansor, le Victorieux ; il fit établir des ponts, des fontaines, des hôtelleries sur les routes, des hôpitaux, des abris, des mosquées et des écoUs; il accrut le traitement des cadis, pour qu'ils fussent moins accessibles a la corruption, et favorisa les lettres. Son fils Yacoub, vaillant et généreux, prit aussi et mérita le titre dM/- Manaor-be-Fadhl- Allah , Victorieux parla grâce de Dieu; il châtia les peuples qui tentaient de secouer le joug, et ravagea les alentours de Santarem, d'où il emmena à Fez treize mille prisonniers.
Alphonse Vlll de Castille lui écrivit, dit-on : Puisque tu ne peux venir me combatlre , ni envoyer contre moi tes armées^ prête-moi tes vaisseaux, afin que j'aille te présenter la bataille. Si tu es vainqueur, tu auras mes dépouilles, et je serai ton prisonnier ; si je te vaincs, je deviendrai ton seigneur.
Yacoul) lit de grands armements, et, près d'Alarcos, remporta sur les chrétiens une grande victoire; pour en éterniser le souvenir, il éleva à Séville la Giralda, tour de cent soixantedouze pieds de hauteur, surmontée d'un globe de fer doré d'un tel volume que pour l'introduire dans la ville il fallut abattre l'archivolte d'une porte (l). Mais il ne savait profiter de ses victoires que pour saccager ; avant d'avoir assis son autorité, il retourna à Maroc.
Nos défaites ont pour cause l'habitude de la mollesse et l'usage des bains, qui énervent le corps et l'âme; revenons à l'an-
(1) Ce globe fut ensuite enlevé, et l'on construisit à sa place une sccontie tour (le quatre-vingt-six pieils, avec la statue de la Foi an sommet, qui se trouve ainsi à deux cent cinquante-luiil pieds au dessus du sol. On y monte par un escalier en limaçon .
iiisr. CMV — r. XI. 2S
Henne simplicité, uu milieu de laquelle surgirent les héros. Ainsi s'exprimaient les Espagnols; mais le roi Alphonse accusait "'*• Sancho VII de Navarre, qui, dit-on, demanda l'amitié de Mohammed-el-INasir, successeur de Yacoub au trône de Maroc, et alla même le trouver. Mohammed avait donné ordre de lui prodiguer tous les honneurs sur la route, de ne le laisser partir de chaque ville qu'après l'y avoir fait passer huit jours, et de retenir une partie de son escorte, de telle manière qu'il se trouva désarmé lorsqu'il arriva à Cordone. Il lit présent au roi musulman d'une magnifique copie du Coran, dans un étui d'or, couvert de soie verte, brodé en or et semé d'émeraudes. Après avoir reçu de riches présents, Sancho quitta Cordone, et reprit, à son retour, les soldats qu'il avait laisses sur sa route ; afin de le punir, Alphonse III occupa les provinces d'Alava et de Guipuzcoa.
Mais, pour châtier tout a la fois et pour assoupir les haines particulières, l'Afrique envoie un nouveau fléau. Ce même Mohammed-el-Aasir, chez qui les voluptés n'éteignaient pas l'ardeur 12H. guerriere, après avoir dompté la rébellion en Afrique et à Majorque, mit sur pied six cent mille musulmans pour assujettir l'Espagne. Le passage de cette armée dura deux mois. A l'approche d'unsi grand péril, les princes chrétiens déposèrent leurs inimitiés intérieures ; Innocent lll proclama la croisade ; des che- Bataille valiers accoururent de France, d'Italie et d'Allemagne. La ba- "^^deTnui^If taille s'engagea dans la plaine voisine de Tolosa; les évêques de isjuiiïct. JNarbonne et de Tolède, armés de la croix, excitaient les combattants à déployer toute leur vaillance pour la patrie, leurs foyers et la foi; les rois d'Aragon, de INavarre et de Castille commandaient en personne contre Mohammed. Les nègres et les Africains, d'une ardeur fougueuse, mais sans discipline, ne tardèrent pas à être taillés en pièces. Kn les voyant tomber par milliers, Mohammed s'écriait : Dieu seul est juste ; le démon est perfide et menteur. Il fut obligé de fuir, abandonnant à l'ennemi la victoire la plus sanglante de toutes celles auxquelles les Espagnols durent la gloire de recouvrer leur indépendance; car on rapporte que cent quatre-vingt-cinq mille Maures furent massacrés sans merci.
Une grande part de la gloire et des avantages de cette journée revint à Alpiionse de Castille, surnommé le Bon ou le iNoble, qui établit à Palencia la première université, où il appela des savants de France et d'Italie. Il parait être l'auteur du J'uero Real, code qui donne à lautorité royale des droits exagérés, mais qui règle