CASTILLE
les duels judiciaires et pourvoit avec intelligence à tous les objets civils et criminels. Son (ils, Henri l", mourut jeune; Bérengère, sa sœur, n'hésita point à sacrifier les douceurs du pouvoir au sentiment de l'amour maternel, et fit proclamer son propre fils Ferdinand III; elle amena même Alphonse IX (qui avait succédé, eu 1147,3 son père, Ferdinand II) à renoncer en sa faveur au royaume de Léon, qui fut ainsi réuni à la Castille. Ferdinand III, depuis vénéré comme saint, obtint les bénédictions de toute l'Espaune, à laquelle il procura l'union, la force et la gloire. Cest, en effet, sous son règne que l'accord des volontés commence dans ce pays, quoiqu'il fût divisé en quatre royaumes, la Castille, l'Aragon, la Navarre et le Portugal.
Après la défaite de Las Navas de Tolosa, Moharamed-el- Nasir s'était enfui à Maroc, où il oubliait dans les délices du harem la honte de sa défaite et le soin des affaires; aussi, mais plus encore sous Yousouf II, qui lui succéda à l'âge de douze ans, les mécontents et les ambitieux troublèrent l'Etat.
En Afrique le gouverneur de Tunis fonda la nouvelle dynastie des Abuafites; dans la partie de l'ouest se forma celle des Mérinites, qui envahit ensuite Maroc et tenta de rétablir les choses dans leur ancien état; dans ce but, elle renversa les Almohades, abolit les conseils institués par Al-Màhdi, proscrivit sa doctrine et jusqu'à son nom. En Espagne, l'Audalous Aben-Houd songea à relever les débris des Almohades pour en former un nouvel État; éloquent, riche, généreux, il promettait la liberté, la destruction des hérésies, et se fit de nombreux partisans à l'aide desquels il réunit les royaumes de Cordone, de Séville et de Grenade. Mais le nom d'Al-Moumenin n'était plus respecté ; différends cids cherchaient à usurper une partie de l'autorité, et les walis de Valence, de Cordone, de Séville et de Murcie se rendirent indépendants.
Les chrétiens profitèrent des circonstances : le roi de Portugal s'empara d'Elva, et celui d'Aragon de Valence; Ferdinand 111, de Castille, plus aventureux encore, pénétra dans l'Andalousie, ravagea les campagnes arrosées par le Xénil, et se rendit maître de Cordone et du royaume de Murcie ; puis, fermant le Guadalquivir avec une tlotte, il prit Séville, dont il laissa sortir les trois cent mille habitants. Ces expéditions, soutenues par l'argent du clergé, le rendirent la terreur des Maures, qu'il alla même insulter avec une flotte nombreuse jusque sur les côtes d'Afrique; mais la mort l'arrêta dans ses triomphes.
AU) DOUZIÈME ÉPOOt'E.
On peut l'appeler le saint Louis de la Castilie, tant il lui ressembla par cet heureux accord de la valeur, de la prudence et de la piété, que nous avons admiré dans le monarque français. Je crains plus, disait-il, la malédiction de la moindre pauvre femme que toutes les armes des Maures. Apres la prise de Cordoue, il dédia l'égiise principale de la ville à la vierge Marie, et fit reporter à Compostelle, à dos de Maures, les cloches que le calife Al-Mansor en avait enlevées.
Les ambitieux Lara, qui s'étaient retirés à Maroc, avaient cessé de troubler le pays. Ferdinand put alors, dans l'intérêt de l'ordre qu'il voulait rétablir, rédiger un code pour les deux royaumes, déclarés indivisibles; mais ce code intitulé, las Siete Partidas, ou ne fut point promulgué, ou tomba bientôt en désuétude. Pour subvenir aux dépenses de ses guerres, Ferdinand imposa une taxe perpétuelle sur les acquisitions et les ventes {alcavala), et, pour l'étendre à toutes les villes, il convoqua leurs députés, et même ceux des villes qui jamais n'eu avaient envoyé. Il fut alors arrêté que dix-sept villes seulement, auxquelles fut ensuite ajoutée Grenade, auraient le privilège de figurer aux f.oiistttutioa cortes. Cette loi et cette constitution, décrétées sous l'iniluence
de la Castine.
des lieux et du temps, ont dure jusqu a nos jours.
Les territoires recouvrés peu à peu restaient au pouvoir des vainqueurs, qui s'empressaient d'y rappeler les chrétiens; la nécessité de rester sur la défensive donnait, même aux classes inférieures, un certain orgueil et le sentiment de la dignité personnelle. Excepté dans l'Aragon, pays organisé féodalemt-nt, on ne trouvait de vilains sans droits civils ni dans le royaume de Léon, ni dans celui de la Castilie. Les nobles allaient faire des conquêtes pour leur propre compte, ce qui contribuait a étendre les possessions, mais sans procurer ni vigueur au gouvernement, ni repos à l'intérieur.
Les communes se formèrent non par l'achat ou l'usurpation de droits et d'immunités, mais pour la défense de la patrie. Dès l'an 1020, Alphonse V avait déterminé les privilèges de la ville de Léon ; Sepulveda eut sa charte [fuero] d'Alphonse VI en 1076 ; il en fut de même pour Logrono, Saageua, Salamanque et autres communes autorisées à avoir un conseil et des magistrats propres, sous les lois données par le fondateur, qui nommait encore un gouverneur pour surveiller l'administration et percevoir les conti ibutious; son autorité executive était, du reste, si limitée que la charte de Logroùo autorisait à le tuer s'il entrait de forie dans
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une maison. En retour, les villes fournissaient de l'argent et des hommes, et chaque citoyen était obligé de servir sous la bannière du magistrat royal. Celui qui jouissait d'un certain revenu devait servir achevai, mais, à titre d'indemnité; il était exempt de charges, d'où naquit la distinction entre ies nobles (cubaileros) et les contribuables [pecheros). Les premiers n'étaient pas héréditaires, et n'avaient aucun privilège de juridiction; seulement ils ne remplissaient pas certaines magistratures , et l'on ne pouvait saisir leur cheval pour dettes (i).
Au-dessus de la noblesse la plus élevée étaient les altoa ornes, d'où sortirent les grands d'i-lspagne; or, comme de vastes portions de territoire et jusqu'à des villes tombaient en partage à la noblesse dans les conquêtes, il n'était guère possible au roi de la retenir dans la sujétion. De là, pour elle, le droit, que nous avons vu ailleurs, de renoncer à la fidélité envers le prince, et d'aller avec ses vassaux guerroyer pour son propre compte ou au service d'un autre prince, même contre sa patrie (2).
La noblesse grandit par l'institution des bénéfactoreries {behetrias] ; c'étaient des districts qui se mettaient sous la protection de quelque grand du royaume, moyennant des services et certaines rétributions. Les nobles acquéraient une autorité absolue sur les villes situées dans la bénéfactorerie ; plusieurs d'entre elles au nord du Douro, qui d'abord ne relevaient que du roi, se trouvèrent dans la même condition que celles du midi, laissées en fief à ceux qui les avaient enlevées aux Arabes.
Lorsque la Castillefut une fois maîtresse du Guadalquivii-, elle devint aussi une puissance maritime; les villes, à mesure qu'elles s'enrichirent, pesèrent à leur tour dans la balance. Don Sanche IV institua à Valladolid une liennandad de prélats, de nobles et de citoyens qui se garantissaient mutuellement leurs privilèges. Pour refréner les nobles, i! donna aux villes de la couronne le droit d'élire leurs officiers et d'administrer la justice; elles constituèrent ainsi une confédération hostile à la noblesse.
Le roi fut électif dans une famille jusqu'au onzième siècle; à celte époque, il devint héréditaire et fut reconnu dans un par-
(I) Mariana, Ensayo fiislóricocridco, etc.; Madrid, 1808.
{Vi Mariana rapporte sans le moindre étonnement les frC-qnenles déseitions de la maison de Castro : Allants Cnstrius , patria oUquantn antea, ufi mon praf , remincinf.a. — Castria gena per hsec tempora ad Maiiros fiaspe (lefecisse visa f5/. XII, 12, t", 19.
lemcDt. Les cortes se composaient de la haute noblesse et du clergé; on y voit intervenir pour la première fois, en 1169, les députés des villes, qui avaient acquis ce privilège non par les richesses et le négoce, mais par la nécessité de se concerter sur les moyens de pourvoir à l'organisation militaire. Tous les bourgs avaient le droit d'y figurer, bien que plusieurs rois tendissent àie restreindre à un petit nombre (i). En 1295, l'archevêque de Tolède protesta contre les actes d'une assemblée, parce qu'il n'avait pas été convoqué avec les autres prélats; mais, dans la suite, ces derniers furent souvent oubliés. On n'envoyait pas de représentants d'un ordre; il fallait s'y rendre en personne, ce qui devenait onéreux aux moins riches. Les terres des nobles et des prélats étaient probablement exemptes d'impôts; les communes en payaient, mais ils ne pouvaient être augmentés sans leur consentement ("J), clause qui fut souvent violée parles rois. Si elles n'obtenaient pas de bonnes conditions et le redressement de leurs griefs, elles refusaient les subsides, ce qu'elles firent m.ême avec les deux redoutables despotes Charles-Quint et Philippe lî.
Le droit d'examiner les comptes eu était une conséquence légitime; en 1268 les cortes disaient a Alphonse X « qu'elles « trouvaient convenable que le roi et la reine ne dépensassent « pas plus de cent cinquante maravédis par jour pour leur table, « que le roi recommandât aux gens de sa maison de manger avec « plus de discrétion. »
Les cortes inspiraient moins de confiance aux grands que le pouvoir armé de leurs heriiuuidads ou confréries, avec l'aide desquelles ils étaient en mesure de résister aux entreprises répréhensibles du roi ; aussi, forts de cet appui, les grands propriétaires ne voulurent jamais former avec les communes une alliance assez intime pour faire aux rois une opposition énergique.
(1) Dans les actes des cortes de Léon, de 1020 : Omnes pontiftces etabbates et optimales regni Hispanix, jiissu ipsius régis, (alia decreta decrevimus, qtuc firmiter (encan fur futur is temporibus. — Dans ceux descorti's de Salainanque, de II7S : Ego, rex Ferdinandus , inter cxtera qua' cum episcopis et abbatibus regni nostri, et guampliirimis aliis religiosis, cum comitibus terrarum et principibus et rectoribus provinciarum, tota posse t.enenda statuimus opud Salnmancam.
("?.) L'un des fueros conclut ainsi : Liberi et ingenui semper maueatis , reddendo 7nihi et successoribiis iueis inunoqiioque anno, in die Pentecostes de unaqunque domo duodecim denarios ; et nisi cum bona coluntnte vestra fererifis, nullum nfiud servitium Jaciatis. Ap. Mvri\n\, Teoria de las Cortes, II, 357.
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Kn l'absence des coi'tès, le roi était assistè d'un consci! composé de princes du sang et des grands, dont l'assentiment était nécessaire a presque tous les actes de la couronne, pensions , lettres de grâces et nominations. Ce conseil, au temps de Ferdinand V et d'Isabelle, fut investi d'une autorité judiciaire.
Dans l'origine, la justice était rendue, en première instance, par des alcades municipaux ; si quelques seigneurs avaient leur juridiction, ce n'était point un privilège territorial, mais une concession du roi. Au treizième siècle, les rois nommèrent des corregidores, juges royaux, contre lesquels les cortes élevèrent des réclamations. L'appel de leurs jugements était porté devant le gouverneur de la province, sauf recours devant les alcades royaux, qui ne pouvaient toutefois connaître d'une affaire tant qu'elle restait soumise à la décision des juges ordinaires. Le roi pouvait faire reviser les sentences des alcades, mais non les faire casser, bien que l'on cite des rois qui, par violence, firent condamner leurs ennemis ou périr des accusés sans jugement régulier. Il est, beau de voir avec quelle constance les Castillans firent valoir ces droits à l'époque où les princes de la maison d'Autriche les foulaient aux pieds ; c'étaient des protestations continuelles, quoique inutiles, contre les atteintes portées à leur liberté.
Alphonse X le Sage ou plutôt le Savant, fils de saint Ferdi- '\|.'''^""f nand, partagé entre l'étude et les soins de la royauté, composait 1232-128^. des vers et donnait son nom aux tables astronomiques rédigées sous sa protection par des astronomes arabes et juifs de Tolède; il publia le code des Siete Partidas, fait par son père, et dans 1256-63. lequel sont reproduites la plus grande partie des dispositions du Fuero real d'Alphonse VIII. Au milieu d'une fausse érudition et de raisons puériles, il embrasse avec étendue et clarté, dans. la première partie, les choses delà religion; dans la seconde, celles des dominateurs; dans la troisième, la justice ; dans la quatrième, la famille; dans la cinquième, les contrats; dans la sixième, les testaments et les successions; dans la septième, les accusations, lestréves, la sécurité, les duels judiciaires et les méfaits. Elles renferment mal à propos un cérémonial de cour, un traité de tactique, mais on y trouve des mesures très-sages et bien combinées avec les coutumes du pays. Ce code, attribué au Génois Jacques Pagan, fut encore utile à la langue, fixée dès lors, et qui se fit remarquer par l'élégance, la pureté d'expression, et put servir à rendre des pensées élevées, lorsque d'autres balbutiaient à peine. La loi ne
s'y trouve point écrite dans sa nudité ; mais elle est accompagnée des motifs qui l'ont inspirée, d'avis, de conseils, d'éclaircissements, de citations de Pères, de philosophes, de poètes, de manière à former un traité de morale: ce code nous offre aonc un contre-exemple de ces législations-sermons que nous avons rencontrées fréquemment dans le moyen âge.
La fermeté espagnole est tout entière exprimée dans cette disposition, titre dix-sept de la quatrième Partida : « Un père « assiégé dans un château qu'il tient de son seigneur, s'il souffre rt de la faim au point de n'avoir rien à manger, peut manger V son fils sans blâme, plutôt que de rendre le château sans l'ordre « de son seigneur. »
Malheureusement Alphonse se laissa séduire par le titre d'empereur d'Allemagne, qu'on lui offrit, et auquel il ne renonça que lorsque l'archevêque de Séville l'eut menacé d'excommunication. Le résultat de ces songes ambitieux, qui mécontentaient tout le • monde, fut de faire sortir les richesses du pays et d'enhardir les
Africains, qui, n'ayant plus à se défendre dans leurs propres foyers, vinrent l'attaquer lui-même.
Royauinc ÏI ne rcstalt des anciens Etats musulmans en Espagne que le
de Grenade. i . -i
123:;. royaume de Grenade, destiné à leur survivre encore deux siècles. Il avait été fondé par Mohammed-ben-al-Amar, frère d'Aben- Houd, qui, associant au.v vertus guerrières une prudence consommée, aurait pu relever la fortune des musulmans, si leswalis, au lieu de le contrarier par jalousie, eussent joint leurs efforts aux siens. Après s'être procuré les armes nécessaires, il soudoya des troupes permanentes et assigna sur la frontière, à chaque soldat, une étendue de terre suffisante pour son entretien, celui de sa
12*5. famille et la nourriture d'un cheval. Cependant, lorsqu'il fut attaqué par le roi de Castille, il ne put se maintenir qu'en venant faire hommage de sa couronne à Ferdinand III; le vainqueur l'accueillit avec honneur et lui laissa ses Etats, mais sous l'obligation de lui céder la moitié de ses revenus, qui s'élevaient à cent soixante-dix mille pièces d'or, de venir en personne aux certes comme les autres vassaux, et de fournir des troupes. En effet, Ferdinand le requit de l'accompagner dans son expédition contre Séville, dont la chute dut apprendre au prince musulman que les chrétiens ne s'arrêteraient pas là ; aussi cultiva-t-il l'amitié des nouveaux émirs de Tunis, de Fez et de TIeracen. Il conserva la paix, favorisa l'agriculture, distribua des récompenses à ceux qui lui présentaient les plus beaux chevaux, la meilleure
ROYAUME DE liKEiNAPE. ISI
soie, les armes les plus fines, les tissus les mieux fabriqués; grâce à tous ses efforts , Grenade parvint à un tel dei» ré de prospérité que ses étoffes surpassèrent celles de Damas. Il fortifia sa capitale et multiplia les établissements utiles, hospices pour les malades, les pauvres et les voyageurs, bains, fontaines, aqueducs et canaux d'irrigation; il fit exploiter les mines, et jeter les fondements du palais de l'Alhambra. Les populations que les rois chrétiens a\ aient chassées de Séville et de Valence trouvèrent un asile sur son territoire.
Alphonse le Sage somma Ben-al Amar de venir l'aider à conquérir Xérès et INiébla, dernier asile des Almohades (1). Le prince arabe, qui combattait malgré lui contre ses compatriotes, s'écriait : (Combien cette vie de misère serait lourde à supporter si l'on n'avait- C espérance ! Les émirs de l'Algarve et de Murcie, qui le sollicitaient de briser leurs chaînes et les siennes, ne furent pas plutôt assurés de sou concours qu'ils se soulevèrent; à Murcie, Lorca, Xérès, Lebrija et Arcos, ils égorgèrent les chrétiens, et Ben-al Amar ravageâtes frontières voisines. Alphonse, allié à son beau-père, fit une guerre terrible aux insurgés et à Ben-al-Amar; mais celui-ci, profitant de la jalousie des deux rois chrétiens, obtint de nouveau la paix sous la condition d'aider Alphonse à reprendre Murcie, qui dut être donnée en fief à un wali musulman, sans autre redevance que le dixième du produit des biens. 11 fut convenu, en outre, que le roi de Grenade n'aurait plus de troupes à fournir, mais de l'argent, et que, de son côté, le roi de Castille ne prêterait point de secours aux walis qui se révolteraient contre lui.
La paix fut donc signée ; mais il survint bientôt de nouveaux motifs de mésintelligence, de nouvelles révoltes, et Ben-al-Amar envoya en Afrique réclamer l'assistance des Mérinites , qui avaient succédé , dans le Maroc , à la puissance déchue des Almohades. Une troisième invasion se préparait donc, comme celle des Almoravides et des Almohades; mais Ben-al-Amar ne vit pas les calamités qu'elle apporta; on lut en lettres d'or, sur le mausolée ou il fut déposé dans une caisse d'argent : Cette tombe
(1) Les Arabes rapportent que, pendant le siège de Niebla, ceux qui défendaient la place employèrent (les machinera l'aide desquelles ils lançaient dans le r;ini[) îles chrétiens, pareil à celui de la fondre, des pierres et des riialières endaniniées, avec un fracas, ce qui semble désigner des pièces d'artillerie. Il est, du reste, hors de doute que les Maures en firent usage à la bataille de Wadacélite (I3'i0) et au siège d'Algéziras (1342).
ed celle du grand sultan, force de Vidamisme, honneur de la race humaine, gloire du jour et de la nuit, pluie de générosité, rosée de clémence pour les peuples, pôle de la religion, splendeur de la loi, appui de la tradition , glaive de la vérité, soutien des créatures, lion en guerre, colonne de V Etat, ruine des ennemis, défenseur des frontières, vainqueur des armées, triomphateur des impies et des tyrans , prince des fidèles , chef du peuple élu, tuteur de la foi, honneur des rois et des sultans, victorieux au nom du vrai Dieu.
Son fils Mohammed 11, qui ne lui cédait ni en courage ni en prudence, commença son règne sous d'heureux auspices en remportant sur les rebelles une victoire signalée à Antequerra. Plus les musulmans perdaient de territoire , plus la population augmentait dans ses États; il voulut que ceux qui venaient de la savante Cordoue et de l'industrieuse Valence n'eussent rien à regretter à Grenade. L'Alhambra s'éleva sur un plan plus vaste , et la colline voisine se para d'eaux jaillissantes, de bosquets de lauriers, d'orangers et de kiosques d'où l'œil embrassait la riche plaine qui entoure l'enceinte crénelée des murailles. L'instruction fut propagée, le commerce protégé , tout ce que l'Andalousie possédait d'hommes instruits accueilli avec faveur.
Dans l'intention de prévenir l'arrivée des Mériniles, Alphonse se hâta de s'arranger avec les mécontents de son royaume qui s'étaient réfugiés à la cour de Mohammed , et, sous main, excita la rébellion parmi les musulmans. Alors Mohammed adressa de nouvelles instances à Abou-Yousouf , roi de Maroc, pour qu'il vint eu aide à l'islamisme en péril; il lui promettait Algéziras et Tarifa. Yousouf répondit à cet appel ; les walis rebelles se soumirent , et les deux rois s'entendirent pour porter la guerre sur le territoire des chrétiens, les Mérinites vers Séville, et les Grenadins vers Cordoue.
Les chrétiens accouraient de toutes parts, saisis d'épouvante ; mais Alphonse se trouvait en Italie, occupé de briguer la couronne impériale, tandis que les Arabes mettaient les siens en déroute et tuaient Sanche, archevêque de Tolède, infant d'Aragon; les chrétiens, en présence de cette invasion, se rappelaient avec douleur les défaites de Zalaca et d'Alarcos. Ccpendact Sancho, fils d'Alphonse, qui partagea les dangers et les exploits des plus vaillants, dirigea si bien la défense que le roi de Maroc dut se rembarquer pour l'Afrique, et l'Espagne fut sauvée de cette troisième invasion des Africains.