‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 76 sur 102 · ARAGON. AM · texte numérisé non relu

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royaumes d'Aragon et de Valence; ils durent être réunis chaque année à Saragosse, et le roi ne put faire la guerre ou lever des impôts sans leur consentement.

Pierre accorda les mêmes droits à la Catalogne, en récompense des secours qu'elle lui avait fournis pour l'expédition de Sicile.

Enhardies par leurs succès, les Unions résolurent d'imposer de nouvelles entraves à l'autorité royale ; elles ne consentirent à re- i^ss. connaître Alphonse III pour roi qu'a la condition qu'il choisirait ses conseillers de concert avec les états ; sur son refus, il se forma une autre ligue qui obtint du roi le privilège de l'Union. Aux "«stermes de ce pacte , on ne put désormais procéder contre aucun des membres de l'Union que dans les formes juridiques ; il lui fut donné dix places de sûreté ; si le roi ou ses successeurs manquaient à leur promesse, elle fut autorisée à choisir un autre roi; les cortes durent être assemblées tous les ans à Saragosse, avec la faculté de nommer un conseil au roi, ou d'en changer les membres en totalité ou en partie. Les associés adoptèrent un sceau où ils étaient représentés dans une attitude suppliante devant le roi , tandis qu'on apercevait au loin des lances et des bataillons.

Le roi se trouvait donc à peu près annulé, d'autant plus qu'il avait encore près de lui \e just/za ou justicier^ juge de la cour, justicier. qui prononçait seul ou avec l'assistance des barons; c'était un antique magistrat, antérieur peut-être à la monarchie. Dans le principe, il ne faisait que recueillir les avis des riches hommes , et rendre la sentence conformément <à leur décision. Quand les lois eurent grandi avec les idées de liberté , la vénération pour celui qui était chargé de les interpréter s'accrut aussi ; il fut pris comme arbitre dans les différends entre le roi et les grands; mais il était responsable du préjudice qui résultait de ses décisions et justiciable des cortes. Les rois , en rapetissant la juridiction des feudataires, fortifièrent celle du justicier ; enfin, pour écarter la haute noblesse de fonctions trop importantes , on décréta qu'il serait choisi parmi les chevaliers , sous le prétexte que les riches hom- 1265. mes ne pouvaient être punis de mort , tandis que ce magistrat devait répondre, même sur sa tête, de son administration. A ce haut magistrat furent aussi commises par le grand privilège toutes les causes déférées au roi, qui devait en délibérer avec les nobles et les citoyens.

Le droit d'union fut ensuite aboli par Pierre IV, qui, s' étant i348.

blessé en lacëranl la charte avec son poignard , s'écria : Que le sang (Vun roi efface nn pririlèçjesi funeste ri si injurieux il la royauté! On eut «irand soin d'en faire disparaître l'original ; mais il résulta de cette abrogation que le justicier resta la garantie la plus puissante du peuple contre l'oppression. Les juges municipaux et royaux lui soumettaient tous les doutes soulevés dans les tribunaux en matière de loi ; il donnait sa solution dans les huit jours, sans que les lettres du roi pussent rien contre ses décisions. En vertu du jurisfirma , il avait le droit d'évoquer toute cause portée devant un autre tribunal , et garantissait des effets de la condamnation les biens de ceux qui recouraient à son assistance. Par la manifestation, il assurait la liherté personnelle contre les officiers royaux, non pas qu'il affranchit le prévenu de la prison, mais il lui manifestait les actes du procès, et il le tenait dans une geôle particulière. On appelait ces mesures du justicier remèdes de droit contre l'autorité des magistrats royaux. Interprète des lois, juge suprême, il pouvait infirmer par son veto les ordres du roi, destituer ou censurer ses ministres; il est vrai que, par une étrange contradiction , il était nommé par le roi, et pouvait être révoqué. Ce fut seulement en 144 2 que les cortes le déclarèrent inamovible.

Klles obtinrent, en 1398 , que le roi nommerait quatre censeurs du justicier, un par bras; ils siégeaient trois fois l'an pour recevoir les plaintes adressées aux cortes; celles-ci d'abord, puis le roi seul avec les états pouvaient juger le justicier.

Nous nous sommes arrêté sur les constitutions diverses des royaumes espagnols, soit à cause de leur propre importance ou de leur différence, dans lorigine et la forme, avec cellesdes autres pays européens , soit aussi parce qu'elles continuent encore à servir de drapeau aux ennemis du libéralisme moderne, qui s'obstine trop peut-être à isoler les institutions nouvelles des anciennes, toujours chères au peuple, parce qu'elles sont nées avec lui.

La noblesse n'était donc pas féodale en Espagne ; mais le roi devait avoir pour elle beaucoup d'égards, parce qu'élevée avec l'Etat, elle possédait de grandes richesses, et s'appuyait sur treize ordres militaires, puissants par leur opulence et leurs privilèges, et rendus presque indépendants par leur état de guerre perpétuel contre unennenii qui n'était pas celui d'un royaume particulier, mais de la nation entière, liien qu'ils combattissent au nom de la

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religion, leur contact continuel avec les Maures dut modifier leurs idées ; aussi se maintinreiil-ils indépendants de la cour de Rome pendant comme après la guerre de l'islamisme; ils ne lui furent assujettis que par Qiarles-Quint.

On ne vit point en Espagne de rois d 'posés par les évêques , ni la lutte du sacerdoce contre la royauté; les évèques, qui, même avant la conquête, avaient le droit d'intervenir à la nomination du roi , au lieu d'amoindrir son autorité, aimaient à y participer; ils toléraient une différence dans le rit en faveur des chrétiens qui, pendant un certain temps, avaient été sujets des Maures, et laissaient encore une plus grande latitude aux Mozarabes. La poésie décernait tant d'hommages aux hidalgos maures ([ue les âmes timorées s'en scandalisaient. Les pauliciens furent accueillis dans l'Aragon ; Pierre II mourut en combattant pour les Albigeois; Pierre III occupa la Sicile en dépit du pape, et ses successeurs furent excommuniés pendant toute la durée du siècle; puis nous verrons, dans le grand schisme, Pierre IV et Alphonse V se ranger du parti opposé au pape; l'inquisition, que les moines établirent dans le pays, resta indépendante de Rome. Occupés à servir le christianisme de leurs bras, les Espagnols n'appliquèrent point leur esprit aux subtilités du dogme; ils curent donc peu de dissertateurs et encore moins d'hérétiques, à l'exception de quelques mystiques.

De ces institutions sortit le caractère des Espagnols , mélange d'intérêts et d'habitudes opposés, sentiment énergique du droit, joint a une résigUcxtion abselue à des privilèges sanctionnés par la loi ; des habitudes d'une égalité qui tient de la république, une tièie indépendance de montagnards associée au culte enthousiaste de la monarchie, et une soumission orientale envers le souverain, identifié avec la patrie. Lorsque ailleurs l'homme n'obtenait de considération qu'autant ([u'il était noble, la conscience de la dignité de chacun parlait haut là où chacun avait contribué de ses efforts à l'affranchissement de la patrie. Tous avaient résisté à la séduction , à la menaci^, à l'txemple des Sarrasins; de là une pieuse vénération pour les sentiments les plus vrais , pour la famille, la patrie, l'existence paisible et réglée des champs, et en même temps le goût des aventures, des courses, des armes, l'insouciance de la mort : tout, en un mot, y était mêle comme les éléments de la popul;Uion et l'histoire du pays. Faut-il donc s'étonner que la fusion, toujours troub'éc par des infiuences

étrangères, ait rais tant de siècles à s'opérer , ait coûté et coûte encore tant de sang?

Parmi les chevaliers français venus au secours d'Alphonse P"", nous avons nommé Henri de Bourgogne ; il avait, avec la main de Thérèse, fdie de ce roi, obtenu le titre de comte du pays situé entre le Minho, le Douro et Tras-os-Montes, et qui de Porto-Cale, ancienne capitale des Gallèces, fut appelé Portugal. Il laissa son fils Alphonse-Henri , âgé de deux ans à peine , sous la régence de sa mère, qui repoussa les attaques de dona Urraque, et l'imita dans ses intrigues avec les deux fils du comte de Transtamare , dont l'un devint son époux.

Alphonse-Henri, parvenu à l'âge d'homme, recouvra ses États de vive force, enferma sa mère, bannit son beau-père, etsedéfendit contre Alphonse de Castille. Cinq émirs arabes s'avancèrent contre lui àia tète d'une armée formidable; il était campé en face d'eux, dans les plaines d'orient, sur les confins des Algarves, lorsque, par une nuit sombre , le Christ lui apparut sur la croix , et lui dit : L'armée te proclamera roi de Portugal : accepte; prends pour armoiries mes cinq plaies et les trente deniers pour lesquels je fus vendu, et taracesera glorieuse jusqu'à la seizième 1139. génération. Alphonse en fit la déclaration par écrit et sous la fol du serment; l'armée le proclama donc en le couronnant de feuillage, et la victoire signalée d'Oriaî (Ourique), qui coûta la vie aux cinq émirs, ne laissa aucun doute sur cette révélation.

Le roi de Castille lui contesta ce titre, à moins qu'il ne reconnût le tenir de lui; une guerre intervint, et le pape fut appelé à prononcer. Pour se concilier saintBernard, Alphonse mit son royaume sous le patronage de iNotre-Damede Clairvaux, à laquelle il promit, à titre de fief, cinquante raorabitains d'or par an. pour qu'elle affranchît le Portugal de toute domination étrangère; en outre il fit hommage comme vassal à saint Pierre et à l'Eglise de Rome, et contracta l'obligation de payer un cens annuel de quatre onces d'or. Alexandre 111 lui confirma le titre de roi et toutes les terres qu'il pourrait recouvrer sur les Maures (i).

(I) C. Gecaler, Hist. du Portugal (allemand); A. Hercllano, Hist. de Portugal, Lisbonne, 184G. Cet liistorien relègue parmi les fables l'acclamation d'Alphonse Henri et les cortes de Lamego.

Contrairement à ce que dit VArt de vérifier les dnles, le Portiifçal adopta, jusqu'en 142:>., l'ère espagnole, commençant l'é^pnée 71ó de Rome, 38 ans avant l'ère vulgaire.

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