LIVONIE
dises, elle devint traitable. 11 fut possible alors de savoir qu ils se nommaient Li ves, Lettons, Wendes, Curons, Semigals, Esthons, et qu'ils payaient tribut au prince de Polotzk. C'est de ces peuplades que recurent leur nom la Courlande , l'Ksthonie, la ville de Wenden et la Livonie. Les Lives, quoique moins nombreux que les Lettons, donnèrent leur nom à cette dernière province , parce qu'ils furent les premiers à se trouver en relation avec les Allemands; ils étaient delà race des Tchoudes, comme les Esthoniens, les Finnois et les Lapons; leur langue n'a rien de commun avec les idiomes slaves ou teutons , non plus qu'avec le letton et le lithuanien actuel, parlé par une population mélangée de Slaves et de Germains. Les Lettons étaient d'un caractère mou et résigné ; les Ksthons avaient plus d'énergie : mais ni les uns ni les autres ne surent conserver leur indépendance, et ils furent tour à tour assujettis par les Teutons , les Polonais , les Suédois et les Uuss's, tout en conservant un caractère, des traditions et une langue propres.
Les Hanséatiques accoururent, poussés par la curiosité et la soif du gain, dans ces parages, pour débiter leurs denrées; les marchands de Brème, de Lubeck et de Wis'oy vinrent y chercher des pelleteries tirées du fond delà Russie; ils donnaient, en échange, du sel, des toiles communes et des objets en rapport avec les besoins d'un peuple grossier.
Saint Adalbert, archevêque de Prague, vint y prêcher l'Évangile ; mais il fut mal accueilli par la caste sacerdotale, intéressée à conserver l'ancien culte. Étant entré sans le savoir sur le terjitoire sacré du Romov, il fut tué comme sacrilège; Bruno, qui entreprit de poursuivre la tâche commencée par Adalbert, éprouva le même sort.
Les Danois avaient aussi cherché à introduire dans ces lieux la religion chrétienne; mais ils n'avaient réussi qu'à se faire abhorrer par cette nation , très-attachée à ses idoles. Cependant le péril n'effraya point Maynard, chanoine de Sigeberg; il se joignit à des marchands, alla prêcher chez les Lives, et obtint du prince de Polotzk la permission de fonfler une église à Yxkùll , près d'un fort élevé par les Allemands pour leur sûreté et celle de leurs marchandises. Aussitôt qu'il eut parlé de christianisme, les naturels s'imaginèrent qu'on voulait attenter à leur indépendance, et formèrent le complot d'exterminer les étrangers. Maynard alors proposa de construire plusieurs forts et fit venir de Visbv les matériaux, la chaux et les ouvriers; le pape l'ini-titua
1191. évêque d'Yxkùll sous le métropolitain de Brème. Il mourut dans 1196. un acre a\ancé, en grand renom de vertu. Berthold, abbé saxon, qui lui succéda, fut chassé par la force des armes avec tous les prêtres; ceux qui avaient été baptisés se purifièrent de cette tâche dans les eaux de la Duna, et retournèrent au culte de leurs dieux. Célestin III ayant proclamé la croisade contre ces idolâtres, Berthold revint à la tète d'une armée, et défit des Lives ;
1198. mais, en les poursuivant avec trop d'ardeur, il fut massacré.
Albert d'Apeldern , qui lui fut donné pour successeur , aidé par sa puissante famille, l'empereur Philippe et Kanut VI de Danemark, parvint, à la tête d'une croisade, à prendre possession de son siège. Ayant abordé vingt-trois vaisseaux sur la rive droite de la Dwina, il y bâtit Riga, où il établit son évêché; pendant
1200. vingt-huit années , il s'efforça de propager le christianisme avec plus de zèle que de fruit.
Philippe de Souabe, se considérant, en sa qualité d'empereur, comme seigneur de toutes les terres des païens, investit Albertde la Livonie, à titre de fief et de principauté de l'Empire. Le prélat chercha, par des courses fréquentes, à se procurer des colons et des protecteurs, bâtit Kockenhausen, et rendit son siège, qui fut ensuite érigé en archevêché, indépendant de celui de Brème. Il éleva des châteaux forts dans les lieux qui lui parurent les plus favorables; pour se donner un appui plus constant et plus sûr que celui des croisés, il introduisit dans le pays la féodalité, en distribuant les terres conquises à des seigneurs allemands, sous l'obligation du service militaire ; en outre il institua l'ordre militaire des chechevaiiers valicrsporte-glaive, qui portaient avec la croix une épée sur leurs poreganc. jjjgjj^ggy^ blaucs. Winnou de Rohrbach, premier grand maitre,
1204. bâtit Segewold, Ascheraden etWenden, qui fut le siège de l'ordre. L'évêque leur concéda un tiers des terres qu'ils aideraient à conquérir; mais, au lieu de se les concilier par ce moyen , il ne fit que piéparer de longues discordes; car les chevaliers prèten-
1210. daient rester affranchis de tout hommage. Enfin Innocent III décida que l'évêque laisserait aux chevaliers un tiers de la Livonie et de la Lettonie, et les dispenserait de payer la dîme avec les autres pensions et oblations; mais que l'ordre dépendrait des cvéques, qu'ils seraient tenus de servir pour la défense du pays et de la foi, sauf à rester maîtres de tout ce qu'ils pourraient conquérir hors de la Livonie et de la Lettonie.
Encouragés par cette faveur, et secourus par de nouveaux croisés venus avec le vaillant Albert, comte d'Ourlemoude, les
chevaliers entreprirent avec Albert la conquête de l'Esthonio. ""'' Les Esthoniens, défaits près de Fellin, acceptèrent le baptême, et Albert fonda dans le pays deux évèchés, un pour l'Esthonie, l'autre pour la Sémi^alle ; la conquête fut partaf^ée entre les porte-glaive et le prélat. Mais à peine le comte d'Ourlemonde était-il parti que les Esthoniens s'insurgèrent ; Albert ne put les i^is. soumettre sans avoir recours à Valdemar II de Danemark, qui établit sa domination dans l'Esthonie et bâtit Narva. INéanmoins ce Valdemar ne tarda point à tomber au pouvoir de l'ennemi ; les 1219. Danois furent alors chassés, et l'Esthonie partagée entre l'ordre 1223. et lesévêquesd'Uuganniaetde Riga.
Un moine de la Poméranie, nommé Christian, réussit à introduire le christianisme en Prusse, dont il fut nommé évêque par Innocent III après un voyage fait à Rome pour rendre compte de 121.. son apostolat; mais, à son retour, il trouva la population révoltée contre l'Évangile et en guerre avec le pays de Culm, converti déjà depuis quelque temps, où l'on détruisit plus de cent cinquante églises. Christian se fit aider par des croisés qui rebâtirent Culm, restèrent plusieurs années dans le pays et contraignirent les Prussiens de renoncer à l'idolâtrie ; mais à peine s'étaient-ils éloignés que les Prussiens coururent de nouveau aux armes, et dévastèrent le pays de Cuira. Christian, continuant à marcher sur les traces d'Albert de Livonie, institua l'ordre militaire des Frères de la milice du Christ, qui portaient le manteau blanc avec l'épée rouge, dont le siège fut placé à Dobrzin, et qui faisait vœu de combattre sans relâche l'idolâtrie.
Les Prussiens se levèrent en masse contre eux, et, dans une jj^. bataille qui dura deux jours, il les exterminèrent tous, à l'exception de cinq; voyant l'impossibilité de relever cet ordre, Christian persuada Conrad, duc de Mazovie, d'appeler à sa place les che- chevaliers valiers teutouiques. Cet ordre s'était couvert de gloire en Palestine et en Egypte; comme il avait sauvé l'armée par sa valeur au siège de Damiette, Jean de Brienne autorisa le grand maitre à joindre à la croix noire celle du royaume de Jérusalem. Ces chevaliers possédaient déjà tant de biens en Allemagne qu'ils avaient été forcés d'en former une province particuHère, confiée à un maitre teutonique qui faisait sa résidence à Mergentheim, ville donnée à l'ordre parles comtes d'Hohenlohe avec tous leurs domaines.
Hermann de Salza, leur grand maître, célèbre par ses victoires et sa vertu, était l'ami et le conseiller de Frédéric Il,'.qui l'avait
teutouiques
fait prince de l'Empire ; s'apercevant peut-être combien leurs possessions en Palestine étaient précaires, il ne demanda pas mieux que d'accepter l'offre d'André de Hongrie, et de défendre la Transylvanie contre les Cumans, moyennant la cession à l'ordre du district appelé la Burcie.
La même pensée fut inspirée à Christian par un besoin semblable; ignorant peut-être que cet ordre était exempté par le pape de toute juridiction episcopale, il offrit à Hermann le pays de Culm et un autre district sur les frontières des Prussiens idolâtres. Frédéric n approuva la proposition à Rimini, et conféra ces pajs à l'ordre en toute propriété, avec tout ce qu'ils pouvaient enlever aux Prussiens idolâtres.
Le premier maitre provincial en Prusse fut Hermann Balk, qui avait pour maréchal Thierry de Bertheim; arrivés en Mazovie à la tête des chevaliers et des soldats , ils stipulèrent avec le duc la cession des territoires de Culm et de Lsebau, et la remise des possessions des Frères de la milice du Christ ; puis ils s'établirent dans les deux forts Vogelsang et de Nassau, sur la rive gauche de la Vistule.
Ils commencèrent alors une guerre d'extermination contre les Prussiens, qui, grâce à leur connaissance du pays, trouvaient des lieux de refuge au milieu des lacs, des marécages et des forêts dont il est couvert ; aussi les chevaliers, s'apercevant qu'il était pour eux de la plus grande importance d'être maîtres de la Vistule afin de pouvoir, selon le besoin, porter des troupes d'une rive a l'autre, s'emparèrent de plusieurs bourgs foriifiés, situés en face de VogtMsang. Alors ils firent appel à de pacifiques colons, a de belliqueux croisés ; des villes s'élevèrent, et l'ennemi finit par succomber. Thorn fut fondée par des aventuriers allemands , et Culm agrandie par d'autres; ces deux villes, les plus anciennes de la Prusse , furent constituées en communes par la charte ditede Culm [Culmsche Handfeste); Marienwerder fut aussi édifiée dans l'île de Kwidzin par les croisés, qui plus tard, aidés par une nouvelle croisade , réussirent à conquérir la Pomeranie. La Poséganie fut soumise de la même manière, et les marchands de Luheck y fondèrent Elbing, qui partagea le droit de leur cité.
Des différends s'étantélevés entre les chevaliers teutoniques et l'évêque de Prusse : le pape les avait apaisés en décidant qu'un tiers des conquêtes faites par l'ordre appartiendrait au prélat , avec juridiction sur les deux autres tiers, qui seraient considérés
comme propriétés du saiut- siège conférées à l'ordre à titre de bénéfices. 11 ne fut pas aussi facile d'arranger la querelle soulevée entre l'évéque de Riga et les chevaliers de Livonie, dans le moment même où ce dernier pays, ainsi que l'Esthonie, leur était disputé par les Busses, les Danois et les Lithuaniens. Le grand niaitre, Volquin, proposa a Hermann de Salza de fondre les deux ordres en un seul ; ce dernier hésita ; mais, après la mort de Volquin, qui succomba dans ses luttes contre les Lithuaniens, les porte glaive devinrent une langue de l'ordre Teutonique, sous un maitre provincial. Cependant, comme ceux-ci, fondés par ust. un évèque, lui étaient tout à fait soumis, tandis que les chevaliers teutouiques jouissaient d'une pleine franchise , le pape décida que, dans la Livonie, les teutoniques seraient tenus envers l'évéque aux mêmes obligations que les porte-glaive.
Hermann de Salza mourut à Salerne , où il était venu pour se faire traiter; il eut pour successeur le landgrave Conrad, frère de im. Louis de Thuringe. La veuve de ce dernier , vénérée parmi les saints et bénie du peuple, qui l'appelait chère bonne Elisabeth^ avait confié aux chevaliers teutoniques l'hôpital et l'église fondée par elle à Marbourg. avec de riches domaines. L'ordre poursuivit le cours de ses conquêtes , et parvint, à force d'habileté et de constance, à triompher de la résistance des Prussiens, qui défendaient avec fureur leur indépendance et le culte de leurs ancêtres. ,'|i«l
Les Mongols , sur ces entrefaites , envahirent les royaumes ' '
septentrionaux; les chevaliers teutoniques, dans l'impossibilité (le défendre la Pologne, concentrèrent alors leurs forces sur la Vistule. Les Prussiens profitèrent du moment pour recouvrer leur liberté, et s'allièrent avec Sviatopolk , duc de Pomérellie, devenu hostile à l'ordre par jalousie , après avoir été le principal auteur de la victoire remportée par les chrétiens à Sirguna; ils massacrèrent tous les Allemands qu'ils purent saisir, détruisirent les principales forteresses, et interceptèrent tout secours de l'Allemagne et de la Pologne. Ce fut une guerre de dévastation mutuelle, soutenue en grande partie par des croisés, et dans laquelle combattaient encore contre Sviatopolk. deux frères qu'il avait dépouillés ; mais enfin on arrêta les conditions de la paix. Jacques i»*« Pantaléon de Troyes , qui fut depuis Urbain IV, en avait été le 1249. médiateur; il parvint aussi, quelque temps après, à la conclure à Christbourg entre les naturels et l'ordre. Les conventions portaient que les néophytes jouiraient de la liberté de leur personne
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et de leurs biens; qu'ils auraient droit d'acheter et de transmettre en héritage à leurs descendants raàles, ou aux femmes non mariées; qu'en ligne collatérale l'hérédité compéterait seulement aux cousins germains ; qu'a défaut d'héritiers la succession reviendrait a l'ordre; que les néophytes pourraient contracter légitimement mariage , tester en justice, entrer dans les ordres; s'ils étaient nobles , ils aur.iient le droit de ceindre le baudrier militaire et de vendre leurs biens à des Allemands ou à des naturels, à la condition de donner sûreté qu'ils ne passeraient pas aux ennemis de l'ordre; les églises devaient vendre, dans le délai d'un an , les propriétés qu'elles avaient acquises. Conformément au désir des naturels, ils furent régis par le droit polonais; ils durent cesser d'ensevelir les morts avec les rites idolâtres, pour les Inhumer à la manière des chrétiens; renoncer à la polygamie , a la traite des femmes , aux mariages prohibés par les canons de l'Église, à l'exposition des enfants; en outre, ils furent obligés de construire un nombre déterminé d'églises , dont on leur fournissait les ornements et les livres nécessaires, et que l'ordre aurait soin de doter ; mais ils furent tenus de lui payer les dîmes , de lui être fidèles dans la paix et de le servir dans la guerre.
Tel fut le droit civil des vaincus. Quant au droit ecclésiastique ou des vainqueurs, Guillaume de Savoie, évèque de Modene, légat pontifical, dont l'habileté eut une grande part dans les traités de cette époque, divisa, au nom d'Innocent III, la Prusse en trois diocèses, de Gulm, dePoméranie et de Warmia, sans parler d'un quatrième, qui comprenait les pays non encore soumis. Chaque diocèse fut partagé entre l'évèque et l'ordre ; l'évéque choisissait un tiers , sur lequel il exerçait la suzeraineté territoriale ; le reste appartenait à l'ordre avec les mêmes droits. La juridiction ecclésiastique de tout le pays fut attribuée aux évèques, qui durent contribuer à sa défense avec de l'argent , et les - chevaliers avec leurs bras.
Riga fut ensuite érigée en métropole , dont relevèrent les deux provinces de Prusse et de Livonie. Dans cette dernière, les Allemands réduisirent à la condition de serfs les naturels , qui , sous le nom de Lives, d'Esthoniens et de Lettons , conservèrent l'ancien langage. Les dominateurs formaient une confédération d'États indépendants, parmi lesquels l'ordre était le plus puissant. L'archevêque de Riga possédait une partie du pays, et la région la plus septentrionale avait pour suzerain le roi de Danemark ; Riga
et Rêvas étaient régies par des lois populaires , sauf quelques ré- ijjjj
gales réservées à l'évèque. '
Restait à soumettre la Sambie, c'est-à-dire le pays au nord i^"du Prégel. A la voix du pontife, une armée de soixante mille JjJ
croisés se mit en marche , accompagnée d'Ottokar II de Bohême "i^
et de plusieurs autres princes, sans compter le grand maître Poppon d'Osterne ; elle pénétra sur le territoire sacré du Romov, mit tout à feu et à sang, détruisit les idoles et le chêne révéré, et força le peu d'idolâtres qui survécut à recevoir le baptême. La ville qui fut bâtie en cet endroit reçut le nom de Konigsberg, en lass. l'honneur du roi de Bohème.
L'ordre s'apprêtait à subjuguer le reste de la Prusse , c'est-àdire la Sudavie. la]\adrovie et laScalavie, lorsque les Mongols, tombant sur la Lithuanie et la Pologne, contraignirent les chevaliers à réunir leurs forces contre les dévastateurs. Ils se mirent donc à recruter des troupes et à reconstruire en pierres les forts de bois ; pour hâter les travaux, ils requirent le concours des habitants, et enlevèrent comme otages les enfants de ceux qui refusaient leurs bras.
Ces violences rendaient odieux les chevaliers teutoniques; d'autre part, toujours en lutte avec les évèques et de mœurs relâchées, ilscherchait;ut à se recruter par tous les moyens, au point d'absoudre des censures ecclésiastiques quiconque entrait dans leur ordre. Uniquement occupés de soumettre par force les naturels, les chevaliers avaient negligé de les dégrossir et de les éclairer, abandonnant peut-être ce soin aux évèques, détournés de cette réforme par les discordes continuelles. Si les chevaliers envoyèrent une fois plusieurs jeunes gens en Allemagne pour apprendre la langue et se façonner à l'obéissance, ils le tirent dans un intérêt politique, afln d'avoir des otages et d'étendre par leur intermédiaire la servitude à laquelle ils habituaient le peuple; mais le résultat ne répondit nullement à leurs prévisions.
Les Lithuaniens , nation sauvaue adonnée au fétichisme, étaient originairement de race lettone , mêlée de slave, de finnoise et de gothique. A l'époque de l'irruption des Mongols, ils envahirent Grodno et autres villes de la Russie blanche. Erdivil , leur premier chef connu , s'opposa énergiquemeut aux Mongols. Ringold réunit les petites seigneuries du pays, dont il se fit grand prince ; menacé par les chevaliers teutoniques, il ac- 1230. cepta le christianisme, et fut couronné roi; mais il revint bientôt à l'idolâtrie, et se montra l'ennemi acharné des chrétiens.
Le graud maître donna cette couronne <t Mendog, après l'a- 1S5Î. voir vaincu et fait baptiser; mais il persista peu dans la foi, et i2€o. quelques démêlés le firent retourner à l'idolâtrie. Il envahit la Courlande, et défit entièrement l'ordre sur la Durba; sur quatorze chevaliers restés prisonniers , il en brûla huit en l'honneur de ses dieux et hacha les autres par morceaux.
Il envahit ensuite la Sambie, et par son exemple il entraîna ces populations à la révolte. Les jeunes gens qui s'étaient formes à la guerre en Germanie se mirent a leur tète, et bientôt ils eurent détruit les églises, réduit en esclavage les chrétiens qui ne prirent pas la fuite , et bloqué les chciteaux forts. ■
Une croisade se réunit a la voix du pape et du grand maitre ; mais elle échoua contre la fureur des insurgés ; une autre dégagea toute la Sambie, ce qui n'empêcha point la résistance de se prolonger dans les autres provinces.
Ottokar II , roi de Bohême, pressé de nouveau par le pape de J267. se croiser contre les idolâtres, conçut le dessein de constituer un grand empire en Lithuanie ; en conséquence , il convint d'aider l'ordre à recouvrer ses anciennes possessions, à la condition qu'il en serait secondé à son tour pour soumettre la Lithuanie, la Galandie,la Jazwingie et autres pays idolâtres, ou le pape l'autorisait is-o. à ériger un royaume en faveur de qui il voudrait. L'entreprise fut plus rude qu'il ne l'avait pensé ; le roi n'en retira aucun avantage, et les Prussiens se jetèrent de nouveaudanslepays deCulm, qu'ils n'abandonnèrent qu'après avoir essuyé plusieurs défaites de la part d'une nouvelle croisade ; l'ordre alors rentra dans ses anciennes possessions.
Rodolphe de Habsbourg, qui avait combattu sous sa bannière, le prit sous sa protection particulière lorsqu'il fut devenu empe- 12»:. reur. Ainsi fut terminée, cinquante-trois ans après le commencement de la guerre et vingt ans depuis l'insurrection , la conquête de la Prusse entre le Mémel et la Vistule.
Cette principauté , qui ne provenait pas d'un lief , était d'une nature particulière. Selon le droit public de l'Europe, le pape disposait des terres appartenant aux païens, sauf le droit de l'empereur comme chef temporel de la chrétienté. Les chevaliers teutoniques tenaient donc de tous deux leur autorité; Frédéric II leur confera tout à la fois la supréinatie et la propriété des terres, outre n Cnlm, dont ils étaient souverains par la cession des ducs de .y Mazovie et par les conquêtes.
Les anciens propriétaires devinrent donc serfs de la glèbe ;
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mais, en recevant le baptême, ils recou\ raient la liberté personnelle. Après la paix de Cliristbour^, ils purent aussi posséder des biens fonds, et une noblesse fut même reconnue parmi eux.
L'insurrection changea la face des choses; les expropriés rentrèrent dans leurs biens, et les nobles demeurés fidèles conservèrent la liberté, qui fut ravie aux autres ; ceux qui possédaient eu vertu de la Ioide Cuim devaient des prestations proportionnées à latenure ; les personnes dont les biens situés dans les provinces conquises étaient régis par la paix de 1249, outre leurs charges dans cette proportion, en avaient encore d'autres à supporter, fixées d'après la dignité du propriétaire. La première classe se composait des ivilhings , grands propriétaires d'ancienne date, et des plus considérables parmi les nobles. La véritable withingie, formée des possessions allodiales et originaires, restait exempte de toute charge, corvées et dîmes, et n'était point assujettie aux formalités féodales. La nouvelle, concédée par l'ordre, consistait en un certain nombre de familles données au withing pour qu'elles lui payassent la dimC;, et fussent tenues envers lui des services corporels, des obligations et prestations imposées aux sujets immédiats de l'ordre, à la juridiction duquel elles restaient soumises. Les terres de cette seconde classe pouvaient être vendues avec les familles des paysans, qui étaient attachées à la glèbe. Les propriétaires, pour ces secondes terres, bien qu'elles fussent aliénables comme alleux , devaient le service militaire à l'ordre, soit pour la défense de la province ou des expéditions éloignées; quelques-unes étaient en outre grevées d'un cens annuel. Tandis que la withingie ancienne passait héréditairement aux mâles et aux femelles, la nouvelle ne se transmettait que de mâle en mâle, et, à leur défaut, faisait retour au withing.
Au même rang que ces derniers se trouvaient les propriétaires libres, exempts des corvées et du payement de la dîme , et dont les biens passaient à leurs fils en ligne directe, sous la condition du service militaire.
La troisième classe était celle des Culmiens , propriétaires de champs régis en tout ou partie par le droit accordé à la ville de Gulm. La plupart devaient la dîme , une rente à la mense episcopale et une autre en cire ou en argent à l'ordre, indépendamment du service militaire.
Venaient ensuite les paysans, les vilains, lesquels étaient membres d'une corporation dite village, et soumis à un seul tète ; les paysans vivaient isolés sur les tenures des riches, ou, s'ils ha-
bitaient des villages , ils n'en étaient pas membres et ne dépendaient nullement du juge. Lorsque la famille d'un paysan s'éteignait, ses biens retournaient à l'ordre ou aux grands propriétaires qui avaient obtenu de lui ce village. La même classification entre les propriétaires se retrouvait sur les terres appartenant à l'évêque.
Les colons formèrent ensuite une classe distincte des autres , et leur nombre s'accrut au point de l'emporter sur celui des naturels , qui finirent par adopter leurs mœurs et leur langage , d'où il résulta que l'ancien idiome prussien, dialecte du slave , périt entièrement. i
L'ordre Teutonique avait son siège à Saint-Jean d'Acre ; il dé- i| pendait en Prusse d'un maître provincial ou précepteur, qui relevait du grand maitre et du cbapitre général, avec lequel il exerçait la souveraineté. Dans les circonstances majeures, il devait prendre l'avis des dignitaires de l'ordre; le pouvoir exécutif lui appartenait , et c'était lui qui commandait en campagne ; un marécbal lui servait de vicaire en temps de paix et d'aide de camp à la guerre. Dans chaque district, un commandant était chargé des finances , de la justice, du bon ordre et des milices; treize individus au moins constituaient le conseil du précepteur, et participaient avec lui au gouvernement.
Le droit de la force ne s'introduisit donc point en Prusse comme dans le reste de la Germanie ; les différends furent vidés par des juges, et non par des guerres privées. Le contraire avait lieu dans les autres pays, où le chef de l'État, lorsqu'il manquait d'aiipui pour l'exécution de ses ordres, avait sous la main une milice permanente, ou plutôt lui-même était armé de toutes pièces. Les biens immenses qu'il possédait lui épargnaient les embarras si communs dans les gouvernements de cette époque , c'est-à-dire l'obligation d'aclieter, moyennant des privilèges, la condescendance de ses vassaux. Du vœu d'obéissance fait par les religieux guerriers résultait une discipline ignorée des autres gouvernements; car l'honneur et la religion entraînaient leur volonté. Les premières familles de la Germanie se tenaient honorées d'enrôler leurs fils dans cet ordre souverain ; des rois et des princes faisaient en Prusse le noviciat des armes. La considération dont il était entouré ajoutait à la force de cet Etat guerrier et religieux , qui parvint rapidement au comble de la puissance, mais pour tomber aussi vite dans la dissolution et la tyrannie.