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CHAPITRE XXI

Dans la Honi^rie régnaient les descendants d'Apad, qui se la disputèrent par lambeaux Jusqu'au moment où le pays entier se '^'■'• trouva réuni dans les mains de saint Ladislas, prince ami de la paix à l'intérieur et conquérant au dehors. La Croatie et la Dal- ,.

matie formaient une partie de l'empire des Avares , détruit par -li

Pépin , roi d'Italie; la première était habitée par des Croates ou ^jj|

montagnards, l'autre par les Sorabes, nation slave gouvernée par iij|j|

des zupan ou chefs de district, dont plusieurs relevaient d'un un

ban ou duc, et tous d'un grand prince. Les Francs les ayant acceptés pour sujets, il en résulta des démêlés avec l'empire d'Orieiit jusqu'au moment où il fut convenu que Zara, Trau, Spalatro, Raguse, c'est-à-dire la Dalmatie maritime, resteraient aux Grecs, et les autres villes à l'empire d'Occident. Au milieu des vicissitudes qu'éprouva ce dernier , les grands princes se rendirent indépendants. Crescimir, grand prince de Croatie , avait sur pied une armée de soixante mille chevaux et de cent mille fantassins, et son fils Dircislas prit le titre de roi. Les habitants du pays sé mirent alors à faire la course. Une guerre intervint , et Venise occupa les cités maritimes.

Ces villes furent reprises par Crescimir Pierre, qui, s' étant emparé de l'Ksclavonie, indépendante jusqu'alors, prit le titre de roi de Dalmatie et de Croatie. Démétrius Swonimir, pour légitimer sou usurpation, se fit couronner dans Salona par le légat du pape, prêta hommage lige à Grégoire VII et à ses successeurs, promit un cens annuel de deux cents besants, etcontraignit au célibat le clergé, auquel il laissa les dîmes et les prémices.

Après l'extinction de la lignée de ce prince, et lorsque l'anarchie bouleversait le royaume , Ladislas parut à main armée , soumit les petits tyrans, et nomma son neveu Almus duc de Croatie et d'Esclavonie.

Sa victoire fut interrompue par les Cumans, rameau des Uzes ou, comme les Russes les appellent, des Polowz, qui habitaient la Moldavie et la Valachie , après avoir refoulé les Petchenèques en Transylvanie. Les Cumans ra\ agèrent la Hongrie , où Ladislas les défit et les força d'opter entre l'esclavage ou le baptême ; à ceux

qui acceptèrent le baptême il assigna des terres entre le Danube et la Theiss , où leurs descendants existent encore sous le nom d'Iazyges. Le khan de Transylvanie fut aussi contraint de se faire ciirétien et vassal de la Hongrie.

Ces victoires furent accompagnées de miracles qui rendirent sainte la mémoire de Ladislas ; ce prince arrêta dans le concile de Szabolts des mesures très-rigoureuses contre les idolâtres, et permit aux prêtres mariés de garder leurs femmes. Il défendit de faire des sacrifices sur les rochers et dans les bois , de se marier avec des juifs, de violer les fêtes même par le divertissement de lâchasse, et chacun dut payer exactement les dimes. A ces mesures il ajouta de bonnes lois civiles et des fondations ecclésiastiques, ce qui le fit honorer dans toute la chrétienté.

Coloman, son successeur, qui vit les premiers croisés traverser ses États, soumit la partie maritime de la Dalmatie, dont il s'intitula roi, ainsi que de la Croatie et de la Hongrie ; pour se mettre à l'abri des Normands de la Fouille, il fit alliance avec Venise, et prit Monopoli avec Brindes, où il resta trois mois. Docile au pape, il réunit un concile d'évéques et de grands personnages ( 1 1 00*, dans lequel il publia un code rédigé par le prêtre Albéric, confirma les donations faites aux églises par saint Etienne, et statua que, dans les fiefs conférés par ce prince, les deux sexes hériteraient à titre égal, et les mâles seulement dans les autres. La loi qui défend les procès de sorcellerie, et celle qui exclut partout les ordalies, à l'exception des églises principales et des grands prieurés, sont dignes d'attention.

Etienne II , son fils, prince dissolu, eut des différends avec les Vénitiens pour la Dalmatie. et prit à sa solde les Cumans, auxquels il assigna un district appelé encore la grande Curaanie. Il commença les guerres, destinées à durer un demi siècle, avec les empereurs d'Orient qui, dans l'espoir d'acquérir la Hongrie, se mettaient au nombre des prétendants.

Geysa II, au moyen de grands privilèges, attira les Allemands dans la Transylvanie; ils y bâtirent sept villes, d'où vint le nom de Sibenburgen au pays appelé ensuite Transylvanie, parce qu'il était situé au delà des comtés couverts de forêts , de Zolnok et Kraszna [SijLvania] ; Hermanstadt en devint la capitale. On assigna aux Potchenèques survivants un canton ou ils existent encore sous le nom de Zékély ou de Sicules.

Etienne III, que Manuel Comnène et le pape Alexandre III avaient aidé à parvenir au tronc, fut obligé d'abandonner au

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premier l'Eselavonie et la Croatie, et de se recooDaître vassal de l'Empire ; au second, de promettre qu'il ne transférerait ou ne déposerait aucun évéque, à moins d'un délit canonique; qu'il renoncerait à la dépouille des prélats; enfin, qu'il laisserait des ecclesiastiaques administrer les sièges dans les vacances, pour que le produit en fût employé au profit des pauvres et des églises.

Les croisés avaient plusieurs fois, dans ce temps, traversé la Hongrie, où ils s'étaient vus d'abord traités en ennemis, puis tolères. Enfin André, fils de Béla III, promit de se croiser lui- ii-3-ii96. même; mais il dissipa une partie des trésors amassés à cet efl'et par son père, et employa le reste à faire la guerre au roi Emeric, son frère. Les deux armées se trouvaient en présence, lorsque Émeric, qui se jugeait trop inférieur en forces, mit bas intrépidement la cuirasse, et, le fouet à la main pour toute arme, entra dans le camp ennemi, traversa les rangs étonnés jusqu'à la tente d'André, où il commanda à ses gardes mêmes de l'arrêter, et l'emmena dans son camp sans que personne bougeât. Il le retint jusqu'à ce que le pape lui eût demandé la liberté du prisonnier; Émeric le nomma pourtant tuteur de son fils Ladislas III, après la lîos. mort duquel André monta sur le trône. Il fut le père de cette Elisabeth célébrée comme protectrice de la poésie et comme sainte.

A la mort de Henri, empereur de Constantinople, il fut ques- i-iftion de donner la couronne impériale à André, qui, à la vérité, aurait pu mieux que personne en soutenir le poids; mais il rencontra de l'opposition dans le pape, qui l'exhortait à entreprendre la croisade à laquelle il s'était engagé. Nous avons déjà vu le résultat de cette expédition ; à son retour, il trouva le royaume bouleversé, surtout à cause des vexations exercées par les magnats, qui avaient usurpé sur la couronne un grand nombre de possessions. Leur audace tyrannique était arrivée au point que, mécontents de voir la reine préférer les usages allemands à ceux des Hongrois, ils lui donnèrent la mort. Son fils Béla, entraîné par la haine contre une belle-mère autant que par le désir ambi- J

tieux de conserver le pouvoir qu'il avait exercé pendant l'absence d'André, ne cessait d'entraver son autorité; afin donc de sortir d'embarras, André donna la Bulle d'or h la Hongrie, cons- Buii<'d'or.

titution qui diffère de toute autre par sa base. En effet, il confirma tous les droits que les nobles s'étaient arrogés, rendit les fiefs héréditaires, interdit au roi le droit d'exiger le service militaire ou des contributions sans l'assentiment des nobles, et dé-

Clara que, si le roi violait ces conditions, on pourrait légitimement lui résister à force ouverte.

Mais qui devait décider si le roi avait ou non violé la constitution? les nobles eux-mêmes. Aussi, juges et parties tout à la fois, ne manquèrent-ils pas de déclarer tyrannique tout acte qui avait pour but de réprimer leurs excès (l). L'anarchie se trouva donc constituée légalement et l'oppression du paysan consolidée, puisque l'autorité royale affaiblie ne lui offrait plus de refuge.

Béla IV succéda a son père, qu'il avait déjà privé de tout pouvoir de son vivant; prince avide et orgueilleux, il persécuta tous ceux qui l'avaient desservi sous le règne d'André, et enleva aux magnats le droit de s'asseoir en sa présencej à l'exception des quatre dignitaires et des nobles. Il révoqua les donations des biens de la couronne, et contraignit les palatins à lui verser les deux tiers du revenu de leurs comtés; il réforma la justice et régla la procédure d'après celle de la cour de Rome, toujours dans le but de diminuer la puissance des grands au profit du pouvoir royal. L'appel devait être porté devant un chancelier, au lieu de laisser à tout plaideur le libre accès auprès du roi, qui se réservait seulement la connaissance des affaires les plus importantes.

La noblesse , indisposée par toutes ces mesures , offrit le royaume à Frédéric le Belliqueux, duc d'Autriche ; maisce prince fut vaincu et soumis à un tribut; ses partisans et ceux qui tentaient de soumettre le pays à l'Empire expièrent cruellement leurs torts.

Béla se montrait habile dans l'art de gouverner; mais son caractère et les intrigues de sa femme, fille de Théodore Lascaris, empereur deNicée, lui firent commettre de graves erreurs. Les Mongols paraissent alors. Touschi, fils du fondateur dice nouvel empire, envahit le pays des Polowz; Kutan, chef des Cumans, qui appartenaient à cette nation, demanda au roi de Hongrie un refuge dans certains cantons incultes où, en effet, cinquante mille familles furent accueillies avec leurs troupeaux; elles reçurent le baptême, et obtinrent des privilèges avec le libre accès auprès de la personne du roi. Ces nouveaux venus continuèrent à vivre en nomades, sous des tentes, mais dociles, et prêtant leur concours aux Hongrois pour cultiver les champs et les vignes.

(1) Verboez, Corpusjwis Hung., t. 11, p. .Js.

HONGRIE. '(7o

Bela, prévoyant que les Mongols, après avoir assujetti la Pologne et la Russie, n'épargneraient pas son pays, implora des secours de l'Allemagne et du pape; mais il ne fut pas écouté; les Hongrois eux-mêmes, amollis et jaloux de leur roi, lui refusèrent assistance. Bientôt cinq cent mille Tartares tombèrent sur le paj's; Frédéric d'Autriche, qui était venu avec un coutingent de troupes, voyant les Hongrois irrités contre les Cumans, que le roi favorisait, répandit le bruit que les Mongols avaient été appelés par eux. Il n'en l'allnt pas davantage pour faire égorger Kutan; les Cumans tournèrent alors leurs armes contre les Hongrois, s'unirent aux Mongols, et, devenus leurs guides, ils les aidèrent à surprendre le camp, où cent mille Hongrois furent massacrés, parmi lesquels deux archevêques, trois évêques et beaucoup de seigneurs.

Le roi s'enfuit à grand' peine ; Batou, ayant trouvé son sceau, l'apposa sur une lettre qu'il adressa en son nom aux Hongrois; il leur disait de ne point s'effray?r et de rester dans leurs foyers. On le crut, et Batou profita de leur erreur pour prendre d'assaut Pesth et Gross-Varadin, qu'il détruisit. Spalatro, Cataro, Suagio, Drivasto furent saccagés. Après cette expédition, il résolut de se diriger vers l'Orient; mais, avant d'abandonner la Hongrie, il fit publier que tout étranger, libre ou esclave, qui se trouvait dans le camp pouvait regagner ses foyers. Beaucoup de Hongrois et d'Esclavons se retirèrent; mais à peu de distance ils furent assaillis par l'ennemi et massacrés.

Roger de Bénévent, chapelaiii du cardinal .lean de Tolède, qui l'avait envoyé plusieurs fois en Hongrie pour ses affaires ou celles de l'Église, était devenu chanoine de Varadin, puis archevêque de Spalatro; au temps de l'invasion des Mongols, il ne parvint à sauver sa vie qu'avec la plus grande peine ; il a écrit ses misères et celles des autres (l). « Pendant que les Tar- « tares saccageaient Varadin, j'étais caché dans une forêt voisine, « et je me réfugiai, lorsqu'il fut nuit, à Ponthomas, bourg al- « lemand, sur le bord du Korôs; n'y étant pas en sûreté, je me « sauvai dans une île fortifiée de la Maros. Là j'entendis le sac « de Ponthomas, et mes cheveux se dressèrent sur ma tète ; alors « j'abandonnai l'île et me jetai dans une autre forêt. Le lende-

{[) Miserabile cannen, sru historia snper destr ne l'ione verini Hungnria', lemporibus Be.lx IV régis per Tartaros facta. Ap. Sgiiwandtner, Script, lier. Hungurïcarum, 1 ; Vienne, 1746.

376 DOUZIEME ÉrOQUE.

« main les Tartares envahirent l'île, où ils exterminèrent tout « ce qu'ils trouvèrent. Beaucoup de naturels qui s'étaient réfu- « giés dans les bois, croyant au bout de trois jours que l'ennemi « s'était éloigné, retournèrent pour chercher des vivres ; mais ils « trouvèrent les Tartares en embuscade, qui les massacrèrent. « Cependant j'errais dans les bois, privé de tout. Poussé par « la faim, j'étais obligé d'aller la nuit dans l'ile pour retirer de « dessous les cadavres quelque peu de viande et de farine que « j'emportais a la dérobée; je vécus plus de vingt jours caché « dans les grottes, les fossés et le creux des arbres.

« Lorsque les Tartares promirent de ne faire aucun mal aux (f habitants qui reviendraient dans leurs foyers, je ne me fiai « pas a leur parole, et mes soupçons n'étaient que trop bien « fondés; j'aimai mieux aller droit à leur camp que d'attendre « mon sort dans un village. Je me livrai donc à un Hongrois qui « s'était mis au service des Tartares, et qui daigna, par grande « faveur, ^'admettre parmi les gens de sa suite. Je gardais à « demi-nu ses chariots, et tant que je demeurai près de lui j'eus « constamment la mort devant les yeux. Un jour je vis beau- « coup de Tartares et de Cumans revenir de tous côtés avec des « chariots pleins de dépouilles, des bœufs et des chevaux eu « grande quantité; j'appris qu'ils avaient égorgé, dans une nuit, « les habitants de tous les villages environnants, mais sans brù- « 1er les grains, les fourrages ni les maisons; j'en conclus qu'ils « avaient l'intention de passer l'hiver eu cet endroit, ce qui eut « lieu en effet. Ils n'avaient prolongé l'existence de ces malheu- « reux que pour leur donner le temps de faire la récolte, qui de- « vait être consommée par d'autres. » (Gliap. 24 et 36.)

« Une fois que les princes eurent reçu l'ordre de retourner en « Tartarie, nous commençâmes à rétrograder avec les chariots ence combrés de butin, avec les troupeaux et les chevaux. Les Taroc tares exploraient les forêts à pied, pour découvrir si quelque « chose n'avait pas échappé à leur première recherche... Lorsque « nous fûmes sortis de la Hongrie pour entrer dans la Cumanie, (f il ne fut plus permis de tuer de bétail pour les prisonniers ; on « leur abandonnait seulement les intestins, les pieds et la tète « des animaux dont les Tartares se repaissaient. Nous commence çàmes alors à trembler qu'on ne nous massacrât tous, comme « les interprètes le donnaient à entendre. Je songeai donc à me « sauver, et, feignant un besoin, je m'enfuis à toutes jambes dans '( la forêt avec mon serviteur. J'entrai dans une grotte, où je me

« fis couvrir de feuilles, et mon serviteur s'abrita près de moi; « ainsi blottis comme dans la tombe, nous restâmes deux jours « sans oser lever la tète, entendant l'horrible voixdes Tartares, « qui cherchaient le bétail dans la forêt ou appelaient les prison- « niers fugitifs. Chassés par la faim, nous sortîmes de notre rert traite, et, au premier hon)me que nous aperçûmes, nous pri- « mes la fuite, pleins d'épouvante; il en fit autant de son côté; « puis nous nous ret>ardâmes, et, comme il était sans armes, « nous nous fîmes signe mutuellement pour nous rapprocher. « Nous nous racontâmes nos épreuves, et nous délibérâmes sur « ce que nous ferions. Encouragés par notre coniiance en Dieu, « nous atteignîmes l'extrémité de la forêt; montés sur un arbre « élevé, nous vîmes les pays que les Tartares avaient épargnés, « lors de leur premier passage, dévastés au loin. 0 douleur! « nous nous mimes en route à travers ce désert, dirigés par les « tours des églises, heureux encore quand nous pouvions trou- « ver, dans les jardins dévastés, des poireaux, de l'ail et des « ognons; du reste, nous vivions de racines. Huit jours après « notre sortie de la forêt, nous arrivâmes à Alba {Alba-Julia)^ « où l'on ne voyait que des ossements sans sépulture; les murs « des églises et des palais étaient encore souillés de sang chré- « tien. A dix milles de là, près d'un bois, était une maison de « campagne appelée vulgairement la frata^ et à quatre milles « plus loin une haute montagne, où beaucoup d'habitants « avaient cherché un refuge. Us se félicitèrent avec nous en pleu- 0 rant, nous interrogèrent sur les périls que nous avions courus et K nous offrirent du pain noir fait avec do la farine mélangée <( d'écorce d'arbre, qui nous parut délicieux. Nous restâmes là cf un mois, sans oser nous en écarter; mais nous envoyions souo vent les plus dispos épier si les Tartares n'étaient pas restés, (( craignant toujours que leur retraite ne fût feinte, et qu'ils ne « revinssent pour égorger ceux qui s'étaient soustraits à leur « barbarie. Quoique le besoin de vivres nous contraignît par « moments de descendre dans les lieux jadis habités, nous n'a- « handonnàmes jamais entièrement cet asile qu'après le retour « de Béla. » (Chap. 20.)

En effet, après avoir exercé pendant deux ans une férocité systématique à laquelle on a peine a croire, les Mongols, infoi mes de la mort d'Oktaï, avaient évacué la Hongrie, mais après avoir égorgé leurs prisonniers. Alors Béla, qui s'était réfugié dans les îles de l'Adriatique, revint avec les Hongrois fugitifs, quelques

Dalmates et des chevaliers de Saint-Jeau. Les survivants sortirent aussitôt des grottes et des forêts ; le roi tira du voisinage des grains, des troupeaux et des colons; il releva les églises et les murailles des villes, s'occupa de porter remède aux maux du pays, et se montra reconnaissant envers ceux qui lui étaient venus en aide dans ses calamités. Les Cumans, épargnés au milieu de ces massacres, se trouvaient supérieurs en nombre aux Hongrois ; aussi Béla, loin de leur permettre de se choisir un chef, se nomma lui-même leur roi. Il attaqua Frédéric d'Autriche, qui s'était emparé de plusieurs districts, et qui périt dans une bataille où il avait triomphé; c'était le dernier rejeton de l'ancienne lignée autrichienne de Bamberg.

Le roi de Bohême, qui défit Béla dans une sanglante bataille, continua la guerre contre son fils Etienne V, qui fut obligé de subir des conditions onéreuses. Ce prince laissa un fils de dix ans, Ladislas IV, qui, mal élevé par sa mère, s'abandonna aux plaisirs et aux flatteries des courtisans ; il avait pour les Cumans, compatriotes de sa mère, une prédilection qui lui faisait adopter leurs usages et leur manière de se vêtir. Encouragés par cette bienveillance, les Cumans revinrent à l'idolâtrie et a leur ancienne division en sept tribus, chacune avec son chef; c'était un outrage à la nationalité et à la religion des Hongrois.

Nicolas 111, pour remédier au désordre, envoya un légat dont les conseils amenèrent le roi à se détacher des Cumans, et ceuxci à se convertir, à changer même d' résidence, moyennant certains privilèges qui leur laissaient le droit de conserver l'habit national, la tète rase et la barbe courte. Dans le concile de Bude, le même légat promulgua diverses constitutions qui dispensaient le clergé des services féodaux et militaires, enlevaient aux laïques le droit de patronage et leur défendaient d'imposer les biens ecclésiastiques, même en cas de péril de la patrie; enfin les appels des tribunaux séculiers à la cour de Rome furent autorisés.

Tout cela avait été décidé sans l'aveu du roi, qui, sortant bientôt de son insouciance, affama les prélats réunis à Bude, et les contraignit à se disperser avant la fin du concile, dont il ne resta que l'érection de Strigonie en siège primatial pour ce royaume.

Les nobles procédèrent avec plus de résolution ; se prévalant du droit d'insurrection, ils firent le roi prisonnier, et le forcèrent à suivre en tout leur volonté, a déclarer même la guerre aux

Cumans, dont beaucoup furent exterminés comme traîtres; les

autres le devinrent pour se défendre, et appelèrent de nouveau

les Mongols. Ils arrivèrent; mais, trouvant toutes les hauteurs

munies d'un château fort et les vivres renfermés dans l'enceinte

de ses murailles, ils |)érirent presque tous, sans qu'il fût besoin ms.

de les combattre.

Ladislas, à peine remis en liberté, répudia sa femme : excommunié pour ce motif, il retourna aux Cumans et aux plaisirs ; mais trois maris outragés lavèrent leur offense dans son sang. 1290.

André 11 avait laissé sa femme enceinte de l'unique rejeton de la famille d'Arpad; il fut couronné sous le nom d'André III le Vénitien. Rodolphe de Habsbourg prétendit avoir le droit, comme empereur, de disposer du royaume, et l'attribua à son fils Albert; de son côté, Nicolas IV, considérant la Hongrie comme fief de l'Église, eu investit Charles Martel, fils du roi de INapies mi. Charles II, et de Marie, sœur du dernier roi Ladislas IV. André les vainquit tous deux ; mais, lorsqu'à l'arrivée de Carobert, héritier de Charles Martel, il vit toutes les provinces maritimes se déclarer en sa faveur, il mourut de chagrin ; avec lui s'éteignit la race d'Arpad. Elle avait donné en trois siècles vingt-trois souverains à la Hongrie ; la courte durée de leurs règnes empèciia le pouvoir monarchique de s'y consolider, quoiqu'un certain nombre d'entre eux se fussent distingués par des qualités éminentes. Jusqu'à cette époque la couronne avait appartenu à la descendance d'Almus, à qui les Madgyars avaient promis fidélité dès le constitution. jour où ils avaient quitté leurs demeures natales. Le roi devait être couronné; il résidait tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre,pour rendrela justice ou célébrer des fêtes, aux frais des villes ou des magnats dans la juridiction desquels il se trouvait. Il avait pour conseil le sénat royal, et de grands dignitaires, à la tête desquels figurait le palatin du royaume, lui étaient attachés. La collecta denariorum^ qui se payait en trois termes, et le lucrum camerse annuel pour la fabrication des monnaies, constituaient ses revenus, auxquels il faut ajouter les produits en nature de ses domaines, le vingtième des biens ecclésiastiques et des biens inféodés, la dîme sur le vin et le sang, les peaux de martre et les droits sur les marchés, les péages, le sel et les comestibles ; mais ce qui est particulier au pays , c'est que certaines corporations étaient obligées de fournir aux besoins de la cour, eu retour des privilèges dont elles jouissaient. Les palatins réunissaient l'administration de la justice, le

^;ouvernement politique et le pouvoir militaire, qu'ils confiaient à des comtes inférieurs. Ils rendaient la justice, assistés de juges [bilol) et d'exécuteurs (priastalos). L'appel de leurs sentences était porté devant le palatin du royaume ou devant le grand juge de la cour, qui, trois fois l'an, établissait son tribunal dans trois lieux différents, sous la présidence du roi. Les biens des contumaces étaient confisqués au profit du palatin, mais sa famille pouvait les racheter. Chaque comte envoyait deux ou trois députés à l'assemblée annuelle des états, convoquée dans Albe- Royale.

L'esclave domestique et le serf de la glèbe étaient regardés comme choses, et non comme personnes. Les paysans libres, propriétaires tenus à certaines prestations, ou fermiers, étaient divisés en centaines et en dizaines de chefs de maison. Les hommes du commun privilégiés, exempts de ces prestations ou fermages, étaient obligés à certains services , selon les stipulations de leurs chartes. Les colons allemands, appelés pour travailler aux champs ou aux mines, formaient des communes tout a fait libres; mais aucune ville ne pouvait intervenir aux états.

Après les villes, venaient les vassaux du roi [jobbagyes], qui étaient obligés, grands et petits, au service miUtaire.

La première classe de la nation était la noblesse issue des cent dix-huit familles madgyares venues avec Arpad, et qui s'étaient partagé la Hongrie; leur patrimoine [descendus] était tout à fait libre, avantage accordé par la suite à d'autressurvenants. Chaque famille noble, de même que chaque évêque, arborait sa bannière, que suivait un huitième ou un dixième de la population; des troupes commandées par un comte étaient préposées <à la. garde des frontières.

Cette nation, bien qu'elle tint de la race asiatique plus que tout autre peuple de l'Europe, ne tarda point à s'assimiler notre culture intellectuelle ; le christianisme et la littérature se développèrent chez elle après Etienne le Saint, et surtout quand elle multiplia, sous les Angevins, ses relations avec l'Italie.

ANfiLETERRE. 4KI

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