‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 8 sur 102 · OTHON IV · texte numérisé non relu

OTHON IV

« ont été dans l'usage de le faire jusqu'à ce jour. Quant aux « garanties des droits et coutumes du peuple romain, et des « ligues lombarde et toscane, je m'en tiendrai aux conseils et « aux intentions du saint-siège , comme aussi en ce qui con- « cerne la paix avec le roi de France. Si l'Église romaine se a trouvait en guerre pour ma cause, je lui fournirais de Tarit gent, selon mes moyens. Le présent serment sera renouvelé « de vive voix et par écrit quand j'obtiendrai la couronne im- « périale. »

Les Allemands ont beaucoup reproché ce serment à Othon comme un acte de fiiiblesse, intéressés qu'ils sont, par amourpropre national, à voir toujours l'empereur dominer sur le pape, et l'Italie soumise à l'Allemagne. Peut-être le jugera- t-on différemment si Ton veut bien observer que le pape, au fond, exigeait l'indépendance de l'Eglise et de l'Italie; néanmoins les princes s'indignèrent de ce que le pape leur donnait un empereur en imposant des conditions, et ils écrivirent pour réclameravec énergie. Le pape leur répondit qu'il ne contestait point aux princes le droit d'élire l'empereur, d'autant plus qu'ils tenaient ce droit du saint-siège; mais qu'il lui appartenait de conférer la couronne à celui qu'il en jugeait digue, ce qu'il venait précisément de faire par l'intermédiaire de ses légats. Cependant, comme le parti d'Othon allait toujours diminuant, il fallut envoyer à Rome pour traiter d'un arrangement qui put mettre fin à la guerre civile. IMiilippe, ayant obtenu l'absolution, conclut une trêve avec Othon jusqu'au jour de Saint-Jean 1208; mais, quatre jours avant qu'elle expirât, Othon deWittelsbach, duc de Bavière, assassina Philippe de Souabe par vengeance personnelle, ce qui mit fin à la guerre civile après dix ans de combats (l). Tous les sufirages se réunirent alors sur Othon, qui, ayant

(1) Pliilip|)e avait promis à Othon de Witteisbacli la inaili de Cunëgonde, sa seconde (ille; mais, ayant reconnu Philippe de Souabe violent, il retira sa [larolc. Othon lui demanda une lettre de recommandation pour le roi de l'oliigne, prétextant qu'il voulait aller chercher fortime dans ce pays. Philippe lui donna cette lettre. Othon, l'ayant ouverte, s'y trouva dépeint sous les couleurs les| plus fâcheuses. 11 dissimula sou courroux ; puis, étant entré dans la chambre de Philippe, à Hamherg, il le frappa à mort au milieu de plusieurs seiyncuîs, et s'enfuit. Mis au ban de riempire , il erra en divers lieux jusqu'au moment où Henri de Calalin, maréclial de l'empereur, accompaj^ué d'un individu dont ce même Othon de Wittelshach avait tué le frère, découvrit le meurtrier dans une cabane jnès de Katisbonne, ou ils lui Iranchèrenl la tète. On croit que les comtes de Salm sont issus de ses lils.

épousé Béatrix, fille de Philippe, réunit les deux maison des Weis et des Hohenstaufen, et se rendit en Italie pour y être couronné.

Les Lombards , pendant que les deux empereurs étaient en lutte , avaient étendu et consolidé leurs institutions. La classe moyenne avait grandi tout à la fois par les richesses , fruit du commerce , par l'entrée de plusieurs familles nobles dans ses rangs, et parce qu'elle avait secoué toute dépendance à l'égard des seigneurs ecclésiastiques. Le menu peuple chercha aussi à conquérir des droits et des privilèges; il obtint même dans certains lieux de participer au gouvernement et aux magistratures , ou bien il forma des associations particulières pour tenir tète aux gouvernants.

Des mouvements si énergiques ne pouvaient s'effectuer saus troubles. Quelques chefs en profitaient pour tyranniser leur patrie ; dans d'autres endroits , les nobles , restés indépendants dans leurs châteaux, cherchaient à acquérir sur les villes voisines l'autorité exercée jadis par les comtes. Beaucoup d'entre eux, postés sur les Apennins , environnaient les républiques de la Toscane; mais , éloignés des villes, ils ne songeaient pas à s'y faire des partisans et à obtenir la prépondérance, ou bien leurs tentatives échouaient. Dans la marche de Trévise, au contraire , où les derniers coteaux des Alpes et les collines Euganéennes s'avancent au milieu de campagnes fertiles et de cités florissantes, les seigneurs, bien fortifiés sur les hauteurs, purent continuer à exercer de l'influence dans les villes, où ils élevèrent même des palais qui ressemblaient à des forteresses.

Parmi ces familles, les Salinguerra de Ferrare , les Campo Sampiero de Padoue , les Guelfes d'Esté et les Ezzelin de Romano avaient acquis la prééminence. Ces derniers étaient issus d'un Allemand qui , venu en Italie avec Conrad II , avait reçu de lui , en récompense de ses services , les terres d'Onara et de Romano , dans la marche de Trévise. Ses descendants s'étaient agrandis par la violence ; devenus les champions du parti gibelin dans la Vénétie , ils avaient contracté de gré ou de force , par des mariages, des alliances avec les principales familles , et s'étaient ligués avec Vérone et Padoue.

Un conflit devenait inévitable entre eux et les seigneurs d'Esté, qui, parents des ducs de Bavière et de Saxe, étaient, pour ce motif, à la tête du parti guelfe, et fauteurs des papes dans leurs luttes a\ecla maison de Souabc. Les uns et les autres cherchaient à

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