EPILOGUE. (Joy
léges, c'est-à-dire le droit sans limites d'opprimer leui-s sujets; le roi vise à se former au-dessus d'eux une existence distincte, comme l'était sou origine. Au-dessous et à côté d'eux la commune cherche à s'affranchir de ceux-là moyennant l'appui de celui-ci ; en même temps le clergé se replonge dans l'ordre matériel, dont on avait tant fait pour le dégager. L'action réciproque de ces différentes forces constitue l'histoire de ces deux siècles, où les guerres proviennent toutes de rois et de communes qui veulent reprendre les fractions de territoire aux vassaux ou auxfeudataires; il ne faut pas en excepter celles des croisades, où le clergé demanda l'affermissement et l'extension de la civilisation nouvelle, créée sous ses auspices.
Cette tâche fut aidée par la renaissance du droit romain, non qu'il fournit des exemples ou des préceptes de la liherté, car il tendait, au contraire, à fortifier la tyrannie; mais l'intrépide servilité des légistes, qui ne tenaient aucun compte des éléments nouveaux apportés parla conquête, humiliait les châteaux en élevant le palais, et abattait la barrière élevée entre le peuple qui obéit, et le roi qui fait les lois et rend la justice. Un fait remarquable de ce temps, c'est l'importance des hommes de loi ; ce ne sont plus les armées, mais les légistes qui décident du droit à Roncaglia , discutent à Lyon les prérogatives de l'Empire et de la tiare, siègent dans les tribunaux au lieu du baron revêtu de l'armure , et font ainsi passer la justice entre les mains du peuple.
Les constitutions, qui sont un autre caractère de ce temps, naissent de cette lutte de la liberté contre le despotisme j par elles, les gouvernements substituent le pouvoir public aux volontés particulières, et les peuples, la résistance légale à l'opposition personnelle.
Déjà s'offrent à nous des formes très-larges de liberté et de franchises. En France, les communes sont reconnues par des chartes royales; en Angleterre, elles obtiennent sous Jean sans Terre le droit d'élire leurs aldermen ; en Espagne, elles ont leurs fiœros, avec des corrégidors et des alcades investis de la juridiction; en Italie, elles se transforment en républiques ; en Allemagne, Frédéric F"" s'en fait des instruments pour accroître le pouvoir royal; mais déjà elles portent ombj-age à Frédéric II, qui tente de les réprimer. Dans les: différentes contrées, les états s'aperçoivent de leur propre existence et prennent place dans les assemblées; depuis longtemps, le Languedoc avait ses états;
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Louis IX les étend à la France, et bientôt Philippe le Bel (1302) convoque tons les représentants des communes. En Angleterre, la grande Charte garantit les droits de la îiation, représentée par le clergé et la noblesse ; puis, sous Henri III, apparaissent les députés des communes (1265), et sous Edouard P"" (1295) leur vote devient indispensable pour imposer de nouvelles taxes; en Sicile , Frédéric II appelle les députés des villes aux assemblées des barons (1:^31); en Allemagne, sous Adolphe de Nassau (1293), les députés des villes immédiates ont entrée à la diète des évêques et des nobles; en Espagne, les communes prennent part aux cortes d'Aragon (1 1 34) et de Castille (1 169).
L'empereur est la clef de voûte du système féodal. Les papes, qui l'ont créé, veillentà ce qu'il ne viole pas le pacte juré par lui, et n'attribue pas au hasard de la naissance, en rendant héréditaire une dignité décernée à des qualités éminentes, ce qui ne peut appartenir qu'au mérite personnel.
Les trois races franque, saxonne et souabe avaient donné successivement des empereurs; dans chacune d'elles, les premiers furent de grands guerriers et des souverains énergiques; les derniers inclinent davantage à la civilisation, et tendent à abuser de leur force. Othon et Henri P'' se montrent des héros; mais les deux derniers Othon contractent des liens de famille avec les Grecs, et songent à transféi-er leur résidence à Rome. Conrad le Salique et Henri III sont les rois les plus puissants et les plus heureux delà Germanie; mais les successeurs dégénèrent et s'épuisent dans leur lutte avec les papes. Frédéric l", grand capitaine, à volonté de fer, releva la dignité impériale ; mais Frédéric II, le roi le plus éclairé du moyen âge, conduit au bord du précipice sa maison et l'Empire lui-même, lequel reprend vigueur avec Rodolphe et Maximilien, mais sous un aspect bien différent; car il n'est plus désormais occupé que d'agrandissements de famille. Les monarques précédents avaient tous visé , bien que par des moyens divers, à l'augmentation de la puissance cés:irienne. Les princes de Saxe domptent de nouveaux barbares dans leur irruption menaçante, et régissent l'Empire en souverains magnanimes. Les princes de Francouie aspirent à le rendre héréditaire; dans ce but, ils suppriment les droits particuliers des nations, incorporent les grands duchés dans les domaines de la couronne, et veulent réduire les titres ecclésiastiques en dignités féodales, d'où naissent la querelle des investitures et les guerres qui en résultent. Les princes de Souabe croient se consolider en