ÉPILOGUE. {,ìl
devenant souverains de l'Italie ; mais le différend avec les papes ciiange alors de caractère, et peut amener i'inùependanee ou la . servitude de l'Italie. Ainsi racquisilion de la Sicile, au lieu d'affermir cette puissance, la fait redouter, et les peuples restent indifférents lorsque l'infortuné rejeton des Hohenstaufen périt sur l'échafaud que lui a dressé l'ambition de son aïeul.
Rome était encore le grand centre du mouvement, et c'est à elle que l'on confiait tous les intérêts politiques des nations et les intérêts moraux d^ l'humanité. L'Église eut à lutter pour rompre les liens dans lesquels les feudataires voulaient l'enlacer, et les rois lui servirent d'auxiliaires; maiscommeils voulurent convertir leur influence en supériorité, et la soumettre à leur caprice età leurs desseins politiques , elle dut encore conibattre pour son émancipation. Les meilleurs chefs de l'empire, depuis Charlemagne jusqu'à Rodolphe de Habsbourg, visèrent constamment, mais par des moyens qui ne furent ni toujours justes ni toujours opportuns, à mettre l'Église en harmonie avec le gouvernement extérieur.
La guerre entre la crosse et le sceptre, qui dura un siècle et demi, épuisa les forces qu'on aurait pu employer pour faire progresser la société ; mais le choc entre la matière et l'esprit était inévitable; toutefois, outre l'exagération propre aux conflits, laquelle faisait commettre des excès aux deux partis, la lutte devait être acharnée alors que l'on ne connaissait aucune différence entre la liberté politique et la liberté religieuse, d'autant plus que la dernière, dans sa vague immensité , embrassait tout à la fois les droits, les espérances et l'avenir de l'homme. D'ailieui'S, qui aurait pu décider entre le chef de l'Église, organe de ia republique, et le chef des rois, patron de la chrétienté? La misérable transaction qu'ils souscrivirent suspendit la guerre, mais au détriment des deux adversaires, qui perdirent la bienfaisante influence exercée par eux sur la civilisation du monde, tant qu'ils marchèrent d'accord; néanmoins cette querelle fit mûrir des fruitsquiautrement n'auraient pu se développer, et l'idée de l'État, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, se dégagea des ténèbres. Mais, politiquement, Rome enlève aux empereurs l'unité européenne en favorisant la France . qui leur arrache l'épée retournée contre les intérêts de l'Église. Saint Louis, connaissant combien l'union avec le pape est l'avorableà l'agrandissement de la France, permet que Charles , son frère, épouse l'héritière de Provence, malgré Frédéric II excommunié, et qu'il accepte la
couronne de Manfred réprouvé. Dès ce moment ia France est pour l'émancipation des peuples, dans laforme quele temps lui donnait, c'est-a-dire la liberté du sacerdoce et l'indépendance des pontifes.
INous sommes toujours heureux de prouver que les souffrances engendrent le bien , et que les efforts de la tyrannie produisent la liberté. Les chefs que les Germains élisent pour assurer leur tumultueuse indépendance, deviennent rois et tyrans; puis, afin d'opprimer les hommes libres, ils s'entourent de guerriers dont ils cherchent à faire les instruments dociles de leur volonté ; mais qu'arrive-t-il ? Ces mêmes guerriers se dressent comme obstacles devant leur omnipotence. Afin de maintenir la prérogative royale et de protéger le peuple contre les abus des comtes, on envoie dans les provinces des missi dominici; or ces agents usurpent des lambeaux de pouvoir royal, rendent leurs fonctions héréditaires et s'affranchissent de toute dépendance.
La féodalité, qui morcelait la domination, comme aujourd'hui on fractionne la propriété , est la lutte que l'on rencontre partout et toujours parmi les hommes qui veulent vivre de leur travail ou de celui des autres; si le seigneur exige de l'argent des artisans, il ne peut plus le voler parce qu'ils ont formé des maîtrises. Les uns sentent l'avantage de l'union, les autres apprennent l'art des emprunts et s'initient aux secrets de la science économique. Pour s'affranchir du service militaire et de l'obligation de comparaître dans les assemblées, les hommes libres se constituaient vassaux, et se trouvaient enveloppés dans les querelles privées de leur seigneur, qui les appelait à ses cours et à ses plaids.
Les seigneurs, pour échapper à toute responsabilité dans les jugements, autorisent leurs pairs à les prononcer, et ceux-ci deviennent un contre-poids à leur puissance ; ils refusent de se soumettre au souverain toutes les fois qu'il n'est pas assisté des autres barons, et cela introduit les appels, qui diminuent d'autant leur influence dans la justice. Le clergé nmltiplie les tribunaux permanents, favorise le savoir et l'examen des droits; or les triijunaux et les droits réduisent aune juste mesure l'excessive autorité du clergé, aussitôt qu'il cesse de se trouver en harmonie avec les besoins de la société. Les rois, afin de pouvoir imposer des charges extraordinaires, convoquent les communes , et donnent ainsi naissance au tiers état, qui modère leur pouvoir et jette la base des constitutions. C'est ainsi ([ue le bien germe sur la racine de laquelle on n'avait attendu que le mal ; c'est ainsi que les souffrances de l'individu améliorent les nations.